SCÈNE Vin
ADÈLE, BLINVILl-E tenant deux flainbL-aui qu'il pose sur une table; DÉRI- COURT, JULIEN , la citoyenne DÉRICOURÏ. La rampe se lève tout à fait.
DÉRicouRT tenant Julien par la main. — Vous partez! vous partez! Rentrez, jeune homme, soyez docile, et laissez-vous conduire. Voilà ton Adèle, la voilà... regarde, vois ses larmes, et fuis si tu le peux.
JULIEN. — Adèle , mon Adèle !
ADÈLE. — T'ai-je retrouvé, ou vais-je te perdre encore?
DÉRicoiRT. — Vous ici , uiadamc ! Vous m'avez prévenu. Nous allons terminer des débals qui n'ont que trop duré. Vous ne me contraindrez pas, je l'espère, à user de mes droits; ne m'opposez pas une résistance inutile, et préparez-vous à obéir.
LA CITOYENNE DtRiciuRT. — Gardcz-vous de m'y contraindre.
DÉRicoiRT. — Point de mots, des laits. Si je me suis trompé, si vous ne tenez à Julien que par des sentiments purs et honnêtes, prouvez-le-moi : voilà le contrat, signez.
LA ciTOVENNK dÉbicoliit. — \ OUS ordoniicz un crime.
DERICOURT. — Je veux vous en épargner un.
LA ciToiENNg DÉRICOIRT. — Je Ic cousoinme si j'obéis.
DÉRicoi RT. — Si vous obéirez 1 c'est le seul parti qui vous reste.
LA citoïen;<e nÉiucoi rt. — Je tombe à vos genoux i ayez pitié de moi... Je n'ai fait qu'une faute en ma vie...
DÉRICOURT. — Sachez la réparer.
LA citoyenne dÉricourt. — Elle est irréparable.
DÉRICOURT. — Tout se répare avec du courage.
LA CITOYENNE déricourt. — Du couragc! La mort.
uéricoirt la relevant. — Pour la dernière fois, obéissez !
LA ciToiENNE héricocrt. — Jc parle si vous insistez, et si je dis un mot je vous Hnéantis.
déricourt la prenant pat la main et l'entraînant vers h table. -^
CM SK (:i;i.i;iini..
Je irt'iiiulf |)liis litii. \riifi;, iiiudumr... viiic<; Miil.i U iiliiiiic... |irt'iu'z... ;>ij;iii/... si|;iii'j:...
I.A tlKUKNS» lihHUOtlll' N Vf/lfl/l/Jd/l/ '' //(IIYI'Xi/lf If Ihéiilit. — Nini ,
non, non, je ne sii;ni'i'ui poinl nn int'i'sli'! 1 oiis iic'n\ »<int mes iiil'ants! (/;//« limiliii i/uha un liiiitetiil a (jauclie , AilcU- diiiii tes hras i!e liliiirille, Dériiouit sur lu tahk. Julien est ttebuut uu nulieu ita théâtre, t'ifil /ire et dans l'allitiule du désisiKiir.Un i/urJc un lunii siteine.)
iiKHicoi nr. — Qne\ conii! i // relunilie sur ta tatile. A lilinvilte.) Ali! nioiiunii! mou ami !... Alu lillc! mu cIiimc Aili'lc!... (.-1 su fruinte.] I^>ii(l iniil vous M-ni/. (le me l'jiie! Je iiojais vons liiretr à redevenir estimable, el maJnlenan( tout ('s|iiiir est penlii! (,)iiel eoii|i! (|nel eoiip!... (// retviiitie , el se relecant arec une eulere cimceiitree.) ^ ou» avez en ellet commis une faute iriéparable ; je ne m'abaisserai pas a vous la repi'oelier : prononcez \oUr.-nième, et rende/.-inius justice a tous lieux.
LA ciioïKKini uûiii'ouRT. — Jc iiic U rciids depuis le jour où je me suis man(|ué. J'ai passif dii-liuil uns dans les re|;rels et dans les luruies, auJourilMiui même encore vous en «\<z élc témoin.
iiMiLuiKi. — Ueijrels inutiles : il est des eliuscs i|uo l'Iiomme délicat ne saurait oublier.
1 \ iiTo^tNsE 11 Kicoi «r. — Je ne demande pas l'oubli d'une eoiipalile erreur : on ne doit rien alteiulre de eenv dont on a perdu l'estime. .Mais ne me dcsbouoreii pas pur un éclat seaiidaleiu ; n'éleiidci'. pas sur ma vie entière une taclie iiuc j'ai iieiitèlre elVacée; ne me chassez pas enfin de voire maison : j'y vivrai seule, retirée; je m'interdirai les plaisirs les plus simples, j'éviterai voire piésenee, je ne verrai (|ue ma fille, quand vous voudrez me le permettre, el si vous dai|;nez me la confier encore.
iiKRii oi HT. — Non, madame, nous ne pouvons désormais liabitcr ensemble : noire séparation se fera sans bruit; un éclat me déshonorerait aillant (|uc vous. Mais il faut nous séparer (la tituiieiiiie Déricourl et .\dele se jettent a ses gitioux, les liras étendus vers lui), et je penserai, dans nn luumciit de calme, aux moyens qu'il conviendra d'employer.
AiiKiE en pleurs. — Pardonnez-lui, pardonnez-lui, mon père! UHRii OL'BT a sa femme. — Vous t'Ics à mes ijenouv : votre intérêt seul vous occupe. Noyez l'état cruel où vous réduisez vos enfants; comptez les pleurs qu'ils vont verser; calculez les ravaf;es d'une passion désespérée dans dcu\ cceurs qu'elle a totalement sulijii|;iiés ; songez il l'avenir alïreux qui les attend : que ce tableau soit toujours présent ii votre pensée, et qu'il soit votre éternel supplice! {La citoyenne hèrtcuuri se (raine sur ses fjennu.r et emhrasse eeur de son mari.) Laissez-moi, laissez- moi. O feiniiies! femmes! si vous réfléchissiez eombien le vice est bas, avant de vous y livrer! (Adèle et sa mère se reliTenl.)
.\DKLE. — Me pensez plus à nous, mon père. Nous nous vaincrons, je l'espère... je crois pouvoir vous le promettre... jc m'accouliimcrai par deijrés à ne voir dans Julien [arec un fou/i/r) que mon frère.
iiKRicoiiiT arec un mourement d horreur. — Ton frère ! ton frcre !... (// reijarde Julieyi , et ruit son désespoir.) Rassure-toi, Julien, je suis sévère , mais juste. Ce n'est pas ii loi qu'on peut reprocher lu naissance ; je ne te punirai pas des fautes de la mère.
HLiEN. — ^ ous m'accordez encore de la pitié ! ah ! jc puis donc aussi vous supplier pour cette mère infortunée!... (Il tombe à ses genou.r )
ji iiEN, tA ciTOïENXK uéricoiirt et ADÈLE tombant oux genoux de Déricuurl. — Grâce ! pardon ! pardon !
iitKKoi iir attendri. — Laishei-moi, laissez-moi, vous ilis-je! Iiiniud vous surprendriez mon eieur, mu luisou demeurerait iiialiémblc, ul je serais inllevible !
hi.iwii.iK. — Innctible ! el poun|Uoi :'.., I, 'homme raiituiiiiililr eull'iile les cireoiistanccs plus ou moins graves, il ne cède pas au mouvement de son oi'i'ueil blessé; il ne coiinuil que lu Justice, el se la rend a lui-même et aux aiitrea.
iPi.Rii m RI. — Je suis juste, el je le prouve.
iiLi.xuii.t. — ■ .\oii, vous ne l'eûtes point, el vous ne pouvez l'être... \ oiis avez dans cette allaire un inléièl trop majeur pour prononcer avec imparlialilé. {h'S releranl.) Uelevei-vou» , famille iiitéressaiile. L'est moi qui soi., xoire défenseur!
Le vice me révidle comme voii*. Si je croyais qu'il pi'it alleiudre encore voire épouse, je rabaiidoinieiuis à son sort. Klle lut emipalile sans doute, mais quand ' ii un ii|;C oii l'on n'est pas en j;uiiic contre des pié|jes qu'un ne soupçonne point, oii l'on a siiceiMiibé avant il'avoir pensé à se défendre. Mari trop sévère, vous la cciiid.iiiiiiez sur un moiiieiit d'oubli : c'est sur sa vie enlii'rc que j'établis mon jui;emciit. l'endanl viiii;l ans elle a l'ail votre bonlieur, jicndant vini;l ans sa douceur, sa tendresse, des qualités morales et dom(sti((iies ont lait cinier votre sort ii tous les époux ; et viii[;l ans de boiilieur n'ell'accnt-ils pas une faute ilonl vous ne devez l'aveu (|u'ii un ellorl dont la vertu seule est capable ' Oui , si le vice ne lui faisait horreur, si elle en avait riiabitiide, elle ertt laissé marier ses enfants, el par un second crime elle cnvebqi|iail le prcinier dans des oiulires éternelles. Celte idée a révollé son àiiie honnête et pure, clic n'a pas balaiiciS entre elle et sou devoir. I',st-ce ii ce trait qu'on peut rccoiinaitre une femme coupable ? J'ose n'y voir, moi, qu'une femme autrefois éi;arée, mais aujourd'hui rc|>enlanle et vertueuse. .Si ces raisons ne te persuadeiil ]ias, ce n'esl plus ton esprit (|uc je prélends convaincre, c'est ton cieiir que je veux iitta(|iier avec toute la force du senliinent. Kpoiix inqi sensible, crois- tu pouvoir te séparer d'une épouse adorée :' en auras-tu la force , si tu en as en elVel riiitcnlion '... (,)ui la remplacera dans celte âme qu'elle- remplit tout entière, et^our (|ui riiabiludc d'aimer est devenue un besoin ' crois-tu que l'amitié lui siirtisc' Délroiupc-loi. Dépositaire de tes plaisirs, lu ne me elier<licliis plus pour me conher des peines que jc voulais l'épar(jner, tu les dévoreras eu silence ; ta solitude te sera insupportable, el tu appelleras en vain une éiiousc bannie el dcshoiioréc , que sa disi;ràce te rendra plus chère encore. Alors sa faute disparaîtra devant une loni;ue suite d'années, tu ne penseras qu'aux qualités aimables qui pouvaient embellir la lin de la carrière, el lu la termineras au sein des
ennuis cl des re|;rets IJéricoiirl , mon cher Déricoiirt, ne t';irme
pas d'une sévérité dont les cffels rcloniberaient sur toi!... Haine aux jiervcrs, induli;cnee au faible! Il est si doux de pardonner, surtout il ce (|u'on aime ! Voilii tu femme, elle attend son arrêt : ajoute ii tous les droits que lu us déjii sur elle les droits sacrés de la reconnaissance ! ( // /))V)i(/ In viain de la cilinjenne Déricourt et la r)iet dans celle de son mari, elle la courre de ses larmes. Déricourt se tourne rtrs elle, la reijarde arec allendrissement, cl lui ouvre ses l)ras.) iiÉRicoiRr. — iMais ces eiii'aiits, ces malheureux enfants!... Bi.iNMLLE. — Julien voyancra, il le faut, il doit en sentir la nécessité : l'espoir alimente l'amour, mais l'amour s'éteint avec l'espoir. L'absence les ramènera bieiilôt à cet état calme el tranquille qu'ils n'osent se promettre aujourd'hui.
iiÉiiK oiRT. — l'iiisscs-ln , mon diijiie ami, consoler uu jour mon Adèle , c'est à présent mon unique désir !