CAUSE CÉLÈBRE
Le conte ou l'histoire racontée par Pi(;aiilt-Lcbriin sous le titre de Cause célèbre est sans contredit un des récils où cet inijénieiix écrivain a répandu le plus de cet esprit j;aulois et de cet aimable enjouement qui lui ont assigné une place à part dans noire lllléialure moderne. Aussi, de l'aveu de nos graniTmèrcs, ce récit a-t-il beaucoup amusé la génération qui s'en va. Par malheur, ou par bonheur, la génération présente est devenue beaucoup plus prude que sa devancière, et nos belles dames d'aujourd'hui trmiveraienl ii proiios de roufjir jusqu'au blanc des yeux des idaisaiilerics dont leurs mères riaient jadis ii goige déployée, .\insi va le monde.
Comme nous n'avons ni la prétention ni la puissance de réformer les goûts de notre époque, nous aimons mieux nous y conformer; et, îiour ne faire rougir personne, nous retrancherons des icuvres de notre auteur cette anecdote semée d'incidents trop piquants peutêtre, mais légitimés ou du moins excusés par les mteiirs et les habitudes du temps, et nous nous bornerons ii donner le canevas qui servit de texte à l'écrivain , laissant ii rimaifination du lecteur le soin de suppléer aux détails que nous nous voxoiis forcés de supprimer.
^ oici l'histoire réduite ii sa plus simple expression :
En l'année dix-sepl-cenl et tant, le chilïre ne fait rien ii l'aflaire ,
vivait à Londres un M. Uandell, montreur de bitcs féroces et de phénomènes empaillés ou vivants.
Or, parmi les objets ([ui composaient cette dernière catégorie de curiosités figurait, ou mieux figuraient une femme, ou plutôt deux femmes, qui pourtant n'en faisaient qu'une. « Elles avaient, au dire de notre auleur, deux lêtes, quatre bras, quatre pommes très-préférables à celles des Ilespérides; mais des hanches ;i la pointe des pieds elles n'avaient (|ue ce qui est propre à une seule femme. Figurez-vous rlsisel la Tamise séparées jusqu'il leur confluent, Cl se jetant dans la mer par une seule embouchure.
Celte bcaulc singulière avait un nom double comme sa personne : elle s'appelait Lindamirc cl Indamore. Lindamiie était blonde, ses graiuls xeiix bleus exprimaient une douce langueur; ceux d'indumore elaienrnoirs el animes, l.cs bras les mieux arrondis, des gorges naissintes dessiuécs pur l'Amour faisaient des deux sieurs deux femmes accom|ilics.
In certain \Mlliams, qui était fort sentimental et adorait les blondes, devint épris de Lindamirc. Liiidamire n'était point insensible, clic accepta l'olïre d'un cour pur qui brûlait pour elle du plus beau l'eu, el consentit ii épouser son amant. On se rendit en cérémonie de-