‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 53 sur 379 · CAUSE CÉLÈBRE · texte numérisé non relu

CAUSE CÉLÈBRE

vaut If ministre ani;lir:iii, qui parut «l'abord t'toiiiK' «lo voir deux futures épouses, mais qui liiiit par passer outre au iiiariai;c, quand on lui cul l'xpliqué (pie la Monde seule requérait s(Hi ministère.

N oila donc nions \\ iUiams bien et dûment l'époux du phénomène vivant.

Tout alla d'abord le mieux du monde dans ce nu^iiarjc à trois têtes. Le mari était fort aniourcin. la remiiie tendre et soumise, et eoiiime après tout, j;ràee à la eonformatioii eiiiniiiuiie, Indamorc bénériciait nii ]ieu des caresses prodi|;uées à la belle Lindaiiiire, on pouvait croire que l'Iiarmonie durerait toujours. Alais il n'est rien d'éternel ici-bas; et quand tant ilc IVmiiies à une seule trie l'ont le désespoir de leurs maris, \\ iliiaius pouvail-il raisoniialdeiuent se flatlcr d'être lieurcux avec une reiiime qui en possédait deux :'

Il arriva ce qui de\ait arriver. Le cœur d'Iiidaniorc jiarla .'i son tour, et l'aiinable liruiic s'éprit d'un certain jirince maure nniiinié Ualiipan, autre pliéiiomene vivant du sieur ilaiulall, remarquable par

■'/ V^fe-"^^'^

y II

Lindamire et Indajnore.

la beauté de ses formes athlétiques, et par des exploits qui ilépassaicnt de cent coudées les travaux nocturnes du ijrand Hercule. ALitajian ne demeura point insensible aux arçaccries d'Iiidamore. IJans son ardeur il alla même jusqu'à vouloir la traiter de Turc à IMaure; mais Indaniore était vertueuse, elle résista, et pour obtenir sa maîtresse .Mala|ian se vit contraint de se rendre devant un ministre. Celui-ci se trouva être précisément l'Iiomme qui avait marié Williams et Lindamire; il était, comme on l'a vu, fort accommodant, et il ne fit pas de ditlicultés pour donner la bénédiction nuptiale à Matapan et a liidaïuore.

On rentre à la ména(;erie du sieur Randall, domicile légal des nouveaux époux , et l'on se met au lit.

W illiains, alisentpendant toute cette cérémonie, n'avait point été instruit de ce cpii se passait. Il rentre sans se douter de rien, se couche aiipris de Lindamire, et se trouve côte à cote avec .Matapan.

Il jure, il peste, il tempête, le tout en vain. Indamorc soutient qu'elle avait le droit de se marier tout aussi bien que Lindamire. Matapan, qiiiii'était pas très-éloquent, mais qui tout ÎMaiire qu'il était n'en était pas moins fort comme un 'riire, répond aux plaintes lie \\illiams par une V(d('e <le coups de poini; appliqués de main de maître; puis pour inetlre lin au débat il prend l'objet en lilii;c sous son bras, et va s'installer ailleuis, en menarant Williams de lui rompre les reins s'il a]>]iroclie à plus de cent pas de sa nouvelle demeure.

\Villianis, qui comprend la supériorité physique de son rival, a recours k la justice de son paxs. La cour suprême d'Aiiylelcrre, h'iny's Bench , est saisie de sa plainte.

On plaide, et l'avocat de Williams s'efforce d'élablir:

« l^C^ue Lindamire-lndamore n'est qu'une seule femme;

» 2" (Jue s'il était possible de la présumer double, elle ne pourrait avoir qu'un mari ;

)) 3" Oii'en adiMcttaiit que chaque jiartie de ce tout ait réellement contracté un eii|;aj;enient |)articulier, Matapan n'aurait pas le droit de retenir l'épouse légitime de Williams sous le prétexte du mariage (|u'il aurait contracté avec sa sœur. >>

On lui répond de la jiart de Matapan en accusant Williams de polyi;aniie.

La cour, embarrassée par ce cas exiraorilinaire, rend un arrêt qui ne tranche ])as la question, un de ces juijements qui consistent à casser un bras à l'un et une jambe à l'autre, et à renvoyer toutes les parties mécontentes.

Ce jujjcment eut pour effet de rendre ^\ illianis et Matapan plus furieux encore et de les animer davantai;e l'un contre l'autre. Loin de se soumettre à la décision du h'huj's flench, ils en appelèrent d'un commun accord au pouvoir législatif.

La question s'était encore compliquée de la survenance d'un enfant, dont les deux adversaires réclamaient la paternité.

Après de fort longs pourparlers à cet égard entre la chambre des lords et celle des communes, cette dernière poussée à bout nomma des commissaires et leur enjoignit de juger bien ou mal dans les vinift-quatrc heures.

Page 1