III. — Renouvela des Grecs
« Vous ayez voulu que je lusse, monsieur, pour m'élever jusqu'à vous, et j'ai lu. Je conviens du plaisir inexprimable que m'ont fait mes lectures; mais vous conviendrez aussi qu'il y a dans tout cela des inepties, des choses impossibles. — IJes inepties dans des auteurs grecs, François! Cela ne se peut point. Des choses impossibles, hé! tout ce qui est grand ne nous parait-il pas incroyable, à nous qui tommes si petits? — Pas si petits, monsieur, pas si petits. Ce que j'ai lu dans nos journaux depuis quinze ans vaut bien tout ce qu'ont fait vos Grecs et vos Komains, et si ces gens-là ont eu leur Homère et Virgile, les noires trouveront peut-être un chantre qui les immortalisera, sans être eiagérateur. — Mais il n'y a pas d'exagération, mon bon François, il n'y en a pas du tout. — l'ardonnez-moi, monsieur, pardonnez-moi. Kxagération, fables, trivialités. — A la preuve, monsieur François, — Ln défi! je l'accepte, monsieur.
» Ici, Jupiter trompe le chef des Grecs par un songe, ce qui n'est pas loyal. Là, des dieux subalternes se disent des injures comme des crocheteurs, et se battent contre des hommes déjà blessés, ce qui n'est pas généreux. Des vents enfermés dans une peau de chèvre; des chanteuses qui ont des queues de poisson, et qui mangent leur auditoire; des prêtres égyptiens qui sont tous sorciers; Darius déclaré roi par son cheval; (jurtius qui referme un goulYre en s'y précipitant; des vestales qui mettent des vaisseaux à flot avec leur ceinture; des boucliers qui descendent du ciel; des poulets qui rendent des oracles, et le cheval de Troie, et des centaures, et des satyres, et des cyclopes... que .sais-jc, moi?
» — Mauvaise (|uerelle, François, que celle que vous cherchez là aux Grecs. La fiction est le patrimoine des poètes, et.. . — Mais c'est que la plupart de ces fictions-là, monsieur, n'ont pour moi rien de piquant ni d'agréable. — Oh ! si madame Dacier était là , elle vous traiterait plus mal qu'elle ne traita Laraolte, et c'est beaucoup dire.
— Madame Dacier aurait tort, monsieur; des injures ne sont pas des raisons. — Ce sont donc des raisons que vous voulez, François? hé bien ! je vous en donnerai , et une seule les renferme toutes. — Ah ! voyons-la , monsieur. — Homère et ses illustres successeurs n'ont pas toujours cherché à paraître raisonnables. Ils ont cru devoir quelquefois sacrifier aux préjugés; et ces préjugés, qui vous blessent, étaient ceux de leur siècle ou de leur olympiade. A-t on jamais reproché à ^ oltaire d'avoir fait apparaître saint Louis à Henri IV ? — C'est bien différent, monùeur. Je ne connais pas Voltaire, mais je sais que saint Louis est véritablement un saint : ainsi Voltaire peut avoir dit la vérité. — Et ce que vous traitez de fables, d'absurdités, était aussi des vérités pour les Grecs. — Diable! mais je fais une réflexion, monsieur. — Et laquelle, François? — C est que les hommes de tous les temps et de tous les lieux pourraient bien se repaître de fables.
— Voila ce que vous avez dit de mieux, François.
• — Ah çà, monsieur, si j'ai eu tort sur ce que nous appelons fables, vérités ou préjugés, permettez-moi quelques réflexions sur ce qui est philosophique; il ne doit pas y avoir là de merveilleux.
» Qu'est-ce que tous ces puissants rois, souverains, par tête, d'un royaume aussi grand que le royaume d'Yvetot? Qu'est-ce que cet Agamemnon, qu'on nomme fastueuscment roi des rois, et que les autres roitelets mènent à la férule? Qu'est-ce que cet Ulysse, roi de Tiiifiniment petite Ithaque, cet Ulysse tant vanté, qui trompe impudemment Philoctète, qu'il n'eût osé combattre, et qui, aidé seulement de son fils et de deux valets, tue tous les amants de sa vieille femme, qui ne pouvait plus avoir d'amants? Pourquoi arrivera ce dénoûment en changeant ses compagnons en pourceaux?... — Allégorie admirable, mon ami, qui prouve que l'homme soumis à ses passions se ravale au niveau des bêtes. — N'oubliez jamais cette allégorie-là, monsieur; mais avouez qu'elle n'a rien de noble.
o Et cet Ulysse s'habillant en gueux et demandant l'aumône ?... — Et n'avons-nous pas vu de nos jours le prince Edouard se déguiser en fille pour échapper à ses ennemis? — Cet Ulysse , dis-je, suivant tout nu le chariot d'une belle princesse qui venait de faire la lessive , sonl-ce là des allégories? — Ce sont des faits vraisemblables, puisqu'ils sont dans les mœurs du temps, auxquelles vous ne voulez pas plus vous ployer qu'à la chronologie que vous violez à chaque phrase, comme vous confondez prose et vers.
» — Et la valeur plus qu'humaine de cet Achille que tout le monde admire, et qui n'était pourtant qu'un poltron, puisqu'il était invulnérable ? — Invulnérable! non , François, il ne l'était pas au talon.
— C'est tout un, monsieur; car qui diable s'est jamais avisé d'attaquer son ennemi au talon? — C'est cependant par là qu'il est mort, François. — Mort aussi étonnante que sa vie.
• Et cette Aulide, dont le nom pompeux résonne si harmonieusement à l'oreille, et qu'on a, dites-vous, célébrée en si beaux vers français; cette Aulide, ou Aulis , était-elle autre chose qu'une misérable bourgade, devant laquelle la flotte des Grecs fut arrêtée si longtemps?
— Eh! qu'importe qu'Aulis fût un bourg ou une ville! c'est de la flotte qu'il s'agit. — Oui, monsieur; mais un grand port rassemble nécessairement beaucoup d hommes, et ou il y a beaucoup d'hommes, on bâtit de grandes villes. Je ne crois pas que Brest, Toulon, Portsmouth, Varmoulh, soient des villages. (>ne\ port donc que celui d'Aulis ou d'Aulide, et quelle flotte que celle d'Agamemnon qui y entra tout entière ? Tenez, monsieur, tout cela devait ressembler au port et aux barques des pêcheurs d'Ambleteuse. — Savez-vous, François, que vous êtes le seul ([ue je glisse écouter avec cette modération? — Je vous remercie, monsieur.
■> Parlons maintenant un peu de ces victoires qu'on célèbre depuis tant de siècles. — J'espère bien, monsieur François, ([ue vous ne me contesterez ni les Thermopyles , ni Salamine, ni iMarathon. — Allons, monsieur, je vous passe Marathon et Salamine; car il n'est pas impossible que les Grecs aient fait dans ces deux journées ce que nos braves ont fait à Marengo et à Austerlitz. Mais le combat des Thermopyles me paraît fort, monsieur, très-fort. — Il n'est pas plus incroyable que le récit des deux autres batailles, et on en trouve un exemple da-ns l'histoire moderne. — Ah ! coulez moi cela , monsieur.
» — Le château de Fraiichiiuonl, au pays de Liège, était assiégé par Charles \ 11 et Philippe le lion. Stréel , dont le nom devrait être
LA KAMILLt Ll c:t,\ \ !..
conmi, et i|ui pourlanl ne l'i-st pas, sortit l.i nuit à la ItMc de trois cents soldai , et pênitr.i jusciu'ati (iiiarlier m'neral de l'armée des assiégeants. I.e projet de Slroel était d'iiilever le roi de France et de terminer la p.iierre parce coup d'éclat. H se trompa, et entra dans la tente du duc d'Alençon, c|u'il fit prisonnier. Le roi dormait dans la tente voisine : ses (jariies entendirent du hruilet répandirent l'alarme. Les rraiicliimoiilois furent enveloppés à l'instant. Ils coniljatlircnt comme Léonidas et les siens, et ils eurent le niêiue sort. Ils périrent tous glorieusement.
, Ab ! ma foi , monsieur, je vous tiens. — (;oninient, vous me
tenei ? Oui , monsieur. Si (lour me prouver la possibilité des liants
faits altriliucs au\ Grecs, vous êtes forcé de m'en citer d'aussi brillants qu'on ne conteste point à nos aieui, il faut nécessairement (pie vous conveniez que les modernes valent les anciens. — Allons, allons, le piège est adroit, et je ne m'y attendais point. — tiavei-vous, monsieur, ce que je pense en définitive de la dilTérence établie entre les temps reculés et les derniers siècles? C'est (pic les auteurs grecs, échauffes par l'élan du patriotisme, ou poussés peut-être par un orfueil national, ne laissaient perdre aucun trait, tandis que les nôtres... — Flattent les vivants et oublient les morts; u'est-ce pas cela , François ? — Vous aclievez ma jiensce. »
François était encbaiité de prouver (|u'il avait lu, et avec fruit. C'était ini qui chaque jour commençait une dissertation nouvelle , où , selon sa métbode, qui n'est pas la meilleure, il confondait les faits et les époques. (^)ciclquefois Adolphe riait, quelquefois il se fâchait, et chacun restait ferme dans son opinion.
Cependant François pensa un jour que le moment oii il ne resterait rien à dire des Grecs et des Komains n'était pas éloigné, et il sentait la nécessité d'occuper Adolphe quelques années encore de choses propres à prolonger le sommeil des passions.
Il rêvait profondément aux mojens'd'amuser l'imagination de son pupille sans l'échauffer. Le bon homme n'était pas inventif; aussi jouissait-il plus qu'un autre quand il avait trouve quelque chose qui lui paraissait sortir de la classe des idées communes. Un jour que la contradiction avait extraordinaircmeiU exalté la tète d'Adolphe en faveur des anciens, François saisi d'une sorte d'enthousiasme d'invention .-ie sentit inspiré. 11 se mit .i sauter par la chambre eu se frappant les genoux des deux mains et en riant aux éclats.
Adolphe le regardait, l'oeil fixe et la bouche ouverte. Il le croyait fou. Il lui était sincèrement attaché, et en le regardant, il oubliait l'Attique et Rome. François le tira de peine en s'asseyant tranquillement auprès de lui, eu lui prenant la main et en lui disant ce qui suit :
« Monsieur, si, comme vous le prétendez, je u'enlends rien à la chronologie ni à la géographie, j'ai pourtant quelquefois des pensées dignes d'un Grec ou d'un Romain. Ecoutez celles que je vais vous communiquer.
u Vous vous déplaisez à la ville et au village; cloignons-uous de l'un et de l'autre. — Et oit donc vivrons-nous ? au milieu des bois ? — Pas du tout , monsieur. Vous avez à deux lieues de Paris... — A cinquante stades et quelque chose, François. — Laissez-moi compter par lieues, monsieur, cela m'est plus facile. ^ ous avez à deux lieues de Paris une prairie de vingt-cinq arpents eu carré, qui ne rapporte presque rien, grâces aux chevaux de la marine. Fermons-la de murs; faisons-en une petite Grèce, et peuplons-la de gens pénétrés comme vous d'admiration pour l'antiquité. — Oh ! F'rançois, François 1 quelle idée! elle est aussi sublime que nouvelle. > Et il embrassait François de tout son cœur, et son imagination enflammée étendait le projet du tuteur et le parait du coloris le plus brillant : c'était de l'ivresse, du délire.
« Bon! bon ! disait à part lui François; je le tiens encore pour deux ans.
Il fallut aussitôt courir chez un architecte pour avoir un plan de la Grèce en petit. Ils n'en connaissaient aucun ; mais on ouvrit l'almanach, et on donna la préférence à celui dont le nom avait le plus de rapport avec l'idiome chéri.
Adolphe commença par lui parler grec , et fut fort étonné que le copiste des Corinthiens, des Ioniens, des Ooriens, n'entendit pas leur langue. Il fallut descendre au langage vulgaire à l'usage des Français; et Adolphe, plein de son objet, eut parlé trois heures, si l'architecte ne lui eût dit assez sèchement que des beautés déplacées ne sont plus des beautés, et qu'il eût à vouloir l'instruire du sujet de sa visite.
• ^lonsieur, j'ai, dit-on, un pré de vingt-cinq arpents en carré; je dis arpents, parce que je n'ai pas pris le temps de réduire le stade grec en perches. — Vous avez bien fait de ne pas vous donner cette peine, monsieur, parce que, pour vous entendre , il eût fallu que je la prisse aussi. — Je compte dépenser dans ce pré environ cinquante talents. — Combien cela faii-il argent de France, monsieur? — Comptez, monsieur, à cinq mille quatre cents livres le talent. — Hé, monsieur, parlez français, » dit François, pendant que l'architecte calculait.
Et, à mesure que le calcul avançait, la figure de l'architecte se déridait; son air devenait respectueux et agréable.
• Comment diable ! s'écria-t-il enlin, cela fait deux cent soixante et
dix mille livres. — Je ne l'aurais pas cru , dit Adolphe. François, avons-nous cette somme a notre dispo%ilion? — Et au delii, mousieur; soyez sans iii(|uiétude, et passez a votre plan.
» — Noyons d'abord, reprit l'arcliilecte , la disposition du terrain. Vingt-ciii(| arpents en carré, dites-vous Y a-l-il di- l'eau? — Dieu certaincinent ; une rivière coule au bas de ma prairie, piiisiiue les
I riions et les ^éréides y jouent (luebiuefois. — Je n'ai point parlé de Tritons, monsieur, mai» de chevaux de la marine. — Mon tableau
était bien plus joli, François — Mais le mien est bien plus vrai. — Enfin , François, il y a une rivière? — Oui, la Marne, monsieur.
» — Allons, dit l'architecte, je vois ce (|u'il faut à monsieur. Un joli château, un jardin anglais, pi(|uant, varié... — Fi, donc, monsieur! des châteaux, des jardins anglais! Je veux d'abord sept maisons dans le genre de celles d'Athènes, ayant chacune leur petit jardin. Je les veux assez éloignées les unes des autres, pour que les sept sages qui les habiteront puissent méditer sans être interrompus, et assez voisines pour qu'ils puissent se voir facilement. — JS'allez pas trop vite, monsieur, dit François, car de tons ces sages-là Rias est celui auquel vous ressembleriez bientôt parfaitement.
» — Un moment, reprit l'architecte. Avant de mettre des bornes à la libéralité de monsieur, souffrez qu'il me dise comment on bâtissait à Athènes. — Ilél monsieur, un petit appartement en bas pour les hommes ; un autre au-dessus pour les femmes, et une couverture en terrasse faisant saillie pour garantir de la jiluie.
Il — lié bien, hé bien! cela ne coûtera pas énormément. Vous aurez des maisons athéniennes.
•> Passons maintenant à la division du terrain, aux formes que nous lui donnerons et à sa décoration. Je fais entrer la IMarne chez vous; elle y fait mille détours , et parait en sortir à regret. — A merveille , à merveille 1 C!e nouveau fleuve s'appellera le Céphise ou le Scamandre. — Sous des peupliers, des saules pleureurs, artistement disposés, je l'élargis considérablement, et je vous ménage un étang.
— Un lac, monsieur; monsieur, le lac Mœris! et sur ce lac des joutes exécutées sur de petites galères grecques, armées de leurs éperons. Quel plaisir de réunir l'Egypte et la Grèce dans un aussi petit espace !
» — Au milieu du lac, puisque lac il y a , une île riante, décorée ée fleurs et d'arbustes. — Elle s'appellera Cythère. — Sous le lilas et le chèvrefeuille , un trône de mousse... — Au haut duquel sera un Amour menaçant de ses traits quiconque osera approcher de cette retraite enchantée.
« — On sortira de l'ile par un pont léger qui conduira à une vallée émaillée de fleurs champêtres... — La vallée de Tenipé. — A l'extrémité , une grotte en rocaille... — L'antre de Delphes, monsieur, et la beauté seule y rendra des oracles. — La grotte est adossée à une montagne... — Le mont Ida, sur lequel Jupiter s'asseyait, la foudre en main, pour voir combattre les Troyens et les Grecs. — Sur la montagne, un temple en ruines... — Le temple d'Ephèse , monsieur.
I — Ah ! vous me parlez enfin ma langue; et si je ne connais ni les stades , ni Tempe , ni le mont Ida , je possède la grande , la belle architecture antique, ^on, monsieur, votre temple ne s'appellera pas le temi>le d'Ephèse. — Et la raison, monsieur? — C'est que je ne puis établir sur un monticule de quelques toises de circonléience un édifice de quatre cents pieds de long sur deux cent vingt de large et soixante de hauteur. — Hé, monsieur, une femme porte-telle au bras un portrait de grandeur naturelle? Faites mon temple d'après Pausanias; faites-le de dix pieds de long sur huit de large, si vous voulez. Mettez-y une statue de Diane , haute comme mon pouce , si vous ne pouvez la faire plus grande. Mais ce sera le temple d'Ephèse, ou je vais de ce pas chercher un architecte plus traitable que vous.
— Oh! je me rends, monsieur, je me rends.
• Sur le derrière de la montagne, se présente un roc escarpé .. — Le rocher de Leucade ; et pour la vraisemblance , le Scamandre passera au bas. — On descend le roc par des degrés, imitant les saillies naturelles des pierres. — On ne le descend pas, monsieur, on le saute.
— On le descend, ou on se noie. — On saule dans le fleuve , vous dis-je, et on s'en tire .H la nage. — Allons, le saut pour les nageurs, et les degrés ]iour les autres.
> J'entrevois cependant une difficulté. — Laquelle, monsieur? —
II faudra encore un pont pour passer ceux qui ne seront pas descendus en désespérés. — Répétition, stérilité d'imagination, diront les connaisseurs. — Hé, jiarMeu, dit François, mettez-y une barque. — Il a raison, mon tuteur, la barque à Caron; et, pour qu on ne s'y trompe pas, mon passeur aura soixante-dix ans, l'air refrogné , la barbe longue , les épaules, les bras, les cuisses et les jambes nus. — Une barque soit, dit l'architecte.
. De la rive opposée du ruisseau , ou passe dans un bosquet charmant. — Rravo : bravo ! les ( :hamps-Elysées. — Je le coupe en labyrinlbe. — Bravissimo! le labyrinthe de Crète.
» — Permettez , monsieur, que je vous arrête encore. Je vous parle plantation; vous me répondez architecture. Le labyrinthe de Crète était un assemblage de plusieurs palais... — Je sais que Pline le dit, monsieur ; mais je sais aussi quHésychius appelle labyrinthe un terrain quelconque, coupé d'une multitude de roules, dont les unes se croisent en tous sens, et les autres tournent en spirale autour du point
LA FAMILLE LUCENAL
de leur naissance. IX- cieuv opinions opposi'ps, j'aiiople relie qui me convient ilavanl.ipe : ainsi mon l)ocaj;e sera, selon les circonstances, les Clianips-Llysées ou le laliyrinllie ilc ('rète.
„ — Korapitiilons un peu, reprit l'arcliilecle. Sept jolies maisonnettes et leur jardinet; un ruisseau serpentant ; un étani;, une ile, un pont, une vallée, nne(;rotte, une nioulai;ne, un temple, un rocher, un laliyriutlie ; c'est fort bien. Ajoutons eii et là des massifs de fleurs, et quelques bouquets d'arbres. Sous lis uns nue salle de verdure, des jeu\ sous les autres, et lerniiuons par une allée tortueuse, de quatre toises de larjjeur, qui réi;nera d.ins tout le pourtour. 11 ne me reste, je crois , qu'à faire le plan fijjuré , le plan gionu'lrique et mon devis.
» — Mil vous croyez cela, dit François. Votre plan me paraît trèsjoli , sans doute. Mais l'igréable ne suffit pas ; je veux y joindre l'utile. Laissrz-moi faire aussi ma récapitulation.
« D'abord , «lans vos sept maisons , je ne vois pas une cuisine, et on mangeait en ('■rècc. l'es cuisines ne suflisent pas, il faut de quoi les fournir. Ou sont la vacherie, la laiterie, le poulailler, le colombier, le potajjer, la meloniiière, le verger, les espaliers, les ruches à miel.'
u — François a raison , vous n'avez pas dit un mot de tout cela ; et en France" comme en (irèoe, tout cela est de première nécessité. — J'étais dans le feu de la composition, monsieur ; mon àme s'était élevée au-dessus des objets purement matériels : venons-y.
• Votre terrain est carré. Dans le premier angle , je place les écuries, les remises et le iioulailler; dans le second, la vacherie, la laiterie et le colombier; dans le troisième, le potager , la melonnière et les ruches ; le tout masqué par des treillages garnis de plantes montantes. — De bons pieds de chasselas, s'il vous plaît' dit le tuteur.
» Ah lii ! reprit Adolphe, quand commenceront nos travaux? —
Dans quatre jours, monsieur, je vous présente les plans et mon devis ; le cinquième, je me transporte sur les lieux suivi de trente terrassiers qui auront chacun dix journaliers à leurs ordres.
. — jSous iiartirons ensemble, répliqua Adolphe. Je veux voir la métamorphose de ma prairie, en suivre les progrès, y travailler de mes mains, comme Deiiys à Corinthe, et être, de toutes les façons, le restaurateur de la (jrèce. — .'Mais, monsieur, le plus prochain village est à trois lieues de votre colonie. — Hé bien, François, des tentes pour le jour, et la nuit une chaumière. Vivons d'abord en Spiirtiates, et méritons ainsi de jouir des délices d'Athènes. »