‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 64 sur 379 · I. \ lAMIl.I.K I.UCF.V A · texte numérisé non relu

I. \ lAMIl.I.K I.UCF.V A

La i>ii'i"e est lort belle; mais on sent trop liieii que ce sont des l''ninoals qui purk'iil. — Oli! celte fois, monsieur, je pense tout à i.iit comme vous. •

Le lendemain, Adolplie fut à l'OiiiTa-Coniique. Il y applaudit quelc|ues talents distini;ni'-s; mais comme il n'avait pas le goùi formé encore, il ne put supporter la manière de quelques chanteurs que tout le monde trouve divine.

Le Iroisicme jour, il pria François de le conduire ;i l'Opéra. On donnait (V.'/Z/if <) Coluiii' , et il se trouva par hasard auprès de son petit mon>ieur. n (l'est beau, c'e>l beau, rcpclait-il sans cesse. (Quille simplicité, quelle noblesse, quelle onction! — Et quel !;oùt de terroir, reprit le petit monsieur ! ne vous senible-t-il pas cette fois entendre des (irecs' — Mais pourquoi tous ces (;cns-lii ouvrent-ils sans cesse les portes? Pourquoi pirlent-ils si haut? — C'est qu'ils ne

A l'Opéra, Adolphe se trouve par hasard a cùlc du petit monsieu

viennent pas ici pour cet immmorlel ouvraf;c. Ils attendent impatiemment que d'autres personiiajses commencent à passer une jambe par dessus l'autre, ce qu'il font trèî-adroitcment. — Ce spectacle-ci est donc à l'usage des sourd>? — ALi foi, ou serait tenté de le croire. »

Adolphe fut prévenu par son petit monsieur que le jour suivant 011 jouerait /'//c/rc , et que la séduisante jpliiijénie reparailrait dans cette pièce. Comme le petit monsieur av.iit donné une fois i;ain de cause à .Adolplie, (]u'ils s étaient trouvés du même avis à l'Opéra, le jeune homme commençait à le trouver fort à son gré. Pour être sur de le retrouver au spe<:tacle, il l'invita à dincr pour le len lemain, et un savant ne refuse pas un bon dîner offert de bonne grâce.

Il fallut donc que François relournàl à la Comédie-Française, qui l'amusait bien moins que les marionnellcs. !\Lais il ne savait rien refuser à \dolphe. Celui-ci fut très-aise de revoir son Iphigénie. (Jependanl il trouva très-mauvais qu'elle représentât une .Vricie qu'on ne trouve pas dans F.uripidc. Le petit monsieur lui rap])ela un passage de Virgile, oii il est dit expressément (|ue cette princesse épousa ïlippolyle lorsqu'il entêté ressuscité par Fsculapc : les dieuv anciens et modernes ont tous te don des miracles.

.Adolphe se rendit ii la force de la citation : il avait trop de plaisir à contempler son Iphigénie pour contester lon;;tem]is IMais il ne ]iiii se défeiulre de ciler a son tour. Il parla du ])réceple d'.Vristole , qui veut (|uc l'amour tienne le priinicr rang dans la tragé<lie, ou qu'il en soil banni tout a fait. Le peut monsieur convint <|ue celui d'Ilippolyie o-t froid et insipide : — • Mais, a]niila-t-il, Vniis ne sav< z ]>as qu'alors on ne recevait pas <le pièce oii il n'y aiail pas de rôle pour Viiiiiiia- ?ii(«e Vous ignorez que de nos jours \ oliaire fut obligé d'ajouter ;i ton ()l'ilip>- l'amour sunnné île Jocaste et de Pbiloclètc , sans quoi les comédiens eussent refuse sa pièce. — Ah! ce sont les comédiens qui reçoivent. Ils sont donc aussi gens de lettres? — .le ne dis pas cela. Mai», dès qu'ils sont reçus h l.i Coméilie-l'rançaise , ils ont un lact »ùr, un jugement sain, ui; goût épuré : c'est un des privilèges attachés à cette profession. ■>

P.iris. 'ry|tf>(;rapliîc Pion fi

" Voilit qui est singulier, « reprenait Adolphe; et il se taisait dès qu'.Aricie paraissait. Le plaisir qu'il trouvait à la regarder croissait sans ce^se', et il dit ii l'rançois à la fin de la pièce : « Hé bien, mon ami, qu'en pensez-vous, n'est-il pas vrai qu'elle est charmante? — Oli ! iiiarinante !... elle n'est pas mal. — \ ons êtes dillicile, continua le petit monsieur : c'est la plus jolie personne de ce théâtre. — Voilà comme vous êtes, mon ami; il sull'it qu'une femme me plaise pour qu'elle ne soil pas de votre goût, u

lu moment après, il demandait au petit monsieur s'il était bien dillicile d'avoir accès chez elle. « Mais je crois qu'un jeune homme, aimable, bien élevé, peiitse présenter pirlout. — Aie, aie, dit tout bas François eu f.iisanl une mine, mais une mine!

» — havez-vous , mon ami, reprit Adolphe, quelle différence je trouve entre une véritable princesse et une princesse de théâtre? La voici. La souveraine d'un Etat (|iielcon (lie joue ce rôle jusqu'à sa mort ou jusqu'à la dissolution de son empire; mais elle règne toujours sur les mêmes Elals. Elle voit sans cesse les mêmes mœurs, les mêmes coutumes, les mêmes visages. Elle dit et fait sans cesse les mêmes choses. Le jour (]ui commi nce doit s'écouler comme le précédent, et le lendemain elle trouvera encore l'ennui entre l'étiquette cl l'orgueil. La princesse de ihéàirt' règne alternalivement sur toutes les parli; s du globe. Tous les jours elle dit et fait des choses nouvelles; lous les jours elle reçoit l'hommage de courtisans et de spectateurs nouveaux. La toile est-elle baissée, elle rentre dans la classe des femmes amusantes et amusables. Elle oublie les intérêts politiques de la Grèce et de Rome, et elle dispose d'elle à son gré. Cette vie-là doit être ravissante.

» Parbleu, mon cher François, il me vient une idée excellente. .le crois (|ue je jouerais les héros avec une grande vérilé. J'ai de l'élév.iiion dans l'âme, une profonde sensibilité, et je présume qu'.Vricie ne me refuserait pas ses conseils. Tenez, mon ami , l'habit qu'on me (ail irait ."i merveille dans le rôle d'Hippolyte. »

M. nullement était l'oracle et l'inslituleur des jeunes gens aisés qui aspiraient il bien tirer un coup de fusil...

Allons, allons, pensi le tuteur, que l'habit soit fait ou non, nous retournerons demain à \lliènes : il n'y a pas à balancer.

Le petit monsieur reput la jiarole. Il entra dans le détail des difticiillés de l'art tliéàtral; des injusiices , des humiliations que le vrai talent éprouve trop souvent; de la facilité d'éviter ces désagréments en s'amusant sur des théâtres de société ; de la folie enfin de sacrifier à dessuccès incertains un état brillant oii conduit loiijours une grande fortune unie à des qualités réelles. l'>aiiçois serra la main au petit monsieur.

Adolphe ne goûtait pas du tout ces réflexions. (Cependant il lui demanda son nom et son adresse. Il se nommait Duval, et logeait à l'Observatoire, .l'ai toujours pensé que le projet d'Adolphe était d'aller furtivement s'instruire chez M. Duval des moyens de se faire présenter chez la princesse Aricie : l''rancois av.àt décidé autrement.

l'S, ruf ili- Vain;ir.iril , .'tti.

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