I.A FAMILLE LTTCF.VAt
sii'iir. — (à'pi'iulant les anciens tuaient avec leurs flèches, et, corbleu , je tner;ii comme eux. • Il tire, il tire, il lire; ses Grecs tirent comme lui ; lis carquois se vident... et rien.
Adolphe n'osait éclater; mais il était piqué au vif. François lui propose de prendre un fusil. Il répond que celte arme ne va pas avec son costume. François répliciue que les ("irccs s'en fussent servis, s'ils l'eussent connue. .Àdolplie , intérieurement convaincu de l'avantage des armes h feu, ne fait puisqu'une i;riinace déforme, prend le fusil, et Hellenient se ranije auprès de lui.
Trois ou quatre lièvres parlent ii la fois. Adolphe porle la crosse à sa poitrine, ferme les jeux, et lâche la détente. IJellement, qui règle ses mouvements sur les siens, lire en même temps l n mallieureux lièvre , renversé sur la place, se débal encore. Adiilplie court, et le ramasse il'un ;.ir triomph.int. « l'Ius de flèches, dit-il, plus de flèches. Je conroi^ que cette arme, trop sujette à l'action de l'air, doit souvent perilrc sa direction. 11 est probable que les anciens l'employaient seulement à la guerre. Le javelot, mes amis, l'épieu. — lie! monsieur, répondit François, vous ne tuerez pas de perdreaux à l'épieu. — Nous avez raison, mon ami; mais nous ])Oursuivrons, nous atteindrons le lièvre fugitif, puisque nous n'avons pas de monstres a combattre. — (Jui vous l'a dit, monsieur? — IJts monstres ! il y en aurait ! Allons, mes amis, en avant, tète baissée. — Un moment, monsieur, il faut déjeuner, (^ela repose, donne des forces, et on ne peut en avoir trop pour ce qui vous reste a entreprendre. — Oh! «léjeuner, déjeuner ! cela n'.i rien d'héroïque. — lié ! monsieur, les héros d'IloHière et de \irgile étaitnt gens de bon apjiélit. • — C'est vrai . c'est très vrai. Allons, mou ami, déjeunons. — \ ous profilerez d'ailleurs de la circonstance pour vous faire frotter encore.... vous savez oii. — .\ propos de cela, savez-voiis que la manière de mouler à cheval des ^umides n'était pas commode du tout? — C'est ce que j'ai déjà pensé. — 11 se pourrait que les historiens nous eussent fait un conte à cet égard. — Comme à beaucoup d'autres, monsieur.*
Ils avançaient en causant, llippolytc tenait par les pattes de derrière son lièvre, (|u'il n'eût pas (lonné en ce moment pour les petits Klats de Thésée, il écoutait, il répondait à François, qui se gardait bien de le contredire; mais cpii l'amenjit peu à peu à d clarer franchement que nous valons les anciens sous bien des rapports, et que notre m.inière de vivre est au-dessus de la leur.
Le déjeuner fini, ou rentre dans le jiarc. On lâche la meule entière, Le sou du cor anime chasseurs et chiens. Les piqueurs battent le taillis; Ilippolyle les devance. François et Uellement suivent, ayant chacun un fu^il sur l'épaule.
On a dépassé de deux cents toises l'endroit où le jeune homme a cru tuer son lièvre, et on n'a rencontré encore que des animaux timides. ISoire héros se désole, se dépite. François lui a donné l'espéranre de combattre un monstre; il n'y compte pas, mais il se flatte de trouver au moins un animal qui ne fuira ]kis devant lui.
On aperçoit, à travers les br.inehes, une mare sur laquelle s'élèvent des joncs, et que domine une roche dont la pointe s'avance audessus du niveau de l'eau. J'ous les chiens donnent à la fois. Miraud, le plus intrépide des limiers, se jette » l'eau. 11 avance, il enfonce, il recule, il avance encore. 11 invite, de la voix et de la queue, les autres chiens a le suivre. Ilippolyle, enchanté, lui décerne à l'instant le nom célèbre de Meltimpe.
Cepeidanl Melanipe seul cherche à s'ëlancer sur l'animal; les autres s'arrêtent et se couchent. Hippolyte, indigné, veut les relever avec la pointe de sa javeline. Les plus intrépides, Hrifl'aut, Ronflant, Hustaut. se laissent piquer, et poussent làclieuient des cris de douleur.
Hippolyte se reproche de ne pas seconder le brave Mélanipe. Il cherche un détour, parre qu'il ne se soucie pas de s'ensevelir dans la fange. Il Inverse des broussailles, des ronces, des joncs; il n'est plus qu'a trente pas de la roche dont la cavité recèle sans doute le monstre que IMélampe ne cesse de menacer... Tout à coup, ciel ! ô ciel !...
On effroyable cri , sorti du fond des flots , Des airs, en ce moment, vient Iruuhicr le repos; El du sciii do la terre une vuix furmidable Ri^pond, en gémissant, à a cri redoutable. L'onde approche, >c brise et vomit à leurs yeux, Pormi lies (IdIs d'écume, un monstre furieux. Son front larpe est armé de cornes menaçantes; Tout tton corps <*9t rouvert d'écnilles jaunissantes. Indnmptahlc taureau, dragon impélneux , Si croupe se recourbe on replis tortueux.
L'IIippolylc moderne, loin de %nnt se» javelots, de pousser au monstre.
Et, d'une main sûre, Do lui fendre le flanc d'une lar^(> blessure,
notre Hippolyte, incertain, s'arrête, recule, se place entre François et llelleiiieiit : on aurait peur ii moiiH.
Opeiid.inl le monstre approche de la rive; il faut prendre un parti. Se di^^lioiiorer pir une fuite marquée ser.iit trop fort. .S'exposer a se faire déchirer serait trop dur. Noire héros jette les yeux sur son tuteur. Il le voit sourire, il se remet. Il n'est venu trouver François et
Uellement que pour leur conimuiiiquer son plan d'attaque : quel homme n'est pas un peu gascon?
11 leur déclare d'abord qu'il n'entend pas que personne partage avec lui l'honneur de la victoire. Il ajoute qu'il dédaigne l'avantage de l'arme ii feu, C est avec l'épieu, c'est corps à corps qu'il veut combattre.
Il dit et s'élance. Il frappe l'animal dans le côté, et le parc retentit «les gémissements du iiionslre et des cris de joie que l'admiration arrache aux spectateurs. « ,1e lui ai brisé les côtes , disait Hippolyte. Il ne peut ])lus soutenir son énorme queue, disait François. \ oyez ces ailes touillantes, • disait Delleinent. Et un chorus universel, coavrant toutes les voix, porte l'enthousiasme à son comble.
Il fallait retirer l'épieu porter un second, un troisième coup pour achever le monstre. Ilippolyle fait de vains efforts. La pointe de l'épieu, faite en langue de serpent, est arrêtée par ces côtes elïrayantes, qui doivent avoir six pouces de large au moins. Ilippolyle lire de son côté, et le monstre du sien. Le plus fort devait enlraiuer le plus faible : Hippolyte tombe embarrassé, non i/ori.s /es' rênes, mais dans la queue et les pattes de l'animal. Il pousse de nouveaux cris... ceux-ci sont de frayeur.
Bellement s'avance, met le bout du canon dans l'oreille du monstre, fait feu, et dégage notre héros.
Quand Hippolyte fut convaincu que son terrible ennemi était mort, bien mort, il trouva très-mauvais qu'on lui eût ravi une partie de l'honneur du combat. Ses derniers cris étaient ceux d'un assaillant irrité de la résistance qu'on lui oppose. Cependant , il trouva convenable de s'éloigner de quelques pas , parce que l'air qui l'environnait était infi'tlè de l'haleine du monstre. Il ordonna qu'on le portât sur le char, et il ferma, à pied, la marche triomphale qui le conduisit chez le concierge.
Il Ml loi, disait-il à François, je commençais à douter de la vérité des travaux d'Hercule, comme de la manière de monter à cheval des Numides. Mais il est constant qu'il y a des monstres, puisque j'en ai tué un ; et alors Hercule peut fort bien en avoir détruit un demi-cent. Ah ! répondait François, vous n'avez pas encore eu le temps de bien examiner celui-ci. Au reste si quelque poète prenait la peine de mettre en beaux vers votre aventure, je ne sais pas trop ce qu'on en penserait dans deux mille ans. •
Le cortège arrive chez le concierge. Huit hommes suffisent à peine pour enlever le mort et le déposer sur deux grandes tables rapprochées à cet effet. Ils iiaraissent ployer sous le fardeau, et Hippolyte observe, de la porte, que son ennemi conserve encore cet air menaçant qui ne l'a point intimidé.
Dans le fond de l'àme , le jeune homme ne savait trop que croire. Il avait vu François sourire, et ce sourire l'avait encouragé, parce qu'il savait son tuteur incapable de l'exposer au moindre péril. D'un autre côté, le premier liieur du monde. Bellement, était là pour veiller à sa sûreté ; et pourquoi celte précaution, s'il n'y avait pas de danger? (i'est ainsi qu'autrefois Minerve veilla sur Télémaque combattant Adrasle, et qu'elle soutint ses forces épuisées. Il était trèshonorable sans doute pour M. Bellement d'être comparé à Minerve, et cette idée, tout absurde qu'elle était, fut celle qui fixa notre Adolphe, parce qu'elle flattait son amour-propre. H trouvait pourtant assez extraordinaire qu'un animal d'une forme aussi bizarre se fût trouvé dans un parc. Au reste, il n'y avait pas moyen de douier de l'identité. François proposa d'écorclier le monstre, d'empailler sa peau, et de la suspendre à la voûte d'un arc de triomphe, qu'on élèverait sur le mont Ida , en mémoire de ce grand événement. Adolphe applaudit beaucoup à la proposition, et il s'approcha bravement des deux tables, précédé de quatre hommes, armés chacun d'un bon couteau... Mais, hélas! hélas! et quatre fois hélas! que les choses les plus mémorables sont quelquifois ridicules pour ceux qui les voient de près !
On met l'animal sur le dos, et Adolphe observe que ses pattes grêles n'ont aucune proportion avec le reste du corps. D'un seul coup on lui ouvre le ventre de la clavicule au scrotum, et Adolphe remarque que cette peau crie en se déchirant comme du taffetas gominé. On écarte a droite et à gauche ces prétendues côtes de six pouces de large, et elles se brisent sous les doi;;ts comme un paquet d'allumetles. Cependant l'intérieur ressemble à la caverne de Polyplième ; mais on n'en tire qu'un joli cochon de six mois, et il ne reste sur les tables qu'un mannequin d'osier, recouvert d'une toile peinte à l'huile, et enduite de poix et de glu.
.Adolphe est stujiéfait , humilié, et les spectateurs se pincent les lèvres pour ne ])as éclater. « iMonsieur, dit François, qui voulait corriger son pupille sans lui faire rien perdre de sa considération, monsieur, il n'est pas nécessaire, pour piouver qu'on est brave, de tomber sous la (lent nieurlrière d'un tigre ou d'un lion. H sulïil de chercher le péril 011 on est convaincu de le trouver, et c'est ce que vous avez fait de la meilleure grâce du monde. Mais comme vous ne pouvez fusiller un cochon tous les jours, parce que ce passe-temps deviendrait un ]ieu cher; que d'ailleurs, l'illusion ctaiil détruite, celte chasse n'aurait plus rien d'héroïque , je vous conseille de vous en tenir aux lièvres et aux perdrix. — Mais, mon ami, celte manière de chasser n'a rieii du tout qui déroge. Si les sévères S|iarliates forçaient la grosse hèle sur le mont Taygètc, Xénoplion nous ajiprend qu'ils ne dédai-