I.A FAMll.Li: LUCE^AI
les modernes. Les iiostes »iii lelCres, iiiiaginces |>ar C.liurleiiiu|;iiL- , cl rétablies |i;ir Louis XI , les lapis de Tiiiqnic cl de Perse, surpasst's par fcu\ de la Savonnerie; les lapisserics des (iubeliiis, nos porcelaines, étaient i|;nores des anciens. Ils n'avaient ni olloniane<, ni nos chaises loni'nes, ni nos t'iaees il ri Hciion ; ils ne connaissaient point l'art de multiplier les lableaui par la j;ravLire, ils ne connaissaient l'usage ni des bas, ni du lin|;e ; ils étaient prives du chocolat, du thé , du café , du sucre, des sorbets el des i;laces il fruits; enbn , leurs voitures découvertes ne peuvent éire comparées à nos carrosses élégamment suspendus sur des ressorts et fermes |iar des i;l.ices.
u .Mon jeune ami, beureuv, dit \ olt.iire , ciMui i|ui , déj;a];é de tout préjugé, est sensible au mérite des anciens et des modernes, apprécie leurs beautés, coiiuait leurs fautes, et les pardonne !
Le brave Adolphe prend une route opposée , joue avec son bouquet , et continue sa chansonnette.
• — Oh ! à merveille, à merveille ! s'écria Fraueois; voilà donc la grande question décidée ! Ma foi, monsieur, si j'avais su toutes ces belles cboses-lii , c'est moi qui aurais eu l'honneur de votre conversion.
• — Messieurs, messieurs, dit madame d'Egligny, pensez donc que je ne suis |>as savante, et ayez la bonté de descendre juscpi'à moi. Je n'aurais pis cru devoir faire cette observation a M. Luceval. u Elle l'attaque; il répond. LUe met à ce qu'elle dit de l'amabilité el de la grâce; Adolphe, à son aise quand il ne faut point parler an>our devant témoins, retrouve de l'esprit, et le fait valoir. Madenioiselle Manette se mêle à la conversation; elle veut aussi qu'Adolphe brille; elle l'agace ; elle le pousse ; il no sait [ilus où il en est. Elle se dépite à son tour; elle se lève, elle sort; elle monle en chantant, sans la moindre envie de chanter. Adolphe n'écoute plus madame d'Egliijuy, il veut sortir; il cherche un prétexte; il n'en trouve pas de satisfaisant, et, selon l'usage des gens embarrassés, le plus gauche est celui qu'il préfère. Il porte son mouchoir a son nez, et se relire précipitammeiil.
Plus ou s'est contraint devant ceu\ qu'on ne v;ut pas di sobliger, plus ou cède au besoin de se satisfaire, quand on se croit seul, absoluiuent seul. .Madame d'Egligny , Duval et François éclatèrent de la manière la plus bruyante. « \ oilà une héinorrhagie bien heureuse, s'écria la maman. Si je lui portais un verre d'eau, dit Duval. Oh ! ce serait trop cruel, répliqua François. Sans doute, sans doute, continua madame d'Egligny. Gaucheries d'amour sont toujours si pardonnables ' »
Les plus uns se livrent quelquefois. On ne se doutait pas qu'Adolphe, frappé de ces éclats de rire, écoutait à la porte. « Gauchciies d'amour, répétait-il, sont toujours si pardonnables! Oui, je viens d'en faire, et beaucoup. ^lais madame d'Egligny dit franchement ce qu'elle
en pense devant mon tuteur Eh bien, ils sont d'intelligence, la
chose est claire. Je cours annoncer ii mademoiselle Manette que madame sa mère consent, et nous verrons si elle résistera encore. »
Jl monte l'escalier eu quatre sauts. A l'anlicUitmbrc, aa sulon,
persunue. Les bienséances ne sont guère calculées que pai les geni Iroids : il entre dans la chambre ii coucher... persunue encore. Il ouvre le cabinet... l ne femnie de chambre qu'il n'a pas vue Jusqu'alors , à i;cnouv devant une grande mille ouverte , et le dos tourne à la porte... une armoire ilcja ii demi garnie, un piano... Il a tout saisi dans un clin d'u'il, el la porte est releriiiée.
I.ouison se levé, ouvre, appelle... Adolphe est dijii dans les jardins.
Il enlend ouvrir la fenélre... il se jette derrière des seriii)'als.
" Est-ce vous, inademoiselle, (|ui venez de monter;' — Oui, j'ai été prendre mon voile. \Lideuioiselle .Manclle se promenait lenlement il quinze |)as de la c.ichclle d .\dolplie. .Nous savons qui elle attendait.
« Ah ! ail ! se dit-il en liii-niême , on se fait beaucoup prier pour m'accorder deux jours, et on s'arrange jiour passer l'été ici 1 .Mademoiselle INLinclte a très-certainement vu les elVets entassés dans ce Cabinel ; elle sait donc tout , et elle dissimule ! On me joue , et elle est du complot.
» Oh! comme je vais me venger! Me venger! et de qui ? d'une fille que j'adore, qui peut être ne fait qu'obéir, et qui, |iii|uée a son tour... IVoii, non , je ne me vengerai pas... Si fait, si fait, une heure seulement, l'roinons à oe< dames et h W. François que l'homme le plus franc, et même le plus sini]ile, ]>cul avoir aussi ses petites iincsscs. •
Il se relève il demi; il a l'air très-occupé à arranger un bouquet, et il clKinte : c'est un niiiyen sûr de se faire remarquer. .Mademoiselle Manetle tourne un peu la léte, l'aperçoit, sourit et s'éloigne. C'est pour elle qu'.VdoIplie a cueilli des fleurs; il va courir, voler, s'empresser de les lui oiVrir : pas du tout.
Le brave Adoljibe prend une route ojiposée, joue avec son bouquet, et continue sa chansonnette , dont l'air était passableiuent gai. Un massif le dérobe à mademoiselle .'Manette; il s'arrête; il eiitr'ouvre doucement, bien doucement, les tendres branches, et il voit... la jeune espiègle regardant de son coté, le cherchant, et froiiçaut son joli sourcil.
Il suit son allée. Ln autre massif se présente ; il recommence sa petite manœuvre ; il fait les mêmes observations, et il croit remarquer certain mouvement du pied qui pourrait bien annoncer du dépit.
Ce maire de village éiait un pauvre et honnête homme qui voulait le bien, et ne savait comment le faire.
Je suis aimé , je suis aimé, se dit-il; je n'en saurais douter. Ne poussons pas la vengeance plus loin; ne soyons pas cruel à uousmême , et biîtons-nous de jouir de la pure félicité. Il s'élance.... il s'arrête.
Oui, mais... elle ne manquera pas de motifs pour expliquer sou petit air boudeur el ses trépignements. Elle me persiflera , je ne saurai que répondre; et bien que gaucheries d'ainuur soienl toujours /(•.•s-//aiiioHH(ifi/i"î, je ne veux plus être gauche du tout. Allons, allons, un peu de courage, et voyons-la venir.
Alademoiselle Manette ne concevait rien à la conduite d'un jeune Loiu.uo qui, la veille, s'était si vivement déclaré, qui lui conveuail
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