‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 75 sur 379 · XI. — Tout change, parce que tout doit changer · texte numérisé non relu

XI. — Tout change, parce que tout doit changer

On ne parlait à Paris que de la colonie Luceval; c'est ainsi qu'on la nommait. On comparait François à Guillaume Penn : même franchise, même simplicité. On enviait le sort des paisibles habitants du hameau; on disirait, comme on désire à Paris, très-vivement d'en augmenter le nombre. On pressait le propriétaire de bâtir vingt maisons encore, et de tripler les produits, ce qui n'est ])as à dédaigner.

Uuval, général en chef, rueileCléry; Duval, alors ministre des relations étrangères, el de plus forcé d'être orateur, car il n'avait pas de secrétaire, Duval répondait laconiquement à ces instances si flatteuses, que le bonheur d'une colonie n'est pas en proportion de son étendue et de sa populalion; qu'un petit Etat est plus facile à gouverner qu'un grand ; et , comuie il n'est pas de principe qui ne uoive être appuyé sur l'expérience, il observait que liobinsou et Vendredi vécurent parfaitement heureux tant i|u'ils furent seuls; il ajoutait que sept ou huit pcrsoniies opulentes et unies n'ont pas d'intérêt a courir des clianres qui , sans rien ajouter à leur bien-être, peuvent nuire à leur tr.inijuillité.

Uien d'aussi thalouillenx que l'auiour-propre; chacun a le sien, et le plus sot n'est pas celui qui en a le moins. On trouva les défaites de Duval offensantes, injurieuses; on ne dit pas hautement ce qu'on pensait, mais on passa subitement de l'engouement au dédain On débita dans tuus les cercles de Paris tout ce qu'on peut imaginer d'absurde sur la nouvelle colonie. Ou crut donner des ridicules aux colons; on les mil à portée déjuger ceux qui venaient périodiiiuemenl manger leurs cha|)Oiis, leurs abricots et leurs fromages a la crème.

De cette foule, <iue la curiosité el le désœuvrement avaient amenée

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