‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 77 sur 379 · I. 'artisan cxprinia si bien · texte numérisé non relu

I. 'artisan cxprinia si bien

Le rarnclëre ie l'idole,

Qu'on trouva qu'il ne manquait rii-n

A Jupiter, que la parole.

Uf me l'on dit que l'ouvrier Eut à peine achevo l'ouvrage, Qu'on le vil frémir le premier, Et redouter son propre ouvrage.

Il était enfant en ceci :

Les enfants n'ont l'Ame occupée

Que du continuel souci

Qu'on ne fiche point leur poupée.

L'infortuné >icol.is parut se laiiimor à respect des soins qu'on lui prodigua et du vif intérêt qu'il inspirait. Son oeil , presque éteint, exprima encore la reconnaissance et l'alVrction. 11 soulcv.i avec effort une main déjà glacée, et montra Marguerite et ses enfants. Madame Uucoudrai fondit en pleurs. • Tels furent, s'ccria-t-elle , le dernier

C'était un vieux général dont la probité était rarement aimable, mais toujours sûre.

signe , le dernier vœu de mon époux. On les a oubliés avec lui ; la dernière volonté de iNicolas sera respectée. " Elle embrasse la mère désolée; elle prend un enfant sur chacun de ses genoux; elle les presse contre son sein-, elle les a adoptés ! INicolas lui adresse un regard qui eût payé les mines de (jolconde.

Framois parut accompagné d'un médecin et d'un chirurgien. Ils décidèrent, au simple attouchement du pouls, qu'il n'y avait pas de ressource. Ils essayèrent cependant de placer un appareil, et le blessé eipira dans leurs mains.

Ausoitôt la maison retentit des gémissements de ces inforutnés. .Madame iJuroudrai prit la main de Marguerite, soutint les pas chancelants de l'ainé des enfants, remit l'autre entre les bras du général, et sortit sans s'inquiéter si les amis communs la suivaient ou non. Elle n'adressa pas un mot à "Marguerite : per:>uade-t-on la douleur? Elle pleurait avec la jeune femme.

Les babiiantsde la colonie retournèrent chez eux tristes, pensifs et se parlant a piiiif . Les gens fortunés ont besoin de ces scènes d'affliction qui les ramènent au sentiment de leur faiblesse et du vide des plaisirs. C'est alors que, se repliant sur soi-même, on se compare aux êtres souffrants dont on est environné ; qu'on sent que pour mourir en paix il faut laire un digne emploi de la vie.

Luceval niarcliait seul, et ne paraissait pas plus profondément affecté que les autres. Se rappelait-il l'impression désagréable qu'avait fait éprouver a madame Luceval le dernier baiser pris a !Marguerile le jour du baptême ? craignait-il de laisser pénétrer ses véritables sentiments, ou était-il du nombre de ceux que la satiété en tout genre conduit a 1 insouciance?

François, toujours sévère envers lui-même, et juste et franc envers les autres, s'approcha de Luceval. « ^lonsieur, lui dit-il. j'ai cessé d'être votre tuteur... — .Mais vous êtes toujours mon meilleur ami, l''rançois. — Eh bien! un vrai ami doit toujours la vérité à son ami , et si ses conseils ne sont pas suivis, du moins n'a-t-il rien à se reprocher. N'oyons, monsieur, que comptez-vous faire pour cette malheureuse famille? — Mais, mon bon ami, nous verrons. — iMousieur, le bienfait ilifl'cré perd beaucoup de son jirix ; c'est le chois heureux du moment qui fait valoir ce qu'on donne. — Eh bien, François, nous nous consulterons. — Pensez-vous, monsieur, à la froideur de vos réponses ? Vous conservez la plus vive affection pour madame Luceval, et elle la mérite sans doute; mais l'amour qu'elle vous inspire a-t-il fermé votre âme à la délicatesse et à la reconnaissance? — Comment, François, à la reconnaissance? — Avez-vous oublié que ^larguerile est la pi'cmiire près de qui vous avez senti battre votre cœur, et ne devez-vous rien à celle qui vous a communiqué une seconde vie? .\vez-vous oublié que vous l'avez jugée digne de votre main , et que vous avez voulu la combler de richesses pour la consoler de vous avoir perdu? Ce sentiment s'est éteint; mais la délicatesse vous permet-elle de l'abandonner à l'inlortune et à sa douleur, lorsque, par l'accomplissement constant de ses devoirs, elle a acquis de nouveaux droits à votre estime? Réfléchissez, monsieur; interrogez votre cœur ; il vous parlera comme moi. — Mon ami, mon bon ami , je ne demande pas mieux que d'adoucir le sort de cette jeune femme; mais encore faut-il le temps de penser .. — J'ai pensé pour vous, et je ne vous laisserai que la satisfaction d'agir. — Voyons, mon bon ami , que croyez-vous qu'on puisse faire? — J'occupe le bas d'une de vos maisons. J'ai si\ pièces, et deux me suHisent. Je logerai la malheureuse famille. — liien. — M. Duval étudie et travaille à la bibliothèque ; ainsi le bruit, les jeux des enfants ne lui donneront pas de distractions. — Ensuite? — J'occuperai M.irguerite , je l'emploierai utilement pour vos iiilérèls; elle gagnera à la colonie de quoi élever honnêtement ses enfants. Elle a un bail très-long et très-avantageux : vous lui permettrez de disposer de la ferme d'après mes avis. Je placerai pour elle les bénéfices qu'elle en retirera ; elle joindra tous les ans ses intérêt à ses capitaux; à l'expiration du bail, elle aura de quoi se faire un sort indépendant; et ces arrangements, monsieur, ne vous coûteront qu'une signature.

• — Je la donnerai avec le plus grand plaisir ; mais il est dans les convenances que je prévienne madame Luceval. — Vous ne pouvez vous en dispenser; mais je crois, monsieur, qu'elle pensera comme nous. Elle est à l'âge heureux oii le cœur suffit ii peine au besoin d'aimer, oii tous les genres d'affections lui sont propres; et le plaisir simple et pur de secourir l'humanité souffrante peut reposer un moment des agitations de l'amour. >i

.Aladame Luceval ne fut pas précisément de l'avis de ces messieurs. Eu volant au secours de Mcolas , en consolant sa femme , elle avait cédé à un premier mouvement, toujours favorable au malheur. Mais au retour elle avait eu le temps de réfléchir. Marguerite était encore très-jolie; les gens de Luceval avaient parlé; François lui-même avait jeté, sans s'en douter, quelque lumière sur cette liaison éteinte. Cependant comment se refuser ouvertement à un acte de bienfaisance que désiraient, que sollicitaient tous les membres de la sociélé ? Il fallait donner des prétextes plausibles, et la jeune dame sentait qu'une jalousie sans fondement réel n'eût été qu'un ridicule.

Elle se rendit au vœu général avec celte facilité que semblait exiger la circonstance , et cette froideur qu'éprouvera toujours de l'épouve celle qui plut au mari, ne fût-ce qu'un instant. Elle observa seulement que la société était composée de manière qu'on ne pouvait admettre ÎMarguerile et ses enfants dans l'une des sept maisonnetles ; qu'il serait absurde d'exposer les habitants de la colonie à rencontrer à chaque pas une femme , iiiléressante sans doute par sa situation , mais qui d'ailleurs ne pouvait convenir à personne; qu'enfin il y avait quelques bâtiments éloignés ou on pouvait la loger conformément à son état.

Ces observations faisaient souffrir François. Parvenu, près de son ancien maitre, de l'état de domestique au rang d'ami et d'ami intime, il ne connaissait, depuis trente ans, que deux classes <l'hommes, les honnêtes gens et les fripons. Il avait résisté aux premiers désirs de Luceval, parce qu'il avait senti que son pupille pourrait lui demander compte un jour d'une faiblesse qui eût excité le blâme général ; mais il ne concevait rien à ces raffinements qui fout adopter par la société une femme couverte de dentelles, et qui la lorcent à en rejeter une autre qui se présente avec l'auréole des vertus. Bon François! il n'était pas du dix-huitième siècle.

Luceval se tut; François ne répliqua rien. Il savait combien il était facile de réchauffer la bienfaisance de son élève; mais il sentait le danger de mettre en opposition la femme et le mari.

Le silence de Luceval, les ménagements de François, n'influèrent en rien sur le sort de Marguerite. Madame Ducoudrai était maîtresse absolue chez elle : elle y reçut la mère éplorée et ses malheureux enfants.

.Marguerite était douce; madame Ducoudrai n'était pas exigeante. Il s'établit entre elles une sorte d'intimité que le même genre d'infortunes rendait chaque jour jilus étroite. Elles ne sortaient presque

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