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jamais, et si elles vouhiient jouir d'une lieure de |>roiiieniiile , elles clioisissaieiil le moment oii elle> étaient sûres de ne rencontrer personne dans les jardins. 1-e (jénéral, seul, était réjjuliérement admis chez elle, et il disait tout baut que madame Diieouilrai était aussi estimable que belle, et que, s'il avait son bras, sa jamlie et vini;l-iinq ans lie moins, il faudrait, parbleu ! qu'elle l'épousàl.
l'ne belle aetion eniViiumait l'âme du vieux i;énéral; il la louait jiaree qu'il y trouvait du plai-ir et de la justiee. Sa francbe vivaeilé ue lui permettait jamais de rtllécbir; il disait d'abord ce qu'il pensait sans s'inquiéter des consé(|uences. Cependant ces éloijes répétés semblaient être une satire directe de l'insouiiaiice de quelques-uns des habitants. Madame l.uceval s'appliquait secrètement des tr.iits qui ne s'adressaient ni à elle ni au\ autres. Elle laissa écbapper plusieurs l'ois des marques de mécontentement, et le président en parla enfin
Ce que François avait fait pour ,\dolphe, il le faisait encore pour sa fille.
au général. « Je ne critique personne, répondit celui-ci; je ne cherche à mécontenter personne; mais il y aurait de la lâcheté, de la bassesse à me taire, d'après des considérations frivoles, sur ce que je vois de beau, de grand, de sublime; cl, ventrebleu ! je ne me tairai pas. >
On ne voyait plus madame Uucoudrai, et il était dans les convenances que Luceval allât quelquefois s'informer de sa santé, savoir si on fournissait exactement à ses besoins et à ces petites fantaisies que nous aimons tant à satisfaire. Ces visites, toujours très-courtes et peu fréquentes, inquiétaient madame l.uceval. Son mari avait aimé Marguerite : il lui avait plu; elle était libre; elle pouvait se rappeler s; s premières alTcctions; la vanité, l'intérêt pouvaient faire le reste. A la vérité, l'amour de l.uceval ne p.iraissait pas s'affaiblir; mais qui peut lire dans l'avenir' et les cœurs timides semblent se comp'aire à se créer un avenir etïrayant.
Quelquefois aussi la jeune dame riait de ses craintes. Brillante de jeunesse, d'allraits, de parure, pouvait-elle craindre une simple paysanne.'' Celle rétli-xion, que l'amour-propre reproduisait souvent, eût peut-être calmé des inquiétudes qui n'étaient pas encore fondées, si madame d'Egliijny n'avait eu sur l'inconstance des liommes une opinion qu'elle devait probablement il son expérience, et qu'elle n'avait pas la sagesse de dissimuler. Eclairer une femme trompée, c'est perdre une maison. ."Minienter le soupçon au creur de celle qui n'a aucun sujet légitime de craindre, c'est détruire le charme de l'illusion , et notre bonheur ne se compose que de cela.
Dcjà les habitants commençaient à se voir moins. Une réserve marquée avait succédé à la confiance et à la gaieté. On n'avait ii se plaindre de personne , et on croyait s'apercevoir qu'on cessait de se convenir.
Le président regrettait ces jours d'abandon et d'aimable folie qui plaisent à tous les âges quand ils sont réglés par la décence. Plein de pénétration, il démêla facilement la cause de la mésintelligence
qui commençait il se manifester, el il entreprit d'en elVacer jusqu'au souvenir.
Il ne se fatigua jioint à <ombatlrc des opinions, à dissuader ceux qui ne voulaient pas l'être; il atlai|iia le mal dans sa source. • Monsieur, dit-il à François, les crises violentes durent peu : Marguerite doit comincncer ii se calmer el ;i sentir la nécessité de se sulhre à elle-même. iM. l.uceval a signé l'acte qui l'autorise ii ilisposer de sa feriiie; il faut maintenant qu'un travail utile pour le propriétaire et pour elle lui permette d'économiser ses petits revenus : tels élalent je crois, vos projets. — M.iis, monsieur le président, elle ne dépense rien, rien absolument clicz madame Ducoudrai. — l.a délicatesse ne lui ]iermel pas d'y rester |ilus longtemps. L'occupation, d'ailleurs, la distraira des idées allligiantcs que nourrit l'oisivtlé, el sur lesquelles elle a ramené madami' Ducoudrai, qui déjà avait assez de douleur. Employz Marguerite dans les bâtiments extérieurs; qu'elle n'ait plus de communication directe avec nous : le sort de toule'la vie de monsieur et de madame Luceval dépend de la conduite que vous allez tenir. — \ ous m'eflrayez, monsieur le président. — Des alarmes ne remédient ii rien. — Mon pupille serail-il capable de s'oublier, de manquer à sa femme? — .le ne le crois pas. (^-pendant cela n'est pas impossible : madame Luceval le craint, et c'est assez.
)> — Mais, croyez-vous, monsieur le président, que madame Ducoudrai permette à Marguerite... — .Mon itlier Krançois, à vin(;t-qualre ans on pleure facilement , on peut trouver même de la douceur à pleurer; mais, ii vingt-quatre ans, on ne se voue pas aux larmes. L"n moment d'evaltation nous fait quelciiielois agir contre nos iiilérêts. Nous sentons |)lus tard les désagréments d'une association qui n'a de rapports ni avec nos ijoùls, ni avec notre tournure d'esprit, ni même avec nos moindres liabitudes. I n amourpropre malentendu nous empêche de revenir sur une fausse démarche; mais nous cédons avec facilité, et nous conservons une reconn.iissaiice secrèle pour celui qui a eu l'adresse de nous faire une douce violence. Telle est , je crois, la position de mad.ime Ducoudrai. (j'esl ii vous, qui jouissez de la considération patriarcale, à vous, que vos fondions autorisent à entrer partout, ii voir Marguerite, à lui parler, a empêdier enfin que la défiance n'amène l'aigreur entre déjeunes époux, si dignes d'èlre heureux. »
Caroline, élevé de madame de Surville.
Le président connaissait le cœur humain. Madame Ducoudrai n'opposa qu'une faible résistance. IMarguerite élail reconnaissante; mais elle ne fui pas fâchée d'être rendue ii son indépendance. Elle sentait, avec une satisfaction secrète, qii'éloi|;née de l'enclos, elle recevrait librement son père et sa mère, ses anciennes amies qui parlaient et entendaient son langage, el que surtout elle pourrait gâter ses enfants, sans qu'une protectrice lui observât que les vices de la première éducation influent sur le reste de la vie : tout était pour le mieux.
Elle alla fixer son domicile dans une ou deux chambres attrnanles à la lingerie, dont la direction lui fut confiée par François. C'était un emploi nouveau qu'il créait. 11 l'avait jusqu'alors exercé aussi bien
LA FAMILLE LDCEVAL.
que pont le faire un lioninie; mais il s'en décliargoa avec plaisir dès (|ii'il eut trouve une fi'ninie inlellij;ente cl sûre. Il avait d'ailleurs t.iiit de |urties essentielles à surveiller!
Le président jouiss.iit de son ouvr.ii;e. 11 observait les dinVrentes teintes de ptiysiononiies; elles p^miissiiint plus ouvertes, et il s'applaudissait eliaque jour de ce ipi'il avait l'ait II ne recueillit cependant aucun l'rult de ses vastes conceptions, l n incident bieu simple, bien naturel, et que sa prudence n'avait point prévu, renversa tout ton I lan.
Luceval , trop jeune pour calculer rien, trop ardent pour être réservé, avait mis sa jeune épouse dans la nécessité de sevrer Caroline. Aladame Luceval se consola aisément d'une distraction qu'elle tourna à i'iiibtant au profit de son repos et de ses ijoi'lts. Llle re|irésciita la dilVicullé de priver du sein un enLiiit sous les yeux de sa mère, lille insista sur le besoin qu'avait du >;rand air et des aliments sains de la canipa|;ne un enfant sevré brusquement. La conséquence était toute simple : c'est que Luceval devait la conduire ii l'aris.
Il fallait réellement qu'une demoiselle de seize ans , élevée dans le grand monde , habituée ain plaisirs bruyants, éprouvât ce que l'amour a de jilus douv et de plus fort pour passer, sans regretter rien, (li\-liuil mois dans un perpéluel tète-à-tèle. Il était dans l'ordre des choses qu'on pensât enfin à sortir de cette < spèce de lélliar(;ie, et il n'était pas malheureux d'avoir un motif qui mit en défaut la pénétration conjugale , et qui ne lui laissât aucun moyen de résistance.
Madame Sancy ne pouvait donner à son mari qu'un prétexte, qui n'eiU pas réussi un an plus lût, et auquel elle n'eût pas pensé : c'était le désir très-louable sans doute de ne pas abandonner son amie pendant les incommodités d'une grossesse. .Madame Luceval n'était pas ini^onimodée du tout; mais cela vient du jour au lendemain.
11 est prcsuniable que tout prétexte devait convenir à ces messieurs. La balançoire, les joutes sur l'eau, le ji u de bague et un autre jeu plus séduisant avaient perdu l'attrait de la nouveauté. Il n'y avait qu'un pas à faire pour arriver k l'habitude ; et de l'habitude à la satiété, il n'y a pas loin. On avait juré, on trouvait superbe d'aimer toute la vie; mais je ne sais quel malin démon souillait intérieurement qu'une femme charmante a tout à gagner par la comparaison; et celte comparaison, on n'était pas fâché de la voir faire.
Adorateurs déclarés de leurs femmes, ces messieurs n'avaient garde de se faire des confidences; mais ils agirent de concert, sans cire convenus de rien. Il fut arrêté qu'on retournerait à Paris... pour plaire à ces dames : les maris adroits tirent parti de tout.
Il eût cependant élé diflicile à ceux-ci de ne pas céder. Les jeunes dames étaient vives, et la vivacité ne supporte pas la contradiction. Elles avaient l'habitude d'être prévenues en tout , de voir tout )>loyer sous des fintaisies, quelquefois ridicules, mais toujours jiiquanles par les grâces de la gaieté , et un enfant gâté s'irrile de la moindre résistance. Les deux jeunes gens s'étaient pioyés, sans s'en apercevoir, il une sorte de dépendam e. t)n ne secoue le joug de sa femme qu'à l'aide d'une révolution domestique , et tout le monde n'a pas le goût des révolutions.
Le président les vil i)arlir avec peine; mais il ne fut pas tenté d'abandonner son chanipèlre et paisible asile. Il lui restait le général, qu'il aimait; madame Ducoudrai, qu'il estimait, el qui, après tout, ne serait pas toujours inconsolable ; Duval, à qui le dérangement des saisons donnait lieu de faire sur l'inclinaison de l'écliplique des raisonnements toujours nouveaux , toujours très-savanis , et toujours très-incertains; enfin le bon François, dont la conversation simple repo.-ait l'esprit en intéressant le cœur.