I. A FAMILLE LUCEN AL
laicnl sVrrouler. Ils sorleiil en IiAte; une serondc explosion les attire vers la hibliollièque ; Caroline y court connue les autres.
Ou interroge Ouval, il ropouil , on s'élounc; il explicpie sou procédé , le rire succède i la frayeur. Kraurois lire sou paquet de sa poche, le prosente ii Caroline, et lui fait très sérieuscuiont des excuses de ne le lui avoir pas remis plus tôt. Ou deiuaudc <|ui peut écrire aussi lonjjuement à une aussi jeune personne. François se gonfle les joues, s'élève sur la pointe des iiicds, et nomme M.'" « Comment, Caroline est connue de cet homme célèbre 1 — Et trè^-parliciilièrement, monsieur. — Mais cela est incroyalile. — Pourquoi donc, madame? — Ses dignités, ses grandes occupations... — Ne sont pas incompatibles avec la sensibilité. — Ah! peut-on voir ce qu'il a écrit à l'aimable enfant? » \ oiU François arrivé ii son but.
« Makemoisklli,
» — Comment donc, mademoiselle! — Oui, madame, et trois doigts au-dessus du corps de la lettre.
u Maiiimoiselle,
• J'ai lieu de croire que vous êtes retournée dans votre paisible asile. Les procédés de vos parents vous y auront forcée, et ce sont eu\ que je plains.
» Cette harpe que j'ai entendue résonner sous vos doigts pourra contribuer à charmer votre solitude. Acceptez ce léger cadeau, et rcmerciei pour moi madame de Saney du plaisir qu'elle m'a procuré. •
» — (Juoi , s'écria madame de Sancy, je suis connue de co qu'il y a de plus respectable à la cour, et c'est à vous que je le dois! Ah! Caroline, je ne pen\ m'acquitter qu'en perfectionnant uu talent qui s'annonce déjà d'une manière satisfaisante. Poursuivez votre lecture, ma petite.
• — Il est possible que mon présent effraye votre délicatesse, et je dois vous donner un moyen de vous acquitter. Engagez madame de Surville ii diriger vos crayons aussi heureusemenl qi'ellc l'a fait dans votre INiobé, et envoyez-moi ce nouveau gage de vos efforts et de vos succès... •
^Madame de Siirville, plus âgée ([ue madame de Saucy, et plus maitresse d'elle-même, renferma sa satisfaction. Alais elle attira Caroline à elle, elle l'embrassa tendrement, et la pria de continuer.
• Permettez-moi de vous douner quelques avis que la politesse de ceui avec qui vous vivez ne leur permet peut-être pas de hasarder. Mon âge, et surtout mes intentions, autorisent bien des choses.
> Il y a de la faiblesse et de la sottise à se prévaloir des dons de la nature : il y a de la folie à s'aflliger d'en ètr(' pri^c.
> La beauté séduit au premier aspect; mais on s'accoutume à voir une belle femme, et du moment oii il y a habitude, on peut admirer encore , mais le cœur reste froid. L'admiration n'est point un sentiment; ce n'est qu'une secousse de l'âme.
• Il est malheureux d'inspirer d'abord une sorte d'éloignemenl ; mais les yeux se font projnplement à ce qui blesse le plus, et lorsque l'habitude est également contractée de ce côté-ci, l'objet des deux le plus méritant est nécessairement celui qui attire davantage.
» S'il ne dépend pas de nous de rectifier des formes peu agréables, nous pouvons du moins acquérir ce qui les fait bientôt supporter , et ce ciui, j'ose le dire, les fait aimer insensiblement. Sachez qu'une femme belle eicite des passions violentes, et que celle qui ne l'est jias ne peut inspirer que des goûts durable-..
• Avant d'atteindre ce but, vous éprouverez souvent de la froideur, peut-être même du dédain. Le moyen de vaincre les obstacles est de les prévoir, et de se roidir contre eux. Il est une sorte de courage indispensable dans votre position.
• Vous trouverez toujours dans les sciences des consolations utiles à tous, et inconnues à la plupart des gens du monde. Henfermez-vous alors en vous-même ; gardez-vous de répandre ce que vous saurez au dehors. Les hommes ne pardonnent pas c|u'on les humilie, et une femme plus instruite qu'eux les humilie toujours.
• A ous pourrez, en revanche, faire valoir les grâces de votre esprit, car vous ne rencontrerez personne qui ne croie en avoir autant que vous , et on revient toujours k celle qui sait être gaie avec décence, piquante sans méchanceté, féconde sans prétention.
• Tout le inonde ne vous entendra pas, peut-être; mais il vous faut quelques amis , et non une cour. \ ous avez, d'ailleurs, pour atlirer la multitude, une ressource assurée dans Icsaris; ils sont ii la mode, et la soumission ii ce qu'elle ordonne est le mérite de ceux qui n'en ont pas.
• Vous avez un excellent cœur. Il ne vous reste qu'à cultiver votre esprit, les sciences et les talents agréables. Je vous ai reconnu de grandes dispositions, et je suis convaincu du mérite de vos maitres. C'est par vous et par eux que vous obtiendrez enfin l'estime et la considération, biens fort au-dessus des hommages ([ue prodiguent k la beauté des hommes frivoles et souvent jieu délicats.
• Je ne prétends pas, cependant, qu'une bL-lle femme qui réunirait aux dons de la nature les avantages que vous acipierrez infailliblement ne vous fût réelleineut prclérable; mais il est troj) malheureusement vrai ([uc la Qatterie est le poison de la beauté, et que li
femme la plus heureusement née se persuade tôt au tard qu'il lui sullit d'être belle.
>i Si jamais je rencontre une femme belle, aimable, spirituelle, d'un caractère égal, savante pour elle seule et préférant l'amitié à l'amour, elle sera, k mes yeux, la première personne de son sexe, et il dépendra de vous d'être la seconde.
» Un temps viendra oii vous désirerez partager avec un être estimable le fardeau et les douceurs de l'existence. C'est le vœu de la nature, et les femmes qui s'y refusent en sont ordinairement punies par la nullité, l'ennui, les infirmités prématurées, r.ibaïulon et l'oubli.
» A ous vous marierez donc, et vous ne préférerez pas l'objet qui vous plaira le plus, mais celui qui vous conviendra davantage : l'amour n'est que la très-grande affaire du moaient; le mariage est celle de toute la vie.
» Quand le moment de choisir sera venu, imposez silence à votre cœur : ne consultez, n'écoulez que votre raison et le plus âgé de vos amis. La vitillesse n'est pas indulgente, et celui qui obtient son estime a nécessairement de bonnes qualités.
» Je disputerai à M. le présiilcnt l'avantage d'être cet ami-là, si je vis quelques années encore ; mais comme nos affections, frêles comme nous, ont, comme nous, besoin d'aliment, écrivez-moi souvent, si vous jugez que ma correspondance vous puisse être utile ou agréable. Surtout ne me cachez rien de vos affections; vous ne pouvez en avoir de coupables. Vous en aurez peut-être dont l'aveu vous coûtera. C'est la nécessité de les avouer qui vous donnera la force de les réprimer; mais n'oubliez jamais que sans uni' confiance absolue, il n'existe pas d'amitié.
Il Je me propose de vous voir quelquefois. Dites k l'estimable François... • Ici, François, hors de lui, sautilla tant, et leva les mains si haut qu'il fil voler les papiers au plafond. Il les ramassa un peu confus, et les remit à Caroline, qui termina ainsi : o Dites k l'estimable François que j'ai envie de louer h maisonnette de madame d'Egligiiy. J'ai peu de temps à moi; mais je trouverai, de loin en loin, quelques heures pour me reposer la tète au sein de la nature et de l'amitié.
» Adieu, mon enfant; vous me répondrez, si mes propositions vous sont agréables. «
Vous sentez quel effet devait produire une lettre oii personne n'était otiblié, et où cliicun trouvait quelque chose de flatteur. On aime à être bien dans l'esprit des grands; on s'applaudit surtout de le mériter, et on s'empresse auprès de ceux qui peuvent ajouter k l'espèce de faveur dont on jouit déjà.
D'après ces motifs, Ciroliue devint le personnage important de la colonie; elle était l'objet des soins et même des prévenances de tous. Ou l'engageait à écrire à M. "'*, lorsqu'on croy.iit avoir mérité uue mention particulière; et l'arrivée d'une réponse était le signal d'une réunion publique.
liientôt on ne se borna plus k être utile et agréable k Caroline; on chercha k utiliser tous les moments; on étendit sa bienveillance sur tout ce (|ui en était digne, parce qu'un trait louable n'était jamais oublié de l'aimable enfant; que l'attente de ceux qui comptaient sur des éloges était rarement trompée.
L'intérêt personnel entrait pour beaucoup dans cette conduite. Madame de Surville voulait avancer sou mari; Duval prétendait au fauteuil académique, oii le mérite sans appui n'arrive pas toujours; Sancy pouvait exercer un emploi de quelque importance, et il eu avait besoin; François seul continuait à faire le bien pour le seul plaisir de le faire; mais condamnera-t-on un peu d'égoïsme dans les autres? poussé k l'excès, c'est un vice atïreui; mais qu'est-ce que la probité, l'émulation, le désir de la gloire et de la fortune, sinon l'amour bien entendu de soi-même?
Ainsi un seul homme, sans efforts, sans dessein peut-être, donnait k cette petite peuplade le goût du bon et du vrai par son amabilité et la justice impartiale qu'il rendait k tous. Ainsi l'homme élevé, qui prend la morgue pour du maintien, l'orgueil pour de l'élévation, qui ]iunit avec équité, mais qui ne sait pas récompenser, resserre , aliène les cœurs, les jette enfin dans le décounigement, et étouffe ces germes précieux dont le développement fait ces hommes qui sont les appuis d'un empire et l'admiration de la postérité.
Revenons k M. le président, que nous avons laissé a Paris, suivant deux affaires très-différentes et en même temps très-difficiles. Il fit prier l'avoué de mademoiselle Lori de lui apporter son dossier. Il examina les pièces, et jugea l'afl'aire perdue. Cependant il lui parut évident qu'une des deux parties élalt coupable de friponnerie, el il n'était pas vraisemblable qu'une femme de vingt-quaire ans connût ces moyens que suggèrent l'astuce et l'habitude; d'ailleurs la recommandation de François...
Le président ne se rebuta point. Il s'adressa au chef suprême de la magistrature; ils se concertèrent ensemble, et ils firent v i.ir le procureur adverse et un vérificateur aux écritures. On examina attenlivcmcnt tous les pipiers du spoliateur , et le tilre principal fut soupçonné de faux. On somma cet homme de p.irailre, on l'effraya, et on lui enjoignit de se désister de ses prétentions , k peine d'être livré k la justice criminelle.
Comme uu fripon ne peut faire de grands coups aux galères , cl qu'il faut qu'un voleur en grand continue de voler , celui-ci passa