‹ Vie et aventures de Pigault-LebrunChapitre 85 sur 379 · I.a réserve de Caroline éclaira M. '", et il lui écrivit · texte numérisé non relu

I.a réserve de Caroline éclaira M. '", et il lui écrivit

" .\pprenez, par ce qui vous arrive, à veiller toujours sur votre cœur. I.a femme la plus belle n'est pas certaine d'être aimée de celui à qui elle s'attache inconsidérément.

i) Sans doute elle surprendra ses sens, si elle cesse de se resiiecter ; mais, de la jouissance à l'amour, l'iiilcrvalle est immense, et un semblable triomphe est indigne de vous.

. Pénétrez -vous d'une vérité alUigeante , mais que je ne dois pas vous cacher. I. 'homme qui vous dira : Je \ous aime, vous Ironipera; n'importe par (|ui I motif.

ji \ ous ne plairez pas à demi. Mais celui qui vous aimera s'attachera insensililemcnl, sans y penser, sans s'en apercevoir, et vous arriverez l'un et l'autre au point de n'avoir plus besoin d'aveu.

« Livrez-vous alors sans réserve à la douceur d'aimer. Celui qui vous estimera assez pour cesser de vous voir telle que vous êtes ne peut être qu'un homme estimable.

» Gardez-vous surtout de croire, avec la plupart des femmes, que les agréments extérieurs soient une condition essentielle dans le mariage. Si cela était, quelles seraient vos ressources, et qui, plus que vous, est faite pour rendre un boinme heureux ?

>) De tous ceux que je connais, Edouard est celui qui vous convient le moins. Il est beau, c'est un malheur pour lui et pour vous; les femmes galantes commencent par gàlcr ces bommes-là, leurs épouses finissent p.ir être leurs victimes.

)> Oubliez ce jeune homme. Si vous avez des combats à soutenir, écrivez-moi souvent, tous les jours. Laissez parler votre cœur, je lui répondrai. Vous me lirez avec répugnance d'abord , peut-être même avec humeur : vous écouterez enfin le langage de la raison, le sais qu'elle ne persuade pas l'amour, mais elle l'élouffe. — Adieu, mon enfant. »

Ce que I\L "'"' avait prévu arriva. Caroline ne sut d'abord si elle devait se féliciter ou se plaindre de ce qu'on lui écrivait. Mais son secret était découvert , et la discrétion devenait déplacée. Elle ne pouvait se dissimuler la justesse des réflexions qu'on lui adressait; et elle ne pouvait , sans ingratitude , se dispenser de répondre. Elle écrivit donc. Elle présenta des illusions pour des vérités; elle décora sa faiblesse de ce qui pouvait la rendre intéressante. M. '" savait qu'une maladie violente ne se guérit pas avec de la pitié. Toujours sensible, in;iis toujours ferme, il combatiait viclorieusment l'aveuglement et l'erreur. Caroline lui dut enfin ce repos, si désirable dans tous les temps, et si rare pour ceux en qui les pissions commeDcent à se développer.

■^lais si son cœur cessa de la tourmenter, rien ne put lui faire oublier Edouard.»Cherchait-elle à rendre sur la toile le beau, le parfait? l'image du jeune homme se présentait à elle. Au milieu de la lecture la plus attachante, le livre tombait de ses mains. C'est encore Edouard dont elle lisiit 1 histoire; les vertus du héros étaient les siennes; elle en avait fait un être idéal. H était là , toujours là ; mais elle lui souriait, et ne pleurait plus.

La guerre venait d'éclater entre la France et ses éternels rivaux. Le Français, bien conduit, ne connait ni la fatigue ni le danger. Il ne voit que la victoire, et elle lui est fidèle. Cet enthousiasme national avait enivré jusqu'au dernier soldat. Edouard , jusqu'alors si doux, si timide, ne respirait que combats, et M. de Surville applaudissait à cette ardeur, présage assuré de grandes choses.

Le voilà donc, à peine au sortir île l'enfance, renonçant aux douceurs d'une vie commode , aux jouissances qu'offrent à chaque pas les grandes villes et la fortune; le voilà transplanté dans les camps. La licence qui y règne l'eAraya, et lui inspira un dégoût insurmontable. C'est par degrés qu ou passe ordinairement de l'innocence a la faiblesse, et de la faiblesse à la débauche. Celui à qui on présente d'abord le vice dans toute sa laideur recule et ferme les yeux : c'est ce que fit E^douard, et il dut à cette première impression des mœurs qu'il conserva toute sa vie.

IMentôt le caDon se fit entendre. Le danger le rappela un moment il la nature; son second mouvement appartint a Ibonneur. Toujours au poste périlleux, il clierrbait la gloire, qui semble se dérober même a ses favoris : l'intrépidité 1 arrête , et lui arrache la couronne. Edouard «e fit remarquer dès son entrée dans la carrière. Un grade très-subalterne lut la récompense de ses premiers essais et le jeune soldat v attachait du prix : il le devait a sa valeur.

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