I. V FAMII.LK LUCF.VAL
ne se présenta |kis a l'hùlel : son aspect eAl déplu; il le savait, et son irle n'en soiitVrit pas : sensible à la reconnaissance, il pardonnait l'ingratitude.
Il chercha à se rappeler les noms de quelques-uns de ceux qui vivaient habituellement avec Luceval dans ces temps, ili'jà reculés, oit son auiité était pa)ée de retour. Il en retrouva plusieurs; il leur confia ses alarmes, et n'en olilint que des éclaircissements va|;ues, accordes plutôt à l'imporluiie persévérance du vieillard qu'au désir de sauver un mallieurous qui se perdait.
I niMois, désolé, tourmenté, pensa eul'in an notaire qui Taisait les alTaires de son Adolphe pendant sa minorité, ('et homme était l'un de eeuv qui honoraient alors, qui ennoblissaient leur ministère par une probité irréprochable. Il était à présumer que l.uceval ne l'avait pas quitté , et il était dillioile , en ce cas , qu'il ue connut à peu près sa situation.
Le virtuose qui est veau habiter le hameau.
Le notaire reconnut le cœur de François au ton pénétré et attendri avec lequel il lui parla. Il eiit violé la réserve absolue à laquelle tient souvent le repos des familles, et dont un homme public ne s'écarte jamais, s'il eût éclairé tout autre que le bon vieillard; mais les secrets dévoilés à la sollicitude d'une affection (pii ne s'est jamais démentie, et qui peut être utile encore, n'en sont pas moins impénétrables pour ceux qui pourraient en abuser.
François frémit lorsqu'il sut que l.uceval avait engaijé la plus grande partie de ses biens , qu'il devait environ six cent mille francs, et qu'il cherchait à faire un nouvel emprunt. Il sortit du cabinet du notaire , troublé , abattu . découragé. Un voile épais obscurcissait ses idées; il prenait en chancelant la route de l'hôtel, sans savoir ce qu'il dirait, ce qu'il était possible de faire. « Je le verrai, disait-il ; il n'aura pas la cruauté de me repousser, et y)eut-ètre m indiquera-l-il lui-même quelque moyen de le ramener à l'ordre et de rétablir sa fortune... Non , il ne me repoussera pas. Il ne fera pas mourir de douleur l'ami de son père et celui de son enfance. »
Il arrive, il entre chez le portier : monsieur n'est pas visible. " Dites-lui que c'est François. — Il ne veut voir personne. — Diteslui que c'est François. — Mais, monsieur, je ne peux désobéir... — ^ ous me refusez ! je l'attendrai dehors, là , sur cette pierre. J'y passerai la journée, la nuit, s'il le faut. »
Le vieillard se traîne sur un banc; il s'assied , il repose sa tête sur ses mains, que soutient un bâton noueux. Il est assailli des plus cruelles réflexions; toutes les facultés de son ;inie sont anéanties.
Des laquais richement vêtus allaient, venaient, s'asseyaient à côté de lui, fatigués de leur ennuyeuse oisiveté. Il leur répétait à tous : « Dites-lui que c'est Franco s. •
Les uns lui répondaient ii peine, les autres ne lui répondaient pas et le quittaient avec une sorte de dédain. -< ^lon ami , dit-il à un jockey (|ui rentrait en riant et eu sautant , tu es bien jeune encore , ton coeur n'a pas eu le temps de s'endurcir, tu auras pitié de ma vieillesse. Dis a ton maitre que son tuteur, que son ami est à la porte
de son hôtel, méprisé, rebuté par ses fjens; <|u'il ne vient pas lui reproiher de l'avoir oublié, (ju'il ne veut que le servir, et qu'il faut qu'il lui parle. •
Luceval, renfermé dans son cabinet, était en proie aux inquiétudes , aux regrets que cause toujours le désordre de» afTaires à un homme (|ui n'.i pas perdu tout senlimi'ut d'honneur. Dis longtemps il était privé de ces douces jouissances qui naissent de la paix de l'àiiie. Soiivi nt iiièiue le sommeil le fuyait. S'il s'oubliait quel<|uefois , c'est lorsqu'un attachement, qui n'était pas encore éteint, im- |iosait pour qucli|ues moments silence à la raison. (Ju'ils lui coûtaient cher, ces courts instants! ils étaient ordinairement le prix d'un nouveau sa<*rifice.
L'enf.int lui rendit les propres mots de François. Luceval ne balanc.i |iuint. Il se lève, il s'élance; son premier mouvement appartient tout entier à la reconnaissance , à la vénér.ition. Il s'arrête au milieu de la cour. . Sa mémoire trop fidèle lui retrace à la fois tous ses torts envers François. Aura-t-il le courage de s'avouer coupable? Ketournera-il sur ses ]ias? Aggravera-l-il ses fautes par la fausse honte de n'oser les reconiiailre ?
Il balance , il hésite... Le sentiment l'emporte sur toute autre considération. Il s'avance , il prend la main du vieillard. François lève lentement la tète ; ses yeux se |iortent surceux de Luceval ; il y voit la confusion et la bienveillance... il lui ouvre ses bras. Luceval n'use le presser dans les siens; il entreprend d'excuser sa conduite, il ne trouve que des mots. • IVe parlons pas du passé , mon cher .\dolphe. .le cherche à l'oublier; j'y parxieiuirai peut-être : ne nous occupons que de vous. »
Luceval lui prend la main; il le conduit par différents détours; il monte un escalier dérobé... « Je vois ce que vous craigntz, Adolphe. C'est cette malheureuse faiblesse qui a détruit votre fortune. N'aureivous jamais de courage que contre moi? Osez redevenir homme : c'est le seul moyen d'éviter le précipice oii l'on vous pous e en vous caressant. Je m'exposerai aux premiers éclats, je les épuiserai s'il le
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Le président et madame de Surville.
faut; vous n'aurez qu'à paraître et à vous prononcer. Je passe cbex madame. — ÎS'on , mon ami , .vous ne la verrez pas. — Je la verrai , vous dis'je. Klle me recevra mal, je le sais; mais le danger oii vous êtes me donne une énergie que je ne connus jamais. — Elle n'écoutera rien. — L'effrayante vérité se fait toujours entendre. Je lui peindrai sa situation actuelle, celle plus allligeante encore qu'elle se prépare. Qu'elle se juge, qu'elle se repente, et nous verrons après. »
François s'avance d'un pas ferme. Il entre sans se faire annoncer.
!\ladame Luceval était seule avec Julie. Elle regarde tiiement le vieillard. Sa figure n'exprimait que le froid orgueil et la st'cheresse d'une àme usée; bientôt elle devint menaçante. • Epargnez-vous, madame, des emportements qui ne changeraient rien à ma résolution. Si je l'avais prise plus tôt , je ne gémirais pas aujourd'hui sur des égarements... — Hetirons-nous, ma fille, évitons ce vieillard chagrin,