‹ Vie et correspondance de Merlin de ThionvilleChapitre 14 sur 56 · LA RBDDITION DE MAYENCE · texte numérisé non relu

LA RBDDITION DE MAYENCE

dinaire : « Si Merlin, dit-il, recueillait de ses amis quelques flagorneries pour s'être battu plusieurs fois en simple soldat, l'opinion publique lui reprochait d'avoir manqué de véritable courage en aimant mieux rendre Mayence que d'endurer la moindre privation... On savait la réponse de Merlin aux condoléances que Thirion lui adressait sur le désagrément qu'il avait dû éprouver en mangeant du cheval mort, des chats et des rats : « Imbécile, avait- il dit, nous mangions du bon brochet du Rhin.» — Ainsi le vrai courage, suivant cet historien-ci, consiste à savoir se passeV de faire bonne chère, et 3Ierhn, ne l'ayant point eu,.... rendit la place quand les brochets du Rhin furent épuisés !

Merhn, qui ne se doutait pas du chemin que ferait après lui la phrase de Robespierre, n'y a jamais répondu. 11 se contentait, lorsqu'on lui en parlait, de lever les épaules avec mépris. S'il est difficile d'imaginer une calomnie plus atroce, il n'est pas moins difficile, en effet, d'en imaginer une plus absurde. La place capitula, non sur une décision de Merhn, mais, conformément aux usages de la guerre, sur une décision duconseil de défense, signée de tous les officiers généraux de l'armée, Aubert-Dubayet,Doyré, Haxo, Kléber, Schaal, Vimeux ; et l'or n'aurait pu atteindre Merlin sans atteindre à la fois tous ces nobles militaires et l'austère Reubeh, son cohègue, qui lui feraient rempart de leurs personnes contre l'accusation, s'il en avait besoin.

Mais Merhn, qui jouissait de tant d'influence sur le conseil de guerre, n'en a-t-il pas tout au moins abusé? On a déjà vu que, le 20 juihet, le conseil de guerre ayant ouvert les dernières négociations avec l'ennemij Merlin faisait inscrire sur les procèsverbaux sa magnanime protestation en faveur des patriotes mayençais, déclarant qu'il ne signerait pas la capitulation tant que le roi de Prusse leur refuserait sauve-garde. Je puis y ajouter que, le 10 juiUet, le général en chef, alarmé des progrès de l'attaque et de l'insuffisance des ressources de la place, ayant fait au conseil de défense un premier exposé de situation qui laissait entrevoir la nécessité prochaine d'une capitulation, Mer-

lin, loin d'y incliner, lit consigner à la séance suivante, sur les procès- verbaux, les observations contradictoires dont voici le commencement :

Observations rapides du commissaire de la Convention nationale, Merlin, sur le mémoire du général en chef présenté au Conseil de guerre le \0 juillet 1793, l'an II de la République et quatrième mois des blocus, siège et bombardement de Mayence.

« Je prie les membres du Conseil de guerre de dire leur opinion sur cet » exposé, d'en redresser les erreurs, d'y ajouter les modifications qu'ils » jugeront convenables, et de permettre qu'il soit inscrit dans le registre » des délibérations. » (Conclusion du mémoire du général en chef.)

Le général ne consulte pas, sans doute, les membres du Conseil sur la question de savoir si le moment de capituler avec Vennemi est arrivé.

Tout m'engage k le croire; ses connaissances militaires, l'existence même d'une loi précise, et la situation où nous nous trouvons, tracée dans le mémoire même du général. Le général n'a donc pour tout objet que de recueillir les lumières du Conseil afin de tirer le meilleur parti de notre position et de trouver les moyens de prolonger le plus longtemps possible une noble résistance qui doit sauver la patrie en annihilant une grande partie des forces des Confédérés. Ainsi, nous devons nous borner à envisager notre situation :

1" Relativement à la défense de Mayence quant à sa défense extérieure et à sa défense souterraine ;

2" Quant à celle du corps de place.

3° Nous devons voir quel est l'esprit, l'espoir et la force de la garnison assiégée ;

4" L'état actuel des subsistances, des munitions, des médicaments, etc.

5° La capitulation à laquelle il faudrait en venir, en dernière analyse, dans le cas où une armée française ne viendrait pas nous secourir.

1" La défense extérieure de Mayence est encore tout entière. Au 10 de ce mois nous étions maîtres de nos ouvrages de campagne, et, dans ce moment, nous possédons encore les redoutes de Salzbach. sur lesquelles, par extraordinaire, la gauche de la tranchée de l'ennemi vient s'appuyer; de manière que, si la force delà garnison le permettait, nous pourrions fortifier notre droite sur ce point et nous mettre a couvert do toute attaque flans cette partie par le vallon de Dallieim et Reniondis. l'ennemi agissant trop prudemment pour couper ses lignes à Salzbach. pour laisser l'inlermédiaireel le couvrir après Belzeneim.

Quoi (ju'il arrive, nous sommes dans tous nos forts, et les coupures ordonnées par le général en chef forceront l'eniicMii a prendre ces forts l'un

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après Taiilre avant d'allaquer le corps de place. Les défenses souterraines existant anciennement sont, ou augmentées par de nouvelles branches, ou ét-.igées. La prise du fort doit encore coûter indnimenl de monde, et des meilleures troupes de l'ennemi.

2" Le corps de place est arme. Sa défense est complète, excepté où il paraît que l'ennemi naltaquera pas. D'ailleurs on peut escarper Remondis et faire des cunettes, si l'on avait quelques indices qui annonçassent des projets de l'ennemi sur celte partie.

Il résulte du mémoire du général, dans lequel je puise ce que je dis comme sur le terrain, ([iie nous sommes encore entiers du côté de la défense

Je n'ai nialheureusemeiit que les premiers feuillets de cette réponse, mais ils suffisent. Si ce n'était faire trop d'honneur à de Iris mensonges ([ue de les trop n'futer, je pourrais encore remarquer combien il serait singulier que, lorsque Merlin se retrouva en 05 sur le Rhin, en face de la diplomatie prussienne qu'il cherchait à contrecarrer, le cabinet de Berlin ne se lut pas souvenu de la méthode (jui lui avait si bien réussi deux ans auparavant pour le conquérir, d'autant qu'il aurait vraisemblablement suffi pour l'assouplir de lui remettre en mémoire ses précédents.

De tous ses souvenirs de tjuierre, ceu.\ qui revenaient le plus volontiers à l'esprit de Merlin étaient ses souvenirs de Mayence. C'est à Mayence qu'il avait fait ses premières armes et connu pour la première fois les héros. Dans son e.\trème vieillesse sa pensée s'y promenait continuellement, et il se plaisait à répéter avec un certain orgueil les divers épisodes de cette défense à laquelle il avait eu une si grande part. (3ublié par ses contem- [)orains, obscur, délaissé, il se relevait à ses propres yeux en se retraçant ces nobles images dans lesquelles il ne trouvai! devant lui qu'honneur r[ dévouement. Non-seulement sa conversation en était remplie, mais j'ai rencontré dans ses pa})iers quantité de feuillets commencés de sa dernière écriture, sur lesquels se lisent des Hgnes inachevées sur cette partie de sa vie : je consigne ici, par hommage envers sa mémoire, les plus complets.

... Le général Kalkreul arriva a l'heure indiquée avec le roi de Prusse actuellemenl régnant, le prince Louis, le duc de Weiraar, etc. Le couvert était posé sur le gazon entre les avant-postes. Un piquet de cinquante chasseurs à cheval de la légion des Francs, commandé par le colonel Marigny, était en bataille, à portée de carabine, du côté de la ville, et cinquante hommes de Wurmser du côté de l'ennemi, moins pour veiller sur nous que pour empêcher les officiers trop curieux de s'approcher. Les représentants du peuple Reubell et Merlin de Thionville, les généraux Doyré, commandant la place, Dubayet, Kléber, etc., reçurent les généraux ennemis. On s'étendit sur l'herbe un peu labourée par les boulets, et l'on fit honneur au banquet, surtout au vin de Champagne. La conversation s'engagea plus particulièrement entre le Prince royal et Reubell : elle paraissait rouler sur la politique générale de l'Europe; le prince Louis et Merlin parlaient de guerre. Qui aurait pu fermer les yeux sur la ville et les camps des puissances coalisées se serait cru dans une réunion d'amis qu'aucun grand intérêt ne divisait. Au nombre des officiers d'ordonnance, on remarquait un très joli militaire, sous-lieulenant dans le beau régiment des hussards rouges dÉbey ; il pouvait avoir de seize à dix-sept ans: c'était un émigré français, armé contre sa patrie... M. le duc.de la Roche-Aymon, aujourd'hui pair de France, lieutenant général des armées du roi, etc. , etc. ; et Merlin. . . le prie d'attester la vérité de ce récit.

... Le général fit ce que je demandais, et Kléber partit. Nous eûmes bientôt de ses nouvelles : il se créa une petite marine, qu'il cacha dans une anse ; il se créa de la même manière une compagnie de mariniers recrutée parmi les habitants de 13ing(-n et des environs: et un beau jour de carnaval, MM. les officiers prussiens étant à danser sur la rive droite, à l'auberge du Che\al blanc, Kléi er passe le Rhin à minuit, surprend les sentinelles, tombe sur la garde, et fait prisonniers M. M. les officiers, au nombrededix. console les clames, et les laisse se retirer en leuroffrant ses excuses d'avoir ainsi troublé leur fêle. Ses prisonniers, tant officiers que soldats, au nombre de cent, ainsi qu'une pièce de trois et un obusier, arrivèrent le lendemain à Mayence.

... Boisgérard, officier distingué du génie, celui-là môme qui servit si utilement Moreau dans sa mémorable retraite, avait été visiter ses positions, et ils avaient concerlé un plan de défense. Kléber le lit e.\éculer par sa troupe au milieu de l'hiver le plus rigoureux. Cependant jamais aucune plainte n'arri\a contre lui ; ses grenadiers du Calvados, presque tous de

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