MENGAUD
Au ciloyen Merlin de Thionville, député de la Convention nationale à l'année du Bhin et de la Moselle.
24 brumaire de l'an 3 do la Hépublique (14 nov. 94). SaUIT et FRATERNITK.
La connaissance d'une conscience exempte de reproche et la pureté do nos principes font que nous continuons toujours à lutter avec une ferme tranquillité contre les ellbrls les plus violents des fureurs d'une populace effrénée, contre les injustices les plus criantes et contre les essors do chaque rigueur passionnée. Dans notre État, ci-devant si resserré, la vérité est devenue crime; elle n'est d'aucun prix, ou ne sert qu'à allumer davantage et à nourrir le fiel de nos persécuteurs.
Nous nous attendions follement à voir revenir de leur fureur ces harpies ; et nous comptions sur la justice de ceux qui se sont montrés, depuis, nos ennemis les plus cruels et les plus implacables.
Délivrés de nos fers et justifiés par le succès d'une inquisition longue, passionnée et sévère, nous voulions en hommes tiui ont, au moins par eurs souffrances et leur fermeté insurmontable, mérité de devenir citoyens d'une grande réi)ubli(iue ; nous voulions, dis-jo, satisfaire au devoir t|uo
COKKESPUNUANCH l' ARTICULIÈRE. 3S
nous imposent la conviction et le patriotisme. Purgés de tout soupçon criminel, qui, flétrissant et punissable, nous eût ravi l'estime de tout homme raisonnable et noble, nous étions décidés à consacrer toutes nos facultés à l'avancement do la grande œuvre de faire triompher l'humanilé do l'oppression et de la tyrannie et d'anoblir ses efforts.
Citoyens, si l'on t'a rapporté que la régence n'a pas participé au pillage, ni à nos maltraitements sanglants, n'en crois rien ; car nous te produirons les preuves que la populace était garantie d'avance de l'impunité par la promesse des récompenses ; que les hommes dont la charge et le devoir eussent été de nous couvrir contre les maltraitements ainsi que de rétablir l'ordre et la tranquillité, se trouvèrent à la tête des brigands, en s'amusant des fureurs effrénées de la canaille. Si l'on t'a dit que justice nous a été rendue, désabuse-toi, car nous prouverons que, pour nous fouler, on s'est écarté de la forme de procéder, qui, jusque-là, avait été pour eux d'une importance unique ; tu verras la preuve qu'ils ont fait de la justice une femme vénale, laquelle distribue sa faveur au plus offrant. Si tu as entendu que nous avons été traités avec ménagement et humanité, n'en crois rien, puisque ceux qui te parlent en philanthropes sont les mêmes qui laissèrent périr inhumainement, sans aucun secours ni consolation , nos frères Eckel, Goldstein, Schornsheim et Franz, rongés de pourriture et de vers sur la paille.
En ce moment encore, dans notre qualité de citoyens libres, déclarés républicains français, nous sentons leur vengeance plus implacable qui pèse sur nous ouvertement et en secret, et qui, à nos plaintes, diffère le soulagement par mille voies détournées. Nous avons affaire ici à des gens qui poussent la trahison et le manque de parole jusqu'à mépriser les traités, qui saisissent avidement chaque moyen et chaque instrument qui se présente à eux pour nous abattre. Le ressentiment du héros de Spire nous poursuit, cherchant à venger sur nous, comme sur les ennemis de sa patrie, le naufrage de sa gloire.
On t'aura sans doute communiqué le décret de la régence concernant ceux qui se seront déclarés citoyens libres français et qui voudront passer dans les États de la république ; ne te laisse point éblouir par l'apparence brillante de justice et de droiture dont se parent nos oppresseurs : notre situation n'est adoucie que de bien peu de chose, et tout ce que la régence nous a promis dans son décret n'est jusqu'ici (ju'un coloris superficiel, à peine perceptible et qui ne fait que nous annoncer de nouvelles oppressions pour l'avenir.
Nous réclamons donc ton secours et ta compassion ; veuille coopérer et effectuer notre délivrance des griffes de nos ennemis par tous les moyens les plus sérieux qui sont dans ton pouvoir I Nous sacrifierons tout. Il est plus glorieux et il vaut mieux défendre nos droits constamment, dussionsnous succomber ici à la force, dans un combat inégal, que de souffrir en
lâches une oppression injurieuse, puisqu'il n'est de terrible pour nous que de trahir la vérité.
Les citoyens français déclarés libres qui se trouvent au fort de Kœnig' stein .
STENNER, KI'NZ, BO.MPEI., F.\LCIOL.\ père, etc., elc.
(En tout 48 noms, dont 6 membres de la convention de Ma yence, plusieurs officiers municipaux, le maire de Worms, celui de Mayence, celui d'Oberolm, l'aumônier de l'hôpital français, etc.)
P. S. ■ — La liste ci-jointe ne contient que les noms de ceux qui se trouvent présentement dans le fort de Kœnigstein. Plusieurs de ceux qui sont depuis longtemps délivrés de leurs arrêts personnels et confinés par les Mayençais en de certains endroits fixes, parmi lesquels il y en a plusieurs dont les bourreaux de la justice tiennent les gros biens, n'ont point encore reçu la proposition de se déclarer, quoique nous soyons tous bien convaincus du patriotisme de la plupart d'entre eux et de leur attachement aux principes sacrés et vivifiants de la constitution. Toute communication nous est interdite avec nos frères d'Erfurth et les autres (pii se trouvent dispersés dans le pays.
Il faut lire cette lettre sans tenir compte des aspérités germaniques de sou français. Elle forme un noble témoignage de l'énergie des patriotes mayençais en même temps que de leurs souffrances. Abandonnés bien à regret par les Français, lors de la reddition de Mayence, ils tombèrent entre les mains de leurs ennemis, et peut-être les prisons dans lesquelles ils furent jetés leur servirent-elles de sauvegarde contre les fureurs d'une populace ignorante et ameutée. Déclarés citoyens français, en conformité d'un décret de la Convention, ils étaient parfaitement dans leur droit en réclamant la protection d'une patrie d'adoption pour laquelle ils s'étaient dévoués. Grâce aux efforts de Merlin, ils furent enfin remis en liberté et rendus au territoire de la république au printemps de 95, ainsi qu'on le voit par une des leltr«'s ci-après.
.le réunis, à la suite, en un même groupe, divers ;iulres <locuments relatifs ù la question générale des otages. J'aurais pu en ajouter beaucoup d'autres, mais ceux-ci m'ont paru suffire. Ils font revivre l'un des épisodes les plus intéressants et les moins connus de l'bistoire do la révolution sur nos frontières. Voici, pour les rendre plus intelligibles, un résumé des faits auxquels ils se rapportent.
Quand les Français entrèrent, en 1792, dans le duché de Deux-Ponts, ils y frappèrent une contribution de guerre, et cette contribution n'ayant pu cire payée intégralement, un certain nombre d'habitants des villes de Deux-Ponts, Sarrebruck et IMiescastcl, pris dans les classes moyennes et commerçantes, furent arrêtés connue caution et conduits à Metz et à Nancy. Par représailles, les Prussiens, au moment de leur invasion, eidcvèrcnt, notanwuent dans les districts de nilclie et de Wissembourg, une ([u.intilé correspondante de citoyens français, à titre d'otages, afin de former la garantie des détenus de Deux-Ponts, cl ces malheureux furent successivement traînés par rcrmemi, de pri'^on en prison, de M.iyeiicc à Wesel cl de Wesel à Magdebourg.
CORRESPONDANCE rARTICULIÈRE. 37
h'autie part, quand le général Custine se décida, en mars 93, à battre en retraite sur l'Alsace, on arrêta à Mayeiice, sur la désignation du comité de surveillance, plusieurs citoyens notables attachés à la cause de l'ancien régime, pour servir éventuellement de répondants en faveur des citoyens qui, à Mayence et dans les environs, s'étaient prononcés en faveur de la république. Lors delà capitulation de la place, on tira parti de ces otages. Il fut stipulé par un article particulier qu'ils seraient remis à la frontière en échange des patriotes allemands qui voudraient passer sur le territoire de la ré|)ublique. Cet article, que les assiégés avaient eu tant de peine à obtenir et qui sauvegardait en quelque sorte l'honneur de la France, ne fut point exécuté. Les commissaires Maribon-Montaut et lîuamps, s'obstinant à considérer la reddition de Mayence comnic l'effet d'une trahison, ne voulurent pas reconnaître la capitulation signée par le conseil de guerre, et craignirent de paraître le faire implicitement s'ils se prêtaient à l'échange convenu. Les malheureux otages,quivenaientde voir ouvrir les portes de leurs prisons, furent donc ramenés par l'ordre de ces deux commissaires à Metz et à Nancy, tandis que les patriotes de Mayence, livrés à toutes les fureurs de la réaction, étaient transférés dans les prisons d'Erfurth et de Kœnigstein.
Ce n'est pas tout, l'osléricurement à l'évacuation de Mayence, les persécutions contre les partisans des Français ayant paru hors de mesure avec le nombre des otages précédemment enlevés, on en arrêta de nouveaux. Cette fois la mesure atteignit même les fenmies. Les femmes des patriotes mayençais ayant été jetées dans les prisons, un nombre égal de femmes du duciié de Deux-1'onts furent saisies par droit de représailles et transférées à Metz.
Enfm, une dernière classe d'otages fut fournie parla garnison même de Mayence. Le général Doyré, commandant en chef, et plusieurs officiers demeurés en arrière sur la foi de la capitulation, furent arrêtés à la requête du roi de Prusse et de la régence pour servir de caution relativement à la monnaie obsidionale qui avait eu cours forcé pendant le siège ; et bien que pour la délivrance de ceux-ci, il n'y eût en jeu qu'une question d'argent, ils demeurèrent abandonnés à l'ennemi jusqu'à la fin de 1794.
On ne sait comment expliquer ce long délaissement. Merlin, dès son retour de Vendée, avait attaqué à deux reprises, avec sa hardiesse accoutumée, au sein même de la Convention, l'incurie et le mauvais vouloir du gouvernement à l'égard de ces officiers; et dès le commencement de 94, sur ses instances, la Convention avait intimé à Bouchotte l'ordre d'en finir sans délai. Mais l'affaire fût-elle demeurée en suspens jusqu'à la cliute de Robespierre, comment ne s,'était-elle pas terminée immédiatement après'.' 11 faut peut-être supposer que la Prusse avait pris le parti de transformer en prisonniers ces otages.
A la suite de la chute de Piobespierrc, alors que sortaient des prisons tant de malheureux, les otages détenus à Nancy, ayant demandé à être remis en liberté, obtinrent du Comité de salut public un arrêté qui les relaxait; et, comme on le voit dans sa lettre au gouverneur de Mayence, Merlin lui-même, contre l'avis de r.eubell, s'interposa à cette époque en leur faveur, espérant qu'il suffirait d'un tel exemple pour décider la Prusse à user spontanément de réciprocité. Il n'en fut rien, et le 24 octobre le Comité de salut public fit suivre son précédent arrêté de l'arrêté suspensif dont il est question dans la lettre de Reubell; mois cet arrêté était trop tardif quant aux otages de Nancy, auxquels la municipalité avait délivré leurs passe-ports depuis un mois.
testaient les otages de Metz; mais pour ceux-ci Merlin, à qui le Comité avait renvoyé la décision de l'affaire, arrêta que leur détention ne cesserait que lorsque la Prusse aurait consenti à rendre les citoyens français demeurés entre ses mains; et même, pour rendre plus vives les instances de ces malheureux auprès de leur gouvernement, il menaça, à moins d'une prompte solution, d'un nouvel enlèvement d'otages. Heureusement cette mesure ne fut pas nécessaire, et l'échange définitif eut lieu aux avant-postes de l'armée de Mayence, le 9 février 1795.
Cette histoire nous représente par plusieurs traits, que l'on trouvera sans doute assez touchants, l'un des abus les plus criants du droit de la guerre. Bien que la détention des otages ne soit considérée que comme une mesure temporaire, c'est un sévice qui rappelle le temps où le vainqueur se croyait autorisé par l'épée à frapper à volonté la population vaincue. 11 est évident d'ailleurs qu'on ne saurait excuser la barbarie de cet usage par aucune raison d'utilité. Il est purement illusoire, puisque si l'un des partis enlève des otages à son profit, le parti contraire est presque toujours en mesure d'en enlever tout autant par représailles. Heureusement, on peut dès à présent le considérer comme tombé en désuétude. Il n'en a plus été question dans nos dernières campagnes. Les guerres tendent, du commun accord de toute l'Europe, à se résoudre par le strict engagement des armées, et avec le plus de ménagement possible pour les habitants du théâtre de ces sanglantes luttes. (f Faisons des vœux, comme le disait Merlin au gouverneur de Mayence en lui renvoyant les derniers otages allemands, pour que les peuples ne combattent plus désormais qu'en générosité. »
Au citoyen Merlin, représentant du peuple, etc.
Paris, G frimaire (2G nov. 94).
Je le renvoie une lettre d'un otage ; comme plusieurs demandent leur liberté, et comme les otages mayençais se sont glissés hors de la république contre mon gré et malgré tout ce que j'ai pu dire, ou plutôt malgré l'arrêté pris de suspendre qui n'a pas été suivi d'exécution , je te prie de me marquer au plutôt s'il est vrai que nos patriotes mayen(.'ais sont tous libres, hommes et femmes. Tu es à môme de le savoir.
Salut et fraternité.
REUBELL
.\u Refii^p à Metz, le 6 friiiiairr, l'an 3 do la Ri'p. (2tî nov. O»)- C.ITOVF.N RePBÉSEMANT,
J'ai été emmené à Metz, au Refuge, comme otage de la ville de Deux- Ponts pour une contribution de deux millions qui n'a pas été payée. J'avais dans cette ville un établissement t\ i)Ographiquo connu sous la raison de Sansou et C.''^. Sur les ordres du représentant Lacoste, on a enlevé et mou
CORRESPONDANCE 1*AHT1CULIÈRE. 39
imprimerie et mon magasin qui ont été transférés ici, à Metz. Les propriétés d'un otage sont sacrées, et mon établissement aurait dû ôtre protégé par la république en ce que: 1 " ses ouvrages de fonds, comme Voltaire, Rousseau, elc. sont ceux qui ont aidé à opérer la révolution; 2'^ que j"ai toujours montré du dévouement à la révolution : que , môme cinq mois avant cet enlèvement, j'avais fait des démarches pour transférer ledit établissement en France. Si jamais il a été fait une injustice, ce serait celle de cet enlè^ement dans le cas où la propriété ne me serait pas rendue. J'en ai fait la demande au département d'ici; mais je ne puis en recevoir de réponse. Je m'adresse donc directement à vous, avec prière d'ordonner au département qu'il me rende ma propriété typographique. Ma demande, fondée sur la justice, ne peut m'ètre refusée par des représentans d'un peuple juste et généreux. Hâtez, je vous en prie, cette décision; car mes magasins gênent beaucoup le département et périclitent tous les jours davantage. Salut et fraternité.
BEHMER, olasc de la ville de Ueiix-Ponis,
A Mclz, au Refuge, le 19 frimaire, l'an 3 (9 déc. 9i). CiTOYKN RePRÉSENT.\XT,
Je viens d'apprendre que mon sort, ainsi que celui de mes compagnes d'infortune, est entre les mains. Le Comité de salut public t'a adressé notre pétition pour prononcer notre liberté, et ton collègue, le citoyen Karger, a bien voulu t'écrire pour te prier de l'accélérer. C'est le seul bien de l'humanité. Nous gémissons depuis seize mois dans une dure captivité, que la rigueur de l'hiver rend tout à fait insupportable, ne pouvant absolument pas nous procurer du bois. Nous sommes tout à fait innocentes. Les citoyennes Patocki et Sainl-Dizier, pour lesquelles nous fûmes arrêtées, ne l'ont pas été, et sont rentrées en France depuis quinze mois. Les otages de Mayence, détenus pour les patriotes mayençais, ont obtenu leur liberté depuis deux mois, ainsi (pie les otages de Sarrebruck et de Bliescastel . Ainsi, je ne doute pas un instant que ta justice si reconnue ne prononce sans délai la nôtre. J'ose, en mon particulier, ainsi que ma belle-sœur détenue avec moi, la réclamer comme bourgeoise suisse. Mon mari est allé rejoindre ses compatriotes pour s'éloigner du théâtre de la guerre. Sort cruel qui a dévasté notre habitation, et privé nos enfants infortunés du bien dont ils auraient pu jouir un jour. Je me recommande encore une fois, ainsi que mes compagnes d'infortune, à ta prompte bienveillance.
Salut et fraternité.
La femme LLXBOURG, arrêtée à Deux-Ponis pour la ciloyenne Patocki et ?a sœur.
40 CORRESPONDAiNCE PARTICULIÈRE.
Voici une lettre qui paraîtra sans doute curieuse, et qui marque l'origine de l'enlèvement de ces malheureuses femmes. Elle leur est adressée par le citoyen Patocki, de Colmar, le 5 août 93.
« Je suis peiné, Madame, d'avoir le malheur d'ctic mis dans la dure nécessite de vous occasionner des chagrins. Mais la détention de ma chère épouse, qui fait tout le bonheur de ma vie, et de ma belle-sœur que j'aime et estime beaucoup, ne m'a laissé que la voie des représailles. J'espère que, d'après les ordres donnés, vous serez traitées avec tous les égards possibles. Puissé-je attendre la même honnêteté pour mes personnes détenues à Mayence! Hâtez-vous, engagez-y vos codétenus, de faire rendre ma chère épouse et ma belle-sœur, avec tous leurs effets, à Wissembourg, et comptez que votre liberté ne souffrira plus le délai d'une minute. Si vous devez me regarder comme l'auteur de vos maux, j'ose espérer que les motifs qui m'ont dirigé me rendront excusable. Saint!
» PATOCKI, (lu Colmar, ci-devant Majençais, attaché à la Commission nationale. »
Le Comité de salul piihlic au.r représentants du peuple près de Varméc de
la i\l()selle.
Paris, le 20 frimairp, l'an 3' (10 il.V. 9i).
Nous VOUS faisons passer, citoyens collègues, trois pétitions des otages pris à Deux-Ponls, à Pirmasens et à Hoiubourg. qui, tous, réclament la liberlé de retourner dans leurs foyers, comme les ci-devant détemis de Sarrebnick et de Bliescastel.
Nous vous invitons à examiner celte alTairo, et à y statuer dans votre sagesse pour le plus grand bien de la république.
Les membres du Comité de salut jtublic.
r.AMiiACKisKS, Miîr.i.iN iic nouai, p.ir.H.xnD.
Le Comilé de salut public aux représentants du peuple près de l'année de
la Moselle.
Paris, !<• -21 fi-iniaiio, l'an 3(11 drr. O-i).
Nous VOUS taisons passer, ciloxcns collègues, dciiv iellres ci-jointes : Tune de Marguerite ^leletta. éi)()use de (îeorge l-'alciola, nninicipal de Mayence, qui léclame, ei\ faveur des palrioles mayençais. les conditions stipulées lors de la reddition de cette i)lace: l'autre de Helimer. otage de la ville de Deux-Ponts, détenu au Hefuge. à Met/, cpii réclame son im-
COHKIiSFUNDANCl- l'A RllCU Ll É K lî. H
prinierie et ses magasins emmenés à Metz par l'ordre du district de Sarreguemines.
Nous soumettons le tout à votre sagesse et à votre justice.
Salut et fraternité.
CAMBACÉRÈS, MEULIN de Douai, RICilAr.D.
Aux citoyens représenlants, 7nemlres du Comité de sûreté rjéne'rale.
Citoyens Représentants.
Les soussignés, habitants domiciliés à Deux-Ponts, détenus à Metz, par mesure de sûreté générale, sont instruits par la clameur publique que vous avez mis la justice à l'ordre du jour, el qu'en conséquence les détenus de Sarrebruck, Bliescastel cl autres lieux jouissent déjà de la liberté, qui est le bien le plus précieux à l'homme. Depuis plus d'un an. nous gémissons dans une dure captivité, et nous espérons, citoyens représentants, que, fidèles aux principes que vous avez décrétés, vous rendrez la liberté à de malheureux pères de famille qui n'ont aucun reproche à se faire vis-à-vis de la république française.
liASTlEN, raarclinml, de l>eux-Ponts; BEHMER, iniprimoiir-libraiio ; KAEMI'F, niinislre de l'Eaflise lulliériennc ; FROI.IdIEN, nrarncianl ; MORITZ, cordonnier; SEVLER, marchand; DICHL, cliamoiseiir ; ROEMER, boulanger; EEINDAL, cordonnier; SCHNEIDER, perruquier; EHRISELLER, maréclial ferrant.
Au Président de la Convention nationale.
25 brumaire, l'an 3 (t.'i nov. 04).
Citoyen Président,
Les proclamations par lesquelles les Mayençais ont été invités, au nom de la nation française, d'embrasser la cause de la liberté, en leur assurant toute protection, sont connues à tout l'univers. Us sont connus aussi ces actes de réunion décrétés et proclamés par la Convention nationale, par lesquels elle assure à chaque Mayençais patriote les droits de citoyen français. Ils se sont crus dignes de mériter ces titres, tant par leur attachement que par leur courage infatigable au bombardement de Mayence, sans considérer leurs sacrifices et leur intérêt personnel. Mais, malheureusement, on n'a pas songé à ces patriotes de Mayence, lors de la capitulation de cette ville, qui porte que « tous les individus
français sortiront avec armes et bagages » ; on ne leur a pas publié le décret de réunion qui les autorise ii jouir du nom de Français, et sans une formelle détermination, les ennemis n'auraient jamais reconnu pour Français un individu de Mayence.
Cependant il existe un article particulièrement en leur faveur, qui dit que les patriotes mayençais resteront sous la sauvegarde du roi de Prusse jusqu'à ce qu'ils soient échangés contre les aristocrates qui, pour la sûreté provisoire des patriotes, ont été conduits comme otages en France avant le blocus de Mayence. Une partie de ces patriotes compta sur ces promesses : une autre tâcha d'échapper en secret avec la garnison de Mayence et arriva heureusement en France. Mais le sort fatal voulut que de ces patriotes les meilleurs et ceux qui avaient le plus de confiance en la loyauté de la nation française tombèrent entre les mains de Fennemi. Après la reddition de Mayence, les aristocrates, emmenés comme otages en France, furent envoyés sur la frontière pour être échangés contre les patriotes restés dans cette ville ; mais les représentants près l'armée du Rhin ne voulurent pas reconnaître la capitulation, et en conséquence, l'échange n'eut pas lieu.
Il n'est malheureusement que trop connu combien ces patriotes ont souffert de maux dans les prisons, non-seulement par les mauvais traitements en tout genre qu'ils y ont essuyés, mais encore par les reproches ironiques que leur font sans cesse les aristocrates de leur confiance dans les promesses de la nation française. Rien cependant n'a été -capable d'ébranler leur constance.
Peu de temps après, la Convention nationale a reconnu la capitulation rejetée par le représentant du peuple Ruamps. Pourquoi donc l'échange des otages n'a-t-il point été exécuté? Pourquoi laissez-vous languir plus longtemps entre les mains des satellites des despotes, avec un pareil sangfroid, ces malheureuses victimes ?
Pardonnez, citoyens législateurs, ces plaintes a une citoyenne dont le mari et le fils, qui ont rendu do grands services dans la révolution de Mayence, souffrent depuis si longtemps, avec bien d'autres malheureux patriotes, les traitements les plus durs dans les prisons des tyrans a Erfurth, pour avoir mis confiance dans la générosité et la justice de la nation française.
Il y a quatre semaines que j'ai eu 1 heureuse nouvelle (jue l'échange si longtemps désiré devait enfin avoir lieu. En eiVet, les otages aristocrates (le Mayence .><ont partis de Metz et de Nancy avec des passe-ports illimités; mais on a oublié les patriotes de Mayenco, enfermés dans les prisons d'Erfurlh, Kœnigstein et autres endroits, qui, maintenant, sont encore plus maltraités (jue jamais, i)uis(pie ceux contre lescjuels ils devaient élit» échangés sont déjà retoiu'iié.s dans leur pays.
J'espère que vous voudrez bict\ vous interessor a ces malheureuses vif-
CORRESPONDANCB PARTICULIÈRE. 43
tinies et prendre les mesures les plus salutaires pour leur prompte délivrance.
Maroaritha MELETTA, époic^e de Gkorge FALCIOLA, municipal de Mayonce.
Au citoyen Merlin, représentant, etc.
Strasbourg, le 12 nivôse, l'an 3 (1" janv. 95).
Citoyen Représent.\nt.
J'espère que vous aurez reçu ma dernière lettre avec la pétition que jai envoyée à la Convention nationale, pour obtenir la délivrance des prisonniers patriotes mayençais; mais, pour mon plus grand malheur, il faut que je voie passer un mois après l'autre, sans que j'entende que l'on cherche les moyens les plus salutaires pour les remettre en leur liberté. C'est à présent trois mois passés qu'on a laissé en liberté les otages mayençais détenus à Nancy pour la sûreté des patriotes mayengais. Je suis persuadée que vous êtes un %Tai républicain et qui hait les despotes : cela me console et me fait espérer que vous ferez votre possible: et de penser à l'honneur que vous aurez en entrant à Mayence de n'avoir plus vos frères entre les mains des ennemis !
Je vous recommande les otages qui sont encore à Metz. Qu'on ne les laisse pas aller dans leur pays avant qu'on n'ait mis les otages prisonniers à Erfurth et à Kœnigstein en leur liberté ! Je sais que tout dépend de vous. Ainsi, je ne doute pas que j'entendrai dans peu que ce jour de bonheur pour ces pauvres malheureux et pour moi est arrivé. En cette bonne espérance, je suis, avec salut et fraternité.
Margaritha F.\LCI0L.A.
Celte femme énergique, aux démarches de laquelle les patriotes mayençais, exposés au danger de l'oubli au milieu de tant d'autres préoccupations d'un ordre plus général, durent, au moins en partie, la recouvrance de leur liberté, s'était adressée directement au Comité de salut public en même temps qu'à la Convention. Il ne me paraît pas utile de publier cette pièce qui répète à peu près la précédente. J'en citerai seulement la fin, qui n'est pas dépourvue d'une certaine éloquence.
" Le moment où nous allons nous rendre maîtres de Mayence, pour la seconde fois, s'approche : Je vous supplie, citoyens, par tout ce qui vous est cher et sacré, de faire tous vos eftorls pour faire mettre en liberté ces pauvres captifs. Pardonnez à une femme, à une mère abandonnée de tout le monde, si elle s'intéresse tant à ces malheureux; son mari, son fils, son beau-frère, ses meilleurs amis sont du nombre. Voyez, citoyens, s'il est possible de supporter tant de maux à la fois et depuis seize mois ! Il n'y a que la confiance que j'ai dans le Comité de salut public ifui m'ait soutenue jusqu'ici.
î> Daignez donc consoler, citoyens, une pauvre nialiieureuse et seconder ses espérances. Employez-vous, je vous en conjure au nom de toute la nalion, à porter de prompts remèdes à la délivrance de vos frères et malheureux compatriotes qui ont tout fait pour la république, qui oui sacrifié leurs biens et leur sanç; pour la patrie, et vous rendrez la vie à une pauvre mère éplorée. .Salut et fraternité. »
Cette pétition est renvoyée, le 17 frimaire, au représentant du peuple près l'armée de Rhin et Moselle.
Lcltre renvoyée à Merlin, probablement par Bâcher, agent de la république
à Mie.
Hcilbronii, 24 frimaire an 3 (IV iléc. 94).
Citoyen, seize des vingt-qualre inflividus de la garnison française de Mayence. retenus comme otages de l'échange du papier-monnaie créé pendant le siège de cette place et transférés successivement à Erfurlh en Tluiringe. sont actuellement en marche pour rentrer dans leur patrie. Mes compagnons me chargent, citoyen, de vous prévenir de notre prochaine arrivée à Bâle, et de vous prier de vouloir bien prendre les mesures nécessaires pour nous faire passer à la frontière et nous procurer les secours indispensables à chacun de nous pour se rendre à sa destination ; ceux qui nous avaient été fournis par la régence d'Erfurth étant à peu près épuisés par les frais d'une route longue et souvent entrecoupée de séjours que la rareté des chevaux a rendus inévitables.
Dès que notre sort a été décidé, mon premier soin a été d'écrire, au nom de mes camarades, au Comité de salut public, pour lui témoigner notre désir de nous rendre de nouveau utiles à notre patrie; mais il est douteux que je puisse trouver la réponse à notre arrivée à Bàle, qui n'est guère un lieu convenable pour l'attendre.
Nous nous en remettons, citoyen, à votre prudence, et nous nous recommandons à vos bons offices en faveur de nombre de vos concitoyens qui ont longtemps souffert après avoir bien ser\i Uni!- patrie.
ItOVRb';, goiiôral (!c brigade; i:il.VUfc;i..VS, ailjiulaiil gonc-ral ; DOIAV, chef de lialailion d'artillerie; HJOMK.NT.VL, cai.iUiine du 10" l>alailloii de la Mcurllie; IIOC.VGEL, (|iiarlier-iiiailre du 11' liulailNin du Jura; S.VTTlili, liculuiiant au 5" légiinenl d'arldkrio; l'fl'O.Nï, cliiriirgion-major en chef de l'armée dii Ithin ; IM'1'I..MP, .i|.olhicaircniajiir, avec sa femme; FAVPiKl'X, dirccleiir du l'amhnlanre, avec sa femme, cic.
II serait superflu de cherciicr à faire ressortir la simplicité noble el élevée de celle lettre : il s'entend assez que huit des vinj^l-quatre avaient péri dans les
CORKUSl'ONDANCE l'A Kl IC L' LIKK li. 43
prisons. On se lait, du reste, aisément idée de l'accueil que trouvèrent ces infortunés en arrivant auprès de leur généreux frère d'armes Merlin, dont ils ignoraient sans doute la présence et la position sur le Khin.
Les otages français en Prusse à Merlin de Tliionville, etc.
Magdeboiirg, le 27 frimaire an ?< de la Répiililiquc (17 déc. 94).
Citoyen Reprkskntant,
Daignez suspendre pour un moment les imporlantes occupations qui absorbent probablement la majeure partie de voire temps pour écouter le cri de l'infortune. Nous sommes Français et malheureux : voilà nos titres. L'un et l'autre sont dignes do fixer l'intérêt d'un représentant du peuple.
Un concert d'applaudissements et de cris de joie retentit en France do toutes parts : la liberté et l'humanité sont réunies pour assurer à jamais le bonheur de notre patrie ; et cependant un district entier est encore en proie aux larmes. Vingt-deux de ses citoyens, la plupart pères de famille, gémissent dans un douloureux exil, livrés ii mille maux et à mille besoins
Citoyen représentant, vous serez notre avocat près de la Convention nationale ; vous lui ferez connaître nos maux, et, dès ce moment, ils finiront. Celui qui, d'un bras courageux, a raffermi la liberté en fixant près d'elle l'humanité et la justice, saura tendre une main secourable à des malheureux trop longtemps victimes de l'égoïsme et de l'inhumanité.
Lors de l'entrée de l'armée prussienne dans les districts de Bitche et de Wissembourg, SA. Mgr. le duc de Brunswick fit arrêter sur ces frontières différents citoyens, afin de servir d'otages pour les habitants des pays de Deux-Ponts, Sarrebruck et Bliescastel, détenus pareillement à .Metz. Nous sommes ces infortunés, qui, transférés successivement à Mayence et à Wesel. privés de toute communication avec nos familles, sans connaissances, sans ressources, avons été à la fois en prise aux chagrins de l'absence, aux horreurs de la misère et aux fatigues de longs et pénibles voyages. Un traitement journalier de 1 2 sols, accordé par le gouvernement prussien, doit subvenir à nos besoins. Nos voix se sont maintes fois élevées vers la mère patrie: mais un silence désespérant a succédé chaque fois à nos cris. Bientôt une cruelle maladie produite par nos fatigues , l'influence d'un air étranger, nos chagrins et notre misère nous ont conduits aux portes du tombeau. Nous avons vu périr dix de nos frères. Tls sont morts, privés des soins de leurs proches et de la triste consolation de fixer leurs yeux mourants sur une famille chérie. Les autres, grâce aux soins paternels de M. le com-
mandant de Tschirsky, oni survécu, mais pour voir une nouvelle carrière de maux s'ouvrir devant eux.
Mais nous ne voulons pas arrêter plus longtemps vos regards sur ce douloureux tableau ; nous chercherons à les ramener vers un district entier en deuil, qui tend les bras vers la Convention nationale. Oui, citoyen, nous le disons avec confiance, la Convention instruite par vous rendra à des enfants des pères, à des épouses des époux, à leurs champs des bras accoutumés à les féconder, à la patrie des citoyens qui peuvent encore lui élre utiles.
L'hiver dernier, le citoyen Daudibert apprit en Hollande, où il résidait comme commissaire des affaires extérieures de la république, qu'il existait à VVesel des otages français; qu'ils y étaient, luttant contre les fléaux réunis de la maladie et de la misère, et que l'espérance, cette douce illusion qui tempère tous les maux, allait même leur échapper Aussitôt ce vrai Français nous prodigua les plus tendres consolations, ranima notre courage par ses promesses, et subvint à nos besoins par un secours provisoire de 20 sols par jour. Mais un génie malfaisant s'obstinait contre nous. Daudibert fut arrêté, et nous fûmes conduits à Magdebourg. Dès lors s'évanouirent nos espérances et le secours provisoire qu'il nous faisait toucher ; les mêmes maux et les mêmes besoins que cet homme sensible avait sinon dissipés, du moins adoucis et allégés, se reproduisirent de nouveau, ot l'espérance seule de votre appui et de l'humanité de la Convention nationale nous soutient encore.
Nous n'en doutons pas, la Convention, instruite par vous, s'empressera de sécher nos pleurs et de nous rendre à nos familles, et jusqu'à celte époque désirée, elle nous assurera un traitement proportionné à nos besoins et à la grande nation pour lacjuoUe nous sommes ici. Alors cessera la comparaison désolante que nous faisons entre l'abandon où nous nous trouvons et le sort des otages allemands en France que leurs souverains respectifs entretiennent largement.
Mais nous oublions combien vos instants sont précieux, et ces lignes se multiplient indiscrètement sous notre plume. Nous finirons donc promplement et en vous faisant grâce des compliments d'usage. Salut et fraternité.
Vos concitoyens, les otages français en Prusse,
BlLnEBEFUi, lillliKliKlSli, lire l».\N.I0R.VNIi ; ÏOMI'SON, SCIlMlItr, VOliT, III lti:il, KI;i:iiS, KMKMKII, «Ir.
Merlin de Thionville, etc., au citoyen Bâcher, elc.
Au qiiarlior géni'iMl d'Olicringellieiiii, 18 pluviôse, 3' année ('J fcvr. ',(51.
Je t'envoie une rcilamation bien jusle des otages emmenés par les Prussiens et détenus à Magdebourg. En cédant à l'invitation du gouvernement prussien et aux sentiments qui caractérisent le vrai Français, pour mettre en liberté les otages que nous avions fait détenir en France, nous avions le droit de penser que la Prusse nous renverrait de même ceux dont je te joins, en copie, la pétition. Je te prie de faire, près de l'ambassadeur prussien, pour obtenir promptement la liberté de ces citoyens, tout ce qui dépendra de toi.
MERLIN de Th.
Merlin de Thionville, etc., aux otages détenus à Metz.
29 frimaiie an 3(19 déc. 9i).
Par j)lusieurs de ses arrêtés, le Comité de salut public m'a renvoyé à prononcer sur les pétitions que vous lui avez adressées. Je vous déclare que vous serez libres le jour oii le dernier des patriotes du Rhin , détenus tant dans l'électorat de Mayencc qu'autre part, sera rendu aux avantpostes français ou dans le sein de la république. C'est à vous de hâter cet événement par tous les moyens qui sont en votre pouvoir. Le moment de leur délivrance sera celui de la vôtre. Vous contribuerez même à empêcher par là que je ne sois forcé de faire arrêter pour la sûreté des i)atriotes toutes les personnes qui ont appartenu, soit au prince de Sarrebruck, soit à celui de Deux-Ponts, soit aux Électeurs de Bavière et de Mayence. Je vous préviens de plus que j'envoie à l'administration du déparlement de la Moselle un arrêté par lequel je le requiers de vous refuser la liberté, (juelques ordres qu'il en reçoive, à moins que les Mayençais ne nous soient rendus.
MERLLN de Tb.
La commune de Nancy au citoyen Merlin, etc.
Nancy, le i nivôse, l'an ^' (2i déc. 9i).
La réponse que tu demandes par ta lettre du i 6 du mois dernier exige quelques détails dans lesquels nous croyons devoir entrer pour la justification des officiers municipaux qui nous ont précédés Ce sont ces officiers municipaux qui ont relâché les otages de Mayence et leur ont délivré des passe-ports. Mais ce serait mal juger leur conduite que de la considérer comme ayant contrevenu à l'arrêté du Comité de salut public; arrêté qui
48 CORUESPONDANCE PA UT K.U Ll EUE.
a suspendu cette mesure arrêtée le 24 fructidor, par ce même comité, en termes indéfinis.
En effet, le 7 vendémiaire dernier, l'administration du district a adressé au corps municipal de Nancy copie d'une lettre du commissaire des relations extérieures qui voulait qu'en exécution de Tarrèté du 2 4 fructidor, les otages niayençais détenus à Nancy fussent mis en liberté, et qui chargeait expressément la municipalité de cette commune de délivrer des passeports auxdits otages.
En conséquence, le corps municipal a délivré, des le 8 du môme mois, des passe-ports à tous les otages détenus dans les murs de la commune.
L'arrêté du Comité de salut public qui a suspendu l'exécution de cette mesure n'est que du 4 brumaire ; il n'est parvenu au corps municipal que le 10 du même mois, et à cette époque, tous les otages mayençais étaient partis de Nancy.
Tu remarqueras, citoyen représentant, par ces détails, que si la mise en liberté de ces individus a entraîné des abus, (pie si même elle a été illégale ou prématurée, ce n'est pas à la municipalité de Nancy qu'il faut s'en prendre; elle n'a fait qu'exécuter passivement les ordres ([ue l'auiorité à laquelle elle est subordonnée lui a donnés.
Salut et fraternité.
M.VLLAHMÉ, maiic
Voici un extrait de la lettre tlu commissaire tics relations extérieures dont il est question dans la lettre ci-dessus.
4* jour lies saiis-eiilollidcs do l'an 2" delà Rép. (20 scpl. \)\}.
Vers la lin du mois de mars de l'année dernière (v. s.), lors de la retraite du général Custinc, de Bingen à Landau, le citoyen Simon, alors commissaire du pouvoir exécutif, chargea, de concert avec le représentant du pcuiile liicliou à l'armée, le comité de surveillance de Mayence de lui proposer des lialtitants notables de cette ville pour les envoyer en France et y servir d'otages en faveur des patriotes de Mayence et des environs. Cette réquisition a été exécutée.
Par un article séparé de la capitulation de Mayence les deux parties contractantes convinrent « qu'aussitôt après la reddition de celte place, les otages allemands releims sur le territoire de la république seraient échangés contre les habitants de Jlaycncc et des pays du lîhin qui, professant les principes do la république, désiraient entrer en France. >- Cet article n'a point été to\il à fait rcnqili(l), et CCS otages sont encore détenus à Mancy. Ils ont fait parvenir au Comité de salut public des représentations sur l'inexécution de la convention (|ui les concerne. Le comité a mis en marge de leur mémoire : « Le renvoi des otages doit avoir lieu, u
(I) J'ai déjà dit par quelles (•ir(i'n>lanccs l'aiticli' en iiucslion n'avait |ias clé suivi d'excculioM.
COKRIiSl'ONDANCE l' A HT ICU LI H U K. 49
Merlin de Thionville, etc., au genrral .Vei/, commandant à Mayence.
l.e 19 pUi\ii)SC ai) 3 (7 fôvr. 95).
Je VOUS préviens que les ordres soul donnés pour recevoir aux avanlpostes de Monbach les citoyens dont, la liste m'a été envoyée par le gouvernement de Mayence, et qu'ils y sont attendus. On voudra bien y ajouter les citoyens Betz, Glauciner, VVinckelmann et Gluck.
Je vous répète, général, qu'avant môme que le gouvernement de Mavence et celui de Prusse aient sollicité la mise en liberté des otages allemands détenus en France, j'avais donné l'ordre de les relâcher. Le gouvernement de Mayence avait d'ailleurs reçu une preuve non équivoque de confiance et de loyauté de ma république, puisque les otages détenus à Nancv pour siireté des patriotes mayençais sont en liberté, et que ceux pour (jui ils répondaient sont encore dans les fers.
Je fais au surplus des vœux bien sincères pour que les peuples ne combattent plus qu'en générosité. Salut.
.MERI.I.N de Tliioiivillc.
Strasbourg, le i\ venlosc do l'an 3(11 mars 95).
LlBKRTÉ. Eg.4L1TÉ.
Les soussignés qui, par l'entremise du gouvernement de In république et par tes mesures mâles et sérieuses, viennent de mettre le pied sur le territoire républicain , te notifient ce qu'ils ont adressé à la Convention nationale.
Nos sentiments de reconnaissance égalent la grandeur du service que tu nous as rendu, en corrigeant notre malheureux sort. Continue à nous étayer. La situation peinée où nous nous trouvons demande ton prompt secours. La confiance que nous avons en ta loyauté nous rassure pleinement. En ton absence, nous avons aussi fait part à ton collègue Cavaignac de notre arrivée et de notre état.
Pour te mettre à même d'employer utilement nos facultés au bien de la république, nous te joignons ici nos noms et nos qualités.
Salut et fraternité. Les citoyens patriotes mayençais.
STEN.NËIS, Kl NZ, UO.MI'EL. THEVER, 1ALGIUL.\ père. l'.VLC10L.\ \\h, WOHLSTAUT, etc., elc.
ScliafTIiiiiisc, ce 25 nivôse an 3 (14 janvier 95). Citoyen Représentant,
La Convention nationale, dirigée par ses intentions justes et bienfaisantes, vient enfin de remplir la promesse solennelle qu'elle a faite de ne pas confondre l'innocent avec le coupable, ni l'erreur ou la faute contrainte et involontaire avec le crime. Mais, par malheur, on a su arrêter le cours de la justice sous le prétexte du bien public.
Robespierre, aussi, disait que c'était pour le bien et le bonheur du peuple qu'il s'était emparé de l'autorité, qu'il disposait à son gré de la vie et de la liberté de nos représentants, qu'il faisait massacrer, traîner sur leséchafauds, jeter dans les rivières, mémo des enfants aux mamelles de leurs mères, fusiller les uns, forcer les autres à fuir en les poursuivant et les épouvantant h force d'atrocités : il appelait cela faire transpirer le peuple et battre monnaie ! C'était aussi pour le bonheur du peuple et pour rameur de Dieu qu'on égorgea nos frères le jour de la Saint-Barthclemy !
Digne représentant, mérite de plus en plus l'estime et la reconnaissance des vrais amis de la patrie et de l'humanité ; ne te laisse pas séduire par les sectateurs de la tyrannie ; unis-toi à ceux de tes collègues qui partagent tes sentiments pour repousser loin de vous ces maximes machiavéliques, dignes produits de la faiblesse ; abandonnez vos âmes tout entières à la douce et sublime impulsion do la vertu, de la justice et do l'humanité. On parle de crédit national, d'assignats : les conquêtes de la république ne sont-elles donc rien? Ignore-t-on d'ailleurs que le crédit d'un gouvernement s'obtient bien moins par l'offre d hypothèques, même puissantes, mais révocables à sa volonté, que par l'estime qu'il a su captiver par son dévouement inviolable aux principes de morale, de justice et d'intégrité ? Celui qui, aujourd'hui, a pu faire ployer sa justice et ses devoirsdevant son intérêt ne pourra-t-il pas le faire encore demain?
0 toi, brave citoyen, tu as si fort contribué ii la destruction de la tyrannie; détruis-en encore les tristes conséquences. Nous aussi, nous sommes plébéiens ; et si, comme les ouvriers, nous ne pouvons servir notre patrie de nos bras, nous la servirons par nos veilles, par nos pensées; renfermés dans le silence de nos cabinets, nous méditerons sur les sciences et sur les objets propres à faire fleurir les arts, le commerce et l'agriculture; nous rêverons à son bonheur.
Obtiens-nous de la Convention un décret qui, en satisfaisant la justice, concilie les mesures de prudence que nécessite la chose publique, par lequel tout fugitif (jui depuis le 1" mai 1793 se serait soustrait à des mandais d'arrêt, jKjurrait rentrer à la condition : 1" do se procurer préalablement un certificat de civisme et de non-émigration do sa municipalité .juscju'au jour de sa disparition : 2 ' de |)résenler ce certilicat à l'envoyé de France le plus près du lieu qu'il habile, lequel lui donnerait un passe-
port pour se rendre à sa municipalité ; 3" à son arrivée, de se présenter à sa municipalité, laquelle jugerait de la validité de son mandat d'arrêt pour, s'il est prévenu de crime ou de délit, être mis en détention et livré au tribunal suivant la rigueur des lois, et s'il est innocent, être justifié et rendu à la patrie. Par ce moyen , les vrais émigrés ne pourraient abuser de la justice et les seuls innocents se présenteraient.
La Convention pourrait encore, pour prévenir tout abus, se faire rendre un compte circonstancié et par forme de procès-verbal, de tous les fugitifs qui rentreraient. Si elle jugeait nécessaire, attendu les circonstances et jusqu'à la paix, d'excepter les ci-devant gentilshommes ou prêtres, elle le pourrait, en se réservant de prendre à leur égard les mesures propres à concilier la justice avec le bien public.
Si la Convention persistait à refuser de compléter à notre égard son acte lie justice, engage-la, au moins, comme elle a décrété qu'il ne serait vendu que pour un milliard de biens d'émigrés dans le cours de cette année, à ne vendre ceux des fugitifs qu'en dernière instance, et à les réserver pour les derniers besoins de la républi(iue.
On s'écriera peut-être à la réaction. Eh : qu'importe la réaction à une république puissante, lorsqu'il s'agit d'être juste et de réparer les maux de la tyrannie? A-t-on jamais vu des empires périr par rapport à la justice et à la vertu? et n'est-ce pas toujours l'injustice, l'inunoralité, la tyrannie qui les ont perdus et les perdront encore ?
Sans siijiuilure.
?lrasbour^, ce G pluviôse de l'an 3 de la Rép. une el indiv. (25 janv. 05).
Brave et généreux frère, je me suis arraché à ma profonde solitude, et j'étais venu dans l'espérance de combattre comme soldat avec toi sur la brèche de Mayence, lorsque Kléber, m'arrétant ici, m'a engagé à y attendre ton retour à l'armée. Bon et fidèle ami, j'attends et réclame de toi une seule faveur : fournis-moi l'occasion d'un vigoureux coup d'épée pour la république, et nous chanterons au milieu des ruines de Mayence les charmes de l'amitié et de la liberté.
Vive la Convention !
Salut et fraternité.
.\N.MB.\L.
Annibal est le prénom de cet aimable et ciievaleresque Aubert-Dubayet, qui aurait, selon toute apparence, donné à notre histoire un grand t^énéral dé plus si sa destinée n'avait été prématurénienl tranchée. Par sa magnanimité, son républicanisme et son courage, il était de la famille des Hoche et des Kléber, dont il fut le digne frère d'armes. C'était un des hommes de la révolution dont .Merlin
52 CORRESPONDANCE l'ARTlCULl ÉR E.
avait gardé le plus grand souvenir. 11 était créole et à peu près du même âge que notre conventionnel. 11 avait fait la guerre d'Amérique en qualité de sous-lieutenant, et avait été envoyé à l'Assemblée législative par le département de l'Isère. Il s'y était révélé par un caractère élevé et des vues libérales, et avait eu l'honneur d'y figurer au fauteuil de la présidence. C'est là, sur les ruines du trône, que comnieni'a entre Merlin et lui une amitié qui acheva de se nouer sous le feu de l'ennemi. A Mayence et en Vendée, il commandait l'armée. Défendu à plusieurs reprises par son ami à la tribune de la ("onvention , il fut nommé par son crédit au commandement en chef de l'armée des côtes de Cherbourg, en I 796, et contribua puissamment à l'extinction de la chouannerie. Appelé par le Directoire au ministère de la guerre, il n'y demeura que quelques mois, et partit en qualité d'ambassadeur pour Constantinople, où il mourut à la lin de 17;)7, âgé de trente-huit ans. Ses amis se plaisaient à ne le désigner ipie sous sun nom d'Annibal, qu'il eût peutêtre justifié s'il eût vécu davantage.
Merlin de Tliionvillc au rcdactcur du Momtkiii.
Paris, S vuiilôse an 3 (^(i l'cvr. 05).
Je viens de lire un article de V Accusateur public, relatif à Sieyès. Sans doute Sieyès doit se reprocher un silence qui ferait croire à d'autres qu"k moi que Mirabeau a réellement dit : « Qu'il lui laissait une répiitalion difficile à soutenir.» Maisapparlienl-il bien à une poupée royaliste, à Richer- Serisy, d'attaquer un tel homme? Que faisait-il, lui. (luand Sieyès ne faisait rien ? Il intriguait en faveur de la cour, qu'il rappelle à grands cris
dans son Accusateur public Monsieur l'aristocrate, faites faire par
d'autres vos motions politiques. Nous nous rappellerons toujours la fable du Corbeau et h Renard : trêve donc, de vos ilagorneries Nous accablerons de toutes nos forces et de tous nos moyens les terroristes et les hommes de sang ; mais, vous, nous vous reconnaissons en même temps et nous vous reconnaîtrons sous tous les masques.
Mi:r,l.lN ili> Thiiitivillc.
Quand le |)ru(lcnt Sieyès, qui durant le trouble et l'orage avait eu l'art de se dissimuler, reparut sur la scène poliliiiuc, Merlin, raïqielé dc|iuis peu de rarniéc par le Comité de salut public, se mil en avant pour le soutenir. Il ne pouvait oublier les services rendus par cet éminent esprit, et voulait que la révolution l'utilisât de nouveau. Rœderer, qui avait succédé à IJarral, ex-curé de Versailles, dans la direction du Jouruat de l'aris, était pour le moment du môme avis, et en Ht autant. Voici dans quel goût leur répondit lîicber-Serisy, qui, à la tète du journal l'Accusateur puhltc, intriguait sourdement pour le parti royaliste, et que la réapparition de Sieyès impiièlait : " .l'avais vu le grand ponlirc Hii'derer ceindre son front candide de la tiare, et le sublime législateur Merlin raser sa niouslaclic pour
endosser l'Iiabil du lévite jMalhan, mélamorplioser son grand sabre en encensoir, et, dans sa niaise dévotion, baiser avec respex't les sachets du grand lama. J'avais vu le lama .Siejùs qui, semblable à la Providence, agit, depuis cinq ans, sans paraître et même sans parler, consentir définitivement à nous sauver, .l'avais vu toutes ces coupables intrigues se former dans des boudoirs obscurs, et les douloureuses destinées de la France balancées parmi des flots de Champagne et sur le sein flétri de femmes perverses que bientôt je vais désigner à l'indignation publique, u Sieyès, llœderer, Merlin, ces noms sont assez sérieux pour réfuter d'eux-mêmes de si basses et si sottes diatribes, que je n'ai citées que parce qu'elles ont été réimprimées par M. lîncliez.
Jean Dchnj, represcnlanl du peuple dans les departemenis de la Drûme, del'Ardèche, de \ aucluse, de la Lozère el de l'Aveyron, à son collègue Merlin de Thioinille, à Pa)is.
iMarsoilIr, 1.; 2^? vcnlôsc ait 3 (13 ni.irs ;)r>).
Arrivé ici pour les snb.sistanocs. mon cher .Merlin, j'y ai lu la motion que tu as faite pour l'échange do nos quatre collègues vendus à l'Autriche et do celui que son courage a livré à l'ennemi. Je t en remercie comme représentant, et surtout comme ami de mon pauvre Quinette. Ne perds pas de vue l'effet do ta motion, je t'en conjure. Que ces vrais mart\rs de la liberté soient rendus a leurs frères ; ce ne sera pas desservir la chose publique.
La campagneva s'ouvrir. Si l'on veut qu'elle soit brillante et utile, il faut empocher cpie la malveillance ne puisse opérer, par quelques moyens que ce soit, des tiraillements dans le Midi. Souviens-toi de ce que je te dis : lorsqu'un coup préparé ii Paris ne résonne pas à Marseille, à Toulon ou à Avignon, il est manqué, et la malveillance est trompée dans ses calculs.
Je te salue et je t'embrasse de tout mon cœur.
Jean URBIiV.
Voir plus bas les deux Ictlrcs di; Ouinette à Merlin.
Citoyen Représentant.
l'iiris, 4 gerniin.ll l'an 3 (24 mars 95).
Le récit que je vais te faire pourra jeter quelque jour sur les projets des malveillants et des provocateurs ii la guerre civile.
La section armée de la République, assemblée hier sur la place de la Révolution pour défendre la Convention, était à une très grande majorité composée de bons citoyens : mais on a vu avec douleur que plusieurs scé-
lérals s'étaient môles dans ses rangs. Pendant le cours de la journée, on renian[uait des hommes turi)ulenls, agitateurs, séditieux, qui ])rofitaientdes instants de repos pour motionner et prêcher la discorde. Leurs intentions criminelles étaient déjà connues, quand le transfèrement des députés condamnés à la détention leur a fourni roccasion d'éclater audacieusement. Les détenus, précédés de l'état-major et escortés par un détachement de gendarmerie, traversaient la place ; un roulement général rappelait à leurs rangs les citoyens armés. Aussitôt des cris forcenés se font entendre : « Arrêtez I arrêtez! ne les laissons pas partir ! » Ces mots sont un signal à' tous les agitateurs de la journée; ils quittent leurs rangs, courent avec leurs armes après les voitures ; plusieurs chargent même leurs fusils, et menacent de faire feu si l'escorte n'arrête à l'instant. En vain les bons citoyens leur représentent tout le danger d'une pareille mesure : la rapidité des chevaux les empêche seule de consommer leurs horribles projets. Leur acharnement ne diminua pas ; leurs cris redoublèrent, et ces hurlements, qui retentirent jusque dans les rangs des citoyens de la section des Champs-Elysées, ont donné lieu à l'arrestation des voitures et de l'escorte.
Les mêmes perturbateurs se sont, une heure après, également opposés au départ des condamnés à la déportation. Ce sont eux qui ont mis en joue un aide de camp qui les invitait a obéir à la loi, qui ont pointé leurs piques et leurs ba'ionnettes sur le poitrail de son cheval ; ce sont encore ces furieux qui ont, un moment après, menacé les jours du général Pichegru. Désespérés de n'avoir pu consommer leurs affreux desseins, ils exhalaient leur fureur et leur haine contre les principes par les clameurs les plus séditieuses. La plupart étaient gorgés de vin. Ils insultaient les citoyens qui traversaient la place, et passèrent le reste de la soirée à motionner. Il est à remarquer que des femmes se mêlaient parmi eux et les excitaient encore à la révolte. Toujours des imprécations contre la Convention et des menaces. Les subsistances et le discrédit des assignats leur servaient de prétexte. J'en ai entendu, moi, ainsi q^ue le citoyen Lamolle, lieutenant de la 10" compagnie, se plaindre qu'ils ne pouvaient pas vivre, « parce que, disaient-ils, nous ne gagnons pas plus de huit sols par jour, puisque six livres en assignats ne valent pas da\antago. » Ces mêmes individus témoignaient leurs regrets de ce que la guillotine ne faisait plus tomber des têtes sur la place où nous étions rassemblés.
Je ne finirais pas si je rapportais tous les propos horribles dont nous avons été témoins ; mais ce qui ne vous étonnera pas et vous donnera la mesure du i)atri()tismc de ces garnemenls, c'est qu'aujourd hui. à la distribution du pain, chez Remy, à la Pologne, plusieurs do ces individus vociféraient encore contre la Convention. Leurs femmes voulaient faire ôlcr la cocarde nationale aux ciloxennesqui la porlaienl. Ces furies ilisaicntàhaulo
VT)ix et d un ton menaçant: « Nous nous f de la Conxention ' au f
votre république! (ju'on nous donne un roi el un morceau de pain. Qu'ils
viennent les b battre la générale ! nos hommes ne bougeront pas.
Voilii deux jours qu'ils sont sous les armes, et cela pour ne rien faire! » (Le sans n'avait pas ooulé.) (".es mêmes femmes et ces mêmes honnnes (lisaient le I 2 de ce mois, au matin : « Nous venons chercher du pain a présent ; mais cette après-midi nous ferons danser la carmagnole à ces gueux de la Convention ! » Jugez, d'après cela, s'il existait des complots. Tous ces hommes, qui prétendaient hier que les députés déjiorlés et transférés étaient les meilleurs patriotes, les vrais amis du peuple, étaient tous partisans de notre infâme Comité révolutionnaire ; et ces scélérats, qui blasphèment aujourd'hui contre la république et osent demander un tyran, étaient alors les patriotes par excellence.
Je fais ici un rapport ii la hâte, mais fidèle, de ce qui s'est passé dans la section de la République. Il prouvera suffisamment la nécessité de prendre des mesures contre les agitateurs, et quoique fait isolément, il sera attesté véritable par tous les vrais patriotes de la section de la Réimhliquc qui ont été témoins des faits qu'il contient.
La Convention veille sans cesse pour assurer la subsistance du peuple. Pour y par\enir plus sûrement, les bons citoyens pensent que, dans les moments où les arrivages sont peu nombreux, le peu de pain qui se distribue devrait être donné d abord aux plus indigents, ensuite aux ouvriers plus aisés, et s'il en reste, alors aux citoyens riches ou aisés et ne vivant pas de leur travail, puisqu'ils peuvent se procurer des ressources que le pauvre n'a pas. Les vrais amis de la patrie souscriraient avec joie à nos mesures. Je ne suis qu'un pauvre employé, sans fortune, et je céderais avec plaisir ma portion de pain aux indigents et aux ouvriers peu aisés, et je crois être assez sur des sentiments des vrais républicains pour affirmer qu'ils sont prêts à faire le mênv? sacrifice. L'anarchisme, le royalisme et le terrorisme manqueraient alors de prétextes et de moyens pour soulever et aigrir la classe la plus facile â séduire.
Paris, le 7 prairial, 3* année républicaine (26 mai).
Te raconterai-je la suite des événements, mon cher Bréjard, je ne sais : tu les connaîtras sans doute aussi bien que moi avant de recevoir cette lettre. Les journaux t'auront dit qu'après avoir dispersé laConvention, assassiné un de ses membres, et menacé les autres de leurs poignards, les séditieux rendaient eux-mêmes d'horribles décrets; qu'ils réorganisaient la terreur : qu'ils dissolvaient le gouvernement, et qu'ils avaient pour provocateurs et pour complices de ces attentats, des législateurs mêmes. Les journaux t'auront dit encore que minuit était l'heure fatale de la Convention, qu'elle allait cesser d'exister si la terreur n'eût été tout à coup jetée
parmi les terroristes eux-mènios. A quels sinj^uliers hasards lient la destinée des États ! La nuit s'avançait, elle était très obscure, et ces ténèbres rendaient les ])érils plus imminents, les conspirateurs plus audacieux et le tumulte plus etlroyable. Un grand nombre de représentants étaient au milieu de leurs assassins, ils attendaient leur sort. Cependant Legendre, Bergoing et Kervelegan couraient les rangs, invoquaient les bons citoyens et ne trouvaient partout ([ue des ennemis et des lâches. Ils vont enlin à la section de la Butte des Moulins ; ils en trouvent les citoyens lidèles dans la consternation, ils attendaient pour eux-mêmes le sort affreux qu'on préparait aux législateurs. A la voix des trois députés qui leur parlent, ils se raniment ; on leur propose un coup d'éclat, une tentative hasardeuse, mais décisive; les conjurés sont nombreux, on n'est qu'une poignée d'hommes; n'importe : l'obscurité peut favoriser les braves. 11 s'agit de sauver la patrie, ou de mourir tous comme Féraud, étouffés, égorgés dans la foule égarée. Ces bons citoyens se dévouent ; ils sont armés, les trois députés marchent devant eux, on bat la charge, ils arrivent jusqu'aux portes de la salle en criant d'une voix forte : Vive lu Convenlion nalionale l Ces cris inattendus, la charge, la vue de ces citoyens intrépides jettent parmi les conjurés une terreur panique ; ils voient les premières baïonnettes, c'est pour eux une colonne immense ; ils sont en désordre, ils s'étouffent euxmêmes, ils ne songent plus qu'à fuir; l'esprit de précipitation, d'aveuglement et de peur les emporte ; ils escaladent toutes les issues , ils se culbutent les uns sur les autres, ils sortent à la fois de toutes parts, et les soixante libérateurs j)rennent leurs places, rappellent les représentants et rendent à la Convenlion sa liberté. La même terreur se répand au dehors ; ils croient être cernés, et cette foule immense d'hommes égarés et de scélérats qui dirigeaient leurs poignards fuit et se disperse en un moment. Voilà des détails (lue tu ne savais peut-être pas encore. Kervelegan a été blessé d'un coup de sabre.
Tu sais que le lendemain les séditieux tu-cnt une nouvelle tentative. On envoya à leur rencontre plusieurs sections armées, à la tôle desquelles étaient (|uatre représentants. A la vue des séditieux qui chargent leurs canons, deux des représcntanls commandent la retraite et se retirent avec leurs colonnes; Cavaignac et Dentzel restent fermes à leur poste, quoique les mauvais citoyens mêlés dans les bataillons qu'ils dirigent abandonnent leurs drapeaux ou déclarent qu'ils ne se battront pas. Un scélérat veut attenter aux jours de Cavaignac: il lue à ses côtés un chasseur à cheval; enfin le faubourg avance, et le reste des bataillons seclionnaires marche devanl eux et arrive assez tôt pour environner la Conxoiition. Les séditieux arrivés au Carrousel n'osèrent rien tenter.
Le 4, l'élite des citoyens de Paris, rassembles par avertissements personnels, au nombre d(! 30 a 40 000 honunes, tous armés de fusils, accompagnés (le deux régiments de cavalerie, de quehiues détachements do volon-
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tairos, de canons et de uiorlicrs, uni cerné le faubourg Antoine. On y a proclamé le décret qui ordonnait aux sections qui le composent de livrer les chefs de la sédition et de rendre leurs canons, sous peine d'être déclarées en révolte contre la lui, privées de subsistances et bombardées. Cette fermeté et les préparatifs militaires leur en ont imposé. Ils ont voulu entrer en négociations, l'Assemblée a refusé de les entendre; enfin, ils se sont soumis vers le soir. La Convention a établi une commission militaire pour juger les auteurs de la révolte. On assure que Thuriot et Cambon étaient dans le faubourg Antoine ; la Convention a mis hors la loi tous les députés qui s'y seraient cachés.
Le 5, toutes les sections furent assemblées pour désarmer les terroristes et faire arrêter les plus coupables. Tous les citoyens ont exécuté cette mesure avec une ardeur incroyable On fait déposer toutes les piques. On a déjà puni de mort les assassins de Féraud et plusieurs chefs de la révolte. Billaud.CoIlot et Barrère vont revenir pour être jugés i)ar un tribunal criminel ordinaire.
.\dieu, mon cher Bréjard, les journaux t'apprendront le reste.
Tous nos amis sont accablés d'ouvrage ; ils me chargent de t'assurer de leur attachement et de te reprocher ta négligence. Je te préviens qu'on ne croit guère au beau roman dont tu m'avais fait le héros, et ([ue la raillerie pourrait bien tourner contre le railleur.
^lille amitiés au brave, au sensible Merlin. Dis-lui, à ce bon et loyal ami. que je n'oublierai jamais les quatre mots qu'il médit en partant: paroles pleines d'énergie et d'amitié qui sortaient brûlantes de son cçeur et qui se sont gravées dans le mien. Et Cavaignac. comme il l'aime! Ah! îMerlin n'en a peut-être pas encore d'idée.
Adieu. Bréjard, je t'embrasse. Serre pour moi les mains aux bons enfants qui t'accompagnent. Cavaignac ne m'a pas dit encore quand il doit retourner à l'armée. Ce sera bientôt sans doute; tu sais qu'il a recouvré la
confiance de tous ses collègues. Adieu.
D.wir».
J'ai des raisons de penser que ce Bréjard, ami de Merlin, dont on verra reparaître le nom à diverses reprises dans sa correspondance, avait été emmené par lui, dans sa mission à l'armée du Rhin, en qualité de secrétaire. Je ne sais si le Bréjard, rédacteur du Moniteur, dont Merlin fil mention à la Convention à propos des menaces que lui avait adressées CoUot d'Herbois, relativement à l'esprit de son journal, est le même que celui-ci; mais on peut le supposer.
11 est assez curieux de voir David, qui sans doute se senlait toujours qucl((ue peu embarrassé dans les souvenirsde son intimité avec Robespierre, prendre le détour de Bréjard pour arriver jusqu'à Merlin el lui adresser ainsi, par intermédiaire, la profession de ses sentiments sur les journées de prairial et de son estime pour lui. Aussi, bien que cette lettre ne soit pas nominalement adressée à notre conventionnel, n'avons-nous pas hésité à la ranger dans sa correspondance. L'intérêt du récit, joint nu nom du signataire, la recommandait d'ailleurs suffisamment.
58 CORRESPONDANCE PxVRTICULIÈRE.
Le citoyen Ikiclier, premier secrétaire, etc., à Merlin de Thionville, etc.
Extrait d'uriu kllrc adicfsée de l.aiisannc à Daclicr le 2'J piairial an 3(17 juin 95).
Je VOUS entretiendrai de l'effet qu'a produit sur les éniisrés de marque, qui sont ici, la nouvelle de la mort du lils de feu Louis XVI. Il faut partager ces émigrés en deux classes : en royalistes purs qui veulent l'ancien régime, tenant à la branche aînée des Bourbons; en constitutionnels qui sont du système de madame de Staël. Il ne faut pas oublier une troisième classe de Français qui croient qu'il conviendrait à la nation de proiioser le prince de Condé comme roi représentatif en qualité de chef du pouvoir exécutif.
La première classe veut proclamer Monsieur, comme Louis XVIII. Ils voudraient joindre la ^'endée pour prendre pied dans une des villes de France d'où le roi pourrait rendre une proclamation par laquelle il accorderait une amnistie à tous ceux qui se réuniraient à son drapeau pour reconquérir la France révoltée. On ne doute pas du succès de cette démarche : d'autant que l'on assure que les chouans sont maîtres de la Bretagne et d'une bonne partie de la Normandie, et que tout le midi de la France se prononce pour le royalisme. On ne doute pas que celle amnistie ne produise la réunion de tous les partis.
La seconde classe croit que pour ménager le peuple et ne pas prolonger une guerre civile, il convient de contenter les deux partis; qu'il faut en conséquence un roi représentatif, et que là où l'on pourrait mieux le trouver, ce serait en alliant la maison de Prusse à celle de France. Us croient, dans ce moyen, trouver un remède aux finances et contenter tous les partis, excepté le plus faible, celui des royalistes purs.
La troisième classe verrait dans une sage constitution républicaine, avec un roi, représentatif seulement, un bonheur à espérer, si un prince des Bourbons pouvait y être admis. Ils croient que Condé seul devrait remplir cette place.
11 est assez intéressant de voir aussi nettement définis, dès cette époque, les trois partis royalistes dont la France a fait successivement l'expérience : la première classe, représentée par Cliarles \; la seconde, par Louis XVIII; la troisième, par Louis-lMiilippp.
Bâcher était un agent di|il(iin;iti(iuc liés actif, il avait noué des correspondances avec les principales villes d'Allemagne; et j'ai trouvé dans les papiers de Merlin une masse énorme de notes et de rapports qu'il lui adressait jouniellement. Leur ensemble forme une sorte de gazelle qui n'esl pas sans iulérèl, mais dont il esl évident que les données auraient besoin d'èlre contrùlées.
Kn 171)7, liaithclcmy ayant été nommé nirccleur, Haciier, (pii n'avait élé jusqu'alors que secrétaire d'ambassade , le remplaça comme ambassadeur en Suisse, dominé ministre à la diéle de Ualisbuiinc pendant le congrès de llasladt, il dé-
ploya beaucoup de caractère, et fut, contre le droit des gens , renvoyé militairement aux avant-postes par l'archiduc Charles. 11 contiima, sous l'empire, sa carrière diplomatique, et fut successivement envoyé en Suède, à Uatisbonne et à Francfort, puis employé au ministère des affaires étrangères. 11 est mort en 1813, âgé de soixante-cinq ans. 11 était de la haute Alsace, et appartenait à la famille Bâcher qui a laissé un nom dans la médecine du xviu' siècle.
Quinelte à Merlin de Thionville.
14 juin 'Jr>, .T' Je la riép'.ililique.
J'ai reru hier la lettre du 3 vendémiaire que j'appellerais volontiers un billet doux. Dis à nos amis que j'ai bonne santé, bon eourage, et que ton
bonjour m'a donné de la joie. Vive tout ce que nous aimons ! Marque à
ma tendre et respectable mère (jue lu as reçu de mes nouvelles, lu obligeras infiniment la mère cl le lils. Je l'embrasse en frère. Adieu.