‹ Vie et correspondance de Merlin de ThionvilleChapitre 21 sur 56 · QUINETTE · texte numérisé non relu

QUINETTE

Quinelle , citoyen français, à Merlin de Thionville, représentant du peuple

à l'aris.

A mon poste, 20 août 95.

Ta lettre du 22 messidor m'est parvenue le 17 août ; te peindrai-je la joie qu'elle m'a causée? Tu es pour moi la voix de la pairie ({ui se fait entendre si loin d'elle! Bientôt donc, bientôt, je vivrai à bord du vaisseau de la république; je dis à bord, car arrivé au port, il doit rester sans cesse appareillé et portant tout son fidèle équipage Tu m'as bien deviné en envoyant copie de ma lettre à J, D. B. C'est mon meilleur ami. Je l'adresse un mot pour lui. — Je joins aussi une lettre pour mon excellente mère. Ajoutes-y un mot de consolation, d'espérance; c'est sans doute te faire plaisir, mon ami, que de l'engager à écrire à une vertueuse citoyenne. Tu dates la lettre du quartier général de , etc.; que tu es heureux de vivre au milieu de nos braves frères! Embrasse pour moi le premier que tu verras, fût-il général. — Je ne puis remplir ta commission auprès de mes collègues : on nous a envié jusqu'à la consolation de combattre ensemble. Le premier plaisir réel que je goûterai sera , sans doute, de les revoir, et tu ne seras pas oublié. Puissent-ils avoir résisté comme moi ! mais il faut une santé de fer; et sans être malade, je souffre souvent de ne prendre jamais l'air. Qu'importe ! je suis à mon poste; je l'occupe fièrement, et j'attends avec patience que la patrie me tende sa main puissante. Ah ! bientôt les fidèles pourront serrer la main de leurs amis et donner en paix

un baiser à leurs amies. Puisses-tu tMre. un des premiers que je revernii. ■ — Bonheur et santé, mon ami. — Continue de m'écrire. — Bonjour, Merlin Maycnce. Adieu.

QCINETTE.

En marge se trouve écrit de la main de Merlin : « Par un officier autrichien du siège de Luxembourg. ■>

Quinette représentait pour Merlin les souvenirs de sa première jeunesse. 11 était du département de l'Aisne, et Merlin, durant son séjour au Val Saint-Pierre, avait connu plusieurs de ses amis. C'est Merlin qui, inspiré par sa générosité ordinaire, eut le mérite de l'initiative de sa délivrance et de celle des autres députés livrés à l'Autriciie par Dumouriez. Voici, d'après le Moniteur, quelle avait été la motion faite par Merlin dans la séance du 13 ventôse, et dont il est question dans la lettre de .lean Debry citée plus haut. « Quatre de nos collègues ont été les victimes de la trahison de Dumouriez ; un cinquième est tombé couvert de blessures entre les mains des Autrichiens. Tous les cinq souffrent et gémissent d'être éloignés de leur patrie. Je demande que le Comité de salut public prenne des mesures pour eiîectuer leur échange. » (Vifs aiiplaudissements.)

Après une détention très dure de deux ans et demi , Quinette et ses compagnons d'infortune furent échangés , le 2o décembre 1 79.";>, contre la fille du roi , et présentés au conseil des Cinq-Cents, (jui les honora d'une déclaration de bien mérité de la patrie. Après le 18 brumaire, Quinette devint préfet du département de la Somme. 11 est mort dans l'exil, à Bruxelles, en 1821.

P:iiis, 1p 3 thermidor, l'an 3 do la P.épuliliniie.

Par l'espèce de passe-port que lu as laissé pour moi, je vois que lu étais ici et m'avais oul)lié à un tel point, que lu ne me fais pas dire seulement

un mol de ta présence dans les mêmes murs avec moi Tu me veux le

joindre à Strasbourg: Qu'y faire? Comment y vivre? De quoi faire le voyage? Je n'ai pas le sol et la diligence seule coûte à présent 24 livres 20. S'il y avait une commission par là-bas qui m'auloriserait de demander ici les frais do mon voyage, ce serait une autre chose, il est vrai, mais qui ne me déterminerait |)ourtanl pas de m'approclier de ma malheureuse patrie, qui doit (ce que tous les Mayençais écrivent et niellent sur Ion compte) rester entre les mains de nos ennemis. Je n'y crois pas; mais le cas posé, lu conviendras que je ne puis retourner à Maycnce, quand ce ne serait que pour ne pas m'y exposer aux justes reproches d'avoir tant vanté votre sincérité en nous provo(|uant à nous déclarer pour la réunion. En ce cas, je dois chercher ici ii louer ou ii acheter une petite terre pour me ménager une retraite, et cela <ioil être ii présent, où les terres sont encore a assez bon marché.

Donc, si lu ne veux pas u^^^ faire mendier le reste de mes jours, après

COKHKSPONDANCii PA K 1 ICL Ll t Kl^. Gl

avoir déjà fait pour celte belle révolution le sacrifice de ma fortune, de mon état, de ma santé, j'ai un droit sur ton amitié de te demander une réponse précise de oui ou non aux questions suivantes :

-l" Est-il vrai que nous serons rendus?

2o Ou est-il décidé de garder le Rhin, et de prendre par conséquent Ma\ ence ?

3" Serons-nous incorporés conmie vous l'avez décrété ?

4" Ou fera- t-on de nous, avec la Moselle, une république séparée, comme Miranda l'a promulgué ?

5° Au premier cas, aucun de nous. Rhéno ou Mosclle-germani(|ue. ne sera-t-il admis aux négociations avec l'Empire par rapport à ceux qui se sont fiés à vos belles paroles? Ou bien les ventes et les achats, non pas seulement de chair humaine, mais de vos frères, entrent-ils aussi bien dans votre compte que dans ceux de vos rois? et alors oserez-vous encore parler de votre régénération, dhumanité, fraternité? Le salut public n'excuse guère où parle le devoir. Votre devoir de ne pas trahir ceux que vous avez alléchés est clair ; mais il est encore très douteux, sinon tout à fait faux, que votre salut public exige de ne pas garder le Rhin, que tout le monde regarde, que toutes vos anciennes guerres ont cherché, que César déjà a désigné, que vos ennemis extérieurs cherchent à arracher et vos ennemis intérieurs à disputer comme frontière naturelle de la France.

Parle-moi franchement et réponds à mes questions l'une après l'autre, comme ami à ami. et je dirai aux ennemis du nom des Français (ju'il v en a pourtant encore un qui ne partage par leur perfidie.

Salut et fraternité.

.\. s. HOFFM.\NN.

Celte lettre est du docteur Hoffmann, l'un des plus célèbres patriotes des provinces du Rhin. C'est lui qui, en 1792, avait établi à Mayence un club dont il était président, et qui, ayant invité Custine à s'avancer sous les murs de cette place, la fit tomber entre nos mains par les mouvements qu'il y excita. On conçoit sans peine sa mauvaise humeur et sa rancune contre les Français. Il ne tenait pas assez compte des circonstances impérieuses qui se développent dans la guerre en dérangeant impitoyablement les calculs et les espérances. Le ton de cette lettre contraste d'une manière qui n'est pas à l'avantage du docteur Hoffmaim avec celui de la lettre des patriotes mayençais détenus dans la forteresse de Kœnigstein, et bien plus à j)laindre que lui. Du reste, cette pièce nous a paru intéressante comme indiquant les vues des patriotes mayenrais, dans la supposition de l'indépendance de la rive du Rhin sans incorporation avec la France.

Au représenlanl du peuple Merlin.

Sans date, 05.

Citoyen Représentant,

Le citoyen Bœr m'a apporté l'assurance consolante que vous aviez la complaisance de vous intéresser en ma faveur auprès du Comité de salut public.

Ces respectables citoyens me connaissent déjà sous le nom emprunté de voyageur de MoUcndorf; car je recherchai sous ce nom la paix avec la Prusse: je délivrai les prisonniers de guerre républicains, sans aucune rançon : j'empêchai que les Prussiens ne donnassent du secours aux Impériaux à Trêves ; je persuadai à la cour de Berlin de rappeler au mois d'octobre son armée du palatinat : enfin, j'ai rendu ces fertiles pays, sans coup férir, à la république.

Même, j'ai la gloire qu'une inscription dans la salle à manger de l'ambassadeur de la république, à Bàle, me donne le témoignage que la paix a été rétablie par mes soins. Le citoyen Bâcher m'assure dans plusieurs de ses lettres que personne ne savait mieux que lui de quelle importance mes services avaient été à la république. M. le chancelier Ochs, de Bàle. qui a toujours été témoin de mes conférences, m'écrivait à la conclusion de la paix : « Voilà donc, mon cher Schmerz, l'ouvrage, le grand et immortel ouvrage, que vous avez si bien commencé, parfait et achevé ! Que vous allez passer des jours heureux quand vous verrez tout le bien que vous avez fait, et quand vous vous représenterez tous les maux dont vous avez sauvé le genre humain ! »

Personne n'est plus convaincu que vous de l'importance de la paix avec la Prusse, surtout dans ces moments de crise où le reste de la coalition n'épargne ni or, ni promesses, pour en renverser l'édifice. Combien je dois m'applaudir avec le citoyen Bâcher et le chancelier Ochs d'en avoir jeté les premiers fondements ! tandis que livré tout entier, pendant sept mois, aux affaires politiques, je travaillais à Bàle à établir la paix sur les bases inébranlables de la justice, j'eus, en rentrant dans mes foyers, la douleur de voir une partie de mes propriétés dévastées sous les ordres du général Moreaux. Ce n'est point la seule perte que j'aie essuyée. Ma présence, à Bâie, m'a fait perdre en Hollande 1.5 000 tlorins ; pour me dédommager, j'achetai pour 10.000 florins d'assignats à 'ii pour 100. Sije les perds encore, je suis ruiné.

Je serais rendu au désespoir si je n'avais l'espérance (|ue vous voudrez bien disposer la nation française à un acte de gcncrosilé en faveur d'un homme (pii a bravé ses pertes particulières pour favoriser le lriom|)lie de la répubrupic. Qu'elle vive à jamais avec tous les braves qui vous ressemblent.

SCHMEIlZ {.\c Krciizn.icli}.

CORRESPONDANCE PART ICUl.l ÈRE. 63

Ce Schmerz, comme il arrive souvent aux agents secrets, se donnait à la fois aux deux partis. Désireux d'amener la paix de la France avec la Prusse, il se justifiait sans doute par cette raison. Voici ce qu'en dit le prince de Hardenberg. « Mollendorf , d'après d'anciennes instructions de son cabinet , tenait sur les fronlièree de la Suisse un habitant de Kreuznach , nommé Sclmierz , connu des généraux prussiens , et qui s'était mis en rapport avec M. Bâcher. Lorsque les ouvertures de l'émissaire de Prusse eurent pris un certain caractère de solidité. Bâcher écrivit au maréchal Mollendorf pour le presser d'envoyer à Paris une personne sûre avec la mission de porter directement au Comité de salut public les propositions de sa cour. »

Strasbourg, ce 4 vendémiaire, l'an 4' de la Rép. franc (20 sept. 05).

Le jeune Bruhl a pris son parti ; voyant que le reste de ton ménage part de même et qu'il ne sait plus où manger, car on lui a refusé aujourd'hui la soupe, il a arrêté une place à la diligence de Landau, et partira le 8 du courant. Son travail est fini.

Depuis que la Convention fait mine de prendre des mesures sérieuses contre les royalistes qui voulaient faire subir le sort de Tellicr à toute la représentation nationale et à tous les patriotes, ces messieurs de Royal- Cravate baissent ici considérablement le ton. L'éditeur du Courrier de Strasbourg a congédié l'ancien rédacteur, le prêtre Dernser, qui avait déjà inséré dans sa feuille qu'on devait assommer tous les représentants du peuple , partout où on les trouverait. L'éditeur a trouvé cet article dans l'épreuve, l'a supprimé et a congédié le rédacteur qui voulait aussi insérer toute la proclamation de Louis XVIII, in partibus, et voulait la faire afficher à tous les coins de rue. Je te prie de communiquer cela à ton collègue Reubell, qui connaît l'homme en question.

Widekind s'est chargé provisoirement de la feuille. Il a envie de faire autant de bien que son prédécesseur a fait de mal. Tu voudras donc bien inviter Hauser, ou Gosset, ou Rielfel, de nous marquer régulièrement les succès de nos armées, pour l'édification des patriotes cl pour faire enrager les aristocrates qui inventent tous les jours les nouvelles les plus sinistres et les plus sottes.

Salut et respect à tes collègues.

Ton SIMON.

Merlin de Thionville au rèdacleur du Moniteur.

Au camp devant Mayeiice, le 9 vendémiaire an 4 (1" oct. 95).

Prévenez, s'il vous plaît, par l'insertion de cette note dans votre journal, les personnes trop officieuses qui m'ont fait passer une feuille très

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polie et très bien écrite surtout, intitulée Courrier rc'imblicain, que ']e les prie de m' épargner ces envois .l'ai déjà dit quelque part cpieje ne répondais aux injures que quand je connaissais les masques.

Ma mission va finir Je vais, en reprenant la culture de mon cliamp, jouir de l'estime de mes concitoyens en dépit des fripons. Si l'auteur de cette feuille civile n'est pas invisible alors, je répondrai d'un coup à tous ses numéros.

Les nouvelles de l'armée sont bonnes. Nous bombardons Mayence. Plusieurs princes d'Allemagne demandent et vont obtenir la paix.

MERLIN lie Tliionvillc.

Au ciloyen Merlin de Thionville, représentant du peuple.

An qiKirtior trouerai île Grosbockunlieim, 10 brumaire an i (1" nnv. 1(5).

J'étais bien loin de croire, citoyen représentant, cjne je serais prive d'un double plaisir avant votre départ : le premier de vous voir, le second de vous remercier de vos bontés, et que ces désagréments se rencontreraient avec le malheureux événement qui nous est arrivé devant Mayence!.... Événement extraordinaire, dont, sûrement, vous savez les détails affreux, ainsi que de ce qui a suivi notre retraite. J'aime à croire que bientôt nous nous en vengerons. Du moins les dispositions qui se font maintenant semblent l'annoncer. Les braves gens aussi le désirent ardemment. Le général Pichegru, que j'ai vu aujourd'hui, m'a dit qu'incessamment je passerais avec le général Beaupuis. Grâce à vos soins, représentant, je me trouve encore une fois dans le cas de combattre les ennemis de ma pairie ! Veuillez bien agréer mes remercîments, ils sont bien sincères. Je désire que vous me conserviez votre estime et votre amitié, et j'ose croire que vous me direz que mes désirs n'ont pas été vains.

Je vous embrasse de tout mon cœur.

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