I.'ailjuilant général l>Er..\K.N
Le géricnil Decaen a été l'un des plus lulèlcs amis de Merlin. Il représentait pour lui, dans sa vie militaire, ce que repi'ésenlail, dans sa vie ]>olili(iuc, Merlin de Douai. De tant d'héroïques. frères d'armes du siège de Mayeiiee , Klébcr, .\uliert- Dubayct, Meuniez, Ueaupuis, Marigny, il était à peu prés le seul qui eût survécu, et c'était avec lui que , dans sa vieillesse , Merlin aimait à s'cnlrelcnir de ses anciens combats. Le général avait écrit ses souvenirs et les avait donnés à son ami pour les revoir, les rectifier, et, à ce que je crois, les publier avec les siens. La mort des deux amis, enlevés à peu de mois d'intervalle, arrêta ce projet, ipii, du côté de Merlin, n'était encore que préparé.
Decaen était arrivé à Mayence à la lin de 17'J2, avec le grade de sergent-major
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d'artillerie du i* bataillon des volontaires du Calvados. Ses qualités le firent promptenieiit distinguer, et Kléber, qui était cliargé de la défense des ouvrages extérieurs de la place, se l'attacha comme adjoint. La protection de .Merlin le conduisit bientôt au grade d'adjudant général qui n'équivalait à cette époque qu'à celui de chef de bataillon. Il n'avait que vingt-trois ans. 11 suivit l'armée de Mayence en Vendée, toujours attaché à Kléber, sous lequel il se [ilaisait à rappeler qu'il avait appris son métier, et dont l'iiéroïque caractère lui avait laissé une impression inaltérable. Lorsque Kléber quitta cette armée, il passa sous les ordres de Hoche, et il fallut toutes les instances de Merlin pour le lui enlever et le ramener en 1794 à côté de Kléber sous les murs de Mayence. Mis en dis[ionibilité dans le courant delà campagne de 17!)o, par Aubry, en même temps que lîonaparte, Masséna, Sainte-Suzanne et autres officiers distingués, Merlin usa de son omnipotence pour le conserver en activité près de sa personne, et le fit réintégrer sur les cadres avec le grade de chef de brigade. 11 demeura attaché à l'armée du Rhin jusqu'en 1799, et fit les campagnes d'Allemagne de 1800 et 1801 .
En 1 802 , il fut envoyé par le premier consul à Pondichcry, en qualité de capi taine général des établissements français dans l'Inde, et se retira bientôt à l'Ilede-France, où privé de toute communication avec la mère patrie, et revètti d'une autorité presque royale , il réussit à se faire un grand nom par la sagesse de son administration. 11 revint en France en ISIO et fut nommé au commandement en ciief de l'armée de Catalogne jusqu'en 1813, où il passa au commandement en chef de celle de Hollande.
Poursuivi par la Restauration i»our s'être attaché à la défense du pays en 1815, il demeura en prison pendant près de deu.x ans , et fut remis en liberté par ordonnance. Sa fidélité à l'Empire, qui n'était qu'une forme de sa fidélité au drapeau national , n'avait altéré en rien l'intimité de ses rapports avec le vieux conventionnel; sa mort fut pour Merlin un coup d'autant plus sensible <iu'il était plus inattendu ; et il en parla aussitôt comme d'un signal pour la sienne , qui eut lieu en effet bientôt après.
A l'auliprgc (le la Maison-nouge, Strasbourg, le 22 frimaiic, l'an 4' (lodcc. 95i.
Ciloyen représentant, isolée de presque toute ma famille, incertaine sur le sort de chacun de ses membres que linvasion des Autrichiens dans notre pays a cruellement dispersés, j'ai un grand besoin de soulager mes peines, de calmer mes inquiétudes, en vous les communitiuant. Le vif intérêt que vous avez toujours bien voulu prendre à tout ce qui regardait ma famille, me donne la douce confiance que nos maux innuérités ne vous seront point indifférents.
Vous savez, citoyen représentant, combien nous avons déjà souffert lors de la retraite de l'armée française : vous savez surtout combien la maison et les magasins de mon frère l'aîné ont été indignement ti-aités et pillés; et dans quel temps, citoyen représentant"? Hélas I dans ce même temps ou.
CORRESP. .j
Paris, mon frère traitait avec le gouvernement pour quekjues parties de l'approvisionnement de l'armée.
Cependant, habitués depuis les commencements de la révolution franç-aise à bien d'autres sacrilices, notre zèle ardent pour la France nous eût encore portés à supporter celui-là ; mais quand je sais sûrement, quand je ressens vivement toutes les vexations auxquelles est en butte de la part des Autrichiens le reste de ma malheureuse famille ([ui est encore à Griinstadt , quand j'apprends que ceux mêmes aux égards desquels des services signalés eussent dû lui donner droit, ne contribuent pas peu à la faire souffrir ; que les jeunes comtesjqui se sont évadés de Paris, et dont le père a toujours eu de grandes obligations à ma famille, n'ont pas le moindre ménagement pour ma mère et mes sœurs, en les faisant souffrir comme tant d'autres braves citoyens ; qu'oubliant même jusqu'à la généreuse loyauté de la France envers leur père et leurs parents, encore retenus en otages à Paris, ils ne cessent de les inquiéter et de les abreuver d'amertumes ; quand je sens que nos ennemis, non contents d'avoir tout enlevé au reste de notre famille, non contents de ne lui avoir laissé aucune consolation, aucun adoucissement, ne cessent encore de l'alarmer sur mon infortuné frère le cadet, (juils recherchent bien injustement pour la capitulation de Manheim !.... Si peu qu'ils voulussent se le rappeler, ils lui rendraient plus de justice; mais ils ont besoin d'assouvir leur vengeance, et ils se jettent sur mon malheureux frère. Qu'a-t-il à espérer quand le ministre et les chefs sont arrêtés? Hélas ! où est-il pendant leurs odieuses recherches ? qu'est-il devenu ? nous l'ignorons encore. Puissent les nouvelles que nous en attendons à chaque instant être au moins plus rassurantes que celles de Grunstadt ! je ne puis habituer mon âme à toutes ces cruautés, à toutes ces injustices! mais vous vous empresserez de nous les adoucir, quand l'occasion s'en présentera : nous y comptons, citoyen représentant ! et c'est dans cette conlianco qui a animé cet écrit que je vous prie d'agréer les hommages de notre infortunée famille et particulièrement ceux de votre dévouée concitoyenne.
PARAVEY VAN RECUM.
Van Recum avait été l'un des agents secrets les plus dévoués et les plus habiles de Merlin. 11 l'avait employé dans diverses missions secrètes relatives à la capitulation du foildc Maiihcini, et dans ses négociations avec le duc de Deux-Ponts pour délacliei la Havicre de la coalition. Souvent soupçonné, soit par un parti soit par l'autre, il avait été flnalcnient expulsé de la rive droilc et avait regagné r.riinsladt avec sa lamille. Dans une lettre (pie j'ai sous les veux il manifcslait de grandes appréhensions relativement au sort qui l'attendait s'il se faisait un retour offensif des Autrichiens sur la rive gauche, et se préparait à scrélugiercn France.
.-lu rédacteur du Moniteur.
Paris, le 14 pluviôse, an 4' (3 février 96).
Veuillez, citoyen, donner l'avis suivant au rédacteur du journal des Hommes libres.
Lorsque je revins de Mayence, après cinq mois de siège, les journaux de Kobespieire dirent que je l'avais vendu. Comme je reviens cette fois après la prise de Manbeim, ils disent « que j'ai acheté cette place pour avoir le plaisir de livrer le contrat aux généraux ennemis avec le sucre, le chocolat, et le million en numéraire, etc., qui se trouvaient dans les lignes do Mayence. »
Comme l'accusation est sérieuse, et qu'au tribunal de Fouquier-Tinville je pourrais peut-être succomber sous son poids, je réponds au journ;d des Hommes libres, qui serait alors témoin, comme de coutume, que j'étais en route, avec toute ma correspondance, pour me rendre au conseil des Cinq- Cents, oiij'ai eu l'honneur d'être appelé par plus de trente départements, quand les lijnes de Mayence furent surprises; que je parlais ii la tribune de cotte assemblée, où je rendais compte de la situation peu alarmante de l'armée, lorsque Manheim fut rendu.
MERLIN de Thionvillc.
La iJernicrc phrase de cette lettre semble indiquer quelque chose des sentiments de Merlin à l'égard delà conduite de Pichegru. Dénué de preuves, il ne pouvait faire davantage. On voit, du reste , que les moyens employés par les petits journaux pour le calomnier roulaient toujours sur le même thème si bien approprié au goût des gens grossiers.
Carra Saint-Cyr à son ami Merlin.
Constanlinople, le 15 nivôse, an 6 de la Piép. une el indiv. (4 janv. 98).
Il n'est plus notre ami! mais cnnsole-toi. Merlin : il a fini tomme il a vécu. .\u lit de mort comme au champ de bataille, jamais de faiblesse. Sa grande âme avait donné une telle élasticité à tout ce qui l'entourait que, cpiinze jours après ce terrible événement, j'ai retrouvé encore l'essor qu'il avait donné à toutes les parties de son administration.
Plains-moi. Merlin 1 personne, avant moi, ne se trouva jamais dans une crise semblable. Quelques nuages s'étaient élevés : tout allait s'oublier ; je revenais content; je voulais du moins lui dire le dernier adieu, me réconcilier authentiquement, car nous Tétions déjà l'un et l'autre au fond du cœur : je reste privé de la seule consolation que j'ambitionnais ! Sa veuve
68 CORRESPONDANCE l'ARTlCULIERE.
intéressante, sa fille qu'il idolâtrait, ses amis toujours restés fidèles, tombant en larmes, voilà le tableau qui m'attendait à mon arri\ée. Ton cœur, Merlin, t'en dira plus que je ne puis exprimer. Adieu, une autre fois je t'écrirai.