‹ Vie et correspondance de Merlin de ThionvilleChapitre 27 sur 56 · CARNOT · texte numérisé non relu

CARNOT

Il n'y a jamais eu de bien vives sympathies entre Merlin et Carnot. lîien qu'également belliqueux et animés tous deux du même patriotisme, leurs caractères étaient trop opposés pour que l'amitié pût naître : autant l'un était méthodique et réfléchi, autant l'autre était impétueux. Il se produisait naturellement entre eux quelque peu de ce désaccord que l'on a de tout temps remarqué entre le corps du génie, auquel appartenait Carnot, et celui de l'artillerie auquel Merlin s'était voué. Leur atlacliement commun pour le savant et liéroïque Meunier aurait peut-être fini par les lier; mais celui-ci mort, il n'y eut plus de Irait d'union. Carnot n'était pas populaire parmi les oificiers de l'armée de Mayence. Ils lui appliquaient, comme au représentant principal du pouvoir militaire, tous les reproches qu'ils croyaient avoir à faire au gouvernement. Kléber ne l'aimait pas et le témoignait énergiquement. Mais ce que Merlin avait surtout à cœur, c'était de n'avoir pas été, dans sa mission en Vendée, soutenu avec plus de fermeté par Carnot, puisqu'au fond, comme celui-ci l'avait avoué, il se trouvait parfaitement d'accord avec lui sur le système à suivre. Bien que ce système eût fini par prévaloir, Merlin ne pouvait oublier son insuccès auprès de l'ancien comité de salut puldic ; il regrettait prolondément le sang versé en pure perte dans cette alTreuse guerre, et ne pouvait pardonner qu'on eût si aisément sacrifié sa politique à celle des Hentz et des Carrier. Il revenait souvent, dans ses conversations, sur la séance delà Convention dans laquelle il avait élevé la voix contre ces hommes de sang, et se plaignait de n'avoir appris (jue si tardivement que ses idées trouvaient appui chez Carnot. Voici, en effet, d'après le Moniieur àa 11 vendémiaire, comment s'exprima alors ce dernier en confirmation de Merlin : " Deux systèmes ont été proposés au comité de salut public : le premier

de terminer la guerre de la Vendée par la force des armes ; le second d'employer la douceur pour ramener les esprits, et c'était le mien. C'a toujours été avec douleur que j'ai soutenu, vis-à-vis de mes collègues qui venaient me parler de la Vendée et des moyens de finir cette guerre, une opinion contraire à la mienne ; mais c'était celle de la majorité du comité. J'ai plusieurs fois tenté de faire changer de système au comité, mais inutilement. Il est un autre fait : le général Huchet fut dénoncé au comité de salut public pour des cruautés qu'il avait exercées dans la Vendée, et, par suite de cette dénonciation, mis en état d'arrestation. Ari'ivé au comité de salut public, Tiobespierre le défendit, et il fut renvoyé à l'armée avec un grade supérieur, que je fus obligé de signer, malgré mon opposition. » Cette manière de se prêter à un gouvernement, malgré une opposition de conscience sur des chapitres aussi considérables , Merlin , tout en rendant pleine justice au patriotisme et aux talents de Carnot, ne l'admettait pas, et ne justifiait pas plus son ancien collègue de ses facilités pour Robespierre que de ses facilités postérieures pour la faction contre-révolutionnaire de l'an V, et plus tard pour Bonaparte. Peut-être était-il trop rigide; peut-être cédait-il trop à l'entraînement de ses deux amis Reubell et Merlin de Douai qui, aux journées de fructidor, avaient eu Carnot jiour adversaire ; peut-être enfin ne tenait-il pas assez compte des nuances. L'histoire jugera.

Merlin de ThionvUle, etc., à Féraud, représentant du peuple, etc.

17 frimaire an 3 (7 déc).

Mon camarade, tu veux le bien, j'en ai la conviction intime; mais ce sont les moyens qu'il faut choisir. Tu as pris un arrêté pour attacher à l'artillerie douze cents chevaux des deux mille quatre cents qu'on nous promet. Mais, mon ami, comment vivre? Dans quinze jours, cette mesure pourrait être bonne, parce qu'alors, je respère. nos fours seront dans nos lignes mêmes et que les moyens de transport ne nous seront plus aussi nécessaires qu'aujourd'hui. Si au lieu de deux mille quatre cents chevaux, nous en avions six mille, il nous en manquerait encore. Je t'invite donc à borner l'exéculion de ton arrêté à neuf cents chevaux et à no les prendre que successivement ; car c'était sur ces deux mille quatre cents chevaux que nous comptions pour nos transports, Neveu et moi, quand nous avons pris à Alzey nos arrêtés de règlement.

Ainsi le service de l'arlillcric recevra neuf cents chevaux, trois cents par trois cents; les vivres et fourrages douze cents, (jualre cents par quatre cents; en dernier lieu, l'équipement deux cent cinquante; et le service des ambulances, auquel on peut subvenir en attendant, cinquante. De cette manière , ton arrêté ne gênera pas autant le service des vivres et fourrages; sans (luoi point de guerre.

Récris-moi de suite a ce sujet , aiin cjue nous agissions de concert et

CORRESPONDANCE OFFICIELLE. i35

que nous ne comptions pas l'un sans l'autre sur des moyens imaginaires. Ton dévoué collègue.

UERLIN de Ttiionville.

Le Comité de salut public aux représentants du peuple près les armées du Rhin

et de la Moselle.

Paris, le 18 frimaire an 3* (8 iléc).

Nous avons reçu, chers collègues, les lettres par lesquelles vous nous faites part des progrès que font les armées devant Mayence et la tète de pont de Manheim ; nous ne doutons pas que votre grande énergie ne surmonte toutes les difficultés et quelle ne soit, dans peu, couronnée de succès.

Vous demandez notre avis sur ce qu'il conviendra de faire lorsque vous aurez dressé toutes vos batteries devant la tète de pont ; nous croyons qu'il ne faut pas attaquer tout à la fois cette tête de pont et la ville même, mais successivement , en concentrant d'abord tous vos feux sur la tête de pont et ensuite sur la ville. Rien n'empêcherait cependant que lorsque tout serait disposé pour l'attaque on ne fît une sommation à la place et qu'on ne l'appuyât môme de quelques bombes pour la déterminer à se rendre avec la tête de pont et Mayence même, ou à payer une forte contribution. Mais si Ion ne se rend pas à ces menaces et à cette première attaque, il faudra en diriger une régulière sur la tète de pont isolément.

Voilà, chers collègues, notre opinion sur la question que vous nous faites. Nous envoyons chercher Billy, chef de bataillon d'artillerie employé à l'armée des Côtes de Brest, pour qu'il se rende près de vous ; les autres officiers que ^ous demandez ont des congés et sont à peine rendus dans le sein de leurs familles, extrêmement fatigués de la campagne qu'ils viennent de faire ; si cependant vous les jugez nécessaires et que vous insistiez, nous leur expédierons des ordres pour partir sans délai.

MERLIN (d. D.), CARNOT, RICH.ARD, DUMONT, GLVTON, PRIELH de la il., BOISSV.

Merlin de Douai à Merlin de Thionville.

Paris, 19 frimaire an 3 de la Rép. (9 déc.).

J'ai reçu hier en même temps, mon brave ami, tes lettres du I 0 et du H. J'ai mis sur-le-champ sous les yeux du comité ce qui lui était destiné, et nous te répondons aujourd'hui en trois parties, parce que ta lettre

((]ue lu aurais dû , pour l'ordre de notre travail, diviser en trois) contient trois objets distincts. Je suis l'expéditeur de la partie diplomatique, parce qu'il ne faut pas que nous ayons, à cet égard, nos commis pour confidents.

Tu vas à merveille, et je compte pour toi sur les plus grands succès. Servir glorieusement la République, voilà ta réponse aux lâches coquins qui ont commencé à parler contre toi, ([uand ils t'ont su bien loin. Aujourd'hui ils se taisent et font bien, .l'en excepte pourtant l'universel Audoin qui, dans son numéro d'hier, se lamente sur l'ingratitude de Paris à l'égard de la Crête, et cherche à ameuter la Crète contre Paris. C'est un morceau véritablement à conserver que ce passage. Je t'en envoie copie, n'ayant pu, ce matin, me procurer un exemplaire imprimé du numéro.

Tu verras par notre dépêche à quoi nous en sommes avec la Prusse. Il est essentiel de continuer à lui faire entendre que nous n'avons qu'à choisir entre elle et l'Autriche, et qu'infailliblement l'une des deux sera écrasée. C'est un excellent moyen pour en finir promptement. Les propositions que l'Espagne nous a fait faire par on ne sait qui. et que le payeur de nos prisonniers de guerre nous a transmises, sont un chef d'oeuvre d'impudence. Les voici :

« Reconnaître la République, se faire livrer le petit Capet et assigner à celui-ci dans nos départements méridionaux de quoi lui former une couronne. »

Tu juges bien quelle a dû être notre réponse!

Depuis, les Espagnols ont été rudement frottés, comme tu l'as vu par les journaux du 1 S , et ces nouvelles déroutes paraissent avoir changé leur diplomatie. On vient, sans pouvoir cependant et sans caractère quelconque, de nous offrir la paix en nous abandonnant nos conquêtes dans le Guipuscoa, c'est-à-dire Saint-Sébastien, Fontarabie, ctleportdu Passage, et en nous prêtant vingt vaisseaux de ligne et vingt frégates pour contribuer à la destruction de Carthage. Ceci, comme tu vois, est plus intelligible, et nous allons nous remuer en conséquence.

Songe bien que tu es le seul être à (|ui je confie ces secrets ; ainsi garde-les bien et brûle ma lettre.

Turin s'agilc aussi pour avoir la paix vi promet de n'être i)as difficile. Mon avis serait pourtant de le bien traiter, mais aux dépens de l'empereur. Deux ennemis faibles sont moins à craindre qu'un ennemi puissant.

Je te remercie bien de tes soins paternels pour mon fils. Piiisse-t-il un jour les reconnaître en menant les liens au combat, si toutefois on guerroie encore quand ils seront en âge de le faire. Je le recommando particulièrement de veiller sur ses mœurs.

Adieu, mon ami, je l'enilirasse lùcn cordialement.

MKi'.i.i.N (d. n.)

CORRESPONDANCE OFriCIKLLE. 137

Le général Moreaux, commandant l'armée de la Moselle, au citoyen Merlin, elc.

Au quartier général à Trêves, le 21 frimaire an 3' (11 déc).

J'apprends avec une vraie satisfaction, citoyen représentant, par ta lettre du \2, que tu t'es rendu maître de la redoute en avant de Mayence, et que trois cents hommes faits prisonniers sur l'ennemi, avec six pièces de canon, sont la suite de cette affaire. Elle a donné à nos soldats une nouvelle occasion de déployer leur courage républicain.

Tu auras sans doute été informé par ton collègue Neveu que, d'après son ordre, la division du général Taponier se portait sur Luxembourg. Elle est en marche et se rendra sous les murs de cette place les 27 et 28 do ce mois. Ce renfort était très nécessaire dans cette partie, en ce qu'il adoucira le service pénible des troupes employées au blocus de cette forteresse. Elle a jeté avec profusion une grêle de boulets sur les ouvrages que nous construisons sans pouvoir les arrêter et tuer plus d'un homme Le régiment de cavalerie et les quatre à cinq cents hommes que tu m'annonces seront utilement employés dans nos opérations sur Luxembourg. Je travaille et fais travailler sans relâche pour que cette place soit bientôt au pouvoir de la république.

Je suis bien aise que le service des approvisionnements des divisions se fasse avec ordre, cotte partie étant très intéressante. Je me repose du reste sur la bravoure et l'intelligence de nos camarades pour surmonter les obstacles. Salut et fraternité.

MORE.\lX.

Le 1" décembre, à l'arrivée de Kléber et de Merlin, Gouvion Saiiil-Cjr fit enlever à la baïonnelle la redoute Merlin. « Le représentant Merlin et le général Kléber, que le bruit du canon avaient attirés sur la ligne d'où ils avaient vu une partie de l'alTaire, auraient désiré, particulièrement le premier, que l'on construisît tout de suite un ouvrage sur le plateau de Zahlbach, assez fort pour que l'on conservât la redoute que le représentant appelait la sienne, et à laquelle, pendant le siège de 1"93, il avait donné son nom. " (Extrait des mémoires de Gouvion Saint- Cyr.) Kléber envoya effectivement le capitaine Bizot pour construire l'ouvrage ; mais faute de moyens pour se soutenir, on ne put y réussir. <( Le général Kléber, ajoute le même général, était encore loin de soupçonner le dénùment dans lequel on avait laissé les armées du Rhin et de la Moselle, pour favoriser celles du Nord et de Sambre-et-Meuse. Cette raison seule aurait suffi pour le dégoûter de son commandement. )•

Merlin de ThionviUe au Comité de salul public.

25 frini:iirc an 3 (12 déc).

J'ai reçu votre lettre du I 5 de ce mois, chers collègues. Vous savez déjà par celle que je vous ai expédiée le... la solution du problème dont

la position pouvait vous surprendre. Il est faux tjue j'aie eu, ni par écrit, ni verbalement, aucun entretien diplomatique avec Kalkreulli ; il n'est pas plus vrai que je lui aie demandé une conférence; mais il est très certain que j'avais permis, conseillé môme à un homme k nous de dire, s'il était pris, qu'il était chargé de parler de ma part au général en chef et de lui demander, puisqu'ils criaient tant la paix sur la rive droite, comment ils voulaient que la France l'accordât à la Prusse tant que celle-ci serait liée à la coalition. Voilà à quoi aboutit tout cela. Les lettres do Bâcher, celles de Mollendorf, écrites à cette occasion, sont, à mon avis, la preuve incontestable que tous ces messieurs ont grand besoin de celte paix tant désirée.

Vous verrez encore par ma lettre à Bâcher et par celle que je vous ai adressée le ... que j'avais prévu vos intentions. Elles sont et doivent être celles de la nation entière : point de paix sans la rive gauche du Rhin pour limite. Telle doit être la réponse que fera Bâcher. Telles seront les miennes, si Ion insiste pour en avoir, et que vous croyiez qu'il me soit permis d'en faire.

Quoi (ju'il en soit, j'en reviens à ce que je vous ai répété mille fois à Paris et vous ai déjà écrit deux fois : faites la paix, s'il est possible, avec une des puissances coalisées, et les autres sont perdues à jamais. Avec l'Espagne, elle doit vous la demander à genoux; avec l'Autriche, elle en a besoin , et doit vous laisser bien volontiers les Pays-Bas , si vous promettez de lui laisser prendre tranquillement la Bavière; avec la Prusse, si vous lui promettez d'inquiéter l'Empire pendant qu'elle lui prendra ses frais de guerre avec usure. Eh ! que nous importe que les lions s'entredéchirenl . pour\ u que la république triomphe. Je voudrais voir le feu partout : la république jouirait du calme et deviendrait en fait de bonheur et de commerce ce qu'est actuellement la Suisse dans sa neutralité. Elle serait même plus heureuse encore, puisqu'elle aurait et plus de ressources et de meilleures lois.

J'ai fait mettre à 1 ordre de l'armée le rapport de Merlin sur les bruits de paix. J'avais déjà anticipé en annonçant à l'armée (juc la paix, dont les ennemis parlaient pour la distraire, était dans Mayence, et qu'il fallait que la république dictât ses lois dune rive à l'autre. Je lui fais annoncer aujourd'hui les brillants succès de l'armée des Pyrénées-Orientales. J'espère, quoique l'apathie ait été un peu trop dans le caractère de ceux qui commandent ici, «jue nous irons maintenant bon train. Une fois la tète de pont de Manheim enlevée, gare Mayence! Le soldat est dans le meilleur esprit; Klébcr sait servir, et son étal-major a toutes les connaissances requises. Je brûle comme vous du désir don Unir bien vite ; mais on a trop perdu de temps en arrivant devant la place, et l'on a laisse l'ennemi s'emparer des îles. Malgré tout cela, malgré la saison et le diable, il faut que iMayenco crève avant votre collèguo.

Xe scrail-il pas possible d'avoir aux armées le Moniteur? Les bulletins nous arrivent six semaines après les séances. On nous promet toujours les deux mille quatre cents chevaux ; j'ai même vu ici le citoyen Barre, mais pas encore de chevaux

MERLIN de Th.

Le général de division Klcber à Merlin, etc.

Au quartier général J'Oberingelheim, le 24 frimaire, 3' année (14 déc).

Le général de division Kléber expose au représentant du peuple Merlin que rétendue et l'importance du commandement qui lui a été confié depuis plusieurs mois ayant exigé qu'il employât un plus grand nombre d'officiers, il fit choix des citoyens Jean-Baptiste-Alexandrc Strotz, chasseur à cheval au l" régiment, pour aide de camp surnuméraire, et Antoine Reizet, pour adjoint à l'état-major, lesquels en ont rempli jusqu'ici les fonctions sans appointements.

Le général Kléber propose ce choix à la confirmation du représentant du peuple ; il le prie de délivrer aux citoyens ci-dessus les commissions nécessaires et de les faire jouir des appointements aftectés à ces places, à compter du I" frimaire présent mois.

Le général Kléber observe au représentant du peuple Merlin que le citoyen Germain qu'il lui avait accordé en qualité d'adjoint à l'état-major est aujourd'hui adjoint en titre, attaché à l'ajudant général Lecamus.

KLÉBER

Le Comité de salut public à Merlin de ThionviUe, représentant du peuple près les armées de la Moselle et du Rhin.

Paris, le 25 frimaire an III (15 déc).

Nous avons examiné, cher collègue, avec une attention particulière ce qu'il y a de diplomatique dans ta lettre (sans date) que nous a apportée ton courrier arrivé hier.

Nous avions en quelque sorte prévenu tes questions par une lettre que nous t'avons écrite le 15 de ce mois, et dont nous te joignons ici un duplicata, dans la crainte qu'elle ne te soit point parvenue.

Pour te mettre bien au courant de notre position vis-à-vis de la Prusse, nous joignons ici copie d'une lettre que nous avons écrite le même jour 1 5 à notre ambassadeur Barthélémy. Tu y verras que nos principes s'accordent parfaitement avec ceux que tu as exposés à Bâcher dans ta lettre du 4 3.

Nous ne pouvons et ne devons approuver que tu entres en correspon-

dance (iiplomalique avec Mollcndorf ; et vraisemblablement, ce n'est pas là non plus ce que tu nous proposes Mais il est bien entendu que tu peux employer pour connaître les dispositions et l'état del'ennemitous les moyens que ta prudence et ton patriotisme te suggéreront.

Nous avons vu avec quelque peine dans ta lettre à Bâcher que tu y aies parlé du vœu de l'armée. Quoique tu aies déclaré toi-même que ce n'était point une lettre officielle, il est possible qu'on en abuse, et tu sens combien il serait fâcheux qu'on pût soupçonner que le vœu de l'armée décidât de la guerre ou de la paix. En fait de politique, la plus grande réserve est nécessaire, et tous les termes doivent être pesés, surtout quand on a a flaire à des gouvernements astucieux par habitude.

Continue, cher collègue, à bien mériter de la patrie. Nous attendons tout de ta bravoure, de ton activité, de ton zèle, et de ton dévouement à la liberté. Reçois l'assurance de notre attachement fraternel.

MERLIN (il. D.), CARNOT, n.\MBACÉRÈ?, RICH.\RD, PRIEUR de la M., OLVTON, ROISSV, A. DU.MONT.

Merlin de Thionville à Merlin de Douai.

25 fiiniairo an 3? (sans date) (15 déc).

Donne- moi souvent de tes nouvelles, mon bien bon ami ; toi seul peux me procurer un moment de bonheur au milieu des tracas affreux dont jo suis entouré, ayant le collègue le plus fou que Ton ait jamais vu: je parle du représentant Féraud, risée de toute l'armée.

Comment vont les négociations? Où en sont-elles avec l'Espagne? Il est temps de conclure avec l'un des rois: cela triplera nos moyens. L'ennemi qui restera à combattre sera découragé, nos soldats seront plus intrépides et notre force augmentée, puisque le roi soumis nous ouvrira les portes de chez lui pour en retirer nos ressources. Travaille donc à cela de tout ton pouvoir.

On parle d'une entreprise sur la Corse. Je ne pense pas que ce soit le moment de la tenter. La Corse sera toujours ii qui aura le plus de vai.-jseaux dans la Méditerranée. Soumettons définitivement l'Espagne, et alors nous aurons des vaisseaux contre les Corses et autres.

Il faut aussi s'occuper de l'ouverture do notre campagne dans doux mois, il faudr.i passer le lUiin sur deux points. Si vous voulez ganler la rive que vousoccu|)ez. \ous n'êtes point assez forts pour la défendre au cas où vous ne passeriez pas. Et puis, il fiul vivre chez l'ennomi. l-"u attendant, laissez faire par entreprise. .Autrement vous vous trouverez tlans l'iuquissibilité de rien entreprendre. On met une ferme en régie, mais non lap-

CORRESPONDANCli OiriClELLE. 141

provisionnenient de douze armées. Ton fils se porte bien , travaille bien . est toujours meilleur.

MERLIN de Th.

Apropos de Fcraud, Decaeii rapporte qu'à son arrivée à l'armée du RliitijCn l'absence de Merlin et de Kléber, il trouva une telle insubordination qu'il fut insulté par des maréchaux de logis qui lui disputaient son logement et avaient mis dehors ses chevaux. « Je les traitai, dit-il, comme ils devaient l'être ; j'envoyai chercher une garde et les fis mettre à la porte. Mais quel fut mon étonnement, le jour suivant, d'apprendre que le représentant Féraud, que je m'étais proposé d'aller voir dans la soirée, 'avait ordonné que je serais traduit à un conseil de discipline pour avoir maltraité ces maréchaux de logis. Le commandant de ce régiment, qui flattait ce représentant, qui ne le quittait pas, et qui l'accompagnait lorsqu'il allait faire des fanfaronnades aux avant-postes, avait provoqué cet ordre aussi extraordinaire que ridicule. »

Merlin de Douai à Merlin de Th.

Paris, 25 frimaire an .*? de la Rép., -2 heures du matin (15 déc).

Il paraît, mon cher ami, (lue la Prusse veut siiicèromont la paix. J'en juge par le plaisir qu'a paru faire à ses agents à Bâle notre dépêche du 14, et par l'empressement avec lequel lun deux est parti sur-le-champ pour se rendre auprès du ministre de Berlin , tandis que l'autre, de son côté, écrivait au roi pour être autorisé à se rendre à Paris. Ils continuent d'insister pour que nous suspendions le siège de Mayence: nous venons de répondre que nous le voulons bien, pourvu qu'on nous l'abandonne provisoirement, à la charge par nous de le garder comme ville neutre, jusqu'à ce qu'un traité de paix nous l'ait assuré définitivement. Tu vois bien par là qu'il faut presser le siège de plus fort. La paix sera décidée le jour que tu entreras dans la ville en vainqueur.

Bâcher proposait (et il y a lieu de croire que c'était à l'instigation des envoyés de Prusse) que tu fusses autorisé à conférer avec Mollendorf. J'ai fait rejeter cette propostion qui , par ses résultats, aurait pu l'occasionner des désagréments. Je crois que tu ne me désapprouveras pas.

Les propositions prétendues de l'Espagne dont je te parlais dans ma dernière lettre nont pas été faites par un agent autorisé. On n'y peut pas compter.

Je t'engage à bien gronder mon fils sur sa paresse à m'écrire. Donnemoi de tes nouvelles. Bonsoir.

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