MICH.UT
Le général Michaud, s'étant cassé la jambe, se retira du commandement à la grande satisfaction de Merlin qui lui donna provisoirement Kléber pour successeur. On voit par la fin de cette lettre que son courage valait mieux que son savoir stra tégique. Il était, à ce qu'il semble, plus soldat que général. Voici ses adieux à l'armée, en date du 6 floréal : on y sent un peu de sécheresse :
" Mes camarades, je croyais, conformément au décret de la Convention nationale, déposer entre les mains du général Pichegru le commandement qu'il me
remit il va quinze mois Des circonstances imprévues l'ayant empêché d'arriver
ici aussi promptement que nous pouvions l'espérer, j'ai cru devoir, à cause de la fracture d'une jambe qui m'empêchait toute activité, demander au représentant du peuple de nommer un général pour commander provisoirement en attendant l'arrivée du brave général Pichegru. Le général Kléber vient en conséquence d'en être chargé, etc. »
Féraud, etc., à Merlin de Thionville, etc.
Wornij, le 15 nivôjc, 3* année de la République (4 janv.).
Lis cette lettre, mon cher ami, avec attention. Peut-être n'en as-tu pas encore connaissance , tu m'en aurois dit quelque chose , car je présume bien qu'il est dans ton âme de ne pas permettre que l'on recule d'un seul pas , je partage tellement cette opinion que le premier qui en parlera ne passeroit à mes yeux que comme un traître ou un lâche , dans pareille circonstance, nous trouverions assez d'énergie, assez de ressources dans la na-
turc de nos caractères pour prévenir la ruine el le déshonneur de noire patrie, nous sommes heureux d'être si puissamment secondés dans nos résolutions fermes et vigoureuses par le général en chef, le général d'artillerie et le chef del'état-major, les seuls généraux avec lesquels j'ai pu parler.
Je ne te dissimule pas mon indignation , tu la partage d'avance et lorsque je calcule froiflement les propositions faites, j'estime que nous ne pouvons point les laisser ignorer au Comité de salut public , mais avant de les lui faire parvenir j'ai cru devoir te consulter.
Une conférence peut-être entre nous deviendroit nécessaire , un j)lan vaste et simple se présente à l'imagination la moins familliarisée avec les opérations militaires dans le cas où le Rhin vînt à geler et sur d'autres opérations relatives aux fourrages et aux vivres, si ma santé me le permettoit, je partirois de suite pour Obcringelheim, mais les fièvres et un mal de poitrine avec un gros rhume me retiendront quelque temps non pas en inactivité mais un peu en retard. Le retour de l'ordonnance que je le fais m'apportera la réponse et le lieu que tu auras choisi , Oppenheim me paraît un point assez à portée, je suis encore à attendre des réponses aux dépêches que je t'ai faites , une correspondance active et constante devient absolument nécessaire entre nous, surtout dans ce moment. Salut et fraternité.
FÉRALU.
Copie de la lettre du général de division Klrber au général en chef Michaud.
A Olieringellieim, le 1 3 iiivùse an 3* (2 jaiiv.l.
Il n'est pas de doute, mon camarade, que le Rhin ne soit totalement gelé d'ici à demain , si, comme il y a apparence, le froid continue. Tu dois comprendre qu'alors notre position devant Mayence n'est nullement tenable. Je t'invite donc, au nom du bien de la chose publique, de te rendre ici avec ton chef d'état-major le plus promptemont possible , car il ne s'agit pas ici d'un mouvement particulier du corps que je commande , mais de toute l'armée sous tes ordres; il faut (]ue nous prenions des dispositions générales ; il n'y a pas un moment à perdre. Je t'attends dans la nuit. Salut et fraternité.
Sioné : KLÉBER.
Cette lettre me paraît assez propre à justifier ce qu'écrivait Merlin de Tliionvillc à Merlin de Douai à propos de l'éraud : « Le collègue le plus fou iiu'oii ait jamais vu. " Il ignorait que la prudence est une des premières vertus du véritable homme de guerre, et montrait assurément peu de connaissances des hommes en préférant Michaud à Kléber. J'ai cru utile de citer sa lettre avec sa ponctuation et son orthographe. Klle achève de faire connaître ce nialiicurcux homme auquel sa mort sur les marches de la tribune a donné quelque célébrité. 11 était député des Hautes-Pyrénées.
Le maréchal Mollendorf à Merlin de Thionville.
Au (|iiailicr gonc-ral à Hoclilieim, le 7 jaiiv. 1795 (18 nivôse).
Le feld-maréchal de Mollendorf, commandant les armées prussiennes au Rhin, est très redevable au représentant du peuple Merlin de Thionville, près les armées du Rhin et de la Moselle, de lui avoir fait parvenir les trois lettres du capitaine de Garten, détenu prisonnier de guerre à Mézières, près de Charleville, qui demande à èlre échangé. Une pareille communication de lettres sera toujours reçue avec plaisir et reconnaissance, et on prie de vouloir bien faire passer tout ce qui paraîtra nécessaire d'être communiqué à l'armée prussienne, directement à ses avant-postes.
Étant de même avec des sentiments distingués,
MOLLE.NDOl;!''.
Voici ce que 'lit dans ses mémoires le prince de Ilardcnberg sur les premières ouvertures faites au maréchal Mollendorf :
" Merlin de Thionville vint présider lui-même au semi-blocus de Mayence, et fit aussitôt fortifier Monbach en vue de l'île Saint-.Iean occupée par les Prussiens. N'ignorant pas qu'ils aspiraient à la paix, il épia l'occasion d'en venir à des ouvertures. 11 renvoya d'abord au maréchal Mollendorf un de ses aides de camp fait prisonnier, et lui fit dire que puisque la musique de l'armée prussienne sous ses ordres faisait entendre l'air national de la Carmagnole, on ne devait pas balancer d'ouvrir enfin les voies de la paix aux deux nations. Le maréchal s'empressa de lui faire répondre qu'il enverrait à 15àle M. Harnier pour qu'on pût s'entendre. Merlin de Thionville en prévint tout de suite le ministre français Barthélémy à Bàle, et rendit compte de cette ouverture directe au Comité de salut public ; mais' là Merlin de Douai voulait suivre et tenir lui-même tous les fils de la négociation prussienne. Il écrivit à son collègue Merlin de Thionville, au nom du Comité de salut public, qu'il était chargé de la guerre devant Mayence et non pas de faire la paix. .)
On voit, d'après les pièces de correspondance que nous publions, que le récit de M. de Hardenherg sur ces importants préliminaires ne représente qu'approximativement la vérité.
Haussmann, représentant, du peuple, à son collègue Merlin de Thionville.
Bruxelles, le 23 nivôse, l'an 3 (12 janv.).
Je n'ai pas vu ton beau-frère, mon cher Merhn ; s'il vient ici pendant que j'y suis, je me ferai un vrai plaisir de lui être utile. 11 y a deux mois que j'ai rencontré à Bois-le-Duc ton frère le balafré. Il paraît qu'il ne te le cède ni en patriotisme ni en courage, et je crois qu'il a pourfendu plus d'Autrichiens qu'il n'a fait de discours en sa vie.
Tu no me parles pas de Mayence ; il paraîl (iiic la besogne ne s'avance pas beaucoup de ce côté-là. Au reste, je n'en suis pas étonné. Connaissant la place et la position, j'ai toujours pensé que sa conquête serait très difficile et très incertaine dans cette saison , à moins que la gelée ne facilite le passage du Rhin.
Nos affaires vont fort bien du côté de la Hollande , et si la gelée pouvait continuer, larmée marcherait de conquête en conquête; mais il fait trop doux depuis quelques jours, et nous craignons le dégel.
Adieu, mon cher Merlin, bonne santé et des victoires. Je t'embrasse Vive la république.
HALSSMA.NN.
Mes amitiés au brave Kléber.
Hicliaud, général en chef de l'armée du Hkin, à Merlin, etc.
Au quarlier général à Gundersbliim, 23 nivôse an 3 (12 janv.).
En arrivant ici, citoyen représentant, je me proposais de l'aller rendre compte de ma course sur les bords du Rhin jusqu'au fort Vauban ; mais j'apprends ton départ pour Paris. J'espère que ce voyage nous procurera les plus grands avantages; mais je désire que tu reviennes le plus promptement possible près de nous. Tu sais combien ta présence est indispensable.
Je m'en suis venu de Spire en toute diligence, parce qu'on m'y avait annoncé que dans un conseil de guerre tenu devant Mayence, il avait été arrêté que l'armée se retirerait. Je venais mopposer à ce mouvement rétrograde; mais j'ai appris, en arrivant, que Kléber avait seulement fait part aux généraux d'un projet de retraite dans le cas où l'ennemi passerait le Rhin et nous forcerait à abandonner noire position. Je ne désapprouve point cette mesure de précaution, mais je me serais opposé avec la plus grande vigueur à toute autre qui n'aurait pas été ordonnée par loi, ton collègue ou le gouvernement.
Puisque la rigueur de la saison s'oppose si fort à nos travaux devant Mayence, et que tout concourt à nous faire traîner cette entreprise en longueur, nous ne pouvons nous dissimuler que nous serons forcés d employer il la fin de plus grands moyens pour en venir à bout. Tâche, citoyen représentant, pondant Ion séjour ;i Paris, d'obtenir tout ce (pii nous sera nécessaire pour agir avec la plus grande vigueur.
Les ouvrages du fort de Manheim sont tellement gelés que la deslruclion ne va (jue très lentement. Les bateaux sont pris dans dix pieds de glace, de manière qu'il est impossible ii présent de les sortir. J'espère ce-
pendant que l'ennemi n'osera rien entreprendre à cause des mouvements continuels que nous faisons. D'ailleurs, s'il bouge, je te promets qu'il recevra des coups vigoureux.
Je n'ai pas cru convenable de changer dans ce moment le quartier général. J'attendrai ton retour pour le faire. Reviens vite: je suis impatient de t'embrasser. Salut fraternel.
MIGH.VL'D.
Au maréchal Mollendorf?
25 nivùsc an 3 (li janv. 95).
Je VOUS fais savoir que, conformément au.\ ordres que j'ai reçus du Comité de salut public, les travaux devant Mayence seront purement défensifs, ('/ moim d'agression. Le Comité me charge de vous prévenir que c'c;t pour donner à votre gouvernement la preuve non équivoque de ses bonnes intentions qu'il s'est déterminé à adopter cette mesure. Il a le droit de s'attendre il ce que vous répondiez à ses vues généreuses en dépêchant à Paris un agent plénipotentiaire. S'il m'est permis de vous parler en mon nom dans une allbire qui intéresse si éminemment les deux peuples et sur laciuelle le siècle et la postérité ont les yeux ouverts, je crois que les choses s'arrangeraient bien plus aisément et plus promptement de près. Les communications immédiates sont plus faciles que celles qui ont lieu dans l'éloignement. Je désire sincèrement que ces premières ouvertures contribuent au bonheur du monde. Salut et fraternité.
MERLIN de Thionvilie.
Merlin de Douai à Merlin de Thionvilie.
Paris, 14 pluviôse an 3 de la Républ. (2 févr.}.
Nous nous ennuyons beaucoup, mon brave ami, de ne pas te voir arriver. Ta présence est ici plus nécessaire que jamais. Les coquins se remuent et on assure qu'ils préparent du mouvement. Viens, accours, vole, ne perds pas une minute. Je t'embrasse de tout mon cœur.
MERLIN (d. D.).
Le général de division Klcber, commandatil le corps d'armée devant Mayence, aux représentants du peuple près les armées du lihin el de la Moselle.
Quartier général d'Oberingcllieim, 20 iiliiviûsc, 3' année rép. (8 fcvr.).
Il est de la plus grande importance, citoyens représentants, que je me procure les connaissances les plus exactes sur le pays entre la Seltz et la Nahe, et sur celui entre cette rivière et la Moselle, afin (juc, sur ces connaissances, je puisse appuyer les mouvements de l'armée en cas de retraite et couvrir la place de Luxembourg. J'ai en conséquence chargé le général de brigade Damas et mon aide-de-camp Dubayet, auxquels j'adjoindrai encore l'adjudant général Julien, de parcourir et reconnaître les différentes positions entre ces rivières, ainsi que vous le trouverez motivé dans l'ordre dont je vous envoie copie. Je pense, citoyens représentants, que vous approuverez cette mesure et que vous sentirez la nécessité de faire délivrer à ces officiers une somme d'environ 3 000 livres pour subvenir aux frais de cette reconnaissance , puisqu'ils seront toujours obligés de se faire assister par les habitants du pays. Je vous prie donc d'ordonner que cette somme soit mise à leur disposition par le payeur de l'armée. Salut et fraternité.
KLÉBER
Le Comité de salut public au représentant du peuple Merlin de Thionville, etc. Paris, le 28 |iluviôse, l'an 3 Je la République (1 5 fcvr.).
Tu nous as promis, cher collègue, au moment de ton départ de Paris, au commencement de ce mois, de ne rester auprès des armées du Rhin et de la Moselle que le temps nécessaire pour y installer notre collègue Cavaignac.
D'après ce que tu nous avais dit loi-mème, lu devrais déjà être rendu ici. Nous avons le plus grand besoin de recueillir les renseignements que tu es seul en état de nous donner.
Nous t'invitons à le rendre incessamment à Paris, si tu peux, le faire sans conipromoltre le sort de nos armées; et nous t'attendons avec toute l'impatience que le patriotisme et l'amitié peuvent inspirer. Salut el fraternité.
Les membres du Comité de .«alul public :
r..\MI!.VCÉUÈS, MERLIN (d. U.), DLBOIS-CRANCÉ. (Les aulres signalurcs sonl déchirées.)
On voili|uc Merlin, parti pour r.iris à la fin dn nivtisc, n'avail fait qu'y tonchcr barre, el en ctail aussitùl revenu avec Cavaignac pour l'inslaller à sa place à
l'armée du Uliiii, en promettant au Comité de salut public un prompt retour. Cavaignac, comme on l'apprend par les lettres suivantes, devait d'ailleurs demeurer en correspondance régulière avec lui. Ils étaient amis, de même humeur et à peu près de môme âge. Leur liaison s'était formée en Vendée, et Merlin faisait le plus grand cas du caractère et de la capacité de son collègue. « Tu l'as vu dans la Vendée, écrivait- il à Gillet, ennemi comme toi et moi des horreurs que l'on voulait nous faire commettre... Tu connais l'âme franche et pure de Cavaignac, son ardent amour de la patrie. »
A la suite de sa mission à l'armée des côtes de Brest, durant laquelle s'était nouée son intimité avec Merlin, Cavaignac avait été envoyé à l'armée des Pyrénées occidentales. La guerre civile était menaçante sur cette frontière, et la justice révolutionnaire dut y déployer toutes ses rigueurs. De là, au moment de la réaction, de vives dénonciations contre la conduite de Cavaignac dans cette mission qui le forcèrent à quitter brusquement îlcriin pour venir à Paris se défendre contre ses accusateurs. On lui reprochait des faits monstrueux. L'instruction en fut renvoyée par la Convention aux trois comités. Malgré l'àpreté avec laquelle on poursuivait alors les terroristes, le rapport lui fut favorable; et au mois de thermidor, à ])ropos de llcntz et de Francaslel, la proposition ayant été faite de reprendre l'affuirc de Cavaignac, lîoissy d'Auglas prit la parole et rappela « que c'était une affaire jugée ; qu'elle avait été présentée à la Convention dans le premier rapport fait par Durand-Maillane, et que sur cette dénonciation mal fondée, la Convention avait passé à l'ordre du jour. » Ce qui n'a pas empêché les biographies royalistes de répéter, comme vérités acquises contre la mémoire de ce conventionnel, ces allégations calomnieuses.
Par suite de sa séparation d'avec Merlin, Cavaignac se trouvait à Paris au moment des troubles de prairial. 11 y prit vaillamment la défense de la Convention, comme avait fait Merlin en germinal, et faillit être tué dans le quartier du Luxembourg. « Monté à cheval pour l'exécution de vos décrets, disait-il à la Convention en lui présentant les sectionnaires auxquels il avait dû la vie, je parcourais la section de l'Observatoire. Assailli par une foule de factieux, j'ai été arraché de leurs mains par les courageux citoyens qui sont devant vous. A la vue du cadavre de mon brave frère d'armes, du malheureux et intrépide Féraud, je voulus m'élancer sur quelques-uns des brigands qui s'apprêtaient à faire de moi une seconde victime; les citoyens ici présents m'ont encore une fois sauvé. »
Cavaignac passa de la Convention au conseil des Cinq-Cents et en sortit en même temps que Merlin ; et aussi enrichi que lui par ses exactions, il fut réduit à accepter pour vivre une place de receveur d'octroi. Après la paix d'Amiens, ses talents furent utilisés d'une manière plus convenable. Il fut d'abord envoyé à Mascate comme agent consulaire, et à son retour, se souciant peu de figurer dans les rangs de la France impériale, il passa dans le royaume de Naples à l'administration du domaine. La restauration l'exila, et il mourut en 1 829 à Bruxelles. Ses deux fds, Codcfroy et Eugène, ont puissamment contribué à perpétuer la mémoire de son nom. « Mon père, disait éloquemmeiit Godefroy à la cour d'assises devant laquelle il avait été traduit pour conspiration républicaine sous Louis-Philippe, est un de ceux qui, dans le sein de la Convention nationale, proclamèrent la république à la face de l'Europe alors triomphante ; il la défendit aux armées : c'est pour cela qu'il est mort dans l'exil, après quinze années de proscription ; et tandis que la restauration elle-même était forcée de laisser à la France les fruits de cette révolution
<6l CORRESPONDANCE OFFICIELLE.
qu'il avait servie, tandis qu'elle prodiguait ses faveurs à ces hommes que la république avait créés, mon père et ses collègues souffraient seuls pour la grande cause que tant d'autres trahissaient ; dernier hommage de leur vieillesse impuissante à la patrie que leur jeunesse avait si vigoureusement défendue. «
Cavaignac à Merlin de Th.
Obcriiigelheim, 15 ventôse, 3" an. de la liép. une et inJ. (5 mars 95).
Je suis de retour depuis hier de Strasbourfi, mon cher Merhn. J'ai vu en détail la rive du Rhin; elle m'a paru bien gardée. La rentrée des émigrés du haut et bas Rhin compromet cependant la sûreté de nos postes, et pour parer ii tous les inconvénients, je vais faire assigner des lieux de passa'^e où nous aurons le soin de nous fortifier. En mon absence, on a tenu un conseil de guerre. Il paraît qu'il a été provoqué par les mouvements de l'ennemi et par la crainte qu'il ne tente bientôt un passage pour débloquer Luxembourg. Je ne pense pas que ce passage soit aussi prochain : les forces de l'ennemi ont diminué par le départ des Prussiens; il n'en reste plus devant nous, et les troupes (jui les ont relevés ne sont pas aussi considérables. Je ne suis cependant pas fâché que Féraud ait écrit au Comité de salut public d'une manière alarmante. Il en pressera davantage l'envoi des moyens sans nombre qui nous manquent. Tu connais nos besoins: chaque jour ils se multiplient. Les hôpitaux s'encombrent, les chevaux crèvent et la gelée arrête encore nos travaux. L'on ne peut travailler qu'à l'attaque de gauche. Aussitôt que la terre sera movible, on emploiera le plus de bras possible pour terminer nos lignes. Laborde va remplacer Vincent. La position de Coblentz est une des plus mauvaises; elle n'est "-ardée que par quatre ou cinq mille hommes : Marceau y a laissé dix batteries sans chevaux et sans canonniers. Notre gauche est donc mal appuyée. Il est indispensable que l'armée de Sambre-et-Meuse nous fournisse un renfort. Nous allons le lui demander, et Féraud veut y aller luimôme. Je ne m'oppose pas à ce voyage qui peut activer la marche du
renfort.
Toutes ces mesures sentent trop le détail de la défensive pour me plaire. Il faut se mettre à même de passer le Rhin nous-mêmes. 11 faut prévenir notre ennemi , et, loin de lui laisser espérer de débloquer Luxembourg, il faut lui faire craindre (le nouvelles pertes. Presse donc, mon cher ami . l'or<^anisation d'une armée respectable. Qu'aux dépens de l'armée du Nord qui n'a prosqiie plus rien à faire, et de celle de Sambre-et-Meuse qui peut se démembrer, l'on forme jiour cette partie une armée de cent cinquante mille hoirimes. Pre.>^se tous les jours, à chaque instant, pour cet objet important. L'ennemi porte devant nous ses principales forces ; la république
CORRESPONDANCE OFFICIKLLE. Uo
doit en faire de même. Fais en sorte surtout que des chevaux nous arrivent. L'artillerie en a un déficit de plus de trois mille. La Convention ayant approuvé les marchés avec Lauchère, je suis rassuré sur cet article. Il ne faut que de pronipls elléts de celte entreprise. Je n'écris pas au ("oniitéde salut public. Ne partageant pas toutes les craintes que Féraud lui a témoignées dans trois ou quatre lettres qu'il m'a communiquées, je pourrais être sur quelques points en contradiction avec lui ; je ne veux pas détruire la moindre des impressions qui peuvent hâter l'organisation d'une armée plus puissante et plus nombreuse. Le gouvernement se porte toujours vers l'objet le plus pressé, et certainement celui-ci mérite bien toute sa sollicitude. On est très content du général Châles.
Les deux députés mayençais vont se rendre à Paris. Je leur remettrai une lettre pour la Convention nationale. Ceux qui venaient par Bàle sont à Strasbourg ; je vais leur faire donner quelques secours.
Il paraît que Féraud désire de rentrer au sein de la Convention. Son temps est fini; il attend chaque jour qu'on le remplace, et moi je souhaite que lu me rejoignes bientôt. Tu m'as promis de ne rien négliger pour cela. Tu connais mon attachement pour toi. Deux hommes francs comme nous se lient pour toujours. Adieu; je t'embrasse.
CAVAIGN.\C.
David et toute la bande joyeuse te disent mille choses. Bonaventure est resté, à mon grand regret, à Strasbourg, pour aller de là s'embarquer avec Dubavet.
Cavaignac à Merlin de Th.
Obcringelheim, 16 venlcise, 3* année rép. (6 mars).
Les patriotes mayençais avaient attendu mon retour, mon cher Merlin, pour envoyer leur députation à Paris. J'ai remis à leurs envoyés une lettre pour la Convention nationale que je te prie délire. Je n'ai fait qu'esquisser les malheurs et les souffrances de ces victimes de la tyrannie. C'est à toi, mon cher, qui en connais tous les détails, qui prends à ces dignes républicains l'intérêt le plus grand, d'offrir à la Convention nationale le tableau lidèle de la conduite ferme et courageuse qu'ils ont tenue dans leurs cachots. 11 est, je pense, de la générosité, de la justice même de la Convention d'assurer à chacun d'eux un traitement ou journalier ou par mois jusqu'à ce qu'ils aient recouvré leurs propriétés. On leur a volé des elïets en route, alors qu'on les ramenait à nous. Je vais les réclamer. Je vais aussi sommer la régence de Mayence de rendre la liberté à Mosdorf qu'on a retenu pour servir d'otage en échange du comte de Linange détenu a Paris.
Je t'adresse une lettre du commandant de Manhcim qui m'a fait rire aux éclats, à cause de la singularité de la demande qu'elle contient. S'il m'avait offert en échange trente pontons de notre calibre, la pétition aurait pu être favorablement accueillie ; mais la républiiiue n'est pas marchande de ponts.
Je viens de donner des ordres en exécution d'un arrêté du Comité do salut public que je n'ai connu que par Briche; car Féraud reçoit toute la correspondance et ne m'en dit rien.
J'ai donné des ordres pour la construction des pontons qui manquent pour compléter cinq équipages de bateaux. Il faut plus de deux mois pour que tout soit prct.
Presse, mon cher ami, l'organisation de l'armée. Il faut frapper ici de grands coups. La république a des moyens suffisants; il no manque que de les réunir sur ce point. Surtout, tâche que le Comité jette les yeux sur un bon général en chef. N'oublie pas la note que je t'ai remise à Strasbourg relativement au 24' régiment de chasseurs à cheval et au '12° de hussards. On pourrait les remplacer à l'armée des Pyrénées occidentales par le 4 1 " de hussards qui est à l'armée de l'Ouest et par d'autres corps de cavalerie qui sont dans cette armée et qui n'y sont plus nécessaires, puisque la guerre de la Vendée est terminée. Préfère les deux régiments dont je te parle à tous ceux de l'armée de l'Ouest, que l'on pourrait t'oilrir ; ils sont complets et bons. Des chevaux, mon ami! presses-en l'envoi. Cette armée en a le plus grand besoin , tu le sais.
J'attends à chaque courrier une lettre de toi. l-lcris-moi aussi souvent que tu le pourras. Adieu ; je t'embrasse.
CAVAIGN.VC.
Cavaignac, elc, à son collègue et ami Merlin de Thionville.
Quartier gdiicral irOlicrinfjcllit'iin, le 2.3 ventôse, l'an 3' (13 mars).
Nous dépêchons, mon cher Merlin, un courrier extraordinaire au Comité de salul public pour lui faire part de la détermination que nous avons prise de demander du renfort à l'armée de Sambre-et-Meuse pour appuyer notre gaiulio. Il paraît que l'ennemi songe (mit do bon à nous attaquer et à débloquer Luxembourg ; tous ses mouvemonls nous l'indiquent. Il est plus insolent dans ses procédés ; et à ce propos je t'apprendrai qu'il a tiré avant-hier sur un convoi de bœufs, de l'île do la Malbrou, et en a tué cinq. Je viens d'annoncer au commandant de Manheim (pie si l'on continue nous en tirerons une prompte vengeance. Tu avais prévu (|u'oii no détruirait pas la redoute et qu'il mon retour jo la trouverais intacte. Cela s'est vérilié.
J'ai grondé, je me suis plaint , mais il n'y avait plus de remède. Dosbureaux a eu tort, je crois, dans cette circonstance.
Si l'armée de Sambre-et-Meuse nous accorde ce que nous lui demandons, nous pourrons nous moquer de l'ennemi. Notre but doit être , ce me semble, de n'être pas obligé de trop aiïaiblir notre ligne devant Mayence. pour résister aux corps ennemis qui pourront tenter un passage entre Coblentz et cette place. Un lamp d'observation de douze mille hommes entre la Nahe et la Moselle, et un petit renfort que nous pourrions détacher d'ici, assureraient parfaitement cette partie contre toute invasion , surtout avec le secours de l'armée de Sambre-et-^Ieuse (]ui , par un mouvement oblique sur sa droite, cernerait l'ennemi sur si'S lianes et sur ses derrières. Pour cet objet, nous allons faire jeter un pont sur la Moselle entre Trarbach et Coblentz.
Notre position iv'est pas aussi rassurante sur notre droite. Tu sais que les divisions territoriales sont peu conséquentes; il n'y a que dix-sept mille hommes depuis Germesheim jusqu'à Huningue et les garnisons sont très faibles; Strasbourg, par exemple, n'a pas huit cents hommes; ses approvisionnements, ainsi que ceux de Landau, sont dans le plus triste état. Je viens do charger le commissaire orduiuiateur en chef de les compléter d'ici a quinze jours au plus tard. J'aurais voulu que Michaud eût réuni sur ses dix-sept mille hommes un corps de dix mille, en se contentant de laisser des postes dans les lieux qui offrent des facilités pour un passage, et qu'il eût placé un camp d'observation qui eût couvert Landau et eût pu se porter la où l'ennemi aurait fait des tentatives: mais Michaud a craint de favoriser 1 espionnage et l'émigration. Nous demandons au Comité qu'il nous envoie dans cette partie du renfort de l'armée de l'Ouest ou d'ailleurs. Appuie fortement cette demande.
Saxe-Tetschen va établir son quartier général à Rastadt. Sans doute qu'il commandera dans cette partie un corps de troupes considérable. En outre, on doit envoyer dix à douze mille hommes dans le Brisgau, pour donner l'éveil au Bas-Rhin et au Mont-Terrible. Je ne doute pas que, connaissant notre position à Strasbourg, l'ennemi ne tente un passage au-dessous de Manheim ou de Spirbach pour menacer cette place, et si nous n'avons pas là des forces, nous serons obligés de nous détacher d'ici pour nous y porter. Il serait à craindre aussi qu'il ne cherchât à s'emparer du revers des Vosges pour nous couper la retraite. Tout cela est possible. Il faut donc se mettre en mesure.
Je ne crois pas que l'ennemi se mette en mouvement avan un mois ; je ne pense pas qu'il soit encore prêt. Les terres sont d'ailleurs si détrempées qu'il lui serait difficile d'agir dans les champs et de manœuvrer son artillerie. Les routes sont également impraticables Ce qui pourrait cependant hâter ses (le reste manque).
Le commissaire des adminislralions civiles, police el tribunaux, uu représentanl du peuple Merlin de Thionville.
Paris, le 13 i,'ciiiiiiial an 3°, tic. (2 avril 05).
Citoyen représentant, la Convention nationale t'a adjoint , par un décret d'hier, au général Pichegru, nommé général en chef de la garde nationale parisienne, tant que dureront les périls actuels. Nous nous empressons de l'adresser une expédition en forme de ce décret dont nous te prions de nous accuser la réception.
Salut et fraternité. Le charge provisoire, DI'MONT.
La qualité d'adjoint à un général ayant sans doute paru peu convenable pour un représentant du peuple, 'le décret fut modifié en ces termes le surlendemain. Je trouve également l'expédition originale dans les papiers de Merlin.
'( La Convention nationale décrète que le décret du 12 de ce mois, qui nomme momentanément le général Picliegru au commandement général de la garde nationale parisienne, et dans lequel il s'est glissé quelques erreurs, reste définitivement arrêté ainsi qu'il suit :
» La Convention nationale décrète que le général Picliegru est nommé à l'instant commandant en chef de la garde nationale parisienne tant que durera le péril actuel, et que les représentants du peuple Barras, Merlin de Thionville et Auguis, exerceront auprès de la garde nationale parisienne les mêmes fondions que les représentants du peuple près les armées. >:
Je trouve aussi sur cette importante journée la note suivante de la main de Merlin sur une feuille volante :
« Chercher la date de la séance où Merlin fit envoyer Thuriot, etc., au château de Ham. La salle des séances était envahie par les bras nus qui,i)lus tard, tuèrent Féraud. Ils criaient : « La tête de Merlin ! » Ils la demandaient à grands cris aux députés qui les avaient appelés. Merlin s'élance alors à la tribune et leur dit : « Ma tète est au milieu du |)euple qu'elle défend depuis longues années ! » Et apercevant un certain nombre de militaires mêlés à celte canaille, il se jette au milieu d'eux cl continue ainsi : « Ma tète est au milieu des soldats de la liberté; elle n'a donc rien à craindre. In seul de ses cheveux, arraché, obtiendrait vengeance de nos frères qui combattent l'émigration et l'étranger, et vous en répondez à ces braves! » l'ne salve d'applaudissements répond à Merlin, et fait voir qu'il n'a pas trop présumé des soldats. Ceux-ci l'entourent et se serrent autour de lui. II leur échappe et gagne les Tuileries par le comité des procès-verbaux. 11 court de là aux (Champs-Elysées, on il donne l'ordre à l'adjudant commaiulant Doucel de faire battre la générale, de former mie colomic de, grenadiers et île deux pièces de i ; il revient avec celle troupe, et marciie sur la Convention qu'il fait évacuer la baïomiL'Ue en avant. Les conspirateurs tremblent. Merlin monte alors à la tribune, et demande que huit ou dix d'entre eux soient envoyés à Ham. Le décret est rendu, et il le fait exécuter. La salle est vide, et Paris redcviciil tranquille pour quelque temps encore. Il faut voir celle séance au Monilcur ci y ajouter ce que j'écris. Il n'y a pus un mot qui ne soit vr.ii et connu. Doucel vil encore. •
Le commissaire des adminislralions civiles, police el tribunaux, au représentant du peuple Merlin de Thionville.
l'aris, le 25 germinal an 3" (li avril).
Citoyen représentant, la Convention nationale a décrété, le 23 de co mois, que tu te rendrais à l'année du Rhin et Moselle, et qu'à cet etTet tu étais investi de tous les pouvoirs attribués aux représentants du peuple près les armées. Nous l'adres.^ons une expédition en forme de ce décret; nous te prions de vouloir bien nous en accuser la réception. Salut et fraternité.
Le chargé provisoire, DU.MONT.
La situation de Paris s'étant calmée, et Cavaignac, seul, étant apparemment jugé au-dessous des dilficultés de la mission, Merlin est envoyé de nouveau à l'armée du Rliin par le décret de la Convention ci-dessus relaté. C'est sa seconde mission, et je l'éclaircis, comme la première, par quelques dates.
La paix a été conclue avec la Prusse le 1 6, et le Comité en fait ofliciellenient part à Merlin le 28. La France n'a plus affaire désormais qu'à 1 .Autriche et à l'Kmpire.
Le 30, Merlin s'occupe à activer la prise de Luxembourg occupé par les .Autrichiens, et demande au Comité des instructions relativement à la continuation du siège par l'armée de Sambre-et-Meuse.
Le 6 floréal, le général Michaud quitte le commandement de l'armée; Merlin défère ce commandement à Kléber, en attendant l'arrivée de Picliegru.
Le 19, communication de Merlin de Douai sur les négociations pour la paix avec l'Empire.
Le 22, insistance du Comité pour une diversion à opérer sur la rive droite dans le Brisgau. Difficultés causées par le manque de chevaux et de ressources de toute espèce.
Le 25, Merlin se prépare à bombarder Manheim.
Le 1" prairial, entrevue à Huningue avec le prince de Hardenberg, et communication d'idées sur la paix au Comité de salut public.
Le 7, lettre à la Convention au sujet de l'insurrection de prairial. Plaintes sur les manœuvres du parti royaliste dans l'armée.
Le 14, lettre au Comité sur la nécessité de mesures énergiques, et sur l'urgence d'un passage simultané du Uhin par Pichegru et par Jourdan.
Le 22, prise de Luxembourg. Notification à divers de cette nouvelle importante.
Le 6 messidor, le Comité de salut public approuve les vues sur le [lassage du Rhin, sur la combinaison des opérations des deux armées, se plaint de Pichegru. Merlin de Douai et Sieyès écrivent dans le même sens.
Le 17, Joubert, commissaire à l'armée de Sambre-et-Meuse, se met en rapport avec Merlin ; il insiste comme lui sur la nécessité d'un grand coup.
Le 18, le Comité de salut public écrit aux généraux des deux armées sur l'urgence du passage du Rhin. Inertie de Pichegru. Du même jour, lettre de Gillet sur les manœuvres du parti qui veut s'opposera la continuation du système offensif.
Le 22 messidor, mission secrète donnée à Decaen, pour l'étude d'un passage du Rhin par Rheinfelden.
Le 1" thermidor, Hardenbcrg, se fondant sin- ce ([uc la Diète a réclamé la métliation de la Prusse en faveur de la paix, demande à Merlin une suspension d'hostilités.
Le 19, mécontentement de l'iclicgra sur les mesures prises par Merlin relativement à l'artillerie de siège.
Le 6 fructidor, lettre de Picliegru indiquant les motifs de son inertie.
Le 8, le Comité incline à la paix avec l'Aiitiichedans le sens proposé par Merlin.
Le 11, lettre de Merlin à Barthélémy, sur la nécessité d'empêcher les Autrichiens de faire irruption par la Suisse.
Le 13, lettre de Merlin de Douai sur les nouveaux dangers de la Convention.
Le 15, opérations pour l'acceptation de la constitution de l'an m par l'armée. Correspondances diverses à ce sujet.
Le 2i, lettre laconique de Pichegru pour annoncer le passage du liliin par l'armée de Sambre-et-Meuse.
Le 2b, lettre de Merlin au Comité pour lui faire part des dispositions prises pour le passage du Rhin et de ses espérances sur la reddition de Manheim.
Le 4° jour complémentaire, prise de possession de Manlicim. Liberté de passage et de concert avec l'armée de Sambre-et-Meuse. Continuation des hésitations de Pichegru. Lettre de Merlin de Douai sur l'état de Paris et la probabilité de l'insurrection royaliste de vendémiaire. Nouvelles instances du Comité à Pichegru pour le passage du Rhin.
Le 3 vendémiaire, communication laconique de Pichegru sur la position prise jiar l'armée de Sambre-et-Meuse devant Mayencc.
Le 9 et le 10, dépêches de Merlin au Comité sur les inconvénienls de la ligne de neutralisation; sur les vices de la position de l'armée de Samhrc-et-Meuse, et sur la marche probable de l'ennemi sur Mayence.
Le 13, la Convention étant menacée par la ligue des jacobins et des royalistes, Merlin écrit qu'il est prêt à marcher à son secours avec une i)artie de l'armée. Le Comité fait part des journées de vendémiaire.
Le 19, Kléber donne avis des mouvements de l'ennemi et des secours demandés par Jourdan.
Le2l,Gouvion Saint-Cyr annonce que l'armée 'le Sambrc-ct-Meusc, n'élant pas soutenue, est réduite à se retirer. La division Rcneauld repasse le lleuve
Le 30, etc., vues du Comité sur la continuation de la campagne. Sommation à Picliegru de s'expliquer. Vues de Merlin sur le même sujet et sur la nécessité de conserver Manheim.
Le 18 brumaire, lettre de Pichegru demandant à se retirer.
Le Comild de salut public aux représentants du peuple ptès l'armée du Rhin
et Moselle.
Paris, 28 gcnuiiial (H avril).
Nous VOUS avons annoncé, cliers tollc'gues, le traité do paix comlii lo 16 de co mois enlro la républiquo lran(;aiso ri lo roi de Prusse, et nous vous en avons envoyé copie. Nous en joignons au besoin ici une nou\elio.
CORUESPOXDANr.L; OFFICIELLE. \7\
Nous devons, d'ailleurs, vous faire part de quelques-uns des articles secrets qui forment la partie non ostensible de ce traité.
Le premier porte que le roi de Prusse ne formera aucune entreprise hostile sur les Provinces- Unies et sur tous les autres pays occupés parles troupes françaises.
Dans un autre arlicle, il est stipulé qu'afin d'éloigner le théâtre de la guerre des frontières du roi de Prusse, de conserver le repos du nord de l'Allemagne, et de rétablir l'entière liberté du commerce entre la France et cette partie de l'empire, comme avant la guerre, la république française consent à ne pas pousser les opérations de la guerre ni faire entrer ses troupes, soit par terre, soit par mer. dans les pays et Etats situés au delà de la ligne de démarcation suivante : « Cette ligne comprendra l'Oost- Frise et descendra le long de l'Ems et l'Aa jusqu'à Munster, prenant ensuite la direction sur Coesfeld, Borken, Bockolt, jusqu'à la rivière du duché de Clèves, près d'Iselbourg, etc. » La république française regardera comme pays et Étals neutres tous ceux qui sont situés derrière cette ligne, à condition que le roi de Prusse s'engage à leur faire observer une stricte neutraUté, dont le premier point serait de rappeler leurs contingents et de ne contracter aucun nouvel engagement qui pût les autoriser à fournir des troupes aux puissances en guerre avec la France. Le roi se charge de la garantie qu'aucunes troupes ennemies de la France ne passeront cette ligne et ne sortiront des pays qui y sont compris pour combattre les armées françaises, et à cet effet, les deux parties contractantes entretiendront sur les points essentiels, après s'être concertées entre elles, des corps d'observation suffisants pour faire respecter cette neutralité.
Vous trou^•erez ci-jointe une carte sur laquelle se trouve tracée ki ligne de neutralisation dont il est parlé dans cet article.
Un autre article porte que le comté de Sayn-Altenkirchen, y compris le petit district de Bendorf au-dessous de Coblentz, étant dans la possession du roi de Prusse, jouira des mêmes sûretés et avantages que les autres Etats situés sur la rive droite du Rhin.
Par un dernier article, il est dit que les dispositions de l'article XI du traité ne pourront s'étendre à la maison d'Autriche.
Nous recommandons, chers collègues, ces différents articles à votre attention.
Les membres du Comité de salut public :
CAMIîACÉRÈS, T.\LLIEN, .MERLIN (d. D.), L.\PORTE, ROUX, M.\REC, LES.\GE.
Voici quelques mots tirés des mémoires du prince de Hardenberg sur la malheureuse ligne /!e neutralisation dont il est question dans cette lettre :
'< A Berlin, Hardenberg, fortifiant la base principale de la négociation par les vues d'un homme d'État, avait soumis au roi et fait prévaloir dans le cabinet le
nî CORRESPONDANCE OFFICIELLE.
pi'inciiie de la reconnaissance d'une ligne de démarcation derrière laquelle la Prusse pût étendre son action sur le nord de l'Allemagne, pour y protéger les princes ses voisins qui se rattachaient à son système... Hardcnberg, persuadé que le monarque prussien ne pourrait recueillir les fruits de la paix tant que les calamités de la guerre continueraient à peser sur les pays voisins de ses domaines, avait imaginé d'éloigner de leurs limites le théâtre des opérations militaires, et de maintenir ainsi en paix l'Allemagne septentrionale : tel fut l'objet de la convention supplémentaire. «
Merlin, comme on le verra par la suite de sa correspondance avec le Comité de salut public, n'approuva jamais cette convention. Placé sur les lieux et jugeant les choses avec son coup d'œil habituel, il y voyait une multitude d'inconvénients, et particulièrement celui de n'être i)as garanti contre les entreprises de l'ennemi. L'événement finit malheureusement par lui domier raison ; car cette ligne, que nous avions respectée, ne le fut point par les Autrichiens dans le mouvement offensif par lequel se termina la campagne.
Merlin de Thionville, etc., au Comité de salut public.
30 germinal an 3* (19 avril).
L'armée de Sambre-et-Meuse vient de relever celle de la Moselle devant Luxembourg. Cette dernière marche au Rhin avec un peu de chagrin de ce qu'après avoir passé l'hiver devant la place, on lui ôte le plaisir d'y entrer. Mais ces souvenirs s'échappent en marchant. J'ai vu le général Hatryqui m'a paru bien prudent. Je lui écris aujourd'hui pour qu'il ait à brûler la ville. Je vous joins copie de cette lettre n" 1 .
L'armée de la Moselle n'existant plus, je vous prie de décider formellement que le citoyen Martellière, commissaire général de l'armée du Rhin, aura seul la direction de celle du Hhin-et-Moselle. Vous voudrez bien de suite placer Archier dans le midi ou le rappeler dans l'intérieur. Vous ferez encore utilement en rappelant Lagrange, ordonnateur. Il faudra agir de mémo pour toutes les administrations du matériel de l'armée dans lesquelles il ne faut plus qu'un chef par partie pour l'armée du Rhin et Moselle, comme il n'y a plus qu'un général.
Le mouvement étant opéré et les armées de la Moselle et du lUiin confondues, dois-jc me borner à rosier près de celle-là et w jilus m'occuper de Luxembourg, ou dois je continuera presser la lin de ce sirge, les divisions de devant Luxembourg se nourrissant et s'approvisionnant dans les places de la Moselle et opérant avec les moyens des arsenaux de Metz, Thionville, etc.? C'est à vous à décider.
Pichegru, avant mon arrivée, avait fait sommer Hender en lui envoyant le traité conclu avec la Prusse; Ucnder a répondu ([uo l'Europe avait les yeux sur lui, et qu'on sortant de la place à la dernière exlrémilé, il méri-
terait l'estime de l'Europe et surtout des Français. Je crois que nous pouvons lui faire acheter chèrement cette estime. Je pense que la place ne tiendra pas plus de six semaines si on la brûle; mais elle tiendra beaucoup plus longtemps si on se borne au blocus.
Pressez la fabrication de l'habillement des troupes. Retirez un arrêté qui défend aux départements de s'en occuper. Craignez que la commission ne nous mette tout nus. J'ai requis le département de la Moselle de nous fournir, en payant, soixante mille paires de souliers. Je ferai la môme chose pour le Rhin.
Je vous fais passer des pièces qui vous prouveront que l'on cherchait ici à corrompre l'armée. Depuis Meaux jusqu'à Thionville, j'ai trouvé tout tranquille. Le pain n'est pas suffisant, mais on sait s'imposer des privations. A cet égard il n'y a rien à craindre et beaucoup à espérer. Maintenez Paris et tout ira bien. Je vais me rendre ii Strasbourg où je prendrai les mesures nécessaires pour l'entretien de l'armée: puis, si vous l'ordonnez, je viendrai serrer encore Luxembourg avant d'aller visiter les pavs d'outre-Rhin.
Envoyez de suite à mon adresse les cartes et les objets que j'avais demandés h Calon. Comptez sur mon zèle et sur mon attachement à la patrie; nous n'aurons pas amené le navire à la vue du port pour le laisser échouer par défaut de courage et de bonnes manœuvres. L'esprit des armées est excellent. Là est la république.
MERLIN de Th.
Le représentant du peuple Merlin de Thionville au général Hatry.
30 germinal an 3* (lO avril).
Mille occupations m'ont empêché de me rendre au camp. Je passerai la journée à m'occuper des besoins de l'armée, à laquelle, je l'espère, il ne manquera rien. Vous, général , occupez-vous de suite à presser le bombardement de la place. Nulle considération ne doit vous arrêter. Cette place prise, les divisions que vous commandez doivent revenir nous donner un puissant renfort sur le Rhin. Habitués à agir sans de grands moyens, témoin la campagne dernière, nous avons cependant fait de grandes choses. Notre situation, si favorable cette année, nous ordonne de faire encore davantage. Brûler ne fera pas rendre, on a raison peut-être; mais peutêtre aussi brûler fera rendre là comme ailleurs, surtout dans les circonstances actuelles. Quoi qu'on en dise, brûler diminue les moyens de l'ennemi et aguerrit l'armée qui préludera par la prise de cette forteresse à do nouveaux triomphes. Je vous donne le bonjour.
MERLI.N de Th.
Merlin avait l'expérience du bombardement de Mayencc, et les grands moyens ne lui coûtaient jamais rpiaud il voyait au bout les grands résultats : abréger la guerre à tout prix !
Le representani du }ieuplc Merlin de Thionville au citoyen Pacot, directeur de l'habillement.
30 germinal, 3* année (10 avril),
Je ne sais ce que portent vos instructions; mais je sais bien, moi, que les commissaires ordonnateurs seuls ont le droit de faire fournir dans les différents magasins ce qui est nécessaire à lentretien des armées. C'est à eux que s'adressent les représentants du peuple qui connaissent le service, et c'est à eux encore que doivent s'adresser les généraux pour transmettre aux administrations du matériel des armées les demandes et les ordres qui leur sont relatifs. Enfin, quelles que soient vos instructions, je vous rends responsable, ainsi que la commission elle-même, de toute délivrance d'effets qu"on pourrait avoir faite sans ordre des commissaires ordonnateurs. Eux seuls connaissent et doivent connaître les besoins des armées, puisqu'ils peuvent seuls vérifier la comptabilité des conseils d'administration.
C'est assez raisonner sur l'objet le moins important de votre lettre. Songez seulement que la centralisation de toutes les opérations peut seule en accélérer le mouvement , et qu'il ne peut exister de centre quand tout le monde veut commander et n'être commandé par personne. Ma réponse vous met parfaitement à couvert devant celui envers qui vous êtes comptable.
Vous m'annoncez que vous avez fait passer à Thionville mille cinq cents chapeaux, dix mille paires de souliers, etc.; il y a trois jours, il n'y avait rien. Il n'y existait, le 27 ni le 28, ni chemises ni souliers, et des bataillons entiers en avaient le plus grand besoin.
Je vous préviens que j'ai écrit au département de la Moselle pour qu'il s'occupât de faire fabriquer soixante mille paires de souliers; je vous prie, vous et la commission, de ne mettre aucun obstacle à cette confection, et do recevoir les objets en magasin toutes les fois qu'ils seront reconnus bons.
Les lois n'accordent pas la ration de pain à vos employés ; je ne puis la leur donner , car mon devoir est ici do faire exécuter les lois.
Je termine en vous engageant à redoubler de zèle et d'efforts afin que le magasin de Metz soit en état de fournir aux besoins des dillcrentes divisions pendant cotte campagne. Vous êtes prévenu à temps ; prenez vos précautions. Je vous salue fralernellemenl.
.MKIILI.N lie Th.
Le CoiniU' de salut public au représentant du peuple Merlin de Thionville.
Paris, 18 floréal, 3* année (7 mai).
Nous répondons à ta lettre du 30 germinal, cher collègue, par laquelle tu nous demandes si lu dois rester près de l'armée faisant le siège de Luxembourg. Comme la division qui avait commencé cette opération importante a été remplacée par celle deSambre-et-Meuse, et que l'arrfiée du Rliin-et-Moselle a reçu l'ordre d'aller en avant, nous croyons que tu dois la suivre, puisque tu es chargé do la surveiller. Salut et fraternité.
LACOMBE (du Tarn)
Merlin de Douai à Merlin de Thionville.
Paris, 19 floréal an 3 tic la Rrp. (8 mai).
Je t'adresse, mon brave ami, une dépêche fort importante pour toi et ton collègue de l'armée de Moselle-et-Rhin .
Je vais y ajouter quelques passages d'une lettre écrite de Hatisbonne, le 2 1 avril 1 795, par un personnage important à un autre qui ne l'est pas moins. Je ne puis nommer les individus, parce que la lettre a été confiée au Comité à condition de la tenir très secrète.
« C'est le moment (y est-il dit) de fixer l'électeur palatin et de le détacher pour jamais de la cour devienne, et de mettre fin à toutes lesvuesde cette dernière sur la Bavière qui ne saurait être indifférente à la France. Il faudrait pour cela que la France fîit coulante sur la rive gauche du Rhin et qu'elle traitât bien le duc de Deux-Ponts. Si, au contraire, elle ne le voulait pas, si elle voulait absolument rogner les princes d'Allemagne de cette rive gauche (qui, dans le fond, ne peut pas être d'un intérêt sérieux pour elle, vu qu'elle s'étendrait trop loin au delà de ses places fortes et que sa sûreté ne serait plus la même) , alors la médiation du roi de Prusse cesse d'être honorable et d'avoir le mérite d'être utile aux princes d'Empire s'ils doivent perdre leurs possessions, et la cour de Vienne en jettera la faute sur la Prusse, sur sa paix particulière, sur l'abandon des intérêts de l'Empire... Si la Convention nationale veut la paix avec l'Empire, et, avec la paix, la confiance et un système solide, je crois qu'elle doit faire cette paix grandement, noblement et d'une manière sohde.
» II y a peut-être des points, des parties sur la rive gauche dont elle ne voudrait pas se relâcher . comme l'évêché de Bâle, Montbéliard, l'évêché de Strasbourg, etc. Ne pourrait-on pas, si c'était le cas, faire dédommager ces princes par les possessions que la cour de Vienne a en Souabo et par lesquelles elle est si incommode à tout ce cercle ?
» Quiint aux Pays-Bas autrichiens, c'est une autre histoire; mais ce sera l'objet le plus important pour la France. A-t-on une volonté prononcée sur cela à la Convention nationale? etc.
« Des avis de Munich assurent que l'électeur est décidé à s'adresser au roi de Prusse, mais que le comte de Seckingen travaille tant qu'il peut pour l'en détourner. »
Autre lettre du môme, du 25 avril. « Le comte de Seckingen montre à l'électeur palatin les verges autrichiennes. Il doit lui avoir déclaré dans une audience avant son départ, au nom de sa cour, n'avoir à choisir qu'entre deux voies, ou de s'allier avec l'empereur pour la continuation de la guerre; ou, s'il s'adressait au roi de Prusse pour la paix, de se résigner à voir occuper la Bavière par les troupes autrichiennes. Le moyen le plus prompt, le plus sûr, est entre les mains de la France. Qu'elle rende au duc de Deux-Ponts son duché par l'entremise du roi, et le signal est donné pour nous les livrer tous... Ce serait le chef-d'œuvre de la plus sublime politiiiue, et une victoire éclatante pour la France et pour nous. Cela nous assurerait la Souabe... »
Voilà, mon ami, les données sur lesciuelles nous attendons ton avis. En mon particulier, je n'ai pas encore d'opinion. Je calcule d'un côtelés avantages de la rive gauche depuis Huningue jusqu'il la Hollande ; de l'autre, ceux d'une paix très prochaine, mais je vois beaucoup d'intrigues, même au milieu de nous, pour faire triompher tel ou tel système. Pour moi, je ne cherche qu'à méclairer sur le mieux possible.
Réponds le plus tôt que tu pourras, mais raisonne ta réponse et donnelui tous les développements qu'exige un sujet si intéressant.
Tu me diras, quand tu en auras le temps, un mot sur ton petit aido de camp. Il ne m'écrit guère. Mille et mille amitiés.
MERLIN
Le Comité de salut public aux reprc><enlants du peuple en mission prés l'armée de la Moselle cl du Hhin.
Paris, le 19 nortial, l'an 3 (8. mai).
Nous VOUS adressons, cliers collègues, des copies par extrait do deux lettres de notre ambassadeur B.irthélemy, du 7 et 10 de ce mois, sur lesquelles il est essentiel que vous confériez incessamment avec le général Pichegru et ceux des généraux divisionnaires à la discrétion et aux lumières desquels vous avez le plus de confiance, afin do nous donner do suite votre avis et le leur.
L'objet, comme vous le voyez, est de la plus grande importance ; nous
appelons à son examen tout votre zèle, toute votre sagacité, tout votro patriotisme. Salut et fraternité.
Les membres du Comité de salut public :
CAMBACÉRÈS, MERLIN (d. D.). TREILH.\RD.