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personnes! Malheur aux écrivains assez imprudents pour s'v fier ; car leurs compositions, quelque talent qu'ils y aient dépensé, sont comme des palais sur le sable : un souffle met leurs fondations à nu et tout leur édifice à néant.
Ces réflexions, applicables à tant de noms, s'ajustent d'une manière toute spéciale à celui de Merlin de Thionville. Placé entre les partisans de l'ancien régime qu'il avait énergiquement combattus à l'Assemblée législative, à la Convention, sur les champs de bataille du Rhin et de la Vendée, et les partisans de Robespierre contre lesquels, soit à la tribune, soit dans les rues, il n'avait pas soutenu une guerre moins vive, cet éminent citoyen s'est trouvé naturellement en butte aux flèches empoisonnées des deux partis. Calomnié à la fois par les journaux royalistes et jiar les journaux républicains, les témoignages de haine et de colère qui s'attachaient ainsi à lui des deux côtés ont semblé se vérifier réciproquement et revêtir le caractère d'une condamnation sans appel. Aussi la plupart de ceux qui, prématurément peut-être, ont commencé à écrire l'histoire de la révolution, sont-ils devenus facilement dupes à son sujet; et pour avoir accepté sans critique l'autorité de ces feuilles d'un jour dont les invectives leur souriaient, ces écrivains, soit démocrates, soit monarchiques, sont entrés à leur tour, sinon dans le mensonge, tout au moins dans la fausseté.
Dés les dernières années de Merlin, les premiers indices de cette tendance, qui ne devait faire depuis lors qu'empirer, s'étaient laissé soupçonner. L'histoire de la révolution s'essayait, et après avoir débuté par des priMiminaires d'un caractère assez froid, mais aussi assez impartial, elle n'avait pas tardé à se diviser avec animation entre les partis extrêmes. Merhii, allcinl de (pielques cou[is, s'était senti averti; mais sur de lui ri du bon aloi de. tous ses actes, il était phitùt d'humeur à sp venger de telles attaques, comme il l'avait fait au t(Mnps (le la mêlée, par la dérision el le mépris (]ue par une riposte sérieuse. Cepeiidanl, mis en ('■veilel eoniprenanl combien \nni-
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vait devonir critique, faute de défenseurs, la position des hommes qui s'étaient dévoués au parti moyen, il se décida enfin à prendre la plume pour écrire ses mémoires et se faire connaître à la postérité tel qu'il se connaissait si bien lui-même. C'est alors que la mort vint, et nous l'enleva dès les premières pages, tout plein encore de verve et de vigueur, et dans l'incomparable fraîcheur de ses souvenirs.
La perte est sans remède ; non qu'il ne soit facile, heureusement, de débarrasser la personne de Merlin des calomnies qui ont tenté de s'attacher à son nom : c'est une folle poussière qui ne tient pas ; mais parce que l'histoire de la révolution ne peut attendre d'aucune plume les services qu'elle eût retirés de la sienne. Indépendamment de tant de faits de détail pro[)res à éclairer les événements les plus considérables et dont il a emporté le secret, lui seul eût été capable de nous donner un juste exposé des transformations qu'il avait espérées pour la France, loin du despotisme comme des utopies, sur le solide terrain du génie national et de la liberté. Il ne nous est plus possible de nous replacer exactement au même point de vue ; le passé ne s'offre plus à nous sous les mêmes couleurs qu'à ceux qui l'apercevaient à travers les premiers tourbillons de l'ère nouvelle, et ses reflets, en se projetant sur l'avenir, le teignent aussi d'autres nuances ; les mêmes objets, vus de plus loin, prennent d'autres formes ; et la révolution elle-même, en se prolongeant, s'empreint successivement de caractères différents. Nous-mêmes, nourris par d'autres idées et façonnés par d'autres événements que nos pères, nous distinguons de mieux en mieux ce qui, dans les préliminaires dont ils ont été les témoins et les acteurs, doit durer et grandir d'avec ce qui n'a été que passager ; et tout en demeurant d'une manière générale dans leur tradition, nous nous sentons une autre ambition que d'v rester rivés : d'ailleurs les répéter ne serait pas les continuer.
Ma pensée, en méditant le vohime que je présente ici au public, n'a donc nullement été de chercher à me substituer à Merlin. Une telle entreprise m'eût semblé, comme je viens de
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le dire, chimérique. Si j'ai essayé de le faire revivre, c'a été seulement en recueillant d'une main pieuse, parmi les papiers qu'il avait eu le soin de conserver, les pièces qui m'ont paru propres à le faire connaître et à le venger ainsi des basses injures ; et en joignant à ce secours les informations du Moniteur sur ses discours et ses actes publics, j'ai esquissé sa vie et indiqué le sens dans lequel pourrait aujourd'hui se développer son esprit. Formé par lui, dès mes jeunes années, à l'amour de la patrie et de la république, initié par ses récits aux phases principales de la révolution, la mémoire encore toute retentissante de ses leçons, j'étais peut-être dans des conditions meilleures que qui que ce fût pour m'appliquer à cette tâche dont une profonde reconnaissance me faisait un devoir. Puissé-je, en relevant, comme je ne doute pas de l'avoir fait, l'honneur de ce nom, avoir réussi en même temps à le recommander, autant qu'il en est digne, à l'attention de l'histoire !