RIV.M'D
COIlRESrUNDANCE OFFICIELLE. 201
Merlin de ThionviUe, etc., à son collègue Cavaignac, représentant près la mente armée.
Strasbourg, le i prairial, l'an 3' (-23 mail.
Hcviens tout de suite, mon cher camarade, ou lu te pendrais si l'on passait le Rhin sans loi. Ton affaire est une gueuserie qui doit ôtre terminée à l'instant. Nous avons été à Huningue depuis ton départ; nous y avons vu les ambassadeurs, qui paraissent dans les meilleures dispositions. Répète au Comité que rien n'est plus instant que d'accorder la neutralisalion de Mavence, à condition que la place soit gardée par nos troupes et celles des Cercles. Presse-le aussi d'envoyer le numéraire qu'il nous a promis; nous ne pouvons plus vivre sans en avoir. La gauche de i'arméo devant Mayence a manqué-de pain pendant trois jours, et des corps entiers ont eu l'infamie de demander à retourner en France. Les frères Schneegaus, auxquels nous avons refusé l'injuste indemnité qu'ils demandaient, n'ont plus rien voulu fournir, et nous serons contraints de la leur accorder. Presse le Comité de décider sur celles qui lui sont demandées par les pétitions que je. lui ai envoyées. C'est le seul moyen qui nous reste de faire vivre l'armée jusqu'à la moisson.
N'oublie pas non plus de faire décider qu'Archier ne sera pas commissaire général de l'armée. Demande au Comité d'ôter d'ici Laserre et Prieur. Strasbourg devenant le centre de nos opérations, il est indispensable de n'avoir ici que des gens capables. Je compte sur le zèle qui t'anime pour le bien public, et j'espère que tu mettras tout en œuvre pour obtenir le plus tôt possible tout ce que je demande ; sans cela point d'opérations utiles à la république.
Dis à mon ami Tallien que j'ai reçu sa lettre, que je le remercie bien de l'avis qu'il me donne ; mais que, fort de ma conscience et du bien que j'opère, je méprise les délateurs et encore plus les calomniateurs. Personne mieux que toi ne peut dire quel est ici notre luxe et notre conduite. Les Alsaciens ont-ils donc besoin d'être menés à la Saint-Just?
Tous ceux qui le connaissent te font mille amitiés. Bréjard t'embrasse ainsi que David. Embrasse pour moi Merlin, Tallien, Fréron; dis-leur que mon attachement pour eux est inaltérable, et qu'en cas de besoin, je suis tout à la patrie, tout à eux. Adieu, mon brave camarade; reviens, reviens le plus tôt possible.
MERLIN de Tliionvillc.
Merlin de Thionville, etc., aux membres du Comité de salut public.
7 prairial an 3'', de. (20 mai).
Jo VOUS envoie, chors collègues, des preuves écrites de la conihiiiaison du mouvement des ennemis de l'intérieur avec ceux de l'extérieur :
4° Adresse au peuple français par M. le comte de Montgaillard ;
2" Réponse des armées catholiques aux décrets de la soi-disant Convention nationale ;
3" Du gouvernement qui convient à la France ;
i" Adresse au peuple français.
On cherche à jeter ces ferments de discorde dans nos armées : mais nous sommes là. Comptez sur elles comme sur nous. Ne permettez cejjendant pas à la Rivière et autres de dire (ju'il n'y a pas de royalistes. Le 2 de ce mois, j'en ai fait arrêter un à Strasbourg, qui disait ])ubli(iuement qu'il fallait un roi.
Comptez sur moi envers et contre tous. Un mot, et je vole à votro secours,
MERLIN de Thionville,
Merlin de Thionville, olc, à la Conrenliun nationale.
Slrasbourg, le 7 prairial, l'an 3" île la tiép. (20 mai).
Vengeance I vengeance! toute la rive gauche du Rhin, deux cent niillo soldats de la patrie répèlent ce cri. Déjà la colonne sacrée de l'armée du Rhin-et-Moselle est prête à marcher. J'étais hier à sa tête. Parlez, représentants , et elle vole exterminer les ennemis de la république partout où ils se rencontreront. Non, nous n'aurons pas versé notre sang en vain; nous n'aurons pas fait mordre la poussière aux satellites des tyrans ligués contre notre indépendance, pour revenir courber nos fronts sous la tyrannie du crime, de la barbarie et de la sottise.
Vengeance] vengeance! c'est de Paris ([ue nous l'attendons. C'est à Paris, qui vient encore de se serrer autour de vous; c'est à Paris, où le forfait s'est commis, à livrera toute la sévérité des lois les monstres cnnonùs de sa gloire ;' c'est à Paris à faire justice devant la républitiue entière des attentais commis dans son sein contre la représentation nationale tout entière.
Le sang d'un lidèlo représentant, d'un brave homme a coulé; des monstres ont porlé sa lêle en .sptîctacle aux l'spagnols ([u'il avait combattus et aux Autrichiens qu'il avait forcés a rcndro le fort do Manhciui. Malheu-
COKUlîSPONDAXCl- 01- F ICll- L LE. 203
reu\: voilà donc le prix que vous réservez à noire courage, à la vertu! voilà donc le triomphe que vous préparez aux amis de la liberté ! Eh bien! tremblez I Que la Convention prononce, et vous n'existez plus !
Quoi! c'est au moment où le tyran de l'Allemagne montre enfin à découvert et ses vues ambitieuses contre ses co-États et toute sa nullité contre nous, devenus les protecteurs du faible qu'il veut subjuguer , que les vils suppôts de Robespierre, la horde immonde formée de plats royalistes et de misérables couverts de sang et de rapines, nous ramèneraient à l'esclavage par la guerre civile! Non, non! plutôt mille fois périr en les entraînant dans la tombe !
Représentants, marchez d'un pas ferme vers votre but : la paix. C'est la paix qui recrée les finances ; c'est à l'ombre de son olivier que Ion fait les constitutions; elle favorise l'agriculture; elle ramène l'abondance et le bonheur, fondés sur la liberté et l'égalité, consacrés par des lois peu nombreuses, mais justes, simples et respectées.
L'armée tout entière admire votre courage, fait des vœux pour vous et brûle de se venger et de vous défendre.
Quant à moi, mon zèle et mes principes vous sont connus : ma vie est à la république une et indivisible; je serai trop heureux de la perdre en combattant pour ma patrie, pour la Convention nationale.
MERLIN de Thionville.
P. S. Au moment OÙ je vous expédiais un courrier, je reçois votre décret du i, contenant des mesures répressives contre le faubourg Antoine. Je ne puis t[ue vous répéter que j'attends vos ordres pour marcher avec les braves qui ne veulent pas de la vie sans la réi)ublique.
Merlin de Thionville, etc., au Comilé de salut public.
Slrasbourg-, le 8 prairial an 3* (27 mai 1795).
Je vous ai déjà écrit plusieurs fois, chers collègues, pour vous demander du numéraire et des assignats, et il n'en arrive pas. Cependant les fournisseurs sont au désespoir. Je vous prie aussi de prononcer tout de suite sur leurs réclamations que je vous ai envoyées, si vous voulez que nous puissions vivre.
Salut et fraternité.
MERLIN de Th.
204 COHRESPONDANCE OFFICIELLE.
Mcilin de Thionville, etc., au département du Uas-Wiin.
Sliaslioiirg, le 9 prairial an 3* (28 mai).
J'ai reçu votre lettre datée du 7 de ce mois. J'approuve infininient le zèle qui vous anime en faveur des cultivateurs de votre département; mais je ne puis entrer dans les détails que renferme cette lettre. Quoique je désire autant que vous que l'agricullure reprenne tout son accroissement, devant continuer la guerre pour avoir la paix, et ne pouvant la faire sans moyens de transport, et particulièrement sans ceux que vous fournissez aux parcs , je vous prie, au moins jusqu'à ce que les entrepreneurs ou le gouvernement aient pu en fournir d'autres, de vouloir bien continuer à faire fournir ceux dont vous voudriez exempter votre département.
Je fais passer copie de votre lettre au Comité de salut public , et j'éveille toute sa sollicitude pour qu'il soulage par les moyens les plus prompts les départements voisins du théâtre de la guerre.
MERLIN de Thionville.
Le représentant du peuple Rivaud, etc., au représentant du peuple Merlin, etc.
A Obei'ingcllicini, le 11 prairial, l'an 3* (30 mai).
J'ai douté un instant, mon cher collègue, si nous ne serions pas forcés daller arracher des fers les représentants du peuple ou venger leur mort, et laver dans le sang des factieux une nouvelle tache faite à la révolution. Je ne respire que d'hier, après avoir vu une lettre do Paris qui annonçait que les révoltés avaient été forcés jusque dans leurs derniers retranchements.
L'armée attend ici dans un calme majestueux, et qui convient à ceux qui ont fait trembler devant eux les rois de l'Europe. le résultat d'une entre- [)rise si horrible (jui devait être pour la représentation nationale le sujet (fune plus grande gloire ou pour les défenseurs de la république celui d'une plus grande vengeance. Ils l'attendent des lois et de la juste sévérité de la Convention nationale, puisque, grâce à son courage, elle n'aura pas eu besoin de leurs armes.
De ton côté, mon intrépide camarade, continue (rallerrer les scélérats qui tenteraient do relever un régime do sang et de prononcer le mot de royauté.
Je renvoie ta lettre signée de moi à Pichogru pour la mettre ;i l'urdro.
Salut à toi et à notre bravo collègue Richou.
r.iVAi it.
CORRI-SPONDANCE OFFICIELLE. 20S
Le Comild de falut public au cit. Merlin de ThionvUle, etc.
Paris, i2 prairial (31 mai).
Nous avons reçu, citoyen collègue, ta lettre du 7 de ce mois, et les exemplaires qui y étaient joints des écrits royalistes et contre-révolutionnaires que les ennemis de la France cherchent à répandre dans nos armées. Nous les avons fait passer au comité de sûreté générale, en l'invitant à opposer la surveillance la plus active à la circulation de ces infâmes écrits.
Nous ne doutons pas que tu ne prennes de ton côté les plus promptes mesures pour faire juger l'individu que tu as fait arrêter à Strasbourg comme prévenu de provocation au royalisme, et tous ceux accusés du même délit.
Le Comité a renvoyé à sa première division le règlement de campagne du o avril 1792 que tu lui as adressé. Salut et fraternité.
Le» membres du Comilc de salut public,