‹ Vie et correspondance de Merlin de ThionvilleChapitre 34 sur 56 · C.\MBACÉRÈS, prés.; R.\B.\L"D, secret · texte numérisé non relu

C.\MBACÉRÈS, prés.; R.\B.\L"D, secret

Le représentant du peuple Rivaud, etc., à son collègue Merlin de Th.

.\u quartier jcnéral à Oberingelhcim, le 1 2 prairial, l'an 3* i31 mai).

Vive la république ! La terre de la liberté, j'ose le croire, ne sera plus souillée par la tyrannie des hommes de sang. J'ose aussi le dire à la Convention nationale : elle ne doit plus de grâce aux scélérats qui n'ont d'autre but que de noyer le souvenir de tous leurs crimes dans son sang, ni aux salariés de l'étranger qui veulent la contraindre, par des agitations commandées, à recevoir une paix humiliante au milieu de tous les triomphes qui lui donnent le droit d'en dicter les conditions. Je t'embrasse bien cordialement et bien joyeusement, et notre collègue Richou. Salut fraternel.

niv.UD.

Merlin de ThionvUle au Coniilé de salut public.

Strasbourj, le 14 prairial, l'an 3* (2 juin 170.5).

Je vous écris en vain tous les jours, chers collègues, et je ne reçois point de réponse à mes lettres. Je s.iis que les circonstances n'ont pas

laissé le temps au Comité de s'occuper d'airaircs extérieures; mais, do grâce, revenez-y, car je ne sais plus de quel côté donner de la lête. D'un côté, un décret me défend d'ordonnancer; de l'autre, tous les fournisseurs de l'armée m'environnent et me pressent. Je vous envoie leurs réclamations et ils n'obtiennent rien, lis vont cesser leurs fournitures, et je ne sais plus que devenir si vous ne venez promptement à mon secours : I >' en faisant délivrer à Zacharias ou à son fondé de pouvoirs à Paris les sommes que nous lui avions destinées par à-compte, et que nous Pavions autorisé à prendre sur la trésorerie nationale; 2" en prononçant sur les indemnités demandées parles fournisseurs, et que nous vous avons adressées successivement , n'ayant pu prononcer nous-mêmes d'après la loi ; 3" en faisant verser tout de suite, et le moins possible en assignats de -10 000 livres, des sommes de conséquence dans la caisse du payeur général à Strasbourg ; 4" en y faisant entrer du numéraire, au moins pour acheter des blés, qui vont nous manquer à l'instant, si l'on n'emploie ce seul moyen de les extraire.

Ces quatre objets sont si essentiels que je ne puis vous dissimuler que la chose publique est en danger et grandement . si vous ne me répondez point par le retour du courrier.

J'en viens actuellement à un objet non moins intéressant. On cherche partout à vicier l'esprit public. Les prêtres non assermentés officient publiquement ici. Ne sont-ils donc plus sujets à la déportation? Peuvent-ils impunément jeter l'alarme dans les consciences? damner les acquéreurs de biens nationaux, appeler la contre-révolution? Et notre système de modération est-il en faveur de ces monstres? je ne le crois pas. Prononcez que tout prêtre ci-devant non assermenté sera déporté.

Ici, le 12. un coquin de comédien disait en plein café qu'il fallait un roi. Tout le monde l'a entendu; eh bien! l'esprit est si bon. que tous no déposent du fait que de ou'i-dire ! Je serai obligé de vous l'envoyer.

Les robespierristcs , au nombre de cinquante à peu près des plus connus, s'agitaient dans le même temps Je les ai fait coffrer, de concert avec Richou. Heureusement que nous nous trouvions ensemble ici. Déjà les ouvriers de l'arsenal et des ateliers des convois militaires demandaient hautement des augmentations de paye et menaçaient de ne plus travailler. De la fermeté et l'appareil de la force dirigé vers un objet indillerent. mais montré disponible, nous ont épargné des scènes. Vous pouvez actuellement être tranquilles, et même compter sur nous et sur nos moyens.

Je vous ai envoyé des brochures que les émigrés adressent à l'armée . mais elles m'arrivent et n'y vont pas. Je Vous envoie aujourd'hui des journaux étrangers «jui aiuioncent clairement les vues des émigrés, de ces scélérats auteurs de tant de maux : ils voudraient se faire comprendre dans un traité !

Vous serez convaincus, en lisant le Courrier de Londres du vendredi

8 mai 1793, que la paix du Prussien est 1res sincère. Vous verrez combien l'Anglais comptait sur les derniers troubles.

Au moment où j'ai appris laffaire de Toulon, j'ai arrêté les lettres venant de cette ville. En voici deux bien dilTérentes entre elles: elles vous donneront la mesure des moyens dont les coquins se servent pour tromper les crédules et les hommes prévenus.

J'ai cru devoir prendre cette mesure extraordinaire, me trouvant dans une ville où, comme à Toulon, il y a plusieurs milliers d'ouvriers, des terroristes et des royalistes à contenir, et où il fallait empèclier l'exemjjle de gagner. J'espère que vous ne la désapprouverez pas.

Aussitôt reçue votre lettre du 10, j'ai donné l'ordre de mettre en liberté le baron de Hartlamen, arrêté comme otage pour ceux que larmée prussienne a emmenés lors de l'attaque de Bitche. Je vous prie de réclamer l'exécution du traité relativement à ce Français qui sert encore en Prusse.

Pressez, pressez la neutralisation de Mayence! Hardenberg est à Berlin pour cela et pour détacher l'Empire entier de l'empereur. Faites entendre à M. Gervinus. qui doit être à Paris, qu'il faut que l'on se décide, et que, sans cela, vous serez forcés d'agir dans le sens de l'empereur.

Ecrivez à Pichegru de décider un passage dans le Haut-Rhin, et que l'armée de Sambre-et- Meuse en tente un autre entre Cologne et Coblentz, d'où l'ennemi a retiré presque toutes ses troupes. Faites mettre dans les papiers publics (tous les jours plus indiscrets) que nous passerons le Rhin au-dessus et au-dessous de Mayence. vis-à-vis Gros-Gerau, à la faveur des hauteurs d'Oppenheim, et que toutes les troupes du Haut-Rhin filent vers Mayence.

Nous n'avons pas encore un seul des chevaux que vous nous avez annoncés. Mon collègue Roberjot, qui vient de passer ici. m'a assuré qu'il y avait à Maestricht toutes sortes de moyens disponibles en subsistances, en chevaux, etc. : ordonnez qu'il nous en parvienne quelque chose. Nous sommes destinés à agir offensivement, et l'on nous en refuse les moyens. Faites qu'ils arrivent, et vous verrez que notre ardeur ne se ralentira pas.

S'il m'était permis, en finissant, d'émettre un vœu, ce serait que vous voulussiez bien nous renvoyer tout de suite Cavaignac: car je ne suffis pas à ma besogne.

('ontinuez. braves collègues, à frapper autour de vous. On dit ici que vous ménagez Carnot et Lindet parce que vous ne pouvez pas vous passer de leurs talents. Rappelez-vous que ces deux hommes dangereux, après avoir crié, au Comité, contre Billaud et autres, ont pris leur défense, et qu'ils la prendraient encore si vous étiez battus.

Je vous prie de me dire ce que je dois faire du chef de brigade Menoni, de l'adjudant général Chasseloup et de Monjeau, qui étaient, dans l'armée, agents successifs de Saint- Just, Henlz et Goyon. Je viens de les faire

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arrêter. Ces hommes se permettaient déjà des propos; et s'il n'en faut pas tenir, c'est surtout à rarmée.

Je vous embrasse bien sincèrement.

MEP.LIN de Th.

Le Comité de salut public aux représenlants au peuple près l'anncc du Rhin-

et-Moselle.

Paris, ii praiii.ll (2 juin).

Nous avons fait connaître à la trésorerie nationale, citoyens collègues, vos plaintes sur le défaut de fonds de l'armée du Rliin-et- .Moselle.

Voici le précis des comptes que la trésorerie nous a rendus et dont elle garantit la vérité :

Les fonds adressés à Strasbourg depuis le 22 floréal jusqu'au I 2 prairial s'élèvent à 37 050 000 livres dont 10 ooO 000 pour l'armée.

Quant aux 150 000 livres en numéraire ordonnées récemment pour les subsistances militaires, lesordres ont été donnés le 6 de ce mo!s au payeur de Metz d'en effectuer te payement sur les fonds qui lui restaient en caisse à cette époque.

Nous espérons donc, citoyens collègues, qu'au moyen de ces dispositions et des nouveaux envois qui vont suivre, les fonds ne manqueront plus à l'armée.

L'affaire des frères Schneegaus sera terminée sous le plus court délai, ainsi que toutes celles relatives aux pétitions que vous nous avez adressées.

On ne cesse de presser l'envoi des chevaux d'artillerie. Lauchère nous rend compte que beaucoup sont en route et qu'il les envoie à mesure qu'il les reçoit Salut et fraternité.

L(S meiiilircs du Coiiiilc de sahit jinldic,

CAM1!.\CÉRÈS, MEHMN do nouai, CILLET, T1ÏE1LH.\UI>, L.VPOnTR.

Le Comilc de salut public à ses collègues en tnissinn près l'armée du Hhin.

l'aris, le 1 5 prairial, l'an 3 (3 jiiinK

Le Comité est instruit, citoyens collègues, qu'on remue encore dans uno des armées do la république les cendres des jacobins. Il \ii'nl d'en sortir un écrit séditieux, artilicieusemont présenté, qui ne tend a rien moins qu'à faire intervenir les armées en faveur des terroristes dans la guerre à

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mort que nous leur avons jurée. On a pris tous les moyens convenables pour arrêter l'eiïel de cette levée de boucliers. Il en est un pour lequel nous avons besoin de votre concours, et nous nous empressons de vous le faire connaître, parce qu'il dépend, d'une part, de votre vigilance, et de l'autre, du bon esprit qui vous anime pour le triomphe de l'ordre, de la justice et de celte exacte discipline dans les troupes, sans laquelle les victoires les plus brillantes ne sont que des titres dangereux dont les vainqueurs étayent toujours leurs prétentions. Il consiste à empêcher dans les armées la circulation de cet écrit, ou bien à en atténuer l'effet dès sa première apparition.

Cette double précaution, citoyens collègues, est confiée à votre zèle, et vous en sentez trop la conséquence pour ne pas employer tous les moyens qui sont dans vos mains au succès des mesures de prudence que nous vous indiquons.

Salut et fraternité.

Les membres i!u Comilé,

CAMBACÉRÈS, TP.EILH.VRD, GILLEF, REUBELL, RABAUT.

Merlin de TliionvUle, etc., à son collègue Rivaud, etc.

Strasbourg, 13 prairial-?, 3" année rcp. (3 juin?).

Je réponds à tes lettres des I 2 et 1 4 de ce mois, mon brave camarade ; rien ne doit arrêter la fabrication des fers coulés, et je te prie d'user de tous les moyens convenables pour l'activer. Bouchotte peut te remettre le âouble du marché passé avec les maîtres de forges, et tu verras que la république gagnerait immensément à approvisionner ainsi son armée, quand elle n'y gagnerait que les voitures. Le Comité nous annonce des fonds : on pourra en donner pour une chose aussi utile; et d'ailleurs on en retirera de la vente des bois qui ont été ou qui doivent être adjugés.

Rien n'étant plus précieux que le mercure, je crois qu'il faut employer tous les moyens pour en extraire. Mais, diras-tu, nous n'avons plus le droit d'ordonnancer des dépenses? Je le sais; mais le bien public marche avant tout; et sil faut, dans tous les cas, renvoyer au Comité, il n'y a plus besoin de représentants aux. armées , car notre présence doit suppléer le Comité dans les cas extraordinaires; et aux armées, ce sont là les cas de tous les jours.

Je motive mes arrêtés de la manière suivante : « Vu qu'il n'y a aucuns fonds il la disposition des représentants et en attendant qu'il en arrive, le

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payeur de la guerre remettra, etc., nonobstant toute disposition contraire. »

Quelle est donc la raison qui nous ferait accorder des fonds d'une caisse de Paris et nous les ferait refuser d'une caisse d'ici? Faisons le bien ; faisons-le sans crainte, et nous verrons l'avenir n'être pas plus injuste pour nous que le présent. Je tembrasse.

MERLIN de Th.

Le Comité de salut public au représentant du peuple Merlin de Th .

Paris, 18 prairial an 3' de la Uép. franc. (6 juin 1795).

Les objets contenus dans ta lettre du i 4 de ce mois , citoyen collègue , ne pouvaient manquer d'exciter notre sollicitude, et il a été pris sur-lechamp des mesures pour y satisfaire.

1° Le mandai de trois millions tiré sur la trésorerie au profit des fournisseurs est acquitté.

2" Nous t'envovons ci-joint un arrêté qui autorise les représentants du peuple près l'armée du Rhin à régler les indemnités réclamées par les fournisseurs- un fonds de 600 000 francs est mis à leur disposition pour acquitter celles qui se trouvent légitimement dues.

3° Nous l'avons fait passer l'état des fonds envoyés à Strasbourg depuis le 22 Horéal. Ces fonds forment un capital qui. avec des envois qui ont lieu successivement, doivent assurer le service de l'armée.

4° L'on a écrit à tous les représentants du peuple près les armées de donner un aperçu des dépenses urgentes qu'ils pourraient se trouver dans le cas de faire acquitter, afin que le Comité puisse fixer la quotité des fonds qui seront mis -à leur disposition pour cet objet.

o" Il en est de même pour le numéraire que tu demandes. Tu ne dois pas io^norer avec quelle circonspection le gouvernement doit en disposer. Il faudrait donc déterminer la somme qui te paraît indispensable pour assurer le service.

6' Le Comité ne comprend pas vos instances pour faire neutrliser Mayence. Quand môme ce serait le cas d'en traiter, avec qui? l'Klecteur en a-til fait la proposition? Où sont les pouvoirs (pi'il a donnés au roi do Prusse? Et qui nous répondra, au moment où cette neutralité serait accordée, que les .\utrichiens sortiront de la place, au moment où ils s'emparent de deuK forts situés en dedans de la ligne de neutralisation convenue avec la Prusse?

Nous linvitons. cher collègue, lorsque tu auras |>lusieurs objets à proposer au Comité, d'en faire, pour chacun, une lellre particulière.

I,ps membres du (".iiuiilc do salut |niblic.

Cavaignac à Merlin de Thioinille,

Paris, le 21 prairial, l'an 3' ilc la Hep. (0 juin).

Je suis las de remplir des missions, mon cher Merlin ; la fureur des dénonciations s'est emparée de toutes les têtes; l'homme le plus pur. le plus irréprochable est exposé aux traits de la calomnie, et souvent la calomnie trouve du crédit. Tout bien rétléchi. je me décide à rester. Il faut de puissants motifs pour que je ne retourne pas à l'armée. 11 m'aurait été bien agréable de concourir avec toi au succès de la campagne. Mais si j'ai été assez heureux pour me justifier, pour faire triompher mon innocence, je dois éviter toutes les occasions de donner encore prise à mes ennemis particuliers et aux ennemis de tous les membres de la Convention qui se réunissent pour nous nuire. D'ailleurs si la Convention est attaquée encore, comme elle le fut les premiers jours de ce mois, si on a l'audace de tenter de la dissoudre, je veux être là pour lui donner une nouvelle preuve de mon dévouement. Il faut toujours auprès dclle des hommes sur qui elle puisse compter. Si je ne partage pas la gloire que tu vas acquérir avec noi braves frères d'armes, crois, mon ami. que mes vœux pour elle vous suivront partout et que personne n'applaudira à vos succès avec plus de transport que moi.

J'écris à Vincent pour qu'il vienne me rejoindre avec mes effets. Il laissera la voiture à Strasbourg. Je te prie de lui donner les fonds dont il aura besoin. Je te les rembourserai ou les remettrai à qui tu m'indiqueras ici. Tu m'obligeras beaucoup de me céder du casimir jaune pour un pantalon: je te tiendrai compte du montant. Tout est ici d'une cherté extrême. Il y règne aussi la plus grande tranquillité. Tu sais sans doute que Luxembourg est ou sera bientôt à la république. Adieu; tout à toi.

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