‹ Vie et correspondance de Merlin de ThionvilleChapitre 39 sur 56 · I.iixciiiliourj, 17 lui ssidor (5 jiiillcl · texte numérisé non relu

I.iixciiiliourj, 17 lui ssidor (5 jiiillcl

Je te sais bon gré, mon cher Merlin, de m'avoir donné de tes nouvelles. J'attends avec bien de l'impatience les premières nouvelles de vos mouvements sur le lUiin. Il faut un grand coup pour en finir avec les despotes, et je m'en rapporte à toi pour les mener rondement.

Tout va assez bien ici. La contribution se lève, mais avec lenteur. Le magistrat avait fait une répartition ridicule et évidemment inexécutable. J'ai cassé ces magistrats dévoués à l'Autriche, et je les ai remplacés par une municipalité composée de braves gens. J'en ai éloigné les intrigants qui manœuvraient pour s'y introduire. J'ai également nommé des juges de pai.v; ainsi tout marchera.

On commence à approvisionner la place. Je renvoie sur les derrières et à Metz toute l'arlillerie hors de service pour être refondue. Nous en avons beaucoup à réformer. Les inventaires se poursuivent avec activité, et dans les magasins, nous faisons chaque jour (U' nouvelles découvertes. On a trouvé huit mille fusils de plus.

On a déniché aussi quelques coffres d'émigrés. Un petit caveau, bien caché, nous a déjà donné plus de 1 40 000 livres en espèces, sans compter quelques caisses d'argenterie que je fais iiivonloricr. On m'assure (|u'on en trouvera d'autres. Je fais donner de fortes gratifications aux braves gens (pii nous les font trouver. C'est le moyen de faire de bonnes découvertes.

J'attends des chevaux pour faire un voyage du côte du Ilhin. Ne manque pas de me donner avis du moment où l'armée se mettra sérieusement en mouvement.

Ta .sœur est venue ici nie demander du service dans la place pour le citoyen Foltzen, aufpiel elle m'a ditfjue tu t'intéressais beaucoup. Fais -moi l'amilic de me manjucr cciiue lu en penses. Je t'embrasse.

JOLBERT.

Gillet à .1/er/in de Thionville.

Paris, 18 messidor an 3 de la Rép. franc. (G juillet).

Tu ne le douterais pas, mon cher ami, de ce qui se passe en ce moment. On ne veut plus passer le Rhin : on veut rester sur la défensive : on parle d'envoyer une portion des armées en Espagne, dans l'intériour. etc.

Aubry, qui a conçu ce beau projet et qui le poursuit avec imo chaleur plus qu'ordinaire, l'avait présenté, il va plus d'un mois. Il fut vertement éconduit par Siéyès, par Reubell et pur moi. Il dissimula alors. Mais étant sortis tous les trois le 15, Aubry crut qu'il aurait meilleur marché des nouveaux élus. Il remit l'affaire sur le tapis le 16 au soir, et il réussit à persuader Louvct, Lesage, d'Eure-et-Loir: le reste du Comité, qui n'est pas plus militaire qu'eux, n'est pas décidé mais incertain. Trcilhard est le seul qui ait une opinion bien prononcée.

Cependant on ne voulut rien décider sans m'avoir entendu. Hier matin, je fus prévenu de la chose, et l'on m'invita à me rendre le soir au Comité. Je m'occupai sur-le-champ de la rédaction d'un mémoire dans lequel je crois avoir développé tous les motifs qui doivent nous faire persister dans une offensive vigoureuse sur le Rhin, et les désastres qui seraient le résultat d'un système contraire.

Aubry n'osa pas contester ces vérités, mais au lieu de répondre directement, il s'attacha aux branches. Tantôt il parlait de renforcer l'armée d'Italie, une autre fois c'était celle d'Espagne, ensuite celle de l'Ouest. Enfin, dit-il, je veux qu'on passe le Rhin : en avez-vous les moyens? avez- vous ceux de vous y maintenir? y trouverez- vous des fourrages? et cent mille chicanes de cette espèce Le résultat était toujours de rester sur la défensive.

Le Comité ne prit pourtant aucun parti. On arrêta qu'il serait fait une série de questions aux deux généraux, et qu'après leur réponse on se déciderait.

Je vois clairement dans ce projet celui de la rentrée dans nos anciennes limites. Si nous ne passons pas le Rhin, si nous nous affaiblissons dans cette partie, l'ennemi le passera, et notre propre pays risquera de devenir le théâtre de la guerre. Ajoute qu'aucune place n'est approvisionnée.

Le système défensif est absolument contraire à notre système de guerre. Quel est notre but? d'avoir la paix: de l'avoir prompte et glorieuse. Or, nous n'y parviendrons que par des victoires. Restons sur la défensi\e. nos armées se fondront et nous finirons par être battus.

J'ai cru, mon cher camarade, devoir te prévenir de ces circonstances qui me paraissent fort extraordinaires. Elles t'affligeront sans doute connue moi. parce (jue tu aimes ton pays et que tu l'intéresses à sa gloire.

Je le salue bien cordialement.

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