‹ Vie et correspondance de Merlin de ThionvilleChapitre 41 sur 56 · PICHEGRU · texte numérisé non relu

PICHEGRU

/.e.? représentanls du peuple Merlin de Tliionville el Rivait l à M, le baron de Uardenberg .

20 lliormiilnr an 3' (7 aoi'il).

Nous avons reçu le 18 thermidor (îjaoût) votre lettre du 31 juillet. Comme vous, nous désirons que l'olivier de la paix se fortilie et étende ses rameaux bienfaisants à l'ombre du chêne robuste auquel nous suspendrions volontiers nos trophées. Mais nous ne sommes aux armées que pour conduire nos braves aux combats: nous n'avons pas le droit de parier diplomatie. Le gouvernement seul peut arrêter notre marche ; elle sera rapide, car elle a été longtemps méditée.

Nous regrettons de ne pouvoir répondre à vos vœux ; mais, soumis plus que personne aux lois que nous fait notre pairie, nous combattrons pour

elle jusqu'au nionienl ou elle nous dira : Arrèlez, nous avons donné la pai\ à l'Empire.

Salul el fralornilc aux amis de la république.

MIÎULIN de Tliion\il!.' cl RIVALT).

Celte lettre est une réponse à la demande d'annislicc adressée de Manlieim par M. de Hardenberg, en considération de la position nouvelle prise par le roi de Prusse devenu médiateur de la paix entre les princes de l'Empire et la France, conformément au conclusum adopte par la diète germanique, le 3 juillet ITP.'».

Cette lettre, d'un style plus héroïque que le style ordinaire des chancelleries, ne fut point du goût du prince de Hardenberg qui s'était vraisemblablement flatté de plus de déférence pour le roi son maître. « Le ton de ce pathos républicain, dit-il à cette occasion dans ses mémoires, et quelques doimées récentes parvenues à Hardenberg étaient de nature à diminuer ses espérances pour la paix de l'Empire. Il n'ignorait plus que dans les comités de la Convention, le parti guerroyant l'emportait sur un parti plus modéré et plus sage qu'on désignait sous le nom de n faction des anciennes limites, » par la raison qu'il inclinait encore à suspendre les opérations offensives et à épuiser toutes les voies de conciliation, au moins jusqu'à la mise en activité de la constitution nouvelle. » Cette analyse, comme on le voit par la correspondance de Merlin, est insuffisante. Si .Merlin persistait à vouloir marcher en avant, ce n'était pas en vue de conquêtes dont il était prêt à faire bon marché, mais pour obtenir de l'ennemi une paix plus honorable et plus solide.

Le premier secrclaire inlerprèle de la république, etc., aux représentants du peuple près l'armée du Rhin el de la Moielle.

Dùlc, le 2-2 llioniii.lnr de l'an 3 (0 aoùl). Citoyens représentants .

L'empereur vient de ratifier le conclusum et d'envoyer sa ratification à Ralisbonne; il a mis dans cet envoi beaucoup d'humeur, surtout quant à l'intervention prussienne qu'il aurait voulu faire envisager comme contraire à la dignité de l'Empire. 11 ne s'explique pas sur le lieu de la tenue du congrès. On recevra dans peu de jours celle pièce (jui va passera la dictature de la diète.

La paix de l'Espagne a été un coup de foudre pour le parti autrichien à Ralisbonne. Elle a surtout répandu le plus grande consternation parmi les émigrés.

Le Comité de salul public aux représentants du peuple près les armées du Wnn et de la Moselle.

Paris, lo i friididor, l'an 3- (19 aoùl).

La Convention nationale, ihers collègues, annonce l'intention de présenter incessamnuMit la conslilution aux assemblées primaires . elle a

fixé il sa séance de ce jour la discussion du rapport que la commission des onze lui a présenté hier pour remplir cet objet , et tout nous présage que la même séance verra poser les bases des opérations qui doivent couronner SOS travaux et consolider les destinées de la république française.

Ces circonstances solennelles appellent tous les regards el lixeront toutes les pensées. Il s'agit de l'existence sociale d'un grand peuple et du bonheur individuel de chacun de ses membres. Le citoyen, dans ses fovers, est invité à manifester son vœu; le soldat, dans les camps, participera également à cet acte de la souveraineté nationale que ses représentants ont proclamée et([u'il a cimentée de ses sueurs et de son sang.

Dépositaires de la confiance de la Convention auprès des armées, c'est à vous, chers collègues, qu'est réservée la mission de présenter l'acte constitutionnel aux défenseurs de la patrie; vous sentez tout ce que cette tâche a de glorieux et combien il vous sera doux de leur ollrir ainsi, dans l'ouvrage de leurs représentants, le prix de leurs combats, de leurs victoires, le gage de la pacification de l'Europe, de la gloire el de la prospérité nationale. Nous ne doutons point que, pénétrés do l'importance de cette fonction, vous ne trouviez dans votre zèle et dans votre sagesse tous les moyens de la remplir avec succès. Vous connaissez l'empire des principes de la raison ; vous en avez fait entendre plus d'une fois le langage à ces braves soldats que la droiture de leur jugement ne distingue pas moins que leur courage, et certes ce n'aura jamais été dans des circonstances plus favorables que celles où la France va présenter à l'Europe le spectacle de onze armées, au champ de la victoire, au milieu des puissances abaissées, forçant l'Europe à la paix et s'imposant à elles-mêmes des lois qu'elles jurent de respecter et de maintenir.

C'est d'après ces vues que nous vous invitons à préparera l'avance, d'après les dispositions que vous trouverez dans le projet de décret ci-joint, les discours et les instructions qui doivent amener de la part des soldats de la liberté une prompte acceptation de l'acte constitutionnel.

Nous disons une prompte acceptation , car c'est de la promptitude que dépend ici le grand effet de la mesure proposée par la conniiission des onze. Il est surtout essentiel que vous nous fassiez parvenir les procès-verbaux d'acceptation assez tôt pour que les assemblées primaires puissent en avoir connaissance à l'instant où elles se formeront, c'est-à-dire le 20 fructidor.

Nous vous adresserons demain dos exemplaires des imprimés de l'acte constitutionnel.

Salut et fraternité.

MERLIN Jii Douai, DOL'LGET, DEFERMON, LOUVET , VERNIER , LETGL'RNELR , Jean DEBRV, BOISSV, R.\B.\LT, Henri LARIVIÈP.E.

Le rcprésenlanl du peuple Merlin de Thionville au général Kléber, coiimiaïuhnit en chef Varmée devant Mayeuce.

(Sans (laie) an 3*.

Les observations du général de division Marceau me paraissent, comme à loi, très fondées à quelques réflexions près. Il faut que ce général garde le Rhin jusqu'à Bopparl inclusivement, dùt-il faire arriver des renforts pour garder la Moselle. Tu formeras alors la ligne depuis Bingen jusqu'à... (illisil/le) avec très peu de troupes. Le surplus de la division de Vincent et les autres troupes arrivant de Manheim formeront vui corps respectable prêt à se porter sur les endroits par lesquels l'ennemi '.oudrait déboucher.

Puisque le moment des travaux de magasin do tranchée n'est pas encore venu, je ne sais pas comment Kléber raisonne avec lui-même quand, entouré de bons officiers qu'il peut employer utilement à la surveillance du lihin. il vient me dire qu'il manque de la capacité nécessaire pour un commandement pareil. Je recevrais avec reconnaissance des leçons de Kléber: eh bien! je ne serais pas embarrasé, dans les circoitstances actuelles, pour empêcher l'ennemi de déboucher par Mayence, et pour l'empêcher de tenter quelque chose sur la ligne. Je n'admets donc pas tes observations trop modestes, et j'y ajoute cependant des observations démonstratives de la nécessité qu'il y a pour la chose publique à ce que le commandement ne repasse pas au général de l'armée de la Moselle. Outre celles personnelles dont je t'ai parlé, je crois qu'il est plus facile de commander depuis Oberingelheini jusqu'à Boppart, que depuis Luxembourg jusqu'à Rheinfels. Tu sentiras la force de mes dires, et je compte autant .^ur la résignation que sur ton amitié pour moi.

MERLIN (lo Tliionvillc.

Le fir'ne'ral en chef aux représenlaiHs du peuple Merlin ol Rivauil.

Ail (niartici' gôiiéra! à lllkirrli, lo C fruclidor an 3* (23 anùl).

^()trel(■Ll^e du 3, citoyens représentants, m'arrive à l'instant. J'expédie à la iiiiiiulc les ordres pour la formation du camp d'Hesingue. Je recommande au général Desaix d'y porter le plus grand nombre de troupes possible, et je me jtroposu de l'augmenler des que j'aurai (juelciue chose de bien positif sur les mouvements et intentions do l'ennemi. Beaucoup do rapports annoncent (ju'il a le projet d'un passage réel du côté du fort Vauban. Je ne puis donc faire faire do mouvements de troupes que lorsque je serai assuré de ceux (pii les nécessitent.

Je donne contre-ordre au départ des mille honuues destines aux Ira-

vaux (lu canal de jonction de la Sambre à l'Oise. Mais il nesl plus possible de le donner aux colonnes marchant sur l'armée d'Italie, la première étant arrivée à sa destination (Bourg) depuis le r' du mois, la seconde devant y arriver le 10, et la troisième le 12. Celte dernière colonne, forte d'environ trois mille hommes, arrive aujourd'hui ii Poliiiny: le courrier pourrait la rejoindre à Poligny ou Lons-le-Saulnier ; si votre intention était de l'y arrêter, il faudrait sur-le-champ lui en expédier l'ordre. Salut fraternel.

PICHEGP.l'.

Je compte toujours me rendre à Huningue demain ou après.

.\u moment où Picliegru écrivait celte lettre, ses pourparlers avec le prince de r.ondé étaient entamés. Peut-être même avait-il déjà entre les mains la lettre suivante du prince, remise cinq jours auparavant à son agent.

« Puisque Z est toujours aussi honnête que ii.' l'avais espéré (le mot honnéle est joli), je désirerais, d'après ce qu'il me fait dire, qu'il envoyât ici une personne de confiance à qui j'expliquerais les avantages de tout genre que j'assurerais à Z, ainsi qu'à tous ses amis, dans le cas où il ferait ce qui lui a été communiqué de ma part. Cette mesure me paraît absolument indispensable; car sans cela on peut multiplier les messages sans s'entendre, perdre un temps précieux et compromettre un important secret. Le porteur sera, aussi longtemps que Z le voudra, l'intermédiaire de notre correspondance sous le nom de Louis. Les Autriciiiens, auxquels il n'est pas encore temps d'en parler, y seront désignés sous la lettre Y, et le général sous la lettre Z. — Signé Louis-Joseph de lîourbun. — A Mulheim, lo 18 août 1795. »

La facilité avec laquelle se livra b général, ses paroles mêmes à l'agent du prince, montrent que la pensée du crime l'occupait avant même d'y avoir été sollicité. Il coopérait vraisemblablement d'intention avec le parti contre-révolutionnaire de l'intérieur, (jui, après avoir concouru sourdement aux insurrections de germinal et de prairial, devait, trois mois plus tard, éclater pour son propre compte à la journée de vendémiaire. C'est ce qui explique l'inaction dans laquelle, malgré les instances de Merlin, il se tenait obstinément depuis qu'il était arrivé au commandement de l'armée. La pénurie des ressources de toute espèce ne lui fournissait que trop de prétextes, et il partait," avec une arrière-pensée opposée, du même principe qu'exprimait Gillet à Merlin dans sa lettre du 10 messidor : « Piestons sur la défensive, nos armées se fondront et nous finirons par être battus. » Etre battus, c'était le signal qu'attendaient les royalistes de l'intérieur.

Les instances du prince de Condé firent imaginer à ce traître un autre plan. Égaré par sa popularité et par l'enthousiasme du soldat pour sa personne, il crut possible de déterminer une partie de l'armée à passer à l'ennemi avec lui ; c'était la même folieque celle de Dumouriez. Il ne s'apercevait pas que si les armées tenaient à leur général, c'était avant tout comme au représentant armé de la république.

Sa première entrevue avec Fauche-Borel avait eu lieu le H août. Ce jour-là même, il devait dîner à Huningue avec Merlin. Ala vue de l'agent royaliste qu'il devina à son altitude, il changea brusquement de projet, et annonça à haute voix qu'il

allait (iîiier à la campagne, à une lieue de là, riiez une dame de sa connaissance. C'est là que l'agent l'ayant rejoint, il lui demanda comme garantie une lettre de la main du prince que celui-ci lui rapporta etl'ectivement la semaine d'après à Illkircli : c'est celle qu'on vient de lire.

Le prince voulait que Pichegru lui livrât Huningue et Strasbourg, proclamât le roi et réunît son armée aux émigrés pour marcher ensemble sur Paris. Ce plan était insensé. Pichegru proposait, au contraire, de passer le Rhin avec les corps sur lesquels il croyait avoir le plus d'ascendant, et alors seulement de lever l'étendard contre la Convention. « Je connais le soldat, dit-il de vive voix à l'auchc- Borel, en réponse à la lettre ci-dessus; il ne faut pas lui donner le temps de penser au premier mouvement ; il faut l'entraîner et non chercher à le décider. Dés que je l'aurai comme transporté sur la rive droite du Rhin, je serai sûr de lui. Que le prince me désigne lui-même le point du fleuve le plus favorable pour qu'en le

passant, je me réunisse à son armée Arrivé sur la rive droite, jeproclamerai la

royauté. Par ce moyen, douze à quatorze mille hommes d'élite des miens se joindront à l'armée du prince; nous marcherons bras dessus bras dessous; les places de l'Alsace s'ouvriront devant nous, et en quatorze marches, nous serons à Paris »

L'obstination du prince fit malheureusement traîner les négociations en longueur, et j'ose dire mallienreusement, parce qu'il eût été, sans contredit, d'un grand avantage pour la république que Pichegru se fût démasqué dés cette époque ; sa trahison n'eût été dangereuse que pour lui. Comme le disait Merlin au Comité de salut public et comme le montrèrent surabondamment les votes des régiments en faveur de la Constitution : « la république était dans l'armée. » En présence de la surveillance et des instances de Merlin, il était dilTicile à Pichegru de continuer plus longtemps sou système d'inaction. D'ailleurs, Merlin avait préparé lui-même toute l'alfaire de Manheim, et il y entraîna pour ainsi dire de vive force le général. " Annoncez au prince, dit celui-ci à l'auche-Borel à l'entrevue suivante, que je par? lundi pour me rendre sur le bas Rhin, que j'attaquerai les Aulriciiiens et que je me porterai ensuite sur Manheim. Je ne puis différer plus longtemps d'exécuter les ordres des Comités du gouvernement à cet égard. Les commissaires de la Convention dont je suis entouré me pressent et me harcèlent ; ils veulent passer en Allemagne, à quelque prix que ce soit, pour y lever des contributions et faire

subsister l'armée qui manque de tout J'ai un parti à Paris, et j'espère qu'il se

prononcera hautement quand il en sera temps; mais je veux un grand ensemble

et que tout concoure au même but Ce que j'ai résolu d'entreprendre ne se

recommence point, et il vaut mieux attendre quehiucs jours de plus et jouer à jeu sûr. Surtout que le prince se garde des indiscrétions et qu'il écarte les petites considérations. Qu'il soit sans inquiétude sur mon compte. Merlin de Tliionville a beau me surveiller, je me moque de lui et de ses collègues; ils n'oseraient rien entreprendre contre moi. J'agis à Paris comme en Alsace. » Ce fut alors qu'il ajouta : « Et pour garantie de mes bonnes dispositions envers le prince, dites-lui que je ferai jeter dans le Rhin (se' servant d'une expression toute militaire) les quatre représentants du peu|ile qui sont ici chargés par le Comité de salut public de me forcer à passer le tlcuve. » On voit qu'en s'appliquant à donner à la IV.inci' une seconde édition de Dumouriez, ce misérable n'oubliait pas h- traitement à infliger à ses représentants.

!.(■ plan (le Pichegru se liail à riii^nrmlioii lii' vcmlèmiaire, cl l'insuccès de

COUUESPOiNDANCli OFFICIELLE. 237

cette insurrection le décida, comme on le voit par les révclations de l'agent royaliste, à ajourner l'idée de lever le masque, et à revenir à son idée bien plus inl'ànic encore de compronieltre, sans se trahir, les armées dont le salut lui était conlié. Le 25 septembre, Fauche-Borcl s'élant remis en route avec de nouvelles instructions, '( le général, dit-il, n'était déjà plus à Strasbourg. Cédant aux ordres venus de Paris et au.\ instances des commissaires delà Convention, il avait repris l'offensive par une expédition sur Manheim où Jlerlin de Tiiionville et Baciier avaient pratiqué des intelligences, .^lanheini ayant ouvert ses portes à l'armée du Hhin, le général Picliegru s'y établit avec son état-major elles principales administrations

de l'armée. J'en pris aussitôt la route et j'y arrivai le 10 octobre Le général

me jirotesta aussitôt de son attachement aux intérêts du roi, et combien il avait à cœur le rétablissement de la monarchie ; mais il ajouta que le moment n'était pas encore arrivé ; qu'il ne fallait pas éclater sans être sûr de son fait ; qu'on pouvait d'ailleurs se reposer sur ses efforts et sur son zèle pour en accélérer l'époque. J'ai réfléchi depuis au langage dilatoire que me tint Pichegru dans cette première cont'ércnce de Manheim et à l'air soucieux que je lui trouvai ce jour-là; il venait vraisemblablement de recevoir la nouvelle, qui se répandit peu de jours après, de l'événement du 5 octobre qui, faisant triompher la Convention dans Paris, y avait renversé les espérances des amis du roi. »

Bien que Merlin ne fût pas d'un caractère soupçonneux, la conduite ambiguë de Pichegru n'avait pu manquer d'éveiller son attention, comme on l'entrevoit à divers traits de sa correspondance ; seulement il était si extraordinaire qu'un homme qui, six mois à peine écoulés, venait de s'élever à la gloire de conquérant par la prise de possession de la Hollande, se fût laissé toucher le cœur par l'intérêt le plus vil et la séduction du plus détestable de tous les crimes, qu'à moins de preuves formelles, il eût été difficile de l'aire partager à d'autres, surtout par voie de correspondance, un tel sentiment. Mais arrivé à Paris et arguant de la fin malheureuse de la campagne, Merlin se trouva plus fort, et le général l'ut révoque avec les égards que commandait l'immense popularité dont il jouissait encore. " Sans avoir aucune donnée positive de ce qui se tramait contre lui, dit l'agent royaliste, Pichegru n'ignorait pas qu'il était l'objet des soupçons et de l'inquiétude du Directoire. Les provocations de Merlin de Thionville l'avaient pour ainsi dire averti. Il voyait d'ailleurs que le Directoire cherchait sourdement à l'inculper d'avoir été cause des derniers revers de l'armée. »

Mis à l'écart de toute opération militaire, il fut élu en 1797 au conseil des Cinq-Cents et nommé président, grâce à la faction royaliste avec laquelle il s'était lié. Il essayait avec ses complices de traxaillcr au renversement de la république sur ce nouveau terrain, quand la vigoureuse initiative du Directoire en fructidor le prévint. Échappé de Cayenne, il se rendit d'abord près de l'armée autrichienne, puis de l'armée russe, et passa enfin en .4ngleterre. Tout le monde sait comment, revenu en France en 1804 pour coopérer aux nouvelles trames royalistes fondées sur l'assassinat du premier consul, il se pendit misérablement comme Judas.

En 1821, il a été ouvert une souscription dans sa ville natale, avec l'appui du gouvernement, pour lui ériger une statue !

238 CORRESPONDANCIi OFFICIELLE.

Merlin de Douai à Merlin de Thionville.

Paris, le 8 friicliilor, l'an 3* ilc la Rép. fiaiiç. (25 août).

J'ai reçu, mon bravo ami, ta lettre du 4 «■■ fructidor, elj'y ai lu avec le plus vif intérêt , ainsi que mes collègues Sieyès, Boissy, etc., ce que tu m'écris de tes conférences de Bàle. Nous pensons tous ou presque tous comme toi sur la rive gauche du Rhin , et si le gouvernement à venir ne dévie pas de nos principes actuels, je te réponds que cette rive nous restera. Mais il faut passer le Rhin et le passer bien vite. Alors il sera facile de traiter avec l'Autriche ; et s'il faut sacrifier la Bavière, ma foi, nous sauterons le bâton. La conservation de nos conquêtes eet un assez grand avantage pour en passer par là.

J'ai reçu ce soir tes deux dépèches apportées par un courrier extraordinaire ; les mesures ont été prises à l'instant, et les réponses partent avec cette lettre. Adieu, mon ami, je t'embrasse de tout mon cœur. — Eugène a besoin de différentes choses, notamment de pantalons, je te prie de les lui faire acheter en tenant note de tes déboursés ([ue je te remettrai.

Il a dû partir aujourd'hui un courrier pour te porter l'acte constitutionnel. Je voudrais bien que l'acceptation de l'armée du Rhin pût être annoncée bientôt par une belle lettre de ta façon. Ce serait un des moyens les plus propres à déjouer les complots qui nous menacent encore. Un nouveau prairial s'organise, à ce qu'on prétend; et il y a lieu de croire que l'établissement de la constitution sera précédé de quehiue nouvelle secousse.

Adieu encore une fois ; je t'embrasse de nouveau,

MEllLl.S.

P. S. J'embrasse Reubell et Rivaud,

Les reprcsentanls du peuple Merlin de Thionville et liivaud au cit. Barthélémy , ambassadeur delà république en Suisse.

Iliininjjue, le 1 I l'iiicliiloi' an .T* ('28 aonll.

Un bruit accrédité par les Suisses eux-mêmes, les dispositions des Autrichiens .sur la rive droite du Hhin, aiuioncent les intentions de ceux-ci de violer un territoire neutres, respecté jusqu'ici par nous avec scrupule, malgré tous les inconvénients qui en sont résultés pour nous. Il ne sera plus temps de crier ([u'on a force le passage quand il sera eilèclué et qu'on n'aura rien fait pour rempêcher, ni de faire de belles démonstrations quand on n'aura pris aucun moyen d'cnupêcher la violation. Il vaut mieux prévenir le danger (pie de l'alleiidre. En consé(iucnce ot pour l'intérêt des Suisses, comme pour notre sûreté, nous voulons connaître leurs intentions.

attendu que dans le cas où ils ne se décideraient pas à appeler des forces suffisantes, et dans le cas où ils ne feraient pas c.\plii|uer le général autrichien catégoriquement . nous nous trouverions forcés de garder nousmêmes les positions et places de la Suisse par lesquelles l'ennemi pourrait pénétrer.

Nous vous prions de nous faire passer de suite la réponse qui vous sera faite. Nous l'attendons positive et dictée par la bonne intelligence que nous désirons voir toujours subsister entre les cantons et la république.

MEI'.LIN (le Th., r.IV.XLP.

Merlin de Douai à Merlin de Thionville.

Paris, 13 fructidor an 3 de la Kép. (30 aoùl).

J'ai terminé, mon cher ami. l'organisation des pays entre Moselle et Rhin dans les vingt-quatre heures, du moment où j'en ai été chargé.

C'est par suite d'une mesure générale que le commissaire ordonnateur dont tu parles reste à Strasbourg. Mais si tu le juges inepte ou fripon, fais usage de tes pouvoirs. C'est ce que m'a dit Letourneur (de la Manche) à qui j'ai lu ta lettre.

En signant la lettre que le Comité t'écrit. Letourneur m'a dit qu'il lui a été remis hier par Ptlieger une lettre du même genre que celle qu'on t'envoie.

Paris est en fermentation ; mais j'espère que les bons esprits l'emporteront sur les chouans et les jacobins.

Je t'embrasse de tout mon cœur.

Desaix, général de division, au citoyen Merlin, représentant du peuple.

Otlmarsheim, le 15 fructidor an 3 (1" sept. 1)5).

J'ai reçu, citoyen représentant, tous les exemplaires de la constitution et de l'ordre du général en chef. Je donnerai tous mes .soins pour que la lecture et l'acceptation s'en fassent dans la journée de demain. Ce que je ne pourrai faire moi-même se fera par les généraux qui sont sous mes ordres et qui ne mettront pas moins de zèle à terminer cette importante opération. Le bon esprit de notre brave armée ne se démentira pas assurément dans celte occasion. Je juge de tous mes frères d'armes par moi-même ou plutôt par ce qu'ils ont fait jusqu'aujourd'hui.

Je vous rendrai compte sans délai de l'issue de cette affaire. Salut fraternel.

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