‹ Vie et correspondance de Merlin de ThionvilleChapitre 43 sur 56 · PICHEGRU · texte numérisé non relu

PICHEGRU

Merlin de Thionville au citoyen Barthélémy, ambassadeur en Suisse.

Strasbourg', le 25 fructidor an 3', ctr. (il sept ).

Ce n'est plus une lettre de M. Krack, adjudant-général, c'est une lettre de M. de Bender lui-même que je vous envoie pour la faire lire à M. de Hardenberg. Je vais vous rappeler ce que je vous avais dit à Bàle. Lorsque Bender quitta Luxembourg, j'eus avec lui une assez longue conversation : je lui dis bien du mal des Prussiens (pour lesquels vous connaissez mon estime); il en dit davantage, et il me confirma dans l'idée que j'avais, que si la France, sans s'en mêler, voulait voir la Bavière occupée par l'empereur, l'empereur abandonnerait les électeurs. C'est dans ce sens qu'il doit avoir parlé depuis ii sa cour. Vous voudrez bien me renvoyer sa lettre sans en laisser tirer copie.

Vous savez quelle €Stmon estime pour vous; permettez que j'y ajoute l'expression de mon attachement.

:\ISHLIN de Th.

Merlin de Thionville au Comité de salut pulAic.

Stnisliourp:, 25 fniclidor an 3 (Il sept.).

Tu triomphes, ô ma patrie! France, heureuse France I de ce jour seulement tu as vaincu le royalisme et les rois; de ce jour seulement lu as terrassé toutes les tyrannies.

Pendant que les citoyens du Haut et du Bas -Rhin et de la Moselle accep talent la constitution, la formidable armée de Hhin-et-Mosclle. partagée en autant d'assemblées primaires que de bataillons et d'escadrons, donnait avec enthousiasme son assentiment à ce pacte sacré et jurait sur ses armes de le défendre contre les ennemis de la république, de la liberté et de l'égalité. Représentants, ce serment est le gage de la durée et de la solidité de ce contrat social ; car le soldat français est homme de parole, et il ne verra désormais dans l'intrigant, dans le royaliste, ([u'un .Vulvichien un émigré, un Anglais à combattre et à vaincre. Ce sera son ouvrage, sa constitution (ju'il protégera; ce sera la sauvegarde de ses droils, son bien le plus cher iju'il conservera avec jalousie et p(nir Iccpicl il se battra avec fureur.

Je vous fais passer les nombreux |»rocès-verbau\ (pii conslatont celte acceptation. Vous verrez (pie la conslilution a re^u l'assentiment unanime de l'armée et des administrations qui y .sont altaciiées, moins (juaraMlt! ù

r.OKllESPONDÀNCE OFFICIELLE. 2'i!)

c.iriquanlc charretiers des équipages et convois militaires. Le décret sur la réélection n'a été rejeté que par les quarante-huit employés des subsistances irénérales, 2" section, qui ont cependant accepté a ruiianimité l'acte constitutionnel, ainsi que par quelques individus de la i''' compaiinie du 3*" bataillon de la 7'' demi-brigade, deux ofliciers do santé el un commis aux entrées de l'hôpital de Porentruy.

Envoyé par vous à l'armée, je n'ai pu concourir aux glorieux travaux qui donnenl à mon pays un gouvernement protecteur de l'homme hoiinôto et qui atteindra tous les ennemis de la gloire et de la puissance de la ])atrie: je n'ai pu apporter mon faible tribut do lumières au faisceau de celles qui ont donné une constitution à la France; je déclare donc avec nos braves frères d'armes que j'accepte cette constitution, et je jure de la défendre contre les ennemis de la liberté et de l'égalité.

.Mi':r.i.iN do TiiiijMviiit}.

Merlin de Thionville, représentant du peuple près Varmée de Wiin-el-MoseUe , aux membres du Comité de salut public.

Strasbourg, le 2,1 fructidor de l'an 'J de la Rép. une et imliv. (11 sept. l'y.")).

Je vous envoie, braves collègues, un paquet pour la Convention nationale, qui contient les procès-verbaux d'acceptation de la con.slitution par l'armée de Rhin-et-Moselle. Cette acceptation a été faite à l'unanimité, moins soixante-trois charretiers d'artillerie qui l'ont refusée parce qu'ils n'ont pas de souliers et que l'entreprise les laisse tout nus ; ce qui n'est pas étcmnant, puisque les six francs que reçoit la compagnie par cheval valent trois sols. Vous verrez, par la précédente dépêche que je vous ai faite, que j'ai forcé le citoyen Pacot, directeur général do 1 habillement , de leur donner cinq mille paires de souliers de rebut . d'après une estimation préalable.

Trente individus d'un bataillon d'infanterie légère de la garnison de Porentruy, dont deux chirurgiens et un commis aux entrées, ont rejeté la réélection des Cinq-Cents. Vous observerez qu'au nombre des refusants se trouve un nommé Lanot. qu'on m'a dit frère de notre collègue arrêté. Ce décréta été rejeté de même par les quarante-huit employés de la 2° seclion des subsistances générales, directeur général le citoyen Rolland.

La constitution a été refusée encore par quelques chasseurs du ^O'^ de chasseurs à cheval. Le chef de brigade a sa retraite ; le régiment est très mal commandé et fort indiscipliné : il est très intéressant de mettre à sa tète un homme brave et ferme.

no CORRESPONDANCE OFFICIELLE.

Vous verrez par le seul exemplaire (jue j'ai fait tirer d'un arrùlé que nous avions pris contre les prêtres, que nous avions pensé comme vous à cet égard.

Dusseldorf est pris. L'armée de la république est de l'autre côté du Rhin. Toutes nos dispositions sont faites devant Manlieim. Je pars demain pour sommer cette ville de se rendre, et j'ai lieu d'espérer qu'elle va nous servir de tête de pont pour marcher sur le centre de lennenii , pendant que nous efl'ectuerons un autre passage à Oppenheim,

Si nous commençons tard, en revanche nous irons ferme : acceptation de la constitution par l'armée, victoires éclatantes; voilà de quoi désespérer les ennemis de la patrie et de la représentation nationale! Voilà la paix et la fin de la révolution I

MERLIN lie Thionville.

Merlin, ei'c, au Comité de salut public.

Strasbourg, le 25 friicliiloi-, '.]• année, etc. (1 1 .«opt.).

J'ai reçu votre lettre relative au respect à avoir pour la neutralité avec les cantons helvétiques. Vous verrez par les pièces ci-jointes que nous avions prévenu vos intentions, car aussitôt cfue nous fûmes certains que la majeure partie des forces autrichiennes avait remonté le Rhin depuis Rastadt justju'à Bàle, que les émigrés étaient à l'avant-garde et qu'ils disaient hautement, à Bâle, qu'ils passeraient sur le territoire bâlois pour sejeter sur la Franche-Comté, nous écrivîmes à l'ambassadeur Barthélémy, que nous n'avions pas mis dans nos premiers secrets, « que, scrupuleux observateurs de la neutralité, nous avions le droit d'exiger des cantons ([u'ils la fissent respecter par les bandes de Condé et par les soldats de l'Autriche. » Les cantons se sont exécutés à cet égard. Vous verrez les lettres écrites à VVurmser et les réponses de ce dernier.

Il ne i)Ouvait donc plusôtre question du lourde force projeté (1) : mais nous allons en tenter un sur le centre, à Oppenheim. Nous marcherons dans le Darnistadt , vers le Mein, à Francfort même, si nous sommes assez forts; pendant que, conformément à la capitulation, il nous sera peruns de brûler Manlieim ou de le soumettre. Déjà j'ai donné ordre au département (le me fournir deux mille six cents chevaux; ils seront la dans j)eu de jours, et le pont se mettra en route. Je désire que celle expodilion, dont j ai préparé tous les moyens, s'cllectue avec mon retour.

(1) C'est ;i|)paroninieiil thi coup de main sur Rhcinfelilen, projeté par Merlin et dont il a t'tô question plus liaul, qu'il s'ap;it ici. '

CORIU-SPONUANCE OFFIClliLLK. 23!

Puisqu il est question de neutralité et de diplomatie, je vais vous dire un fait qui pourrait peut-être hâter la paix : lorsque Bender quitta Luxembourg, j'eus une assez longue conversation avec jM. Krack, son adjudant général : je lui dis beaucoup déniai des Prussiens; il donna dans mes idées, en dit davantage; enfin je lui dis (ju'il serait facile de conclure avec l'empereur, que s'il voulait abandonner l'Empire et se retirer en Bavière, nous le laisserions faire. Il saisit avec avidité cette ouverture , me promit d'en parler au conseil de l'empereur, appela Bender. lui dit devant moi notre conversation, et tous deux promirent de tout faire pour amener la cour de Vienne à cette conclusion. Ils n'étaient pas partis que j écrivis à Bender pour qu'il nous renvoyât un excellent pontonnier, et un adjudant général, Jordy, qui, s'étant montré avec intrépidité, était redemandé par toute l'armée. Voici la copie littérale de la lettre que Bender vient de ni'adresser par le citoyen Barthélémy. Vous verrez que si l'on glissait quelque chose de la Bavière et que l'on pût faire abandonner les électeurs par l'empereur, on conserverait facilement la rive gauche du Rhin. Nous aurions une paix d'autant plus solide que la guerre la plus désastreuse désolerait l'Allemagne. Vous pèserez tout cela et vous ferez sans nul doute ce qui sera le plus intéressant pour la patrie. Salut et fraternité.

MKr.LlN tic Tliioiivillc.

Les représentants du peuple Rivaud et Merlin de Thionville, etc., à ta Convention

nationale.

Strasbourg, le 26 fructidor, l'an 3* (12 sept.).

Keprésent.\nts,

Le 23 de ce mois, nous tous, enfants de la patrie, l'armée de Rhin-et- Moselle tout entière, nous avons célébré avec allégresse le triomphe du patriotisme et de la liberté sur le despotisme. Trois salves de mousqueterie et d'artillerie sur la rive gauche du Rhin, depuis Huningue jusqu'à Bingen, ont annoncé à l'autre rive les dispositions des républicains vainqueurs de la tyrannie et des armées des tyrans. La musique, les chants patriotiques, la Murseiltaise, h- Réveil du peuple, mille autres, les imprécations contre toute espèce d'asservissement, les invocations à la liberté, à l'égalité, à la victoire, se sont fait entendre depuis l'aube du jour jusqu'à la nuit.

A Strasbourg, centre de l'armée, nous avons eu la fête la plus fraternelle. Les corps administratifs et militaires, le général en chef, une multitude de nos frères d'armes et de citoyens se sont réunis au temple avec nous. L'un de nous a fait un discours que vous trouverez joint à cette

lettre (I). Les sentiments de concorde et d'amitié auxquels il a appelé les citoyens trop longtemps désunis par les persécutions ont été vivement applaudis; et, dans ce grand jour. Strasbourg nous a semblé une seule famille célébrant en commun l'heureuse époque de sa délivrance.

Après midi, les troupes ont attaqué et défendu le fort du polygone; toute la ville y était. On est rentré en répétant longtemps : « Veillons au salut de l'empire ; Mourir pour la patrie est le sort le plus beau, » et tous les chants dictés par le patriotisme le plus ardent. Mille et mille cris de : « Vivre libres ou mourir! vive la république! vive la Convention! » nous ont accompagnés jusque chez nous.

Non, la patrie n'a pas d'enfants plus fidèles que ceux qui forment larmée de Rhin-et-Moselle ! Cette armée brCde d'achever d'anéantir la ligue des rois, pour revenir au sein de la grande famille contribuer à la rendre heureuse et à y maintenir la paix sans laquelle tout bonheur est une chimère.

Nous partageons ces sentiments et vous prions de croire à notre inviolable attachement à la république et à vous.

R1V.\UD, MERLIN do Tliionvillo.

Jouherl à son collcgite Merlin.

Ciiblpin, lu -27 fnic;idoi-.iii 3 (13 sept.).

Tu sais, mon cher camarade, que la brave armée de Sambro-el-Meuse a passé le Rhin. Je me rends au (juartier général. Il est certain que le découragement est au comble dans l'armée ennemie. Il y a une désunion très marquée entre (.lairfayt et Wurmscr. C'est le moment de frapper de grands coups et de forcer l'Autriche à une paix qui nous convienne. J'espère que le général Pichegru fera bientôt un effort de son côté : Jourdan a rempli sa tâche : c'est à son tour. Je compte sur toi, mon cher camarade, pour presser cette grande opération. Adieu; ton collègue.

.lui ISEUT.

Merlin de ThionriHe nu Comité de saint i>ublic.

SliMsiiniiiiT, If 2'J fiucli.lor -.m 3" (l.'i scpl.).

J'ai fait rechercher dans l'armée le nommé Charlard jeune: voici l'allestation du conuni.-^saire général (pii prouve (|ue la lettre est anonyme Vous

(I) Proliiiblcinenl Mt-rilii; jo n'ai inallinurpiisement |iii rrlronvor nuciiiip tr.ire de ce discours.

co II K i- s l'ON I) A m; !•: o F 1 1 ( 1 1: l 1 1-:. «-'is

en rerovrez do plus belles encore, eljo crois inio ce ne sera \k\s non plus la (iernicre que je recevrai, car j'ai encore envie de servir mon pays.

J'ai si peu envie de conserver de la puissance que je vais, je l'espère, devenir tout à fail paysan ; el j'ai si peu envie d'ùtre riche que je viens de vendre ma maison pour payer mes dettes. Mais j'ai l'intention de conserver l'honneur; et aussi deux hommes de Strasbourg ayant dit que j'avais fait marché pour la républitiue a 42 francs le tezai de blé, quand Hivaud et moi avions refusé un marché à 3(5 ; comme je ne fais de marché avec personne, que je ne sollicite pour aucun fournisseur, que je ne demande rien pour ({ui que ce soit, j ai pris le parti d'appeler les acilisscurs au tribunal de police correctionnelle, où ils ont été condamnés à huit jours de prison et à une amende triple de leurs contributions; et la sentence qui réprime la calomnie sera affichée à leurs frais. J'ai plaidé ma cause moi-même au milieu du peuple; j'ai dit les motifs de ces propos, et cela a valu un sermon pour l'acceptation de la constitution.

Il est bien temps que nous quittions la place; car donnerions-nous de l'or à pleines mains que nous ne regagnerions pas l'amitié et la confiance que ces coquins de proconsuls nous ont fait perdre dans les départements. Ils s'y sont montrés en société des bourreaux, vils, abjects, comme des mendiants; et aujourd'hui l'on trouve extraordinaire quand nous n'avons pas les coudes déchirés. Je vous enverrai la sentence; elle répond à Charlard le jeune, qui est peut-être un des condamnés, ainsi qu'à toutes les calomnies de ce genre. Mais la meilleure réponse c'est que je n'ai ni passé, ni demandé qu'on passât aucun marché. En cela, je n'ai pas imité quelqu'un de mes collègues...; mais cela ne me regarde pas ; et il me suffit à moi des témoignages que me rendent l'armée, les honnêtes gens, vous et ma conscience.

Nous allons enfin, je crois, faire un mouvement vers le centre de l'ennemi. Je vous prie de nous envoyer des fonds ; il n'v a rien d'arrivé de ceux mille fois promis. Mandez-moi aussi quand je devrai revenir et quitter l'armée.

Salut et fraternité.

MERLIN de Thionville.

.l'ai retrouvé par hasard dans les papiers de Merlin une requête des deux individus qui avaient fait courir sur son compte les bruits calomnieux dont il s'agit ici. Je ne crois pas inutile, pour compléter la réfutation, de l'insérer ici ; elle est datée de Strasbouri? du 27 fructidor.

Au citoyen Merlin, représentant. — Si nous avons appelé de la sentence de la police correctionnelle, c'était plutôt pour ajipeler à votre justice et à votre humanité. Jamais il ne nous est venu dans l'idée d'attaquer votre probité et de vous diffamer comme affameur du |)euple ; per&onne ne pouvait être plus convaiucu du contraire que nous. (Ici viennent des explications tendant à montrer qu'il y aurait eu siHiplement malentendu de leur part.) Nous sentons, citoyen représentant, combien

254 COHRESPONUANCH OFFICIELLE.

il importe ù la chose publique de réparer des calouiuirs atroces que la malveillance a répandues avec avidité. ÎSeus sommes très disposés à l'aire imprimeries faits qui prouvent au public votre probité et votre loyauté... La police correctionnelle ne pouvant plus revenir sur la sentence, nous vous prions, citoyen leprésontant, de contribuer à ce que le tribunal du district veuille nous remettre l'cniprisonnen)ent et la peine pécuniaire. — Salut et IVuti'niilé, \Vide> roder, Metzger.

S. E. M. Merlin de Thionville, représentant de la nation.

Manheim, le 17 fcplcmbre 1795 (1" jour romplénicnl:iirc de l'an 3).

Monsieur ,

J'ai reçu, par le canal de M. lîecuni, les itératives assurances que Votre Excellence veut bien me donner de sa conlianco et de ses vues conciliantes. Pour vous donner une preuve bien marquée de mon empressement à user de réciproL-ilé, et surtout pour tâcher d'ellectuer les ouvertures contenues dans ma dernière lettre, je pars dans l'instant pour Munich. Au lieu d'envoyer un courrier, monseigneur le duc m'ordonne d'aller rendi-e compte à Son Altesse Électorale de l'élat des choses II désire, et je conçois l'espoir d'un arrangement qui soit au gré des deux parties, et certainement j'y contribuerai ou je ne pourrai.

J'ose espérer que vous ne troublerez pas le succès de ma négociation par aucune hostilité contre la ville de Manhein, ni contre le Palatinat, d'ici il mon retour (}ui sera très prompt.

M. Recum dira à Votre Excellence quelles sont les dispositions du ministre d'Oberndorf, en attendant que Son Altesse Électorale lui ait transmis ses ordres relativement à la ville de Manheim.

J'ai l'honneur d'être, avec des sentiments très distingués, monsieur, de Votre E.xcellence, le très humble et très obéissant serviteur ,

DE S.VL.\BEnT.

Extrait d'une lettre de Van Recuni, sans date. — « Lors de nicm passage, M. de Salabert, ministre du duc de Dcux-l'onts, me pria de lui obtenir un entretien avec vous. Je vous le dis cl le désirai moi-même, persuadé qu'il peut facilement éloigner l'électeur de Bavière de la maison d'Autriche. Vous me répondîtes que vous lui parleriez ou à Huningue ou au fort de Manheim ; je le lui écrivis. M. de Salabert se rendit sans délai à Bàle... Je fus à Huningue pour vous le dire, cl ne vous trouvant pas disposé à lui parler, je rompis celle alfaire. "

Les représenlanis du peuple Merlin de Thionville et Rivaud au gouvernement

de Manheitn.

An r|iiai-lier général ;i Frankonllial, le 2' jour rùmpl., 3' aiinûo (18 sep(.).

Les représentants du peuple écouteront toujours les lois impérieuses de l'humanité . mais il faut que ce puisse être sans blesser la première loi pour eux, rinlérèt de la république française pour lequel le sang français coule depuis cinq ans.

En vain prétend-on que l)rûler Maiiheim n'aboutirait à rien : on connaît la place ; elle n'a point de casemates ; ses magasins et son arsenal sont sous le feu de nos batteries ; aucun soldat ne peut y tenir; et dès lors, en construisant notre pont sous la protection de nos batteries, la ville nous appartient.

Ces considérations, que tout militaire jugera justes, suffisent à la garnison de cette ville pour motiver la reddition de la place; et rhumanilé invoquée par le ministre palatin fait un devoir aux Palatins plus encore qu'aux Français de ne pas permettre que l'on brûle une des plus belles et des plus riches villes de l'Allemagne. Il est évident que si l'on s'obstinait, le blAme retomberait tout entier sur les troupes qui auraient fait une résistance inutile; car, dans tous les cas, Manheim finira toujours par tomber en notre pouvoir, se trouvant entre l'armée victorieuse de Sambre-et-Meuse qui a passé la Lahn et l'armée du Rhin qu'aucune puissance ne peut empêcher de passer ce fleuve.

Le ministre palatin sentira tout le poids de ces observations. En conséquence et pour dernière négociation, les représentants du peuple s'engagent envers lui « à faire observer une neutralité parfaite jusqu'à la pacification générale, pour le pays palatin de la rive droite du Rhin : de sorte que tout ce que les troupes françaises occuperont dans ledit pays ( à l'exception des conquêtes faites par l'armée de Sambre-et-Meuse, à l'égard de laquelle la capitulation de Dusseldorf subsistera par elle-même) sera restitué à S. A. S. électorale Palatine, etc. »

En vertu de cette neutralité, le ville de Manheim se rendra à la première sommation qui lui sera faite par le général de l'armée do la rive droite aux conditions suivantes : La garnison palatine sortira de la ville, le lendemain de la reddition de la place, avec tous les honneurs de la guerre, et emmènera ses bagages après avoir pris l'engagement de ne pouvoir servir contre la république française tant que durera la neutralisation stipulée en la présente capitulation. Les magasins militaires seront remis de suite au pouvoir de l'armée française, ainsi que tout ce qui constitue l'armement et la défense de la place, bateaux, pontons, et autres attirails et ustensiles de guerre, etc.

MERLIN de Th., HIV.UD.

256 cnuKi'.si'oNDANci': o 1 T i c 1 i:mJ':.

<i En apiirciKiul le plissage du l'iliiii iKir rarinrc du Saiidiic-cl-Meuse, les rcprùsentaiits et Picliegi ii parlirenl ] our le l'alatinat ; je les acconipagnai. iNous allâmes d'abord à Neusladl d'où l'on fU partir un agent secret pour Marilieim. A son retour, Merlin et IMcliegru se rendiientà Ogerslieim. Aussitôt arrivé dans ce village, vers onze heures du soir, Merlin dit à Pieliegru de faire une sommation au gouverneur de Manlieim de mettre à la disposition de l'armée française la partie du pont de bateaux qui avait été reployée de son côté, quand précédemment l'armée s'était emparée de la tête de pont, airisi que de nous ouvrir les portes de Manheim pour nous donner un libre passage. Il s'éleva, au sujet de cette sommation une assez vive contestation entre Merlin et l'icliegru (pii faisait des diflicultés pour la faire. Cependant il s'y décida.

» Le gouverneur fut menacé de voir la ville réduite en cendres, s'il refusait ce qu'on lui demandait. On pouvait facilement bombarder Manlieim, parce qu'après avoir iiris la tèle de pont, on y avait fait construire des ouvrages offensifs contre la place qui étaient armés de canons, mortiers et obusiers.

i> La sommation fut envoyée, et on ne tarda pas à recevoir la réponse telle qu'on la désirait, .le crois que Merlin avait laissé ignorer à Pieliegru ses intellieences avec le gouverneur (il ressort assez clairement de là combien Merlin se méfiait dès lors de ce général).

»0n travailla de suite à faire rétablir la partie du pont qui était en notre possession. Le pont fut rétabli avec célérité. Aussitôt qu'il fut praticable, le 4° jour complémentaire , les troupes les plus rapprochées traversèrent le Rhin pour aller occuper Manlieim, et successivement celles que Pieliegru avait fait avancer, destinées à être portées en avant pour faire une diversion favorable aux opérations de l'armée de Sambre-et-Meuse. Mais Pieliegru n'eut point de succès dans son entreprise pour s'emparer de Heidelberg ; il n'avait pas fait passer le Rhin à un assez grand nombre de troupes, pour repousser un corps de l'armée autrichienne qui s'était avancé pour s'opposer à sa marche. J'étais toujours avec les représentants du peuple qui s'étaient établis à Manheim. » (Mémorial du général Decaen"!

Les reprcaenlants du peuple prh Varmce de Rliin-el- Moselle au Cotnilc de salul public.

Mauliciiii, 1(; i'jimr loiiiiilciiiciilaiic de l'an o' de la llép. (20 scpl.).

Nous envoyons, citoyens collègues, à la Convention nationale la capitulation de la ville de Manheim. Llle ouvre aux troupes françaises un nouveau passage (jui na pas coùlc une goutte de sang. La .salisfaclion que les trou[)os on! d'avoir franchi le Hhiii vous iiromel bientôt d autres conquêtes Vous {K)uve/, assurer à la Convention nationale que I armée de Ithin-et- Mosellc ne démentira pas sa renommée.

Nous ne pouvons vous donner encore le détail exact des subsistances (jui existent dans la place ; mais le commissaire (pii a été chargé de recevoir les ma^'asins nous assure (pi'il y a plus Cv. six mille (iiiinlaux de

COKHESl'O.NDANCE 01 TICIELLE. 257

farine blutée, quatre cents sacs d'avoine, une certaine quantité de fourrages et beaucoup d'efîels de casernement. La place est armée de plus do 200 pièces de canons dont nous avons l'usage, et de munitions de guerre en proportion Salut et fraternité.

MERLIN de Thionville, R1V.\LD.

Merlin de Douai à Merlin de Tliionville.

Paris, 4' jour coiiii'lcuicnUiire, an 3* (iOsciit.).

Les papiers publics, mon cher ami , t'apprendront par les détails de la séance d'hier de quels dangers nous sommes menacés dans l'intérieur, pendant que l'étendard républicain porte l'épouvante en Allemagne. Il paraît, par les rapports de la police, que les assemblées de section de Paris ont été hier soir plus agitées que jamais, et tu peux bien juger par là qu'on va faire l'impossible pour produire un mouvement dans Paris. Ce mouvement, à coup sur, ne ressemblerait pas à ceux de germinal et de prairial : il aurait ouvertement les couleurs du royalisme. J'ai lieu de croire que nous en triompherons, si nous restons unis et si nous montrons de la sagesse et de la fermeté. Mais que deviendrons-nous si, comme quelques-uns le pensent, ces contre-révolutionnaires qui nous tourmentent et cherchent à nous anéantir, ont un point d'appui dans noire propre assemblée? C'est dans ce cas, mon ami . qu'il faudrait que tous les braves se serrassent pour écraser les ennemis de la république et mettre enfin un terme à nos agitations. C'est ce qui me fait désirer que tu sois ici , et qu'à la réception de ma lettre tu accoures au grand galop. Mais je subordonne ce désir aux besoins de l'armée ; s'ils exigent ta présence, reste. Le plus grand de tous les maux, parce qu'il exclut tous les remèdes, serait que les armées, venant à manquer, se tournassent contre la république ou se débandassent. Prends donc, entre les deux partis, celui que tu jugeras le plus avantageux à la république. Je suis bien sûr que tu ne consulteras pas ta commodité personnelle.

Quant à mon fils, en cas que lu viennes, tu le ramèneras définitivement si lu comptes ne plus retourner à l'armée et qu'il n'ait pas l'expeclative très prochaine de la sous-lieutenancc de cavalerie dont tu lui as donné l'idée. Dans le cas contraire, tu le laisseras. En un mot, fais à son égard pour le mieux et comme pour ton propre lils.

J oubliais de le dire que les calomnies les plus absurdes arrivent toujours sur ton compte; mais ce qu'il y a d'affligeant, c'est qu'il p;iralt qu'elles circulent dans l'arméC; notamment devant Mayence. Un de nos

collègues m'a coinniuniquc une lellre d'un mililairo par laiiiielle il parati «lue tu passes pour avoir, élanl ivre, chez Rarlhélemy, à Bàlo, rompu les négociations de paix avec l'empereur (qui cependant, comme lu sais, n'a pas encore fait un pas pour la paix), et que ce bruit très accrédité excite (les murmures, des désertions, etc. 11 serait bien important d'éclairer l'armée sur ces bêtises, et surtout de la faire agir, car l'inaction la perd, et ses succès ont l'ellet le plus heureux sur elle comme sur l'intérieur de la république.

Adieu, mon ami, je t'embrasse de tout mon cœur.

WEULI.N (d. D.).

Le Comité de mlul public au.v représentai} (s du peuple, etc., à Strasbourg. Paris, le ô' jour coiii|ilt'iiicnlaire de l'an 3' (21 sept.).

Nous venons de recevoir, chers collègues, une lettre du général Jourda dont nous vous faisons passer un extrait : vous y verrez combien il importe que l'armée auprès de laquelle vous êtes en mission passe le Rhin à Manheim ou à Oppenheim pour opérer une puissante diversion : ou jette mL'me sur la rive droite du lleuve, en passant par Neuwied.des forces capables de seconder Jourdan , si les passages dont nous venons de vous parler ne peuvent s'exécuter avec promptitude.

Comme nous sommes infiniment pressés, nous sommes forcés, pour vous faire connaître notre opinion et nos motifs, de nous borner à vous donner copie de notre dépêche au général Tichegru.

Les mcuibrcs tomiiosaiil le Comilé de 5. p4,

CAMB.'iCÉliÈS, pr., LliTdl'UNEl'l!, MEntlN de D., liKIil.IEll, UUISSV.

Voici les deux pièces dont il est nuestion dans la lettre ci-dessus, l'i^licgru était bien clairement averti que le sort de celte campagne de 95 qu'il avait si brillanimenl ouverte était entre ses mains : il ne tarda pas :i montrer qu'il le savait.

Extrait de la lettre du jéncraL Jourdan au Comité de salut publict du l" jour complémentaire an 3'.

<( Je drtis paroilloiuonl vous |irévciiir que si l'armôc de llhin-ot-Mosclip n'clTeoliic pas le passage du llliiti avant l'airivie de celle de Sambre-ct-Mcusc sur le Meioj la dernière de ces armées courra risque d'être compromise ; car, à son arrivée sur le Mein, elle se trouvera réduite au nombre de 50 à o5 000 hommes combattant^ parce que je suis obligé dti laisser des troupes dans les villes ({ui sont entre Kiiin

CORKliSI'ONDANCi: 01- F ICI li L LE. 259

et Meuse, un corps dans le duché de lierg, el dans le pays qui se trouve eiilic la Sieg et la Laiiii, euliii un corps pour bloquer le fort d'Ehrenbreilstein ; tandis qu'au contraire l'ennemi sera rculorcé par les troupes qui étaient entre le Mein et la Lalin, par le corps aux ordres du général d'Erbacli, devant lequel nous avons passé le Rhin à Ordingen, et qui, ayant été forcé de faire sa retraite par les montagnes, a suivi directement la route de Francfort ; enfin l'ennemi peut, par un mouvement sur sa droite, porter des forces considérables sur le Mein, et nie présenter bataille avec une armée beaucoup plus forte que celle de Sambrc et- Meuse. Signé Jourdan. »

Pour extrait conforme, Cambacércs, Le Tourneur, Berlier.

Copie d'une Ictlre écrite le 5' jour complémenlaire par le Comité de sahil public au général Pichcgru.

« Nous vous envoyons, général, la copie d'un paragraphe d'une dépèche que nous venons de recevoir du général Jourdan.

>' Nous imaginons toujours et nous avons lieu de croire qu'au moment où notre lettre vous parviendra, Manheim sera en votre pouvoir ou réduit en cendres, et que dans l'une et l'autre supposition, vous aurez jeté sur la rive droite du Rhiu un assez grand nombre de troupes pour seconder efficacement les opérations du général Jourdan dont nous vous avions fait pari.

» Si, contre notre juste attente, vous n'avez pas passé le Rhin à Manheim, vous penserez sans doute comme nous qu'il n'y a pas un instant à perdre pour exécuter ce passage.

« Si toutefois il y avait, ce que nous ne pouvons croire, une absolue impossibilité à forcer Manheim à ouvrir ses portes très vite, alors il nous a paru que vous deviez suivre le projet de passage à Oppenheim et l'exécuter avec une grande célérité. Vous sentez qu'il est presque impossible que l'armée de Sambrc-et-.Meuse obtienne, malgré son courage, les succès qui nous sont nécessaires, si, par une diversion aussi forte que prompte, vous n'obligez l'ennemi à diviser son attention et ses forces. Nous sommes si convaincus de la nécessité d'ajouter aux forces du général Jourdan, que nous vous proposons, à moins de circonstance majeure qui s'y opposerait, de tirer de votre gauche et de devant Mayence tout ce qui pourra en être ôté sans danger, de le faire filer promptement vers Neuwied où il passera le Uhin, et ira ou remplacer la partie de l'armée de Sambre-et-Meuse qui garde les bords du Rhin et les derrières, ou celle qui est occupée au siège d'Ehrenbreitstein, ou enfin se mettre en ligne avec la partie de cette armée qui est destinée à vaincre l'ennemi.

» Dans la supposition bien plus naturelle de votre passage à Manheim ou Oppenheim,. alors, général, votre objet doit être d'attirer vers vous une partie de l'attention de l'ennemi, mais en prenant toujours les précautions les plus grandes pour ne pas vous compromettre.

» L'objet du Comité est de forcer l'ennemi à évacuer la rive droite du Mein sans passer sur la gauche, afin qu'il nous laisse absolument les maîtres de tout le cours du Rhin, laissant ensuite aux circonstances à décider si nous ne marcherons pas sur lui, quelque direction qu'il prenne.

» Comme cest de l'ensemble qui régnera entre Vds opérations et celles du gé-

260 COlUlESrO-NUANCE OFFICIELLE.

néral Jourdau ijne naîtront les succès, nous vous prions d'entretenir avec lui la correspondance la fihis suivie.

)) Tous deux républicains, vous n'avez pas besoin qu'on vous recommande de faire ce qui peut assurer le boniieur et la gloire de la républi(jue.

» Le Comité s'en repose absolument sur votre sagesse et vos talents militaires; il lui suffit de vous avoir indiqué ce qu'il croit le plus utile. »

Pour copie conforme : Cambacérès, Le Tourneur.

Je trouve dans une lettre du Comité de salut public à lîeubeli sur divers objets d'administration, en date du 18 fructidor, le passage suivant qu'il me semble également utile de consigner ici.

« Nous vous prions, cber collègue, de témoigner au général Picliegru l'étonnementduComité sur la rareté de sa correspondance avec nous ; nous serions bien aises de connaître ses idées, ses projets et ses espérances. Veuillez bien aussi l'assurer que le Comité est disposé à lui donner, relativement à l'artillerie, la satisfaction que la justice réclame en sa faveur, n Cette satisfaction était sans doute relative à son avancement ; mais ce malheureux visait à une bien autre fortune.

Joubert à ses collègues, etc.

Au (iiiarticr général à IladaiiKir, lo (V jour cdiuplém. an 3 (22 .■•epl.).

J'ai reçu, chers collègues, la bonne nouvelle que vous m'avez adressée. Le passage du Rhin à Manheini décide absolument du sort de la campagne. L'ennemi ne pourra pas tenir sur le Mein, et bientôt Mayencesera à nous. Je suppose que Pichegru se portera aussi sur le Neckar et chassera pareillement l'ennemi du Brisgau.

Nous allons en avant L'armée a déjà passé la Lahn. et l'ennemi eiïrayc n'a fait qu'une légère résistance. Sous deux jours nous serons au Mein. Bientôt nous pourrons nous embrasser. Salut et amitié.

JOL'UEKT.

Le pauvre Gillet est parti ; sa santé est dans un état vraiment déplorable.

L'atnba'isadeur de la lif publique, elc, à Merlin de Thioncille.

Bàlc, le 1" vtiidcmiairc an i ilo la liép. une cl ind. [iS sept. 95).

Citoyen RErnÉSEXTANT, Vous nous annoncez toujours de grandes et imporlanlos nouvelles. Celle de la prise de Manlicim. que vous avez bien voulu me faire savoir par un

CORRHSPOXDAXCE 0|- F ICIEL LE. 201

courrier el dont j'ai instruit tout de suite M. de Hardenberg et les ministres de l'Électeur palatin el du duc de Deux-Ponts qui sont ici , va mettre le comble à la gloire de la république el à votre gloire personnelle, en décidant la pacification de l'Allemagne. Salut et fraternilé.

liAP.TlIKI.EMV.

Le géndial en chef aux représentants du peuple près de l'armée, à Manlteini.

A vciiiléniiairc an 4 (2G sept.).

Je m'empresse de vous annoncer, citoyens représentants, que Mayence esl cerné et que le général Jourdan a son quartier général à Yiesbaden.

f'ICHEGIU;.

Il n'est peut-être pas inutile de remarquer que ce billet si laconique sur un événement aussi considérable est écrit sur un mauvais chiffon de papier da la «rrandeur de la main.

L^ ambassadeur de la république, etc., à Merlin de Thionville.

Bà!e, le 4 vendémiaire an 4 (20 sepl.j.

Citoyen Représentant ,

La peur avait rendu M. Abel si tourmentant auprès de moi , que parmi diverses demandes saugrenues qu'il m'avait faites, je me suis borné à celle que vous connaissez et qui est simple en soi. Je me suis borné à vous instruire de la présentation de ses pleins pouvoirs, m'attendant bien que ce seul fait ne serait propre à arrêter en rien votre marche rapide et victorieuse.

Je vous ai renvoyé, il y a trois jours, par la poste la lettre du maréchal Bender. J'espère qu'elle vous sera bien parvenue. M. de Hardenberg, en la lisant , n'a fait que répéter ce que vous savez de son opinion, que la maison d" Autriche cherche à s'emparer et à se dédommager par la Bavière. Heureusement, ce projet va devenir d'une exécution difficile. Salut el fraternilé.

B.\RTHÉLE.MY.

262 CORUESPONDANCK 0 F Flf.î ELLU.

lUvaud à Merlin,

i M'iiiJciiiliiii'c an 4? (20 scpl.). Sans dalc.

A l'instant, je viens d'avoir une nouvelle conférence avec le général, dont voici le résultat. Au moyen de ce que l'armée du Rhin laissera devant Mavence vingt-cinq mille hommes et huit mille devant Manheim. elle sera réduite à cinq divisions à peu près de six mille hommes chacune. En ne laissant sur le" Rhin que les postes indispensables le long de ce fleuve, il ne restera qu'à peu près dix-huit mille hommes avoc lesquels il ne se croit pas en état d'entreprendre un mouvement sur le Haut-Rhin, qu'autant que Wurmser aura dégarni cette partie. Ainsi, le mouvement du général Pichegru serait postérieur à celui du général Kléber. au lieu de le précéder, comme c'est l'intention du Comité.

En dernière analyse, il paraît que le général en chef, effrayé du délabrement de son armée, qui compte très peu sur les ressources que vous espérez trouver sur la rive droite du Rhin et prétend que les habitants ont transféré leurs grains et leurs chevaux sur les derrières, à couvert de toute invasion, craint de hasarder son armée comme celle de Sambrc-el-.Meuse.

J'ai observé sur cela au général que l'inienlion du Comité étant de pousser vivement les opérations sur celte fin de campagne, de manière à déterminer l'Autrichien ii demander la paix, il fallait un grand mouvement de toute l'armée pour aller ii son but; que celui qu'il avait ordonné au général Kléber serait nécessairement sans effet, tant que la droite de 1 armée du Rhin paraîtrait réduite à une offensive purement apparente ; que l'armée de Sambre-et-Meuse, qui a donné la mesure de ce qu'elle peut entreprendre, n'empêchera pas Clairfayt d'envoyer à \Aurmser tous les renforts dont il aura besoin ; que, par là, celui-ci se trouvera en état de resserrer le général Kléber sur Manheim et môme d'empêcher les tentatives qu'on voudra faire par la suite sur le Haut-Rhin. Mais le général a persisté dans son opinion et m'a déclaré qu'il ne croyait pas pouvoir se charger de cette opération, autrement que je l'ai expliqué plus haut.

Provisoirement, j'écris au conmiissaire général de l'armée de réunir tous les movens d'organiser un service complet pour une armée active do quarante mille hommes, en l'égarant toutefois sur le point où celte armée devra se porter. Mais il est très nécessaire que tu le voies et (pie lu presses l'opération.

Salut cl fraternité. tiivaih.

Merlin était sufrisnmniriit en èvril ; ni.iis ce ii'élnil pas à lui qu'appartenait la Jiicclioii ; et qne pouvait il cuntrc un gi-néral investi tic la confiance sans bornes du Comité? .lomini ilit fort liien, dans son histoire de la campa;!;nr, de 9j, qu'il surveillait de près; mais à quoi mène la surveillance en matière de slralé;;ie cl de tactique?

CORRUSPONDAXCE OFFICIELLE. 263

MerUn de Thionville au Comilc de salul public.

Sans date. 8 vendémiaire an 4'? (31 sept.).

Je viens de recevoir volro lettre du 4 de ce mois avec la copie du niémoire adressé au représentant du peuple Joubert sur la continuation do cette campagne. Nous avions déjà été au-devant de vos vœux. Manhciui pris, je partis avec Pichegru pour Ober-Ingellieim , et Jourdan et Joubert vinrent nous y trouver. Ainsi la conférence que vous prescrivez a eu lieu et se répétera toutes et quantes fois il sera nécessaire. Nous sommes occupés à établir autant de conuuunications entre les deux armées qu'il on faudra pour n'en faire qu'une pour ainsi dire.

Je vais suivre la marche de votre mémoire pour y répondre. D'abord il n'y a pas d'insurrection à craindre dans le pays de Bcrg; la contribution sera payée et tout restera tranquille. Les troupes laissées en arrière par Sambreet-Meuse, y compris celles qui assiègent la forteresse d'Ehrenbreitstein, suffisent pour assurer la tranquillité du pays, d'ailleurs fort soumis ; mais le géîiéral Jourdan n'a pu y laisser une seconde armée d'observation pour empêcher l'armée de Tempiro de revenir sur sesderrières par Wet/.lar. par exemple, en violant la ligne de démarcation. Ainsi c'est augéniede ce général à choisir une position telle qu'il soit à même de virer avec l'armée ennemie et d'être toujours prêt à lui livrer bataille. Je ne doute pas ([ue tout ne soit prêt à cet égard. C'est du moins ce que sa position actuelle me fait juger. Sa droite, appuyée àBibrich, se prolonge devant Cassel et touche au Mein à Costheim ; elle remonte à Hocheim; là le centre offre la bataille sur la rive du Mein jusqu'à Hochst, où commence la ligne de démarcation ; puis la gauche de l'armée, faisant face à la ligne de démarcation, retourne jusqu'auprès de Kœnigslein. Ainsi, toutes les parties de l'armée de' Sambreet- Meuse, dans une excellente position, sont prêles à recevoir l'ennemi et à se soutenir mutuellement Si elle reste dans sa position actuelle, qui devient meilleure encore si l'armée de Rhin-et-Moselle, comme il a été décidé dans la conférence des généraux, fait seule le blocus de Mayence, alors Jourdan peut étendre davantage sa gauche sur la ligne de neutralisation et se trouve à portée de recevoir l'ennemi s'il la dépassait. Je trace sur la carte que je vous envoie cette position. .. (le reste manque)

Joubert à son collègue Merlin.

Au qu.iiliir génùral à HofTIiçim, le 9 vendémiaire an 4 (1" ocl. 0.">).

Tu ns dû recevoir une lettre du Comité de salut public relative aux opérations ultérieures de la campagne. Le Comité veut que les généraux et

les représentants réunis se concertent sur le plan. En conséquence le général Jourdan invite le général Pichegru à se trouver au quartier général du général Chasles le 1 2 de ce mois. Je m'y rendrai avec lui. Je te prie d'en prévenir nos collègues Rivaud et Reubell : je serais charmé de trouver cette occasion de les voir et de m'cntretenir avec eux.

Tu as sans doute eu des nouvelles de Paris. La Gazette nous a appris seulement ce matin les troubles que les royalistes ont voulu y causer. Tu sens que la colonne républicaine que devrait fournir la brave armée de Sambre-et-Meuse serait bientôt en marche si les circonstances l'exigeaient. Le général en chef et moi écrivons ce matin au Comité pour l'en instruire. Mais j'aime à croire que nous ne serons point obligés d'en venir à une si cruelle extrémité. Salut et amitié.

Page 1