‹ Vie et correspondance de Merlin de ThionvilleChapitre 44 sur 56 · JOUBERT · texte numérisé non relu

JOUBERT

Merlin de ThionvUle, représentant du peuple près l'armée du Rhin-el-Moselle, à ses coUèrjues composant le Comité de salut public.

Oberingelheim, le 9 veniléni. an i' de la Rép. française (d" oct. 1795).

J'ai été à Francfort avant-hier avec mon collègue Joubert, et l'armée de Sambre-et-Meuse ne manque plus de rien. Des marchés passés avec la maison Metzler, Betlemann et C"' assurent son service. Le prix des fournitures se fera avec la rentrée des contributions.

Vous ne sauriez imaginer, chers collègues, combien la ligne de neutralité gêne l'armée; 1° dans ses moyens: MM. les Prussiens ne laissent rien sortir de cette ligne que l'argent à la main, et les habitants retirent derrière cette ligne leurs chevaux, leurs blés et leurs fourrages; 2° dans ses opérations : parce que l'Autrichien ayant fait sa retraite derrière le Mein et s'y étant arrêté dans la position de Grosgoron, Hopenhoim et tout le long de la Bergslrass, il serait imprudent d'entrer dans le Hcsse- Darmstadt, si l'on avait à craindre que l'ennemi, dans les montagnes et sur les lianes de rarmée, pût revenir rompre la neutralité, passer sur les derrières de l'armée, faire lever le blocus de Mayencc et attaquer notre armée à revers dans le Darmstadt pendant que Wurmser l'attaquerait on tête. Il faut donc que vous fassiez expliquer catégoriquement M. Hardenberg auquel il faut envoyer un courrier extraordinaire. Il faut qu'il réponde au nom de son gouvernement ([u'il défendra la neulralilé cl (|ue Clairfayt ne passera pas la ligne de démarcation.

Sans cette sûreté, je ne vois pas, pour Sambre-et-Meuse, do moyen d'avancer. Tout ce que peut Pichegru, (pii campe avec quinze mille hommes, sa ''auche au Rhin ot sa droite au même fleuve sur Schwelzingen, ayant au

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rentre Manhcim qu'il couvre, c'est d'inquiéter l'ennemi et de s'opposer au passage de Wurniscr par la Bergstrass. Mais il a peu de monde. 11 serait imprudent de dégarnir le Haut-Rliin où l'onnemi a toujours trois fois jjIus de monde que nous; et le siège de Mayencc qu'il faut pousser et terminer avant l'hiver retient les troupes devant cette place. Hûtez-vousdonc, chers collègues, d'avoir une réponse positive de l'ambassadeur prussien.

Il est encore une chose sur laquelle nous avons besoin d'une décision prompte et positive : les Francfortois nous tirent des coups de fusil dans Ehrenbreitstein et dans Mayence ; et ces messieurs seraient neutres ! et la condition de la convention avec la Prusse serait remplie ! Je ne puis le penser. Je crois que quiconque n'a pas retiré son contingent ne saurait jouir de cet avantage. Nous désirons bien que vous pensiez conmie nous.

Au reste, l'armée du Rhin est en très bon état. Ce dont elle manque, ce sont les chevaux d'artillerie. Obligez les entrepreneurs trop insouciants à nous en envoyer.

Nous forcerons demain ou après tous les postes extérieurs de Mayence. On y jettera des bombes demain soir La désertion est grande dans la place ; des postes entiers décampent ; elle est peu ou point approvisionnée, et j'espère avoir le bonheur d'y entrer bientôt. C'est la seule récompense que je désire pour les peines que je me suis données.

Je vous salue bien fraternellement.

MERLIN lie Thionvillc.

Le Comité de salut public au représentant du peuple Merlin de Tlnonvillc, etc.

Paris, le 0 vendémiaire, l'an qiialriùmo ? (1" ocl.?).

Nous avons reçu, citoyen collègue, la lettre dans laquelle vous nous annoncez que vous allez vous rendre devant Mayence et que vous avez formé le projet d'en accélérer la prise. Vous sentez tout aussi bien que nous combien cette opération est urgente , tant pour en imposer à nos ennemis que pour nous rendre la libre disposition des troupes que le siège de cette place consume.

Aussi sommes-nous certains que vous ne ménagerez ni les bombes ni les boulets, et que vous joindrez à ces moyens une marche militaire aussi sûre qu'active.

Nous écrivons aux deux généraux d'outre-Rhin ; nous leur laissons la liberté de déterminer : 1° si une armée fera seule le siège de Mayence et laquelle formera ce siège ; 2° si les deux armées doivent y concourir, quelle opérera sur la rive droite et quelle opérera sur la rive gauche; 3" quel général opérera contre l'armée ennemie: i" quelles opérations il exécutera.

«Gfi r.ORRKSPONDANT.n OF F fC lELLIt.

Mais nous pensons que, clans aucun cas. une dos dou\ armées ne doit être occupée en entier au siège de Mayence: il n'est guère possible à l'ennemi, qui n'a que douze mille hommes, dégarnir les deux points d'attaque et de faire des sorties assez considérables pour exiger un si grand nombre de troupes. D'après cela nous jugerions que l'armée de siège devrait fournir des troupes à l'armée qui la couvrira. Nous pensons aussi qu'il sérail imprudent poul-èlre et funeste à la république de livrer combat à l'ennemi, si l'issue en pouvait paraître incertaine. Notre position demande que nous conservions cette supériorité d'opinion qui accélérera la paix et la rendra plus sûre.

Nous vous prions, cher collègue, de peser sur celie observation: elle deviendrait plus importante encore si nous avions une espérance de cerner l'ennemi dans le Darmstadt et de l'obliger à se rendre sans coup-férir ; car nous tenons toujours, si cela est possible, à enfermer l'ennemi entre le Mein, le Neckar et le Rhin. Cependant ce désir n'est point assez vif pour que nous fassions de cette opération une instruction militaire ni moins encore un ordre absolu.

Éloignés du théâtre de la guerre, ne le connaissant point en détail, ne connaissant ni vos forces, ni celles de l'ennemi, ni vos moyens respectifs, nous aurons toujours la sagesse de nous en reposer, et sur nos collègues dont le zèle nous est connu, et sur des généraux qui ont aussi bien mérité et justifié noire confiance que les généraux Jourdan et Fichegru. Salut et fraternité.

Les moiiibres du Cdiiiilû île salut l'iiblif,

CAMBACÉUÈS, prés., LETOLRNELT., BERLIEP., BOIS:rY, LOI VET.

Le représentât)! du peuple Merlin de Thionville, prè.s- les armées du Rhin et de la Moselle, aux repré:^entanls du peuple, membres du Coniilé de salut public.

\n quartier gcndral, M vendémiaire île l'an 4' île la Rop.? (4 ocl.).

J'ai reçu votre lettre dans laquelle, après nous avoir rappelé votre premier plan de campagne, vous nous prescrivez de ne pas ménager les bombes pour Mayence. Notre dernière dépêche et l'arrêté que nous avons pris do concert avec notre collègue Joubert sont, d'après cette lettre, entièrement dans vos vues. Vous aurez senti que nous avions pesé comme \ous le grand intérêt qui veut que nous ne nous exposions pas à éprouver un échec qui diminuerait l'importance et la grandeur de notre situation vis-à-vis de l'.Mlcmairne. \\'urmser ayant réuni des forces considérables entre le Rhin, le Neckar et le Mein. et se tenant toujours colle aux mon-

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lagnes, sa droite au Mein et sa gauche étendue vers \(^ Neckar. voudrai! nous voir commettre l'imprudence de nous présenter au delà du Mein dont i! no défend p;is le passage, afin de tomber à revers, de tout son front, sur notre gauclie ; car il est impossible que nous nous développions autrement devant lui, et il a la supériorité de la position.

Un autre moyen serait de le tourner par .Vschaffenbourg et ^^'u^tzbou^g; mais il faudrait pour cela deux choses : du monde et do l'argent.

Du monde, puisque .*^ambro-et-^feuse n'a que le nécessaire pour faire lèle à l'ennemi sur le Mein, et ([u'il faudrait que la colonne qui lilerait .«^lu' Wurtzbourg fût au moins de vingt-cinq mille hommes. Ainsi, il faut attendre la reddition de Elirenbreitstein pour profiter de ce renfort qui scr.i a peu près de quinze mille hommes. Pichegru ne peut rien faire que de Manheim à Bàle. et quelle étendue de terrain ! Il a environ quinze mille hommes qui couvrent Manheim : il prépare quelque chose sur Kehl ; il doit harceler l'ennemi entre Colmaret Huningue; il ne peut donner à Sambreet-Meuseque ce qu'il lui a déjà donné : une division qui cerne Mavencedu côté do Cassel et qui laisse à Jourdan toute son armée. Mais en supposant même que Jourdan pût faire marcher vingt-cinq mille hommes sur Aschatfcnbourg, il faudrait avec l'armée une caisse assez considérable pour

([u'on put acheter de quoi la nourrir au delà de la ligne de neutralité

Mtiiidile ligne!

On dit actuellement, et c'est à quoi il y a apparence, que l'ennemi renforcé attaquera Jourdan dans ses positions. S'il le fait, on se battra le même jour sur toute la ligne du Rhin, et ce coup décisif décidera la paix. La position de Jourdan est bonne: il attend l'ennemi avec confiance, et voudrait pouvoir aller le chercher.

L'horizon s'obscurcit toujours davantage chez vous. Si vous m'y croyez nécessaire, je vous le répète, parlez. Salut et fraternité.

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