‹ Vie et correspondance de Merlin de ThionvilleChapitre 45 sur 56 · MEI;LI.S · texte numérisé non relu

MEI;LI.S

Merlin di Thionvillc, représentant du peuple près les armées du Rliin-cl- Moselle, au Comité de salut public.

Au quarlier général devant .Mayence, le 13 vendémiaire de l'an i do la Tiép. une et indiv. (5 oct.).

C'est au milieu du fou que l'armée vient de connaître le décret qui appelle une colonne à la défense des droits du peuple violés dans Paris : Kepré.sentants, elle est prête à partir.

L'armée qui a vaillamment défendu Mayence, qui a bal lu dans toutes les rencontres les brigands et les chouans de la Vendée , l'armée qui assiège aujourd'hui cette place, marchera contre les brigands et les chouans de Paris.

Quoi ! c'est quand nos braves frères d'armes font triompher la république partout où ils attaquent ses adversaires, que les ennemis de la république déchirent son sein dans Paris ' Et la France tout entière souffrirait plus longtemps un tel excès d'audace ! Et les armées, dont le sang coule tous les jours au champ d'honneur, perdraient le fruit de tant de combats livrés à la tyrannie, pour retomber sous la tyrannie! Non, représentants; les lâches qui étaient dans les rangs d'Henriot le 31 mai , qui fuyaient et se cachaient quand, seuls, vous renversiez Robespierre, ne braveront pas plus longtemps la souveraineté du peuple dont ils se déclarent les zélateurs quand ils refusent d'écouter sa voix puissante.

Nous avons accepté librement la constitution que vous avez présentée au peuple français. Nous avons juré de la maintenir. Parlez et vous verrez comment nous tenons nos serments.

Le général Pichegru a fait des dispositions; déjà son camp contre les rebelles est reconnu. Reubell, Rivaud et moi, nous nous disputons la faveur de marcher avec nos braves camarades contre les ennemis de la paix que l'Europe vous demande, contre les ennemis d'un gouvernement quo redoutent les fripons, contre ces hommes qui vivent d'agitations, sources de famine et de misère pour l'honnête homme qui ne partage pas leurs fureurs.

Mais Paris lui-même extirpera sans doute cette nouvelle Vendée qui veut se former dans son sein. Les amis de la patrie se montreront comme au 1 4 juillet, au 4 0 août, au 9 thermidor, en prairial ; ils se rappelleront ce que leur ont coûté le 31 mai et l'infâme tyrannie de Robespierre; ils ne nous laisseront pas la gloire de vaincre les satellites des rois au dehors et au dedans, et la horde immonde rentrera dans le néant.

S'il en était autrement, parlez et les ennemis de la patrie ne respireront qu'autant de temps qu'il en faudra à la colonne do Rhin-et-Moselle pour arriver à eux.

Salut et fraternité.

MERLIN (lp Thionville.

Le Comité de salul public au citoyen Merlin de Tliionville,etc.

Paris, lo 10 veiulémiairc, l'an 4* (8 ocl.).

Citoyen collègue , Au moment où une constitution républicaine, acceptée par le vœu de l'immense majorité des Français, va mettre un terme aux orages de la révolution et assurer le bonheur du peuple, on devait bien s'attendre que le rovalismo et l'anarchie, également ciincMnis de tout ordre public, s'efforceraient (kMnellro obstncle à son élabiissemonl. Tel a été cvidenunoni le but (le la conjuration qui vient d'éclater autour de la représentation nalio-

CORRESPONDANClî OKI-ICIELLE. 269

nalc, et que le courage des troupes républicaines et le patriotisme de plusieurs citoyens ont heureusement déjouée. Jamais peut-iMre un danger plus pressant ne mena(;a les fondateurs et les amis de la liberté; jamais aussi leur victoire ne fut plus rapide et plus complète. C'est au sein même de Paris que les royalistes et les chouans organisaient la guerre civile : c'est dans quelques assemblées primaires de cette grande commune qu'ils en avaient allumé les brandons. La Convention nationale outragée, calomniée par une foule d'écrits incendiaires, n'a longtemps opposé à ses ennemis que le silence du mépris. Mais le danger de la patrie a enfin nécessité des mesures de rigueur. Après de fréquentes et vaines tentatives pour corrompre les soldats de la liberté, les rebelles ont osé les attaquer sur plusieurs points. Le sang des braves défenseurs de la patrie a coulé , mais le canon vengeur a bientôt dissipé ces hordes de brigands, et leur défaite épouvante encore leurs lâches complices. Plusieurs révoltés ont été pris et sont sous la main de la loi : les habitants de la section Lepelletier, dans le sein de laquelle était le foyer de l'insurrection, ont été désarmés et des mesures ont été prises pour rétablir le calme et assurer le respect des personnes et des propriétés.

Nous avons lieu de présumer, citoyen collègue, que le bruit des dangers dont la Convention nationale a été environnée aura pénétré jusqu'à vous, et qu'en exécution des lois du I*'" germinal et du 3 du courant les colonnes républicaines destinées à protéger la sûreté du Corps législatif se seront ébranlées : les détails que nous venons de vous transmettre vous feront sentir que rien ne vous empêche aujourd'hui de donner à leur courage une autre destination.

Salut et fraternité.

C.V.MBACÉRÈS, j)c«., ÏHIB.\UDE.\U, nOlSSV, SIEVÈS, GOLRDAN, ESCHASSÉr.IAUX, DALNOU, LOLVET, BERLIER, LETOURNEUR, LESAGE, CHEMER, Jean DEBRY, LAREVEILLÈRE-LEPEAUX, MAREC.

Merlin de Douai à Merlin de Thionville.

18 vendémiaire an 4" (10 ocl.).

Pour la seconde fois, mon brave, je te dirai: pends-loi, nous avons vaincu, et lu n'y étais pas. Quels jours nous avons passés! Le ! I , nous avons formé dans les deux comités une commission de cinq ; on m'y a fourré, et quatre-vingt-seize heures de travail continu en ont été la suite. Prends vite Mayence et reviens embrasser ton bon ami.

M. cl. D.

270 CORRESPONUANCli OFl- ICIELLli.

A Merlin de Thlonville-, etc.

Au quarlicr général 'le Siiulluigcn, le IS veriiléiiiiiiiro iiii i' (10 oct.).

Ayant obtenu, Bréjard et moi, du représentant Hivaud un permis pour aller faire un tour à Francfort, citoyen représentant, Bréjard m'y laissa aller tout seul sous divers prétextes.

J'arrivai donc hier malin dans cette ville, et après avoir été voir une connaissance, je fus instruit (lu'il était de la convenance de faire une visite au général prussien qui commande la ville. Aujourd'hui matin, je me présentai chez lui , prince de Hohenlohe, sous le seul prétexte cju'ayant le projet d'y passer la journée, j'avais cru qu'il était d'usage de lui faire une visite. 11 m'accueillit beaucoup, après lui avoir dit que j'avais l'honneur de vous être attaché ; il m'invita à dîner, et me fit placer à côté de lui à table. Il prit mon silence pour de la politique, me questionna honnêtement sur le but de mon voyage à Francfort; et lui ayant tout ingénument répondu que j'y étais venu pour y voir des amis, il me crut prudent et n'insista plus. J'entre dans tous ces détails, citoyen représentant, pour vous donner une idée parfaite de tout ce ([ui s'est passé.

Un officier palatin, le jeune prince de Linange, qui me reconnut, l'instruisit que j'avais été chargé du message delà capitulation de Manheim ; ce qui confirma plus encore le prince dans l'idée que, sûrement, je n'étais pas venu à Francfort avec le projet d'y voir simplement des amis. Il me fit alors des demi-confidences sur les affaires politiques de l'Empire. Mou peu de connaissance dans cette partie m'obligea à la plus grande retenue, ce qu'il prit encore pour de la prudence. Il me fit donc plusieurs ouvertures auxquelles je répondis avec toute la retenue possible, de manicre ipiil me força il croire que j'étais un homme important.

Au fait : le général Jourdan lui a écrit aujourd'hui et lui rappelle que, par le traité do Bols, du 1 4 mai dernier, tous les princes compris dans la ligne de démarcation, qui n'auraient pas retiré leurs contingents, seraient traités comme ennemis, et que, sous ce point de vue, le Comité de salut public venait de prendre un arrêté pour lui faciliter les moyens de tirer de ces divers pays les subsistances dont il avait besoin pour son armée.

Le. prince me fit la conlidence de ce qu'il avait fait relativement à celle lettre qu'il avait communiquée au général C.lairfayt , et me laissa, par des demi-phrases, deviner que la réponse do ce dernier était que sa conduite suivrait l'exemple des Français. Enfin le général Jourdan lui demanda un fendo/.-vous pour demain; il le lui a donné pour quatre heures après-dtnée il Horsch.

Pendant que nous étions à dîner, il lui est arrive un courrier expédié par lo roi do Prusse lui-même ; et il m'invita, après avoir pris lecture do sa lettre, à passer avec lui dans son cabinet où il me la lut tout entière. En

voici la substance : « Vous inviterez les généraux frant;ais à Iniiter le pavs de l'électeur de Mayence avec ménagement, pu siiue ce dernier vient de notifier à la diète d'Empire qu'il vient d'expédier a son ministre, le baron d'Albini. tous les pouvoirs pour traiter et négociera Dàle, avec le ministre de la république française, sa paix particulière, de concert avec le ministre prussien. » Enfin, pour conclure, il me dit que l'entrevue qu'il devait avoir avec le général Jourdan allait décider sur de grands événements et qu'il trouverait très avantageux pour les intérêts de la république que vous y soyez.

Mais, sur l'observation que jeluiai faite que vous étiez chargé de l'armée de Rhin-et-Moselle et non de celle de Sambre-et-Meuse, il répondit: « Les armées n'appartiennent donc pas toutes à la républitiue française une et indivisible? On sépare donc les intérêts? M. Merlin, très expéditif dans les moyens embarrassants, nous tirerait d'affaire. Veuillez donc, me dit-il, l'inviter ii se trouver au rendez-vous. Il importe beaucoup à l'exécution de votre traité de paix que les armées françaises respectent la ligne de démarcation : sans cela tout est rompu. »

Lui ayant observé de nouveau que vous ne vous mêleriez sûrement pas de cette armée, puisqu'elle est confiée à d'autres représentants, et que n'ayant pas été invité à ce rendez-vous par vos collègues, vous n'y joueriez pas un rôle analogue à votre caractère et à votre délicatesse : « Eh bien! monsieur, me dit-il, pour vous prouver, et à la nation française, combien je suis plus leur ami qu'ils ne le croient, c'est que j'aurai l'air d'ignorer que M. Merlin s'y trouve comme ayant connaissance de ce qui se passe; et même je prie M. Merlin d'en agir de même et (jue ce ne soit qu'affaire de circonstance de ce qu'il se trouve là. >•

Je fus alors voir Albini , le ministre de l'électeur, un de mes anciens amis qui me vit avec plaisir. Celui-ci nie (il voir ses pouvoirs d'aller à Bâle traiter de la paix pour l'électeur de Mayence, et qu'il n'attendait que la réponse de M. Barthélémy pour aller le rejoindre; plus encore, il me fit voir en original la pièce que l'électeur a signifiée à la diète de Ralisbonne pour engager les autres à l'imiter.

L'entrevue que le général Jourdan aura demain avec le général Holienlohe sera donc de grand intérêt pour les subsistances de l'armée; car elle est dans une grande pénurie, et d'autant plus grande que le général Hohenlohe craint que la nécessité de s'en procurer n'oblige le général Jourdan ii user de quelques moyens qui pourraient, à son exemple, permettre il Clairfayt d'en faire de même , car il est dans le même cas. Aujourd'hui la cavalerie autrichienne est venue à l'avoine à Francfort et s'en est retournée sacs vides.

Je termine par vous engager a venir a ce rendez-vous. Je suis parti a sept heures du soir de Francfort pour pouvoir, au premier poste, vous expédier une ordonnance; j'invite le général Kléber à Valf de vous faire en-

272 CORRIiSPONDANCK ()F FlCl I< LLK.

voyer de suite la présente. Demain matin, je nie mettrai en route pour me rendre à vos ordres. Je vous écris la présente au bivouac de Sindiingen. Pardonnez à mon mauvais style et à ma mauvaise écriture : le premier est faute de n'en savoir pas davantage, et le second défaut de lumière. Je serai demain à dîner chez le général Kléber, où je pourrai vous instruire plus particulièrement si vous venez au rendez-vous.

IIEMINGEN?

Le général de division Klcber aux représentants du peu)Ae près l'armée du lihin-

el-Moselle.

.\ii iiiiarlior gcncral à Nicdcrwalof, le id vcnJôiiiiaire, l'an 4* tic la lU'p. (Il oct.)

Je VOUS préviens, citoyens représentants, que l'ennemi a passé le Mein à Seeligenstadt et qu'il le passera, cette nuit, à Offenbach, les pontons et pontonniers y étant déjà arrivés.

Le général en chef Jourdan m'ordonne en conséquence de faire passer de la rive gauche à la rive droite du Rhin la 4* division , aux: ordres du général Renaud. Je viens doric de lui en expédier l'ordre, en lui désignant la position qu'il devra occuper.

Salut et fraternité.

KLÉr.ER.

P. S. Je vous préviens également que j'ai donné le commandement des trois divisions de la rive gauche au général Saint-Cyr, le général Schaal ayant pris le commandement de la 4'' division de Rhin-et-Moselle.

Le rjénéral de division Gouvion Sainl-Cyr au citoyen Merlin de Tliionville, etc.

.\u iiuartier gciicral à Niciler-Ulni, le 21 vcndciiiiairc île l'an 4, à i|iia(rc$ heures du malin (13 oct.).

Je vous préviens, citoyen représentant, que l'armée de Sambrc-ct- Meuse se retire de deviuit Mayence : aujourd'hui elle doit passer la Lahn. La division du général Renaud a ordre de repasser le lleuve et do se réunir il nous: je doute qu'elle jniisse le faire sans éprouver un échec considérable, vu le peu de bateaux ipielle a iiour elTecluer ce ]iassagc. Renaud a ordre de l'elVectiier partie à Nieder-WalotV, partie à Lrbach. ]tar(ie ii Bingen, et partie à Saint-Uoar. Ce qui ne pourra (las passer sur ces ditTérenls |K)ints,

COUllliSl'UNDA.NCL: U F l'ICl tL LL. 273

a ordre de passer la Lalin avec l'armée de Sambre-el-Meusc. Nous allons par conséquent rester devant Mayence avec trois divisions. Vous concevrez aisément tous les dangers de notre position. J'en ai donné connais sauce au général Pichegru. Salut et fraternité.

GOUVION SAlNT-CYn,

-lu citoyen Merlin de Thionville, etc.

Biidenhcim, le i\ vonilémiairc de r.iii 4 (I) (13 ocl.).

Détail circonstancié du passiuje du Rliin de la W" division.

Le 19 vendémiaire dernier, a quatre heures du soir, le général Kléber nie fit prévenir verbalement par un oflicier de son état-major de nie tenir prêt à passer le Rhin avec la totalité de la division que je commande et que, sous une demi-heure, je recevrais des ordres par écrit.

Aussitôt cet ordre reçu, jai fait relever lous mes postes par la •10'' demibrigade d'infanterie légère que j'avais destinée à garder les lignes jusqu'à ce qu'elle soit relevée par les demi-brigades qui avaient ordre de remplacer les troupes de la 1 1" division. La division s'est mise en marche à six heures du soir, la gauche en tète, parce que ma gauche devait appuyer à la droite de la division Championnet et remplacer celle de Beniadolle. L'embarquement et le débarquement se sont faits par une pluie conlinuelle et ont duré depuis huit heures du soir jusqu'au lendemain 20 vendémiaire à une heure après dîner: et à deux heures, toutes les troupes de la division occupaient les positions ordonnées par l'instruction du général Kléber. En allant visiter ma position, j'ai rencontré, vers cinq heures et demie, un oflicier de correspondance à peu près à la hauteur du Hausser-Ho'f, lequel m'a prévenu verbalement, de la part du général Kléber, que ma division allait repasser le Rhin, et qu'à sept heures environ je recevrais des ordres par écrit. Sans attendre l'ordre par écrit du général Kléber, j'ai aussitôt préparé mes instructions par écrit pour les généraux de brigade Lecourbe et Sandoz, dont suit copie.

Environ à sept heures et demie du soir, j'ai reçu l'ordre par écrit du général Kléber qui portait en substance : de passer avec ma division de la rive droite à la rive gauche du Rhin pour aller occuper ma première position: dépasser sur les trois points suivants: Niderwalf. \is-a-vis do

(1) Le maïuiscril tlu général l'vciicaukl porte l" vciiiicmiairc ; mais c'e^l nianifestcineut une erreur de plunic.

•274 CUURKSl'UNDANCl': O l" 1- U:i ELL i;.

Bin-eii, cl cl Saint-Goars-Hauser; de faire prendre au\ Iroupes qui ne pourraient point passer sans se compromeltrc la traverse près de Saint- Goars-Haiiser, faite par les Prussiens, et de se réunir à Tune des divisions de Sambre-et-Meuse, et en me prévenant que les divisions de Championnet et Bernadette se repliaient à l'instant sur Lange-Sclnvalbacli, et le lendemain 2 1 derrière la Lahn .

La tête de la colonne na pu arriver (jue vers minuit au port de Nider- Avalf: les bateliers, qui avaient travaillé la nuit précédente et pendant une partie du jour, étaient exténués de fatigue et se sont cachés et évadés, malgré les ordres et la consigne donnés aux gardes : il me restait pour tout moyen de passage environ vingt bateliers que j'ai fait ramasser ii Sirstein, Niderwalf, Elfeldet Heidefart; et malgré les officiers que j'ai envoyés dans le Rhingau et les ordres réitérés aux baillis d'Elfeld et Kudesheim, les bateliers n'arrivèrent point, et l'on a employé depuis minuit jusqu'à cinq heures du matin pour passer l'artillerie et une demi-brigade d'infanterie. Voyant cette lenteur et appréhendant d'être suivi par l'ennemi au point du jour, j'ai ordonné au général Lecourbe de filer dans le plus grand ordre avec les 1 82" et 36'' demi-brigades, et le 1 9'' régiment de dragons, jusqu'à Rudesheim et de passer le Rhin, aussitôt son arrivée, avec les moyens ([u'il y trouverait. J'ai envoyé, vers dix heures du soir, un de mes aides de camp à Rudesheim et Bingen pour préparer sur-le-champ des moyens de passage, et, en effet, il a réussi k réunir assez de bateliers et de moyens pour passer mille à quinze cents hommes à la fois.

Entre six et sept heures du matin, j'ai ordonné au général Sandozde se replier sur Gessenheim avec les six bataillons d'infanterie légère et cent dragons que je lui avais laissés: de prendre position en avant de ce village pour protéger le passage du général Lecourbe à Rudesheim. Le général Sandoz étant en marche, et après m'étre assuré par moi-même que l'ennemi ne suivait point notre marche, je me suis acheminé avec les officiers de mon état-major vers Rudesheim. 11 y avait dans tous les villages du Rhingau des troupes à cheval et de l'infanterie de l'armée de Sambre-et- Meuse (jui ramassaient du pain et du fourrage: les villages étaient assez tranquilles et j'avais la satisfaction de voir qu'il ne s'y était point commis ou au moins très peu de désordre. Mais, arrivé à Vinckcl . je me suis aperçu q\ie ce malheureux village était eu butte à la brutalité et au pillage des soldats ivres de l'armée de Sambre-et-Meuse, de quelques grenadiers de ma division et des dragons du 19' régiment (jui forçaient les portes des maisons, sous prétexte de prendre du fourrage, disant que depuis trentesix heures leurs chevaux n'avaient pas mangé, ce qui en partie était vrai. .l'ai fait avec les officiers d'état-major tout ce (jue l'honneur, mon devoir et l'humanité commandent défaire en pareille circonstance, et, après être parvenu à déblayer le village et faire oindre les traînards et les maraudeurs, j'ai continué mon chemin et ai trouve la brigade du général

CORRl^Sl'ONDANCi: OF F IC 1 1- LL K . 275

Lecourbe qui se reposait en dehors de Rudcsheim. J'iii donné un ordre par écrit aux généraux de brigade de rallier les bataillons et régiments, de faire faire l'appel, surtout des officiers, et de m'en donner le résultat par écrit, et ordre en même temps de passer sur-le-champ le Rhin, lequel a été effectué lestement et successivement par demi-brigades; à l'exception de trois compagnies de carabiniers de la 20" demi-brigade auxquelles j'ai ordonné de rester sur les bords du Rhin jusqu'à minuit pour recevoir les traînards et les ramener ainsi ([ue tous les bateaux, ancres, cables, etc., à la rive gauche.

Comme les troupes de la division étaient accablées de fatigue et la moitié pieds nus à la suite d'un mouvement de quarante heures au moins pour passer et repasser le Rhin sans prendre haleine, et m'étanl bien assuré que l'ennemi n'avait point jeté de forces dans Mayence et (ju'il se portait en entier sur l'armée de Samhre-et-Meuse, j'ai cru devoir leur faire faire la distribution de vivres à Bingen, et cantonner pendant une nuit les demi-brigades, à l'exception de la 3o'" et de l'artillerie à cheval qui avaient passé à Niderwalf, et du 1 9'' régiment de dragons qui ont repris le môme jour leur ancienne position devant Mayence. Le 22, toutes les demibrigades sont parties de leurs cantonnements pour les lignes. Comme de toutes les troupes le 1 9" régiment de dragons et l'artillerie à cheval se sont le plus mal conduits, je les ai consignés pendant quelques jours dans leurs cantonnements.

Le Mnéral de divi!>ion RENEAULD.

Merlin de Thionvillc, reprcsenlant du peuple près l'armec du lihin-el-Moselle, au gênerai Reneauld, à Hingen.

-21 veiKléiiiiairP, an 4 (13 oct.).

Assez et trop longtemps certains agents des vivres ont pris les soldats pour des chiens qui devaient manger tout ce qu'ils leur jetaient. La loi bienfaisante qui amène enfin l'égalité dans l'armée, puisqu'elle soumet le général, le soldat et l'agent quelconque au mémo conseil de guerre, fournit un moyen de punir ceux desdits agents qui , avec de bonnes farines , font manger du pain détestable aux défenseurs de la patrie, soit par défaut de surveillance, soit par friponnerie. Convaincu de votre impartialité et de votre amour pour vos frères d'armes, et attendu que la loi vous renvoie positivement, comme à l'officier général le plus à portée, la connaissance des faits, vous voudrez bien convoquer de suite un conseil de guerre pour juger dans le plus court délai le citoyen Brocard, inspecteur des vivres, constitué prisonnier par un do mes arrêtés. Vous remettrez au conseil de

27(3 (.OUHliSl'UNDANCK OF F ICI KLLl- . '

.LTiiorro, dans kH[ud vous aurez soin de faire trouver un vivrier. les ])roces- \crhaux, les cchanlillons de farine, et le pain de munition scellé pro\enant de la distribution du 20 de ce mois et qui se trouve chez le commandant Kobichon, à Bingen.

S'il résulte de l'examen qu'avec les farines on aurait pu faire de meilleur I)ain, le citoyen Brocard doit être puni comme n"ayant pas fait son devoir, comme un soldat qui, par défaut de surveillance, aurait laissé surprendre le poste devant lequel il aurait été en faction. Si c'est par friponnerie, ce que les témoins qu'on fera entendre pourront dire, il devra être puni comme prévaricateur et voleur.

Vous voudrez bien vous assurer aussi et faire dresser procès-verbal, en faisant faire une visite à son domicile et en faisant entendre les personnes qui mangeaient habituellement avec lui, si ce citoyen mangeait du même pain que celui qu'il nous donnait. Dans le cas où il sera prouvé qu'il mangeait d'autre pain, il faudra constater de quelle farine il le faisait faire et où on le cuisait. Le procès-verbal préalable sera remis de môme au conseil de guerre pour servir à charge ou à décharge du prévenu.

Vous voudrez bien encore donner vos soins à ce que la manutention ne soit point entravée par le défaut de cet inspecteur, et y mettre de planton un officier sage et intelligent pour surveiller la fabrication, de laquelle, seulement, il pourra se mêler

.le vous recommande d'empêcher, autant ([u'il sera en vous, ipie la passion ne se mette à la place de la justice (pic nous devons à tout le monde.

Vous remettrez copie de cette lettre au conseil de guerre. Salut et fraternité.

MEPil.I.N do Thionvillc.

Le Comité de sahd public aux reprcsentanl!; du peuple près l'armcc du Hhin-

el- Moselle.

l'nvis, no VLMulciniairc, l'an 4' (2-2 ocl.).

Vous trouverez ci-indus . citoyens collègues, la copie d'une instruction ([ue nous adressons aux généraux des armées sur le Rhin ; nous vous prions de veiller avec suite à la prompte exécution des mesures quelle renferme. Nous avons été forcés par la retraite de l'armée de Sambre-ct- «-Meuso sur le Rhin à changer nos dispositions antérieures ; mais nous espérons rpie si notre nouveau plan est exécuté avec chaleur et entente, nous erminerons glorieusement la campagne.

Vous sentirez combien il importe (lue l'armée du général Picliegru se

COUKESPONDANCE OF FlCi RI.Ll-. ?::

molle on mouvomenl sur Ki'hl ou ?ur Huningue, ot qu'elle cxéculo s,in< ilélai une opération majeure.

Nous vous prions, dès que vous aurez reçu celte dépèche, de conférer avec le général Pichegru et de nous faire connaître par un courrier quelles sont ses vues, c'est-à-dire s'il passera à Kehl ou à Hunini;ue: cprind il compte passer; dans la supposition de Kehl, s'il tournera sur Philisbour^ ou sur quels points il marchera: et dans la supposition d'iluningue, s'il se dirigera sur les villes frontières ou sur quelque autre point. Ces détails nous sont nécessaires pour lier l'opération de cette armée avec celle qui doit agir à Manheim.

Salut et fraternité.

Lps incnilires du Comité île salut public,

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