I.ETOIT.XfsIT,, THII'.AI'riRAf, SIEVK
fnslruclion.
L'armée de Sambre-el-Meuse ayant été forcée par des événements que le Comité de salut public n'avait pu prévoir et sur lesquels on n'avait pas dû calculer, à se retirer sur la rive gauche du Rhin, le Comité pense que, dans le moment actuel, les généraux Jourdan et Pichegru doivent employer tous les moyens qui sont à leur disposition pour conserver les passages de Dusseldorf. de Xeuwied et de Manheim, et pour empêcher l'ennemi de pénétrer par Mayence sur le territoire français.
Il est. pour atteindre ces différents buts, des mesures directes e( des mesures indirectes.
Parmi les mesures directes, le Comité place l'approvisionnement de la place de Dusseldorf et celui de la place de Manheim, et ordonne en conséquence que ces deux villes seront approvisionnées sur le pied de siège.
il confirme l'arrêté pris le 20 vendémiaire par le représentant du peuple Joubert. relatif à une livraison d'une somme de 30.000 livres en numéraire et 100,000 livres en assignats pour réparer les fortifications de Dusseldorf. Il autorise le même représentant à faire mettre a la disposition du chef du génie les nouvelles sommes qui seront jugées indispensables tant pour mettre la place de Dusseldorf en état de défense que pour les travaux d'un camp retranché sous ladite place.
FI autorise encore les représentants du peuple en mission près l'armée de Sambre-et-Meuse à faire mettre à la disposition du chef du génie les fonds, tant en numéraire qu'en assignats, qui seront indispensables à l'établissement d'une tête de pont à Xeuwied. si cet ouvrage est jugé nécessaire.
Il autorise les représentants du peu[)le en mission près l'armée de
278 CORRESPONDANCE OITICIELLE.
Rliiii-cl-Moselle à faire faire aux forlificalions de la ville de Manhe'.n) les travaux qui seront jugés indispensables pour mellre cette ville en étal de défense.
De puissantes diversions, faitciS sans nul délai, sont de tous les moyens indirects le plus prompt et le [)!us sûr : elles seroat exécutées dés cet ordre reçu.
La diversion de l'armée de Rhin-ct-Moselle aura lieu vers lluningue ou vers Kehl; le Comité laisse au général Pichegru le choix du point ou la diversion aura lieu.
Le général Pichegru se rendra proche du point où il voudra agir : il rassemblera vingt mille hommes au moins: il passera le Rhin, et, par des marches vives et des coups forts, il fixera sur lui lallention des ennemis. Comme les troupes autrichiennes qui sont sur le haut Rhin ne pourront suffire à faire tète au général Pichegru, surtout s'il développe les talents et l'activité dont il a donné des preuves (l). il n'est pas douteux que Wurmscr ne soit obligé de s'éloigner de Manheim pour se porter vers Kehl ou Huningue, points vers lesquels le général Pichegru doit agir sous le plus court délai possible.
Le général Pichegru, dés qu'il aura reçu la présente instruction, adressera au Comité de salut public, par un courrier, le détail des projets qu'il se proposera d'exécuter dès qu'il aura passé, soit à Kehl , soit à Huningue, et il remettra au citoyen Dufalga, chef de bataillon du génie, porteur de la présente dépêche, une copie de son travail sur les opérations ultérieures, pour être porté au général Jourdan.
11 est infiniment important que le secret le plus i)rofond soit garde sur les opérations dont on vient de parler, et plus {»arliculièrement sur celles dont le détail suit.
Dés la réception de la présente instruction, le général Jourdan choisira dans l'armée de Sambre-et-Meuse un corps de vingt mille hommes dont seize à dix-huit mille d'infanterie et le reste en cavalerie. Ce corps aura avec lui tous les moyens d'artillerie et de transport et les munitions de guerre qui lui sont nécessaires. 11 se rendra, sous les ordres du général Kléber. sous Manheim. On donnera à cette marche un prétexte quelconque, mais plausible, tel que la nécessité de renforcer le blocus de Mayence, ou même de fortifier le haut Rhin ou tel autre : on mettra assez d'art dans les confidences pour rendre le motif croyable. Ce corps se réunira aux douze mille hommes actuellement sous Maidieim pour y exécuter les opérations qui lui seront indi(iuées.
Dès l'instant où les troupes actuellement sons Manheim auront été
(I) Cette paronllu'-se ilii ComiU'' est rrmarqiuilile ; mais quand un général niéiile une pareille observation, il a nudité d'être rovmiué.
couuesi'ondancl;, oi-ficiellk. sto
joinU's par colles de l'armée do Sambro-et-Meusc, elles sorganiseronl avec la plus grande célérité en corps d'armée agissant ; elles auront pour coiumandant on chef le général Kléber et pour commandant en second le général Desaix.
Il sera donné à ces lrou[)es une administration particulicrc forniéu par le commissaire ordonnateur en chef de l'armée de Sambrc-et-Meuse. On recommande à cet administrateur de mettre dans cette opération célérité et secret.
Le général Jourdan préparera un corps de huit mille hommes pour aller tenir garnison dans Manheim. Ce corps n'aura avec lui que ses équipages particuliers, son canon de bataillon et ses effets de campement. Il devra arriver à Manheim au moment où le général Kléber pourra se mettre en campagne.
Le Comité s'est vu obligé de mêler ainsi les armées afin que les généraux Jourdan et Pichegru pussent fournir, le premier aux vingt et quelques mille hommes, et le second aux trente et (iuel([ucs mille hommes qui vont agir, tout ce qui est nécessaire poiu" développer une très grande activité.
Le Comité pf^nse que par ces moyens, le général Pichegru agissant avec le général Kléber, Wurmser sera obligé de remonter le Rhin, et que dès l'instant où le général Kléber agira, Clairfayt sera obligé de remonter à son tour.
Le Comité n'indique dans ce moment ni au général Pichegru ni au général Kléber les opérations qu'ils doivent exécuter ; il prescrit à ce dernier de l'instruire par un courrier extraordinaire des vues qu'il aurait à cet égard.
En général, le Comité le répète, le but du gouvernement est : 1" d'assurer la conservation de Dusscldorf , Manheim et Neuw ied ; 2" d'empêcher l'ennemi de pénétrer sur le territoire français ; 3" de faire rentrer en deçà du Rhin toutes les denrées qu'il sera possible d"y transporter de la rive droite.
L'armée de Sambre-et -Meuse et celle de Rhin-et-Moselle, fortes au moins de quatre-vingt mille hommes chacune , pourront aisément fournir les corps disponibles qu'on leur demande, d'autant que l'ennemi, occupé sur trois points, songera peu à agir oiïensivement au delà du Rhin.
l-c.« nioiulirc'S ilii CniiiilL' do s:ilul public,
I.ETOl'Ii.NELT., THIBAUDE.M', SIEVÈS, ESCIIASSEP.I.MX , C.\MB.\CÉP.Èf; , LOUVET.
Le représpnlmil du pexjilr Merliti de ThionvUlr, eif:., au Comiid de salut, pulilic.
An i|iiuiiicr g('ii(''ral à Obcriiigcllii-iai, le 30 vomk'rniaire do Vim \' ilu la Ri'p. fiaiiç. Cii oct. 1795).
Vous aurez vu par la lellrc de Pichegru, chers collègues, que les choses vont assez mal ici. La malheureuse ligne de neutralisation a nécessité la retraite de Jourdan et la perte de nos avantages sur la rive droite du Rhin. Il ne nous reste que Manheim.qui est serré par l'ennemi sur la rive droite, à peu près comme nous serrons Mayence sur la rive gauche. Ainsi, nous avons chacun un pied l'un chez l'autre.
Je dois vous le dire franchement : malheur à nous si nous perdons du terrain devant Mayence, parce qu'alors il nous faudra évacuer Manlieim par lequel nous menaçons l'ennemi, pour nous retirer sur le Spirbach. Il est donc essentiel que Pichegru soit à même de mettre plus de monde devant Mayence où il n'y a que vingt mille hommes.
Nous avons été attaqués, il y a trois jours, sur toute la ligne, pendant qu'à Budenheim, entre Bingen et Mayence. un corps de manteaux rouges et d'émigrés avait tenté le passage du Rhin. (Jn les a laissé arriver jusque sur la rive, et là, une grande partie a péri par la mitraille et le feu de la mousqueterie. De pareilles tentatives peuvent s'effectuer encore, l'armée ennemie n'étant plus occupée de Jourdan, et peut-être ne serions-nous pas en force? Prenez les mesures les plus sévères pour faire rejoindre les corps, pour recruter les bataillons; mais que, provisoirement, Jourdan fasse occuper par ses troupes au moins la moitié de notre position devant Mayence.
Les infortunés habitants du Palatinat, que nos revers passagers épouvantent, vous prient de ne pas les abandonner à leurs anciens despotes. Jourdan ne devant plus tenter le passage, dans cette canqjagne. peut nous fournir les moyens d'éviter les malheurs d'une retraite de devant Mayence ; retraite qui ouvrirait encore le pays à l'ennemi . qui. cette fois, n'en sortirait peut-être pas si facilement.
Salut et fraternité.
MKl'.l.l.N .le Tli.
La sagesse île celte lettre ne ilevait pas tarder à rire mise en éviiienr.e par les événements.
Merlin de Thionville, etc., att Coinilr de sahtt public.
\ OlioriiiLTcllicim, !•• UO vciulciniaiie, an \ (ii ocl.).
Je vous envoie ci-joint coi>i(' d'uni" Ictlri- que m'éciit le ciloveii Deguest . aident lulional de l'adunnislriilinii des pa\s comiiris cnlrc Rliin-ct-Moselle.
CORRESPONDANCE OFUCIELLE. «si
ronime c'est sans doute la perte de leur poste qui ai-rit les deux messit'urs qui se disent députés de la ville de Trêves, je n'ai pas besoin de prévenir les discours qu'ils pourront tenir contre nous. Nous vous avons envové les citoyens Kobb et Bebler, dont la probité est bien connue, pour vous présenter le plan d'organisation de l'administration des domaines et contributions de ce pays, livré depuis trop longtemps aux commissaires évacuateurs et à d'autres agents qui. péchant en eau trouble, ont fatigué un pavs qui est inépuisable et qui se réjouit de voir renaître l'ordre. Vous avez approuvé notre ouvrage, et cet ouvrage qui vous fait bénir ici, je le mets au nombre des services que j'ai contribué à rendre à la patrie.
La ville de Trêves n'est pas contente de voir l'administration perlée au centre du pays: nous nous y attendions. Mais cette ville sera représentée, puisqu'un de ses habitants est membre de l'administration centrale. Vous ferez du reste sur tout cela ce que vous croirez convenable : je dois cependant vous dire que dans ce pays plus encore qu'ailleurs, l'on ne doit point varier dans ses déterminations si l'on veut inspirer confiance. La machine roule: il serait dangereux de la briser. Je vous salue fraternellement.
W:r\US .1.' Thionvillc.
^lerlin de Thionville au Comité de salut public.
Oberingellieira, le 2 Lininiaire, an t' (2i nrl. 05).
C.hers collègues, la campagne n'est pas perdue pour nous. Quoique la retraite de Jourdan soit un malheur que je regarde, moi. comme l'ouvrage combiné de la Prusse, de l'Autriche etde l'Angleterre, réunies aux conspirateurs de l'intérieur, nous sommes encore dans la plus belle position. A'^ous le sentez comme moi. Nous avons été à l'ennemi les moyens de passage partout ailleurs que dans le Haut-Rhin. Les lignes de Alayence sont inattaquables. Nous tenons encore, et il faut la tenir, la tète de pont de Dusseldorf qui est des meilleures. Nous tiendrons tant que nous pourrons celle de Neuwied qui ne vaut rien. Nous occupons la précieuse forteresse de Manheim. Nous pouvons donc marcher à l'ennemi sur ses deux ailes, quand il ne peut, lui, rien tenter sur nous. Donc notre situation sur le Rhin a beaucoup gagné par cette campagne tardive.
Mais je ne dois pas vous dissimuler que nos bataillons sont réduits à très peu de monde par la désertion à l'intérieur, où les municipalités négligent leur devoir, et par les maladies qui sont plus difficiles à guérir, le soldat étant épuisé par les privations, l'intempérie des .sai.sons et les fatigues de cinq années.
282 r.ORRESPON'DANCK OFFICIELLR.
Nos ninu'iis do transport, nialgrô tous nos oflorts, sont dans l'étal le |)lLisdéplorablo, et c'est un grand niûl)ilc : c'est le seul de la guerre. Notre cavalerie esta demi démontée, tandis f[iie, de son côté, l'ennemi n'en manque pas. Les vivres et les fourrages no mantjucront pas, j'espère, surtout par les soins que prendra la nouvelle administration des pays conquis. Les roules de ce pays-ci seront aussi améliorées et les moyens arriveront plus facilement. Ainsi, je pense que le plan du gouvernement doit être actuellement de tenir la tète de pont de Dusseldorf, Manheim et les lignes devant .Mayence, et de faire cantonner le surplus des troupes dans les villages le plus à portée du Rhin, où les lieux de rassemblement étant indiqués, l'ennemi sera toujours maintenu : et si vous remontez la cavalerie d'ici au mois de ventôse ou de germinal : si les convois militaires et l'artillerie sont en étal; si les cadres sont remplis; alors l'ennemi , sur qui vous avez deux tètes de ponts, no vous attendra pas. S'il le fait, il sera nécessairement battu, cl celle dernière campagne vous assurera la rive gauche du Rhin pour limite insurmontable.
Reubell, qui doit être de retour à Paris, vous dira que les habitants du pays sont dans les meilleures dispositions. Ses connaissances locales et particulières vous seront très utiles.
Salut et fraternité.
MERLIN .le Th.
« Les -Vutricliieiis, en violant le teriiloirc prussien, ol)li£;èrent l'arniée de Sambre-et-.Meuse de repasser le Rhin. Après ce succès, ils attaquèrent notre camp retranché devant Mayence. Ce camp (Hait défectueux. La ligne de retranchement n'était appuyée au Rhin ni par sa droite ni par sa gauche. Il n'y avait pas suffisamment de troupes. Les ennemis parvinrent à pénétrer dans le camp vers le centre de la ligne, en même temps qu'elle était tournée à la droite par des forces supérieures. Le général Sciiaal qui conmiandait n'ayant point de réserve à oiiposcr, toutes nos troupes furent réduites à la retraite, et à abandonner, faute de ''hevaux, une nombreuse artillerie, au moins 100 pièces de canon. » (.Mémorial du général Decaen.)
Lp icprcspulant du peuple Merlin de Th., prèx l'armée de Rhin-et-Mosel!r, à Merlin de Douai, membre du Comité de salut ]i\tl!ir.
An f|ii.nilii'r griioral ."i Maiiliciiii, \c 0 liniin.iiro ilo l'an l* (2R orl.l.
On a fait ii Râle l't a l'armée les propositions les plus singulières relalivomcnt a Manheim. Tu connais la situation do celle ville : lu sais que d'après notre pos'iion dans la plarp, on aurait donné doux a.s.sauts: que nous
r.ORRKSPONnAXCr: officielle. 283
mirions une retraite par lo pont du llhin; que la saison des sièges est passée; que nous n'aurions à craindre qu'un bombardement encore incertain dans SCS eiïels: et l'ennemi at-il avec lui toute priMc et a|iprovisionnée son artillerie de siège? Tu sais que nous tenons l'ennemi encore éloigné de la place; lu sais que ^lanheim nous ouvre, comme Dusseldorf, un passage assure sur le Rhin : eh bien! Wurmscr consent à ne pas brûler, si on neutralise absolument cette place, si les Français s'en retirent ! M. l'électeur a écrit il Bàle à cet égard, et le Comité de salut i)ublic doit être informé en ce moment de ces pro|)ositions ; peut-être même sont-elles a])puyécs par dos personnes importantes. Eh bien! je les crois contraires au bien do mon pays, et je les attaque conmie éloignant la paix et comme nous privant des moyens que l'on veut nous persuader que leur acceptation four • nirait.
1" Si l'on neutralise Manheim, qu'il est impossible d'assiéger aujourd'hui et d'où l'on peut se retirer à volonté, plus de passage sur le liane gauche de l'ennemi: il peut retourner sans crainte vomir ses émigrés dans le Haut-Rhin. Vous l'y suivrez, dites-vous'? Vous ne vous reposerez donc pas.
2° Vous vous privez des magasins de la ville.
3" Mais l'inconvénient le plus grand, le voici : il faut (pie la crainte même du bombardement de Manheim force l'électeur à une paix particulière aux conditiniis que nous imposerons. Tour sauver Manheim et se conserver intact sur la rive droite, il est présumable qu'il fera de grands sacrifices, surtout si l'on joint à cela la condition de ne pas servir les projets de l'empereur sur la Bavière. Eh bien ! la neutralité nous prive de cet avantage, enlève à l'électeur toutes ces craintes; elle fait plus, elle le rapproche de l'empereur qui a bien voulu consentir à ne pas brûler la ville.
il serait à désirer qu'il la brûlât pour se faire chérir dans le pays et ouvrir enfin les yeux à l'électeur; et l'on ne pourrait pas nous l'imputer, à nous ([ui pouvons démontrer que mille raisons de guerre nous forcent à tenir la place, tandis qu'aucune raison ne peut porter à l)rû!er une ville que l'on ne cerne pas parfaitement. Ce serait comme si nous voulions brûler Mayence.
Ainsi donc, sous aucun rapport, on ne peut consentir à neutraliser Manheim, pas même à la condition de la neutralité de Mayence et d'une cessation d'armes sur toute la ligne; car cette cessation d'armes serait cessation de guerre pour nos soldats. Au lieu d'en augmenter le nombre, je ne sais seulement comment on rassemblerait ceux qui existent ; et après tout, si nous sommes obligés d'être surveillants, de nous battre même pendant l'hiver, ce sort sera plus rigoureux encore pour l'ennemi que pour nous.
Mais je m'en réfère à la dernière lettre que j'ai écrite au Comité. Il nous
iaiil j^ardor Manheim. les lignes de Mayonco ol Dusseldorf. Si l'onnomi veut bombarder Manlieim, il faut bombarder Mayonce; s'il attaque nos lignes formidables de Mayence, il se dégarnira devant Manlieim, et alors nous attaquerons ses ouvrages ; si nous nous fatiguons, lui il se ruine: la chance est au moins aussi désagréable pour lui que pour nous. Aussi est-il empressé d'obtenir une neutralisation qu'il violerait peut-être de suite pour s'emparer de la ville, quand nous perdrions, nous, le chemin qui nous conduit sans difficulté sur son tlanc gauche, tandis ([uo, de Dusseldorf, nous marcherions sur son flanc droit.
Jeté prie de peser tout cela, et de faire, au surplus, tout ce <|ue tu trouveras utile au bien de la patrie. Dans tous les cas, si le Comité &e portait à accorder l'armistice; il faudrait toujours laisser les gardes d;ins les lignes de Mayence.
iIRr.IJN do Th.
Le gênerai en chef au représeniant Merlin.
.\ii iiuarlicr général à Griinstadl, le 1 8 brnmaiio, an \' (le la Piép. fr. (9 nov. 95).
Le général Mayer vient d'arriver ici avec un ordre de ta part. Je ne puis l'employer sans avoir des lettres de service pour lui. Fais-les-lui expédier par le retour du courrier qui te remettra celle-ci , si tu t'intéresses à lui.
Notre situation ici est toujours la mènie. L'ennemi nous agace fréquemment; mais il n'y a pas encore d'attaque sérieuse. Je ne sais si nous y résisterions , nous ferons ce que nous pourrons.
Je presse le gouvernement de nous envoyer des renforis de l'armée des Alpes ou de Tinlérieur. L'ennemi paraît penser à un passage du Rhin audessus de nous. Juge dans quelle position cela nous mettrait. Ma santé est altérée depuis quelques jours. Je demande du repos. Je te salue.
l'ir.iiEf.nr.
A>i ('doyen Merlin de Thionvillc, etc.
.\ni,'oi«, le -22 vciiiliiiiiain', an 4' (15 orl. OTi). Représentant,
L'assemblée électorale que j'ai l'honiuMir di' pré.>;ider. reconnaissante des services imporlanis (|ue \ous avez, rendus cl (|uu mmis ne cessez de rendre
CORRESPONDANCE OFFICIELLE. 28o
il la cliose publique, vous a réélu pour la formation du nouveau rurps législatif. Vous trouverez ci-joint l'extrait du procès-verbal de l'assemblée électorale, légalisé parle procureur général du département et qui constate votre nomination. Salut et fraternité.
VILLIblRS.
Pour ne pas interrompre le cours des êvûneineiits généraux, j'ai rejeté ici ce (|ui se rapporte à l'élection de Merlin au Corps législatif organisé par la nouvelle constitution. II fut nommé, ainsi qu'il le dit lui-même dans une lettre au Mont- (eur, insérée dans la première partie de celte correspondance, tant sur les premières listes que sur les listes supplémentaires, par plus de trente départements. Je n'ai trouvé dans ses papiers que les avis des départements de la dirondc, du Morbihan, du Finistère, des Deux-Sèvres, Cliarente-Inférieure, Maine-et-Loire, Moselle.
Au ciloyen Merlin de Tliionville,elc.
Melz, Il'2'J vciidiiniaiic, l'iiii i ilc la lli'ii. (-Jl ccl.).
Citoyen,
L'assemblée électorale du département de la Moselle vous a nommé député au Corps législatif. C'est à ce titre que je vous adresse un écrit auquel je désire que vous donniez un moment d'attention. J'en adresse un pareil à Henry Larivière, deFermon etBoissy-d'Anglas, nommés ainsi que vous par l'assemblée électorale de ce département. Salut et fraternité.
l{.\P.BÉ-MAHi;OIS.
Au ciloyen Merlin de Thionville.
Saillies, ce 23 vendéniiaire, l'an 4 de la Rép. (13 ocl.). Citoyen , Ce sera vraisemblablement dans Mayence rendu ii la république que vous apprendrez d'un de vos collègues à l'assemblée législative que vous êtes compris dans notre liste supplémentaire. L'extrait ci-joint vous conlirmera cette annonce. Salut et fraternité
UELACOSTE, prémicul.
280 CORRESPONDANCE OIFICIELLE.
Au ciloyeii Merlin de Th ion ville.
Niort, ce 30 vcinli.'iiiinii'c, i' iiiinic, cli (^2 oc\.).
Citoyen,
Je vous envoie l'exlrail du procès-verbal do l'assemblée électorale du département des Deux-Sèvres, qui vous a élu un des douze députés do la liste supplémentaire. Salut et fraternité.
l'r.ÉAL'LT,;-mi(/.
B'iidoaiix, ]c -21 veiuk'iiiiaii'c, ;iii 4' 'lo lit Ht']!., etc. (IG ocl.).
Citoyen refkésentant,
Conformément à l'arlicle 3 du décret de la Coiuenlion nationale du 10 vendémiaire, je vous fais passer l'extrait du procès-verbal de l'assemblée électorale du département de la Gironde (jui constate que vous a\e/. été nommé député supplémentaire au Corps législatif. Salut et fraternité.
DESMIRAIL.
Vannes, le i!l veiidoniiaire de la i' année (13 hlI.I.
Nous vous prévenons, citoyen représentant, (pie dans la séance de l'après-midi de ce jour, et par le résultat du troisième tour de scrutin relatif aux sept membres de la Convention nationale sur lesquels elle était tenue de porter son premier choix , l'assemblée électorale du département (lu Morbihan vous a nommé l'un des députés du département au prochain Corps législatif. Nous nous empressons do nous conformer aux ordres de l'assemblée en vous informant de cette élection. Salut et fraternité.
1501 LLÉ, jn-cx.
l.EKEliV[\IEi;, sco:
OUini|ier, le 27 vendéniiaiic, l'année (10 ocLl. r.rroVtN ,
Iv'assemblée électorale du l'inislèrc, procédant ;i la rééleclion des iiumubres de la Convention, tant pour la liste des deux tiers (juc pour la li?!lo
r: 0 l\ K ES 1' 0 N I) A N C H ( ) 1- F I C 1 1- L L E . 287 .
supplénicnliiiro. conformément aux décrois du o cl 13 fmclidor, vous a réélu au premier scrutin pour la liste sup[)!émenlaire. Vous trouverez cijoint un extrait du procès-\erbaldo votre éleclion. Salul et Iralernilé.
LECriLLOf.
Au citoyen Kschasscriaux aine, députe.
Le 4 mc'SsiiKir, an 7 (I ■> juillet !)<)).
Quoique froissé par tous les partis, je suis lami de ma patrie et conséquemment le tien, mon cher camarade. J'ai vu avec plaisir Ion opinion. Voilà ce qu'il faut; voilà avec quoi l'on s'opposera à la coalition et aux misérables qui déchirent le sein de la patrie. Je t'envoie mon projet de 1792, proposé à l'assemblée législative et auquel on substitua la réunion de la gendarmerie qui ne fit rien. Ce moyen reste donc tout entier. Si l'on s'occupe tout de suite de l'exécuter, nous sommes sauvés; car, pour la campagne prochaine, cette force sera prête, et si on ne la dissémine pas, si on l'emploie entière à chaque armée, elle repoussera les efforts de l'univers.
Voici mon plan. Le midi est sans places fortes; c'est donc là qu'il faut des armées Sur le Rhin sont les boulevards: Huningue, Schelestadt. Strasbourg, Landau, Mayence, Ehrenbreitstein , Maestricht, Vanloo, approvisionnés, garnis de troupes, l'ennemi ne peut rien entreprendre. Formez même une seconde ligne : Luxembourg, Sarrelouis, Thionville et Metz sont capables de retenir l'ennemi une année entière. Garnissez ces places, envoyez le reste des troupes dans le midi et tombez avec toutes vos forces sur l'ennemi. Vous ne pouvez plus craindre pour cette année ; que pendant ce temps, les ateliers d'armes, de salpêtre, de tous les moyens militaires, reprennent leur activité; que la cavalerie que je forme soit sur pied : qu'au printemps prochain, tous ceux qui ne veulent plus de rois soient sous les armes, et encore une fois nous ferons tête à l'Europe, et finirons par lui dicter la loi.
L'âme pleine de ces grandes idées, je regrette de n'être plus sur un théâtre où je puisse les faire adopter : je les livre à mon ami , à l'ami de ma patrie; il en tirera les moyens qu'il jugera le plus convenables. Je ne me réserve que le plaisir de contribuer à l'exécution de tous mes movens et aux dépens de ma vie. Adieu, mon bon et brave camarade.
MEULIN dcTIiioinille.
Celte lettre doit éviilciuiucnt se raiiporler au discours prononcé au conseil des Cinq-Cents par Eschassériaux, dans la séance de ce même jour, 24 messidor.
-288 COlUlliSPONDANCE UK F lOl K LLK.
Le Monileii)-, suivant l'iiabitude de celte époque, est mallieureusemeut très laconique. Voici ce qu'on y lit : « Eschassériaux l'aîné, à la suite d'nne motion d'ordre, présente un projet tendant à assurer l'indépendance des alliés de la république française et à exalter le courage des Français contre ses ennemis coalisés. Uenvoi à une commission. »
Quant au projet présenté par Merlin en 1792 pour la l'ormation de la cavalerie et dont il est ici question, je n'en trouve niallieureusement aucune trace au Monileur. Il fut sans doute simplement adressé au Comité militaire. Merlin dit que l'on y substitua les dispositions relatives à la gendarmerie. On peut conjecturer qu'il était du commencement de 1792. Ce fut en effet dans la séance du 5 janvier de cette année que l'Assemblée, sur le rapport de Carnot jeune, vota le décret relatif à l'augmentation de la gendarmerie, lequel portait son effectif à lo60 brigades. Danton appuya le rapporteur, en disant " qu'une moitié seulement de cette force serait employée à la répression des délits, et que l'autre moitié concourrait avec la troupe de ligne au service des garnisons, toujours prête soit à faire un corps de réserve, soit à former une armée d'exécution. «
D'après les procédés suivis par Merlin dans la campagne sur le Rhin de 9j, om pourrait supposer qu'il substituait à ce projet, demeuré impuissant pour le service de la guerre, celui d'une réquisition générale opérée dans les campagnes, ce qui n'était en définitive que le principe du recrutement étendu à la population chevaline .
Le plan de campagne proposé ici par Merlin pour l'an viii est remarquable. Il s'accorde d'une manière frappante avec celui qu'adopta le général Bonaparte, et que couronna si brillamment la journée de Marcngo : " Garnissez les places du >'ord, envoyez le reste des troupes dans le Midi et tombez avec toutes vos forces sur l'ennemi. ■> .\ la date de cette lettre, l'effort principal des armées de la république était porte sur les lignes stratégiques du nord et du centre où elles ne tardèrent pas à se relever par les victoires de Bergiien et de Zurich, tandis qu'en Italie, notre armée se trouvait réduite à très peu de chose. C'est là ce que changea Bonaparte, en passant les Alpes et en tombant avec toutes ses forces sur l'ennemi.
On conçoit que Merlin fut assez préoccupé des conséquences qui lui paraissaient devoir résulter de l'adoption d'un tel plan de campagne, pour dire qu'il se sentait (( l'âme pleine de ces grandes idées, » et pour exprimer le vœu « de contribuer û l'exécution de tous s* moyens et aux dépens de sa vie. )■ Il quitta en effet l'administration des postes et partit pour l'armée d'Italie en qualité d'ordonnateur en chef; mais le développement du gouvernement militaire ne lui laissa bientôt plus aucune place honorable dans l'État, et ce fut pour lui le moment de mettre à exécution son projet plus modeste de cultiver ses champs.
Il était, comme il le dit à Eschassériaux, froissé par tous les partis. Il y avait trois semaines que la journée du 30 prairial avait eu lieu, et que son ami Merlin (le Douai avait dû, à la suite de son ami Iteubell, quitter le Directoire ; l'ancien "ouverncincnl de l'an m sur lequel il avait tant d'iniluence élait désorganisé ; il se trouvait pris entre la coalition républicaine et la conspiratiiui royaliste, et ces deux partis le froissaient également. Le IS brumaire, qui devait les faire taire l'un et l'autre, n'était qu'à trois mois de distance; mais il devait s'y trouver froissé bien plus rudement encore.
CORRESPONDANCE OFl'lClELLi:. 289
A M. le baron cfAigremont, général commandant à Amiens.
Péronnc, le 5 mars 1814.
Mon général,
Qui veut la fin veut les moyens. Le ministre veut défendre Péronne; il veut donc que l'on fasse les ouvrages nécessaires ; il veut donc payer ces ouvrages; il faut donc que vous me fassiez délivrer les mandats et les ordres nécessaires.
On refuse do fournir les bois pour les ponts-levis et chevaux do frise ; on refuse de faire ces travaux sans certitude de payement ; j'ai besoin d'employer deux cents ouvriers à rétablir les banquettes, à faire et à planter les palissades. Il faut assurer des fonds.
On rencontre ici à chaque pas la conspiration de l'apathie et de l'inaction qui entrave tout: que faire? se faire tuer; mais cela n'empêchera pas l'ennemi d'entrer ici et d'y approvisionner son armée de quarante mille sacs de blé qui existent en ce momcnl dans la ville et (jui deviendront si nécessaires pour alimenter les populations ruinées par l'ennemi et no3 armées.
Voici l'état do la garnison, etc. (suivent des détails d'ordre).
Je vous prie aussi démettre une somme à ma disposition pour mes besoins et ceux de mon bureau ; l'ennemi allant sans cesse de Chauny à Noyon, je ne puis rien savoir ni rien avoir de chez moi.
Vous voyez, mon général , que d'après la composition de ma garnison qui sera formée de tant de parties non soldées, il me faut les vivres de campagne. Je ne pourrai avoir personne, si l'on ne donne que le pain et l'eau (qui ne manque pas ici!). Les officiers viennent à chaque instant me dire que les soldats veulent les abandonner... Voilà même les soldats qui entrent et qui se plaignent amèrement et veulent retourner à leurs corps. Je me détermine à prendre une mesure provisoire, de concert avec le commissaire des guerres; elle consistera à faire payer la solde à ces détachements pour dix jours... (la fin manque).
A M. le baron d'Aigremo)}t, général comninndanl à Amiens.
l'cruiiiic, 7 mars, i'> licurcs du ^olr.
L'ennemi s'est présenté hier à Saint-Ouentin et a menacé d'y entrer aujourd'hui. D'après le rapport d'un officier, membre delà Légion d'hon-
CORRESl'. 19
Î90 CORRliSPONDANCE OFFICIELLE.
iicnr, l'ennemi a passé hier, toute la nuit, en déroute à la Fcre; il en est reparti de suite en faisant couper les ponts derrière lui.
Cette nouvelle avérée m'a déterminé à prendre sur moi d'envoyer le major de ma légion sur la route de Chauny à la Fère, et de lui ordonner de couper la retraite à Guesmar, s'il en est temps encore, ainsi qu'à tous les fuyards, en faisant sonner le tocsin, en rassemblant toute la population de cette partie des départements de l'Aisne et de l'Oise armée de tous les instruments ciu'elle trouvera sous sa main. Je reste au poste que vous m'avez confié : les postes veilleront, et j'ai cjuatre-vingts hommes au bivouac sur deux points en avant do la ville.
MERLIN de Th.
A M. le Maréchal Jourdan, général commandant la i 5° division mililaire.
Péronnc, 9 mars 1814.
Je reçois à l'instant une lettre de M. le baron d'Aigremont, commandant la subdivision à Amiens, d'après hiquelle Votre E.\cellonce lui ordonnerait de s'informer des détails relatifs à ma légion et à moi.
Je suis Merlin de Tliionville, ancien représentant du peuple à l'armée du Rhin, toujours brûlé du même zèle, compagnon des braves ([ui servaient sous vos ordres et dont vous avez, autant que moi, regretté la perte.
Les copies que j'ai l'honneur d'adresser à Voire Excellence la mettront à môme de juger de ce que doit être ma légion :
Son habillement : en paysan;
Son armement : fusil à deux coups.
J'ai le cadre parfait de mes officiers, et la légion sera bientôt formée, ai Votre Excellence veut bien écrire que l'on m'aide, comme le voulait Monseigneur le duc de Fellre.
Daignez vous rappeler de moi, monsieur le maréchal, avec ((uelquo bienveillance, et démon frère le capitainc^général de la garde de S. M, C. Je n'ai besoin que d'obtenir les vivres de campagne pour mes hommes, et bientôt je serai dans le revers des Vosges et le Sonnenwald. J'ai l'honneur, etc.
.MEI'.LIN de Tliionville.
De tous les maréchaux de rcmpirc, Jourdan était, à ce que l'on peut croire, le moins attaciié à la personne de lîoiiaparle. Il avait traversé l'empire, sans prendre parla la féodalité impériale; il n'était ni prince, ni duc, ni possesseur de majorais. II s'était opposé au 18 brumaire, et celle lldélité n'avait jamais été mise en oubli par le violateur de la république. Aussi voit-on que Merlin, par le
CORRIiSPONDANCE OFFICIELLE. 291
Ion de sa lettre, n'hésite pas à ranimer les anciens souvenirs chez le niaréclial qu'il n'avait probablement pas revu de| uis le jour où ils avaient tenu conseil ensemble et avec Picliegru sur le Kliin. Mais ce n'était pas au réveil du lion révolutionnaire que songeait en ce moment Jourdan. Comme l'avait fait l'icliegru vin^t ans auparavant, il tournait déjà les yeux vers ces rois que Merlin ])ursi;,lait à regarder comme un danger auquel il fallait résister tant que l'entière défaite des forces nationales n'aurait pas fait une loi de se résigner. Dès le 8 avril, Merlin essayant encore de se débattre, le niaréclial faisait arborer la cocarde blanche et jurer lidélitc aux Bourbons. Louis XVIII le récompensa en le faisant comte.
A S. Exe. le ministre de la (juene.
Pdronric, le 9 mars 1814.
J'ai eu l'honneur d'informer Votre Excellence, le 4 de ce mois, que M. le baron d' Aigrement, général commandant la subdivision de la 1 .j*^^ division, m'avait chargé, le 3, du commandement supérieur de la ville de Péronne, d'après une lettre de Votre Excellence qui ordonnait à ce général d'y envoyer un ofticior de tète, et que j'y étais arrivé le 4 à la nuit. Le jour même de mon arrivée à Péronne, j'ai rendu compte à Votre Excellence de la mission que je venais de recevoir.
Elle a dû voir par une dépèche du 8, que j'ai été autorisé à lui faire directement, que je n'ai pas perdu de temps; qu'il n'y avait rien dans la place et aucune mesure de prise; que j'ai pris toutes celles que nécessitaient les circonstances; que j'ai d'abord augmenté la garnison qui n'était à mon arrivée que de cent quatre-vingts hommes armés, y compris la colonne urbaine ; que j'y ai fait entrer les hommes de ma légion; que j'ai requis les gardes-forestiers elles gardes-champêtres, d'abord appelés, puis congédiés à Amiens; que j'ai demandé les anciens militaires et cinquante jeunes gens montés et armés pour servir d'éclaireurs ; que j'ai ordonné des ponts-levis, des barrières et des chevaux de frise 'comme cette défense était nécessaire à l'instant même, je me suis engagé personnellement envers les ouvriers) ; que j'ai envoyé à Votre Excellence l'aperçu des ouvrages à faire ou à réparer, ainsi que toutes les demandes et états des besoins de la place; que depuis que j'y suis entré, j'ai été occupé jour et nuit à remuer les troupes et la garde nationale pour écarter l'ennemi ; et je vou jure que, sans canons et pour ainsi dire sans garnison, il ne se serait emparé de la place qu'en passant sur mon corps. J'ai donc fait mon devoir et mérité votre estime; mon plus grand malheur. serait de la perdre.
Votre Excellence verra par la même dépêche du 8, que, dans quinze jours, ma légion sera organisée contre vents et marée, si je reste commandant
292 COKUESl'OXDANCli OFFICIELLE.
supérieur de la place, dans laquelle je puis la caserner et user de riiilluuuce du sous-préfet qui est le seul homme qui ait bien voulu m'aider. 11 m'a l'allu un désir bien franc et bien ardent de plaire à Votre Excellence et d'être utile à mon pays pour n'avoir pas été rebuté.
Dans le moment où je vous écris, je prends un arrêté en commun avec le sous-préfet pour lever la population en masse et couper la retraite de Guesmar. Comptez sur moi, Monseigneur, comme sur l'homme le plus dévoué à son pays, à Sa Majesté, et à Votre Excellence, dont l'approbation, je le répète, fait toute mon ambition.
MERLIN tio Tliionville.
Au général d'Aigremont, à Amiens.
Pcroniic, le H inarj 1814.
Je vous écrivais ce matin : Rien de nouveau; ce soir, le commandant d'armes envoyé à Saint-Quentin par Son Excellence, en revient et rapporte que l'ennemi, c'est-à-dire Guesmar, y est entré à deux heures
Songez, mon général, quelle perte pour la France ! une ville aussi riche, aussi florissante, tant de fabriques! tout cela au pouvoir d'une poignée do bandits.
Ah ! si vous pouviez partir avec deux cents hommes de ligne, deux pièces de canon, votre cavalerie et le tocsin; si vous me donniez l'ordre do partir de la môme manière avec deux canons et la masse ramassée par lo tocsin; si Arras, Cambrai, marchaient en même temps!...
Je laisse à votre prudence, à laquelle je m'en rapporte entièrement, h peser mes raisons, toujours prêt à me soumettre à votre jugement.
WEP.LI.N de Th.
A Son Exe, le duc de Fellre, miniatre de la guerre.
PiTonno, le 13 marj.
J'ai écrit à Votre Excellence les motifs qui me faisaient désirer de conserver le commandement do la place de Péronne jusqu'à l'organisation do ma légion : elle y tenait garnison ; elle y recevait les vivres (lu'on lui refuse toujours; elle pouvait y être cascrnée; je pouvais recruter.
Par l'ordre formel do mon général , j'ai correspondu diroctemont avec
CORRESPOXDAXr.r- OKFiriEI.LK. 29;J
Votre Excellence, relativement à la place. Votre Excellence a vu que je n'ai rien omis de ce qui était en mon pouvoir pour la mettre hors d'insulte ; j'y ai employé les jours et les nuits et mon or;^ent : j'ai la conscience d'avoir fait mon devoir.
Je ne considère pas les ordres de Votre Excellence au baron d'Aigre mont comme une preuve de peu de confiance, et je lui répéterai du fond do mon cœur que le désir do conserver son estime fait mon ambition.
MERLIN (le Thionvilli'.
On voit, d'après cette lettre, que le gouvernement avait pris ombrage de la position de Merlin à Péronne, et avait donné l'ordre, sans refuser absolument ses services, de lui retirer le commandement de cette place. Les idées de levée en masse, de toositi, de soldats habillés en paysans, paraissaient vraisemblablement de nature à entraîner trop loin l'esprit des populations, d'autant que les rapports de police ne pouvaient manquer d'exagérer singulièrement cette résurrection des façons révolutionnaires. A la suite de celte dépèche se trouve transcrite une adresse de remercîmcnts et de regrets adressée à Merlin par la municipalité de Péronne.
Au général baron d'Aigremont.
Amiens, 17 mnr!! i^ii.
Mon général ,
J'obéis à l'instant à Tordre que vous me donnez par votre lettre de faire rentrer de Péronne à Amiens M. le major Thuillier avec la troupe qu'il a et qui consiste en quatre hommes et trois officiers. Il cessera, d'après le même ordre, toutes recherches contre les réfractaires, déserteurs, retardataires, etc. J'avais si bien senti que cette mesure ne devait se prendre que de concert avec les autorités locales, que je n'ai donné l'ordre à M. Thuillier que d'après un arrêté de M. le sous-préfet de Péronne, en date du 7 de ce mois. Cet arrêté et mon ordre ont été sous vos yeux.
Vous avez vu dans cet arrêté et dans mon ordre, M. le baron, que le but de M. le sous-préfetet le mien n'était pas de recruter ma légion, mais bien larmée de Sa Majesté impériale et royale.
Je suis, avec tous les sentiments que vous me connaissez pour vous,
MERLIN âo Tli.
Voici l'ordre du sous-préfet :
Nous, sous-préfet de l'arrondissement de Péronne, département de la .Summe, vu les circonstances qui exigent que la ville de Péronne soit occupée par une gar-
nisoa convenable, et pour nous confornici' aux lois et aux arrùlés île M. le baron (le la Tour du Pin, préfet de la Somme, invitons M. le colonel Merlin de Tliionville, chef de légion, commandant supérieur de Péronne, à envoyer avertir tous les conscrits retardataires et les hommes de la garde nationale active de venir former la garnison de Péronne, armés des fusils à deux coups et simples qui existeront dans les communes de notre arrondissement. L'officier chargé de ces avertissements donnera des reçus ; il sera chargé aussi d'employer à cet effet, et pour y contraindre en cas de besoin, la force armée. — Péronne, le 7 mars 1814. Matâfosse.
Voilà, sauf quelques pièces insignifiantes, tout ce ipie j'ai trouvé dans une poignée de feuillets arrachés du registre qui était vraisenibhiblement tenu jiar le quartier-maître. Ce qui se rapporte soit aux commencements de la légion, soit à la suite de ses opérations, jusqu'au rétablissement des Rourbons, est égaré. Je sais seulement qu'ayant enfin réussi à s'armer, à se recruter et à se nourrir, la légion s'était mise en campagne à la poursuite du corps de Guesniar qui avait quitté Saint-Quentin et qu'elle l'avait mis en déroute, quand les suites de l'abdication de P.OMaparte déterminèrent le licenciement.
J'ai recueilli ces fragments avec d'autant plus de soin qu'en aucune circonstance de sa vie, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, Merlin ne me semble avoir déployé plus d'élévation de caractère et de magnanimité. Ce n'est pas à la grandeur des opérations qu'ils accomplissent qu'il faut mesurer les hommes, mais à celle des sentiments qui les y animent; et c'est à ce titre que la défense de Péronne, tout humble qu'elle soit, me paraît au moins aussi glorieuse pour Merlin que celle de Mayence. Que de longanimité en présence de tous ces mauvais vouloirs, et de ce qu'il appelle si bien la conspiration de l'apathie ! que d'obéissance cl de soumission chez cet homme qui avait exercé l'autorité suprême sur les arniées et f^iit la loi aux princes ! que de déférence de la part du frère d'arnus des plus illustres généraux de la république pour ces militaires titrés au milieu desquels il vient tomber comme un représentant d'un autre âge ! quelle crainte de blesser leur étiquette, et comme il se faisait petit devant leurs glorioles, pour ne pas être privé par eux de la faveur de concourir à ses risques et périls à la défense de son pays compromis ! Simplicité, patience, abnégation, amour inaltérable de h patrie, il y a, ce semble, dans cette attitude, quelque chose d'antique. C'est peiiilaiil fc temps que ses champs et son foyer, abandonnés à discrétion, étaient pilles par l'ennenii, et ([ue la ruine de son exploitation rurale se consommail; d'aulanl que les frais que lui avaient occasiomiés sa légion et les travaux de la défense, ne lui furent, comme oa l'imagine bien, jamais remboursés. I.a lettre suivante olfre le ri^iumé de ses rapports avec le gouvernement ipii suivit celui de lUMiai^arlc ;
A M. Merlin de Thior.vil'e, rue (Itaucliat, à Paris.