ÎIS CORRESPONDANCE AVEC THIONVILLE
rion. Je dis rien, parce que Hiisson de Bouzonville, depuis quekiue temps, réside à Metz ; et quoique Stourni et Yillers de Boulay soient réunis ii Sarrebourir par la suppression du district de Boulay, il n'en est pas moins vrai que tous trois ont des intérêts de localité qui les attachent plus particulièrement à leurs propres communes. Sarrelibre en a éprou\é le contre-coup, et ses électeurs sont partis de Metz-désespérés.
Pour nous, nous avons à peu près notre compte . mais Metz en a trop. .)e ne me suis pas gêné pour leur reprocher que puisque, d'après leur dire, ils n'avaient pas assez de productions en grains pour se nourrir plus de cinq à six mois, plus de la moitié de leur territoire étant en vignobles, conséquemment si, de leur propre aveu, les autres communes du ressort les nourrissaient six mois, ils n'étaient dans le cas de rien faire en contributions en nature pour assurer les subsistances arrêtées par le gouvernement pour les magasins militaires; que leur ambition de dominer, en se partageant le plus grand nombre dans toutes les administrations, insultait à ceux qui, en suppléant à leur insuffisance, supportaient encore pour eux le faix des contributions pour le gouvernement.
J'ai fait tout ce quej'ai pu pour placer Schweitzer au département ou au moins juge au tribunal ; j'ai été croisé en tout à son égard : il était un terroriste, parce qu'il avait presque seul insisté pour Tacceptation des décrets du o et du 'I 3 ; ou il était un ivrogne et un brutal qui se l)attait avec les autres membres du département ou avec ses collègues les juges ! . . . ( hi assure que les trois députés de Metz sont de braves gens. Le salut de la chose publi(iue me fait un devoir de vous engager à les recevoir avec fraternité, sans rien leur témoigner de ce que je vous mande. Je fais des vœux pour votre union, d'où dépend notre commun bonheur, et suis pour la vie votre affectionné ami ,
KI-EI'KEUT.
Voilà rtiistorique des élections de la Moselle pour le Corps législatif de l'an iv. On voit (juc la réaction royaliste, bien qu'aussi puissante à Melz qu'y avait été précédemment la force révolutionnaire, ne l'avait cependant pas été assez pour éliminer tout à fait les républicains. Cependant la calomnie, comme on le voit aussi par cette ietlrej n'avait pas manqué contre eux à son office ordinaire. De la prccé dente dépulalion, Merlin et lîar furent seuls réélus. Bar était, comme Merlin, avocat a Tliionvilie, et nommé avec lui à la Convention, il y avait suivi à pcii prés la même ligne politique : il avait volé la mort du roi et contribué au 9 tliermidor. 11 était beau-frére de ce Lafontainc qui avait occupé, ainsi qu'il a été dil précédemment, le prcmiei' rang dans le parti de Uobes|iierrc à Tliionvilie.
CUKRESl'ONDANCI': AVEC THIUNVILLE, 319
.1 Merlin de I ItionviUc.
Tliioiiville, J |p|ii\i()sc an 'j (^2 janvier PS).
Je n'attendrai pas. mon cher représentant, la réponse a ma rlerniere pour vous donner des nouvelles de la commune où vous avez re(ju le jour. Le 30 du mois dernier nous avons célébré la fête de la paix d'une manière aussi distinguée que républicaine. Malgré mon peu de mémoire, je vais essayer de vous donner quelques détails.
Le citoyen Mangin, architecte et adjoint du génie, avait ordonne la fête. Klle fut annoncée la veille par le bruit du canon et le son des cloches, qui se firent encore entendre le lendemain malin. Dès les dix ou onze heures les troupes se mirent sous les armes; l'on avait nettoyé les rues, et l'on avait dressé sur la place du marché un autel à la patrie.
A midi, on sortit de la maison commune d'une manière processionnelle pour se rendre d'abord à l'autel , en passant par votre rue. La marche commençait par la gendarmerie et une pyramide chargée d'inscriptions analogues à la circonstance. Derrière la pyramide marchait un groupe des anciens défenseurs, honorés de blessures rerues en défendant la patrie.
Venaient ensuite vingt-quatre nymphes vêtues de blanc qui chantaient les hymnes patriotiques chéris des Français. Elles précédaient un char à l'antique, blanc, mais orné des trois couleurs, traîné par trois chevaux caparaçonnes de même, lequel portait deux déesses, l'une de la paix, je ne me rappelle pas la dénomination de 1 autre.
Après ce char marchait Tétat-major, suivi d'un piquet de dragons à cheval . ensuite la municipalité et autres employés des administrations. A quelque dislance, un piquet de dragons à pied et une brigade à cheval terminaient la marche. Vous concevez que ce cortège était encadré dans deux files d'hommes sous les armes.
Parvenue à l'autel, la municipalité monta sur l'amphithéâtre avec les chefs militaires et les deux déesses. Bientôt après, l'on vit monter trois sages-femmes portant chacune une enfant femelle dont une fille était accouchée la nuit précédente et que l'on dit issues d'un dragon. Les parrains et marraines montèrent pour nommer ces enfants ; après quoi le président Dinol lit deux discours ou un discours en deux points, dont je ne puis parler, parce que je ne l'ai point entendu. Des gens plus voisins que moi prétendent que c'est la faute du lecteur. Le discours fini, ainsi que les cfis mille fois répétés, ou même pendant ces cris, l'une des déesses couronna les chefs militaires et l'autre leur donna des branches de laurier.
Le cortège se transporta ensuite à l'hospice militaire où la déesse a fait un discours charmant, à ce ([ue l'on assure ; le directeur a signalé sa générosité envers les malades.