‹ Vie et correspondance de Merlin de ThionvilleChapitre 54 sur 56 · COURESFONDANCE AVEC THIONVILLK · texte numérisé non relu

COURESFONDANCE AVEC THIONVILLK

L'on se rendit après cela sur la place d'armes par la grande rue où il y eut une station. Ensuite on se réunit à un banquet civiciue, composé do cent trente personnes en quatre tables ; chacun avait souscrit pour six francs. Le soir, il y eut l'eu de joie, feu d'artifice et illumination générale dans ia- ([uelle chacun se distingua. Ensuite, bal public jusqu'à dix heures que l'on battit la retraite. Il y eut, le soir, souper particulier, où les autorités invitèrent quelques citoyennes ; il avait été résolu qu'il y aurait bal particulier après le souper, mais la prudence a fait supprimer cette partie de la fête.

Elle s'est parfaitement bien passée. Cependant je ne puis dissimuler que quelques rigoristes ont improuvé que, parmi les vestales, il se fût glissé des filles entretenues, et d'autres qui, dit-on, en sont à leur seconde ou troisième couche; et que l'on eût fait nommer en public trois enfants de débauche. Ils craignent l'influence du désordre ainsi récompensé.

Maintenant, mon cher représentant, si vous avez eu le courage de lire cette longue description, vous lirez aussi que vos amis sont vivement atléctés de votre silence. Votre mère et les Sequer se portent bien. Ma femme et ma famille vous disent mille choses ainsi qu'à votre chère moitié.

On ne parle par ici que de vols et d'assassinats. Personne, pas même les représentants, n'est exempt des traits émoussés de la feuille des amis ; mais ils n'obtiennent (pie le mépris : on voit (ju'ils préludent pour le moment des élections.

Je vous aime et vous embrasse.

Il s'agit dans cette lettre de la Icle célébrée à l'occasion du traité de Campo- Formio, à l'imilatioii de celle qui avait eu lieu le mois précédent à Paris. L'autel de la patrie avait été dressé également dans la capitale devant les troupes elles autorités. ■( La religion, la féodalité, le royalisme, avait dit solennellement Uonaparlc dans son discours au Directoire, ont successivement depuis vingt siècles gouverné l'Europe ; mais de la paix que vous venez de conclure dale l'ère des gouvernements représentatifs. » Il s'en fallait malheureusement tout autant que le jour de la paix fût arrivé que celui des gouvernements représentatifs ; mais les populations de nos départements étaient si lasses de combats et de révolutions qu'elles étaient toutes disposées à prendre au sérieux l'assertion du jeune ambitieux.

La fêle célébrée à Thionville se ressent assez clairement, d'après certains détails de cette narration, du relâchement moral qui avait fmi par prévaloir sous le Directoire, même en province; aussi faut-il remarquer (]ue la lettre du correspondant de Merlin est partout empreinte d'un certain caractère d'ironie, sinon de blâme. Dans une ville on l'on tenait encore autant qu'on l'a vu lout à l'heure aux fctes de la paroisse, la réapparition des déesses aurait dû sembler à lout le monde un anachronisme choquant.

.\ la suite de cette lettre je ne rencontre plus, dans la corres|tontlauce de .^K•|■llll avec sa ville natale, ([ue des [lièces lout à lait insignilianlcs. Placé désormais en dehors de la politique, il se contentait d'enlrclemr jiar écrit ses relations d'amitii'; cl de l'anhlle. Il était lie, chose assez curieuse, avec le curé de la paroiïsc

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qu'il avait, je crois, tiré de prison à la suite du 9 lliennidor, et quelques lettres de celui-ci ont un certain intérêt en ce qu'elles montrent au naturel la Iranquillité des rapp >rts qui existaient sius le Directoire entre les membres du nouveau clergé et les hommes de la révolution. « Citoyen, écrit cet abbé à Merlin, on dit que vous êtes invisible ; mais vous avez beau faire, voire belle âme vous décèlera toujours. Votre généreux cœur se montrera toutes les fois qu'il pourra être bienfaisant; il y est habitué. Je l'ai vu ce cœur sensible, et je le contemple souvent avec délices. Aussi lorsque je partis de Paris, vous quitter fut pour moi une peine si singulière que, si j'eusse été libre, j'aurais aujourd'hui accompagné mon frère qui y retourne, ne fût-ce que pour vous voir, vous embrasser, choquer mon verre avec le vôtre et vous répéter combien je vous aime. »

L'invisibilité que reprochait ici à Merlin l'abbé Dumas venait de ce qu'à la suite du ^rand rôle qu'il avait joué et du renversement de la politique à laquelle il s'était dévoué, Merlin avait compris que la solitude lui offrait la seule position digne de son caractère. Il s'était retiré dans son ermitage du Calvaire dont il ne tarda pas à se dégoûter lorsque Bonaparte vint s'établir à la Malmaison, au pied de la colline. Aussi se trouva-t-il heureux de s'en défaire pour s'éloigner tout à fait de Paris ; c'est alors qu'il se fixa près de Cliauny : c De là Un moins, dit-il dans une de ses lettres, je ne voyais [ilus la Malmaison. »

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