‹ Vie et l'évolution des espècesChapitre 11 sur 22 · I.A VIK KT l/lÔVOLUriON l)i;S lOSI'KCKS 'M)l · texte numérisé non relu

I.A VIK KT l/lÔVOLUriON l)i;S lOSI'KCKS 'M)l

pas moins réUiiiieMt lo plus nol)l(; et le pins essentiel, l)nis([n(!, dans hî t()iirl)illon vital, c'est la forme s(;ule qni demenre invariable, tandis que la matière se renouvelle sans cesse (1).

La dualité de Tètre vivant composé de matière et de Pon forme n'empêche pas cependant qu'il nesoitt^n.Au contraire, c'est l'information de l'élément matériel et multiple, par lYdément dynamique uniqne et simple, qui produit précisément cette unité substantielle si impérieusement exigée par rharm.onie et la mutnalité des fonctions physiologiques, et si bien mise en lumière par les phénomènes de l'embryogénie. Nous avons vu, en eflet, comment la cellule-mère d'où l'individu tout entier tire son origine, peut se dilater, se diversifier, et même se multiplier virtuellement sans cesser d'être tme, et d'animer de sa vie unique la multitudedes cellules dérivées : multitude qui, sans unité, ne serait qu'anarchie, suivant la belle remarque de Pascal.

Mais cette unité ne siège pas dans une partie spéciale de l'organisme ; au contraire, elle les anime toutes. Ce serait une étrange fiction, de supposer que la cellule-mère trône dans quelque point central, comme un chef d'armée ou un employé de télégraphe. Cette cellule-mère n'est fixée nulle part, mais elle est partout, puisqu'en se dilatant elle est devenue l'animal tout entier, lequel n'est en réalité qu'une vaste cellule parvenue à un degré extrême de complexité. L'unité première et créatrice, bien loin d^'avoir péri, a multiplié ses moyens et ses manifestations ; chaque cellule nouvelle exprime une de ses idées, et n'agit que par une de ses puissances.

(1) « Dans l'être vivant, la Forme est beaucoup plus essentielle que la Matière. » (Aristote, De partibus, 1. I, c. 1, § 26, — De anima,]. II, c. 1, R '■l^) — Cf. Cuvier, lirfjne animal, t. I, p. 11-14,

S? Cependant cette unité et cette indivisibilité actuelle

multipli- ,11 • , •! T 1 • 1 • • »

ciié n est nullement incompatible avec une multiplicité

virtuelle.

virtuelle et latente. Nous avons expliqué tout naturellement la superposition de cette double vie, et nous avons vu jouer sans surprise les ressorts secrets de cette multiplicité latente, dans les phénomènes si curieux de scissiparité, de greffes végétales ou animales, et dans ces phénomènes de reviviscence partielle qui caractérisent la première étape de la mort.

Si l'animal est un, à plus forte raison l'homme doitil être un, puisqu'il est l'organisme le plus parfait et le plus centralisé. En lui, le principe animateur grandit, s'élève à des opérations immatérielles et spirituelles : la pensée, le raisonnement, la liberté...; mais il ne devient pas pourcela un principe double. Cette étrange conception du didynanisme qui contredit ouvertement le témoignage de notre conscience, serait en opposition avec la grande loi de la nature qui opère toujours la variété dans l'unité, en accordant aux formes supérieures toutes les virtuosités des formes inférieures. Ici surtout, l'hypothèse de Vindividu collectif ^qrait une contradiction dans Tordre idéal, en même temps qu'une espèce de monstruosité dans l'œuvre de la création.

La Après avoir étudié la nature de l'être vivant dans son

sion opération ad intra, la nutrition, qui le développe et le conserve, il nous restait à la considérer dans son opération ad extra par excellence, dans l'acte de la génération, et à terminer par une contre-épreuve avec les phénomènes de la mort et des reviviscences. D'abord nous avons éliminé les différents systèmes de génération spontanée, en établissant que les forces physico-chimiques ne sont que les conditions et jamais le germe de la vie. Ensuite, nous avons constaté, non sans une profonde admiration, que l'action del'ê-

'de la vie.

LA VIE ET l'Évolution des esi'Kces .'{().>

tre vivant, donblenient créatrice puisqu'elle produit non seulement ses pr()[)res or<r;ines mais encore des organismes étrangers, emi)loie pour ces deux fius des procédés analogues et presciue identiques. Dans l'an et l'autre cas, la cellule-mère engendre des cellules nouvelles, et pour cela elle élève et façonne, dans le moule de sa propre activité, la forme active et simple de la molécule minérale, en lui communiquant une ressemblance tantôt complète de toutes ses fonctions vitales — c'est le phénomène de multiplication ; — tantôt une ressemblance incomplète et partielle, — c'est la dilîerenciation ou évolution nutritive des organes. Ainsi, la forme vivante engendre sans se diviser; elle produit sans s'épuiser et sans rien perdre d'elle-même. Elle est à la fois la cause excitatrice et la cause formatrice du mouvement vital qu'elle engendre ; et c'est la notion péripatéticienne du Mouvement, c'est la théorie du Moteur et du Mobile qui nous a ouvert et laissé entrevoir les profondeurs de ce mystère de la génération, et qui nous a donné la raison de la constance spécifique des types héréditaires.

Il est en effet très remarquable, qu'en esquissant cette étude sur la vie, nous n'ayons fait qu'ajouter un nouveau chapitre à la théorie de la Forme et de la Matière, en même temps qu'à la théorie fondamentale de VActe et de la Puissance, du Moteur et du Mobile.

Où donc les notions d'Acte et de Puissance pour- Acte raient-elles briller d'un éclat plus vif que dans le spectacle des phénomènes biologiques ? Considérez cet ovule fécondé, au moment où il va commencer son évolution embryonnaire. « Cet œuf n'est qu'un devenir, nous a dit Cl. Bernard ; il renferme des propriétés et des jeux de mécanisme qui n'existent pas encore ». Impossible de découvrir dans sa substance homogène

et puissauce.

les moindres linéaments de l'organisme qui en sortira et qui est encore tout entière dans le futur (1) .Et cependant, cet ovule microscopiquerenferme déjà, d'une manière invisible, l'organisme anatomiqae d'un être nouveau, avec son tempérament, son caractère, ses aptitudes, ses tendances morbides et mille prédispositions héréditaires ; en un mot, il renferme l'avenir tout entier d'un individu et même de plusieurs générations.

Considérez ce fait, scientifiquement certain, et ditesnous s'il ne vous fait pas toucher du doigt ce que c'est que l'état de puissance active, cet état réel où l'élément dynamique existe sans se manifester encore sensiblement, mais où il est prêt à passer à Vacte et à s'exprimerdans la matière, prêt àl'organiseretàla spécifier dès que les conditions extérieures deviendront favorables.

Considérez encore ces états de mort apparente et de reviviscence, chezles hibernants, chezles léthargiques, ou bien dans les muscles atteints de rigidité cadavérique, et mieux encore, dans ces animauxinférieurs complètement desséchés qui se réveillent tout-à-coup de leur profond sommeil, au contact d'une goutte de rosée et d'un rayon de soleil ; considérez ces phénomènes, étranges sans doute, mais authentiques et quotidiens, et dites-nous si l'état d'Acte et de Puissance, c'est-à-dire d'existence complète ou incomplète, avec manifestation ou sans manifestation matérielle, n*est pas un double fait scientifiquement constaté, à ce point que si les mots d'Acte et de Puissance n'existaient pas depuis plus de deux mille ans, les savants mo-

(1) « Semen nonnisi potentia est ; potentia autem quemadmodum ad actum se ha beat novimus » : Eort §è Suvotaei rb (TTtépiict. ' Sûvaptç §'w; e^si npoç èjrsiiyjiuj^ 'taycsv, (Aristote, De partibus, 1. I, c. 1.)

LA V1I-: KT L'KVOLUTION DKS ESl'itCKS .'{11

dernes auraient dû les inventer (ît U)uv donner droit de cité dans les sciences hiologiffucis, à la snit(3 de Barthez, de Claude Bernard, de Milne-PMwards, de Mûller,de Brown-Séquard et de pres([ue tous les physiologistes contemporains.

Finalement, nous aboutissons à une conclusion né- où nérale assez inattendue. C'est que presque toutes l(;s pfniosôgrandes idées fondamentales de cette métaphysique sdlniiscolastiquequeFonnousa représentée si souvent com- '*"'' me un ensemble de conceptions a priori: les idées d'acte et de puissance, de forme et de matière, de cause excitatrice et de cause efficiente, de spontanéité et de finalité, d'unité et de multiplicité virtuelle, d'énergie formatrice, intermédiaire entre le mouvement mécanique et l'activité spirituelle..., ces idées et tant d'autres que nous étudierons plus tard, Aristote les a tirées des entrailles delanature vivante, des enseignements positifs de ces sciences biologiques où il excellait. L'étude de la vie lui a livré à la fois les secrets de la nature entière, avec une précision et une clarté, avec un accent de réalité objective et pour ainsi dire palpitante, que l'étude seule de la pensée consciente était incapable de donner aux disciples de Descartes.

L'histoire nous dira peut-être un jour tout ce que la philosophie cartésienne, réduite à l'étude de l'âme pensante et consciente a perdu de vérités fondamentales et de vues profondes, en désertant les sciences biologiques, et en dédaignant par un sentiment de dignité mal comprise les questions du « pot-au-feu » de l'économie animale.

Elle nous dira qu'après avoir obscurci ou perdu plusieurs vérités essentielles, cette philosophie a dû les remplacer par des fictions : ne pouvant plus nous expliquer l'homme réel, tel que la biologie l'observe, elle

nous a montré V homme possible tel que l'imagination l'avait rêvé.

En attendant, ne nous lassons pas de renouer les traditions antiques de l'esprit humain, et de préparer les voies à l'accord définitif de la Philosophie et de la Science.

l/KV()LUTI()iN KT l/OKKilNK l)K LIIO.MMK

Ce n'est pas sans motif que nous avons laissé l'espèce humaine en dehors de l'élude précédente sur l'origine des espèces végétales et animales. I/originede Thomme est une question trop grave et trop étendue pour ne pas gagner à être traitée à part. Du reste, s'il y a pour et contre l'origine bestiale de l'homme des arguments généraux, communs à tout système évolutionniste, il y a aussi des arguments spéciaux de la plus haute importance, qui ne s'ap[)liquent qu'à l'homme, et qui partant demandent à être traités dans une étude à part.

La question nouvelle est très simple à exposer. L'hypothèse de l'évolution universelle aurait-elle triomphé, — et nous venons de montrer qu'elle en est loin, — dans son exphcation de l'origine commune de toutes les espèces végétales et animales, pourrait-elle aussi être étendue à l'homme, et nous expliquer l'origine de ce roi de la nature qu'on a défini : l'animal raisonnable?

Au premier abord, cette extension de Ihypothèse jusqu'à l'homme semble bien naturelle. Si la monère a pu devenir successivement un polype, un i-chinoderme, un ver, un mollusque, un articulé, un poisson, un reptile, un oiseau, un mammifère, — par les seules lois du progrès, — on se demande pourquoi ces mêmes lois n'auraient pas fini par l'élever, à travers tous les degrés des mammifères, jusqu'au sommet de la vie animale, jusqu'à l'homme lui-même.

« Si la loi du développement de la vie, écrivait Lyell,est l'évolution,on ne peut soustraire l'homme à l'université de cette loi. Il apparaît à la fin de la série animale, comme la fleur au bout de sa tige, en vertu d'une progression naturelle. » Bien plus, non seulement le système évolutionniste serait découronné et décapité par une exception en faveur del'hom-

me, — ou tout au moins de son corps, — mais il se contredirait et se ruinerait lui-même, car les principaux arguments sur lesquels il repose, — comme celui des organes rudimentaires, de Vévolulion embnjonnaire^elc. — s'appliquant également aux hommes et aux animaux, s'ils sont sans valeur pour les uns, sont également sans valeur pour les autres ^

C'est donc " un bloc », disait Darwin ; il faut tout prendre ou tout laisser, et tous ses vrais disciples ne s'expriment pas autrement. Bien loin de n'être qu'une partie accessoire et facultative du système, aux yeux de ses inventeurs, l'homme en paraît être, bien au contraire, l'objectif principal et le point culminant. Mal leur en a pris, car l'origine bestiale de rhomme, malgré la popularité malsaine et l'entraînement passionné qu'elle ne pouvait manquer de produire, restera toujours, pour les penseurs et les savants, la partie la plus vulnérable, la plus ruineuse du système, celle qui entraînera la chute du système tout entier.

Cela nous explique pourquoi le Darwinisme a été, dès Torigine, attaqué principalement de ce côté ; et pourquoi tous les évolutionnistes modérés, voulant sauver la base de l'édifice, ont fait de vains efforts pour le débarrasser de ce monstrueux couronnement qui l'écrase.

Parmi ceux qui se sont dévoués à ce sauvetage périlleux de l'évolutionnisme chancelant, nous devons dès maintenant

1. Nous reconnaissons cependant qu'une exception en faveur de l'homme ne serait plus illogique dans le système qui remplace l'évolution unique par des évolutions multiples et indépendantes. Si Dieu a créé non pas un seul type élémentaire d'où tous les autres seraient issus, mais une multitude d'espèces différentes, qui auraient évolué chacune dans les limites de son essence, rien n'empêche d'admettre que l'espèce humaine a été un de ces types directement créés par Dieu. Mais alors il faudrait sacrifier tous les arguments, comme celui des organes rudimentaires, communs à l'homme et aux autres animaux : ce qui compromettrait gravement l'évolution elle-même. — Remarquons toutefois que ce nouveau système d'évolution dont la faveur est justement grandissante auprès des savants, n'est plus qu'une évolatioyi au rebours^ suivant le mot de son inventeur, M. Delbœuf. Ce n'est plus qu'un mode de créationnisme, parfaitement acceptable et orthodoxe, mais qui n'intéresse plus le philosophe. Seul, le savant aura intérêt à discuter sur le nombre et la figure de ces espèces primitives, et leur degré de parenté avec les formes actuelles. La philosophie restera neutre, sinon indifférente, dans ce nouveau débat.

l'évolution kt l'oiikmnk \)K l'iio.mmk .*<1."

visor co petit i^roiipe do Sîivants spiritiialislrs (ît rinMiic; de catlj()li(|ii('s, (pii, tout eu souleuaul l'ori^iiH; divine de l'Ame humaine^ ont accord*'; à révolutionnisinc l'origine Ix'stiale de Tor^anisHK; liuniain. Nous poserons donc; la question de l'origine et pour le ior[)S de riiomme et pour son âme.

Ce qnen pense la Scie)ice1

La science s'occupe surtout de l'organisme humain. Ce sera donc le premier point de vue, le plus délicat, qui va nous occuper lout d'abord.

Entre l'organisme de l'homme et celui de l'animal le plus rapproché de nous, il y a un hiatus immense, malgré des ressemblances inévitables, puisque l'homme, de l'aveu de tous, n'est pas un pur esprit, ni une raison pure, mais un animal raisonnable. Il est donc juste qu'il se rattache par son corps à l'animalité, dont il est la plus haute expression. Les phénomènes de nutrition, de digestion, de respiration, de croissance, de génération, sont analogues ; l'analyse chimique du sang, des os, de la chair et des nerfs, donne des résultats identiques. Sa structure générale est celle des mammifères.

Malgré ces ressemblances, qu'il est inutile d'énumérer plus au long, nous disons quand même qu'il existe un hiatus immense entre lui et le mammifère le plus perfectionné, tel qu'un singe anthropoïde.

D'abord le crâne humain est nettement distinct, surtout par la forme du nez, la forme et le mode de soudure de ses os. Il suffirait pour s'en convaincre de jeter les yeux sur les figures reproduites par iM. A. Bertrand dans un ouvrage récent S où l'on compare le crâne d'un nègre à celui d'uQ orang, le crâne d'un Européen à celui d'un chimpanzé. « Cette seule comparaison, nous dit M. de Nadaillac, suffirait pour terminer toute discussion. »

Le cerveau humain est aussi notablement différent, soit

1. La Gaule avant les Gaulois, 2« éd., p. 74. Cité par M. Nadaillac, Le Problème de la Vie, p. 233.

par son mode de développement, qui se fait en sens inverse de celui du singe, et prouve ainsi qu'ils n'appartiennent pas à la même série évolutive, — soit par le volume qu'il atteint, volume trois fois à cinq fois supérieur à celui du singe •. Le poids ordinaire d'un cerveau européen varie de 1350 à plus de 1500 grammes; tandis qu'il n'est que de 371 grammes chez les gorilles, et de 367 chez les orangs. Les différences de structure d'un organe si délicat échappent encore à la science, mais leur importance capitale devient de plus en plus vraisemblable.

L'homme se sépare non moins nettement des animaux anthropoïdes par l'anatomie des autres membres : « Chaque os du gorille, écrit de Quatrefages, porte une empreinte par laquelle on peut le distinguer de l'os humain correspondant ^ » Quel contraste plus saisissant, par exemple, que celui du pied humain avec la main postérieure du quadrumane ! Celle-ci est faite pour grimper et s'accrocher aux branches ; celui-là pour marcher et pour soutenir le poids de la station verticale, car l'homme seul, grâce aux particularités constitutives de la charpente humaine, a le privilège de pouvoir marcher debout en regardant le ciel'^ :

Os homini sublime dedii cœlumque lueri Jussit et erectos ad sidéra tollere vullus i.

L'homme est essentiellement marcheur, le singe essentiellement grimpeur. Tout l'appareil locomoteur porte l'empreinte de deux plans généraux différents, correspondant à deux genres de vie si différents.

Nous pourrions continuer longuement l'énumération d'autres signes caractéristiques, tels que la nudité presque absolue du corps de l'homme, qui suppose un animal industrieux ; la structure de sa main, ce merveilleux compas à cinq branches, organum organorum, qui ne peut convenir qu'à un animal intelligent et artiste. Mais inutile d'in-

1. Voy. Gratiolel, Revue des cours scientifiques, t. I, p. 191.

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