De Quatrefages, Hist. génér. des races humaines, p
'MO KTUDKS PIIILOSOPKIOI'ES
disant pro-anthropos, qui est supposé représenter le chaînon manquant, n'a pas daigné se montrer. Aucun savant sérieux ne prétend l'avoir vu... Certains ont bien pu le voir dans leurs rêves, mais une fois éveillés, ils n'osent plus dire qu'ils l'ont rencontré. L'espoir même de la découverte future de ce pro-anlhropos est souverainement hypothétique, car nous ne vivons ni dans un rêve, ni dans un monde idéal, mais dans un monde réel '. ^>
L'année suivante, le 24 février 1890, devant l'Académie des Sciences, M. Gaudry n'hésitait pas à revenir sur sa pre. mière opinion au sujet du Driopilhèque, et à conclure : « Jusqu'à ce jour, nous devons reconnaître que la paléontologie n'a pas encore fourni d'enchaînement entre les hommes et les animaux ».
Un peu plus tard, le D'" Topinard lui-môme reconnaissait « qu'entre l'homme et le troglodyte, on ne voit d'intermédiaire nulle part ^ » ; — Huxley faisait le même aveu : « nous ne trouvons aucun fait qui permette de croire le contraire ^ » ; — et Cari Vogt, se moquant également de la fameuse généalogie d'Hseckel et de celles qu'on essayait de lui substituer, déclarait « qu'en présence de ce tohubohu d'opinions divergentes et opposées, où l'on ne voit ni les premiers jalons, ni les derniers, ni ceux du milieu », il demeurait sceptique. Puis il comparaît agréablement « ce fameux pont de passage (entre l'homme et la bête) à ce pont aérien conduisant à Walhalla sur lequel chevauchent les Valkyries et autres êtres fabuleux, êtres engendrés par Fimagination et marchant sur un pont engendré par la réflexion * » !
Enfin en 1892, au congrès international de Moscou, Virchow ajoutait ces aveux définitifs qui devraient être le coup de grâce du transformisme : « Dans la question de l'homme nous sommes repoussés sur toute la ligne. Toutes les recherches entreprises dans le but de trouver la continuité
i. Virchow, L'anthropologie durant les '2Q dernières années, cf. compte rendu de la. Smilhsonian Institution^ 1889, p. 5G3 et sq. 2. ïopinai'd, Uhomme dans la nature, p. 43, 347. 8. Cité par Popular Science, juin 1897, p. 127. 4. Cari Yogi, Dogmes dans la science. Rev. scient., 1891, p. 648.
I, i':v(tnrn<iN i;r I, (tiiKi iM'! iH'; i.'iio.mmi; ;{2|
dans le ([('vcloppcmcnf, prof^'iuissir oiiL cHc smis rf'sullaL. Il n'existe pas de; i'rO'dul/nopos, il n'cxisle pas dltonmr-aliu/c ; \{\ cliainoii intcîrinrMliain; deineuro un l'anlôinc; ' >».
Et que l'on ne diso pas ({uo ce silence obstiné de la p/déonlolof^ie n'est qu'un ar{j;uincnt purcîmcnt négatif. Depuis plus d'nn siècle qu'on le recherche, cet homme-singe, avec une ardeni" passionnée, dans toutes les contrées du monde, on aurait déjà dû. 1(3 découvrir par centaines et par miili(;rs, nous l'avons déjà dit, puisqu'il auraitété le produit de milliers et de milliers de générations ; et surtout parce que ses restes devraient occuper précisément les terrains les plus récents, les plus superficiels, ceux quiontété les mieux fouillés, et d'où l'on a déjà extrait d'innombrables fossiles végétaux et animaux, contemporains supposés des fameux anthropopithèques. Dans de telles conditions, cette preuve a acquis toute la valeur d'une force positive. Il u'y a pas eu d'intermédiaires entre l'homme et la bête.
Ce quen pense la Philosophie^
Si au seul point de vue de l'anatomie et de l'histoire naturelle, l'origine bestiale de l'homme est une thèse absolujnentinvraisemblable et condamnée par lesfaits scientifiques, — cette vérité éclate avec plus de force encore, lorsqu'on étudie l'homme intellectuel. C'est, en effet, dans les phénomènes intellectuels, c'est dans son àme, bien plus que dans son corps, que réside la véritable supériorité de l'homme sur la bête, et l'impossibilité absolue, métaphysique, d'une origine bestiale.
Entre l'organisme humain et celui d'un anthropoïde, on peut toujours imaginer comme possibles des enchaînements, des transitions insensibles, que la réalité seule des faits pourra prouver ou démentir. Tandis qu'entre une âme douée d'opérations spirituelles et les forces matérielles de la nature même vivante, non seulement il n'y a aucune transition réelle, mais aucune transition possible.
i. Rev. scient., 1892, p. 591.
322 ÉTUDES PITILOSOPniQUES
Les savants évolutionnistes eux-mêmes ont bien compris que leur système viendrait ici se briser contre la spiritualité de l'âme, et qu'il ne pourrait être soutenu que par les partisans du plus grossier matérialisme. C'est là manifestement qu'ils se sentent gênés, c Quels que soient nos efforts, avouait le D'" Topinard, pour chercher les caractères zoologiques matériels, séparant l'homme de l'animal, il nous faut reconnaître que l'abîme qu'ils établissent entre eux est bien peude chose à côté du gouffre qui les sépare psychologiquement K »
De son côté, M. Delbœuf écrivait : « Je suis transformiste... mais l'origine de Thomme m'embarrasse. Oh ! non pas sous le rapport anatomique ou physiologique, mais sous le rapport intellectuel. Je ne vois pas, pour le moment, comment a pu se faire la transition d'un animal qui ne parle pas à un
animal qui parle J'admets les passages psychiques de
l'intelligence du ver de terre à celle du chien, de l'intelligence du sauvage le plus arriéré à celle d'un Newton ou d'un Pasteur. Mais je ne sais comment passer du chien au sauvage, quand je pense au langage articulé, promoteur des idées abstraites et auxiliaire inséparable de la pensée créatrice ^. »
Le moyen radical pour se tirer d'embarras serait de nier la spiritualité de l'âme, et d'essayer de confondre en une seule nature, les sens et l'intelligence, l'homme et la bête. Ils n'y ont pas manqué.
Mais nous ne pouvons revenir ici sur ces deux dogmes fondamentaux, auquel nous avons consacré un ouvrage entier ^ Il suffira de rappeler nos conclusions :
Il existe chez l'homme des facultés spirituelles qui manquent chez l'animal. L'homme seul, en effet, conçoit des objets abstraits, universels, spirituels : le vrai, le bien, le beau, l'idéal, l'esprit, la divinité, la religion. Aussi est-il seul capable d'exprimer ces idées abstraites et spirituelles, par la parole, et de les traduire par des œuvres d'art, d'industrie, de science, de morahté et de progrès. En un mot, l'âme