Topinard, L' homme dans la Nature
2. Revue scientifique, 28 décembre 1895, p. 805. 8. Le Cerveau, l'Ame et les facultés, 6« édit.
L l'iVOLUTION KT l/oUKilNK l>K I/IIOMMK .'ll^.'i
liuniîiiiu', (|ii()i(iu(3 ploii^c'O dans la inaLiùru par .s(!S racullrs inloriGUios, cependant est ospriL. Mais l'esprit no pouvant sortir, par voio do simple dévcloppenicnt, des forces rnatc'iriollos de la nature hruh^ ou vivante, il (;n résulte que son origine n'est point matérielle, animale, (pi'elle ne vient pas d'en l)as, mais iVen haut , comme disait Arislot*;, (;t qu'elle est en nous (luehjue chose de céleste et de divin.
Mais si la philosophie nous impose l'origine divine de l'Ame humaine, nous laisserait-elle pleine liberté pour soutenir l'origine bestiale du corps humain? Nous avons vu, en effet, que cette solution intermédiaire souriait à un certain nombre de spiritualistes et même de chrétiens, qui espèrent y trouver un excellent terrain de conciliation avec les partisans de révolution. Aussi sera-t-il opportun de traiter celle seconde question au point de vue de la seule raison.
Si Dieu, pour créer le premier homme, s'était contenté d'infuser une âme humaine dans le corps d'un animal, il aurait pu le faire au moment de sa conception, c'est-à-dire avant que ses organes fussent formés, ou bien après la formation plus ou moins complète de ces organes par une âme animale. Examinons ces deux hypothèses.
Dans la première, le corps humain étant formé par une âme humaine, 11 n'y aurait plus lieu de parler de l'origine animale du corps humain, puisqu'il aurait été formé non par l'évolution progressive des forces animales, mais par l'opération d'une âme humaine sortie des mainsde Dieu. Cette hypothèse serait sans intérêt pour les partisans de l'évolution. Aussi estce la seconde hypothèse qui est préférée par les transformistes catholiques, et cela pour plusieurs raisons dont la principale est qu'elle nous explique mieux les organes rudimentaires de l'homme. Ainsi les vertèbres caudales de l'embryon humain et son duvet ne seraient plus qu'un cas d'atavisme, qui nous rappellerait quelque arrière grand'père pithécoide. De même certains muscles peaussiers, le rudiment de la membrane nictitante au coin interne de l'œil, le petit tuberbule pointu du pavillon de l'oreille, etc . , seraient pareillement des cas d'atavisme. Mais alors ces philosophes sont forcés de supposer que le corps humain, avant d'être informé par l'âme
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liiimaine, a été façonné par une âme animale, qui portait en elle-même ces tendances léguées par une série d'ancêtres pro-simiens.
Malheureusement cette supposition d'une âme humaine venant à informer un corps animal d'espèce différente est philosophiquement inadmissible. En effet, l'âme animale en façonnant son embryon se constitue un organisme en rapport avec les exigences propres à son espèce. Cet organisme inférieur n'est donc nullement préparé à recevoir une âme humaine : il y aurait désaccord entre de tels organes et les nouvelles fonctions qu'elle doit exercer.
Logerez-vous une âme d'oiseau dans un corps de poisson ? C'est impossible. La distance à franchir, me direz-vous, est ici moins grande, puisqu'il s'agit d'espèces voisines. Je réponds que, si voisines que soient les espèces, tant que la différence spécifique subsiste, il y aura désaccord entre les deux éléments que vous prétendez substantiellement unir. Songe-t-on à l'embarras où le moineau se trouverait avec des instincts d'alouette et des ailes de moineau ? ou la guêpe, avec les instincts de l'abeille et sans appareil pour fabriquer le miel? Or nous avons vu que l'opposition était encore plus tranchée entre uneâme humaine elles organesd'un singe anthropoïde. La tête, le crâne, le cerveau, les mains et les pieds, le thorax, la colonne vertébrale, les muscles, le bassin, et même chacun des os, dirons-nous avec de Quatrefages, portent une empreinte différente dans l'homme et dans l'anthropoïde. Il serait donc impossible à uneâme humaine, qui est la forme elle moule du corps, d'informer et de contenir une organisation si disparate. Impossible à une âme spirituelle de s'unir avec des organes, qui ne sont pas faits pour elle, pour coopérer à sa vie intellectuelle.
Il y a donc entre l'organisme animal et l'âme humaine une disproportion évidente qu'il faudrait diminuer ou supprimer avant de tenter leur union. Comment les évolutionnistes y parviendront-ils?
Puisque l'âme humaine ne peut s'unir qu'à un organisme vraiment semblable à l'organisme humain, il ne reste plus qu'à dire que cet organisme humain a été façonné par une
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Am(.' îiiiimaU; loutu siuilo, ou par iiik! .idic ariiiuale (Jirif<«';(î et élevc'u; par l'action de Dion.
Kcre/.-vons raconiKir un orp^aiiismo htiinain pai- les sriilrs forces iiilerieiircs (le l'animal M^cisL I)i('ii là, en elletje grand ciï'orL de la p(Misée évolulionnisle, qui cliercli(; toujours à faire sortir le plus du moins; mais on n(î pcîut dii-e que ce soit là un i^ranil ell'ort de logi([ue oi d'esprit pliil()Soplii(jue.
Wallacc lui-même, l'un des pères et des plus éminents pcMiseurs d(^ ll'^coliî darwiniste, a reconnu la tentative impossible. Se plaçant au point de vue cher à cette Ecole, qui explique l'ascension de l'être par les lois de la srler/irm iiahirellc, voici comment il raisonne :
I.a sélection naturelle ne produit que ce qui est utile d'une utilité immédiate et personnelle à l'être, en sorte qu'elle tend à éliminer tout caractère nuisible ou seulement inutile, bien loin de pouvoir le conserver, encore moins le produire. C'est le principe fondamental, qu'une seule exception suffirait à ruiner.
Or, ajoute Wallace, pour transformer l'organisme d'un animal pithécoïde en celui d'un homme, il faudrait y produire une foule de caractères nouveaux, actuellement inutiles ou nuisibles à cet animal ; donc la sélection naturelle est incapable d'opérer une telle transformation. Les exemples donnés par Wallace abondent ^ Il suffit d'en citer deux ou trois. La nudité presque absolue du corps humain étant nuisible à l'animal pithécoïde, comment la sélection l'auraitelle pu priver dune protection si utile? — La conformation du pied humain lui était encore désavantageuse. Il lui était bien plus utile d'avoir le pouce opposable aux autres doigts, et de pouvoir saisir et grimper avec le pied, comme avec la main. Nous en dirions autant de toutes les autres causes d'infériorité physique, qui caractérisent l'homme et lui donnent une situation si désavantageuse parmi tous les animaux dans la lutte pour l'existence.
D'autre part, on constate une parfaite identité anatomique entre l'homme primitif, ou entre le sauvage le plus arriéré