‹ Vie et l'évolution des espècesChapitre 20 sur 22 · Perrone, De Deo Créât., p. 3, c. 1, p · texte numérisé non relu

Perrone, De Deo Créât., p. 3, c. 1, p

330 ÉTUDES PniLOSOPniQUES

et pour la formation du corps du premier homme . Elle échappe donc à la condamnation du Concile de Cologne, mais nous dirons plus loin ce qu'il faut penser de cette opinion.

Si l'on n'admet au contraire qu'une simple information d'un corps animal par une âme humaine, sans aucune modification importante dans la structure organique de ce corps, est-ce suffisant pour soutenir que Dieu demeure quand môme le formateur de ce corps? Nous ne le croyons pas.

En ressuscitant un mort, Dieu infuse bien la forme humaine, ou l'âme dans un corps : il est Vinformateur de ce corps, mais on ne saurait dire, sans jeu de mots, quil en est aussi le formai eur.Be même, par la création quotidienne des âmes, Dieu devient chaque jour Vinformateur d'une multitude de corps humains, sans en être directement le formateur^ comme pour le corps d'Adam.

Aussi nous est-il impossible de souscrire à la formule qu'on nous propose : « celui qui directement et immédiatement infuse la forme, c'est-à-dire l'âme humaine^ l'âme spirituelle sur un substratum, quel qu'il soit du reste, d'où il provienne, celui-là est directement et immédiatement le formateur du corps de l'homme ». — Sans doute, répéterons-nous, il est Vinformateur, au sens scolastique, mais nullement le formateur au sens plastique et scripturaire de ce mot : plasmas il et inspiramt.

En conséquence, cette opinion est-elle conciliable avec la doctrine du Concile de Cologne et l'enseignement traditionnel de l'Eglise? Nous ne pouvons l'adm'ettre. Le concile n'a pas voulu condamner seulement l'athéisme et le matérialisme des évolutionnistes qui nient l'origine divine de l'âme humaine, et la font naître spontanément des forces matérielles de la nature ; — erreur trop grossière dont la condamnation était déjà faite; — il a voulu condamner d'une manière spéciale l'évolution qui ne s'étend qu'au corps organique de l'homme, en exceptant son âme, ou du moins une évolution toute naturelle et spontanée, (\w.\ se ferait par le simple jeu des lois de la nature, en excluant l'intervention supranaturelle de Dieu.

r,ï<:v(H,ii'i'i(>N Kr i/ohicini-; ni': i/iiommI'; .'J31

Il lu! siiriirail, donc |)îis il (Hîs écrivimis (•-al.li()li<jii(;s (l(î reconnaîliN^ (jac Dioil (»sl, railleur (!<;> lois de; la iiaUiiM!, qu'il coucoiirl à l'af'tion des (îausos sc^roiidos [)ar sa Providence ordinaire, v.\ (jii'fi ('(^s lilrcis il (;sl raulcur cL l(! direcleiir do l'évolution vXdo. l'or^anisalion du corps humain. Toutes ces formules sont insuftisanles h sauver leurs lliéories. Leur évolution demeure qu;ind mêm(; un vA]\)[7ialarel cl s/Hj}ilané des forces do la nature, — elle demeure donc condamnée par le (]oncile de Cologne.

Eh ! comment un catholique pourrait-il se dispenser d'admettre une intervention supranaturelle de Dieu? Le récit de la création d'Adam, serait-il ambigu et interprétable en ce sens, le récit de la création d'Eve ne souffre aucune équivoque, et échappe à toutes les subtilités de l'exégèse évolutionniste.

Inutile, pour le prouver, de citer tout au long les textes bien connus par lesquels Moïse nous apprend que le corps de la première femme fut tiré de la substance du premier homme : « El œdiflcavit Dominus Deus costam quam tulerat de Adam, in mulierem ». De telle sorte qu'à son réveil, Adam put s'écrier : voici l'os de mes os et la chair de ma chair, et c'est pourquoi elle s'appellera Virago, c'est-à-dire tirée de l'homme : « Hocnunc os ex ossibus meis el caro de carne mea ; hsec vocahitur Virago^ quoniam de viro sumpla esl^ ».

Toutes ces paroles n'auraient aucun sens dans l'hypothèse transformiste, et la conclusion morale si profonde qu'en tire l'Ecriture : « Quamobrem relinquct homo palrem suum et malrem siiam et adhserebit uxori siiœ, et erunt duo in carne una », ne serait plus une conclusion logique et justifiée par les prémisses. Par contre, si le corps d'Eve a été tiré httéralement de la substance d'Adam, ce fait apparaît comme le symbole le plu-s frappant de l'unité et de l'indissolubilité du lien conjugal.

Ces textes sont tellement réfractaires à toute interprétation évolutionniste que les écrivains auxquels nous venons de

Page 1