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Genèse, II

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faire allusion, ont dû le reconnaître et admettre pour Eve une exception à la loi de l'évolution. Mais cette concession nous paraît la ruine même de tout leur système, car tous leurs arguments, comme celui des organes rudiment air es, s'ils sont sans valeur pour la femme, sont aussi sans valeur pour l'homme.

D'autre part, comment admettre que l'organisme de la femme ait eu une origine plus noble que celui de Tliomme ? L'organisme de la femme serait Tœuvre immédiate des mains de Dieu, tandis que celui de l'homme ne serait que le produit naturel de l'animalité inférieure? Par son corps, la femme serait enfant de Dieu, et l'homme ne serait que le fils d'un singe anthropoïde *, alors que S. Luc le déclare enfant de Dieu « qui fait Adam, qui fuit Dei », et S. Paul, de race divine «■ genus Dei » ? Qui pourrait accepter une si choquante anomalie, une inégalité si surprenante et si dé raisonnable ! Cette impossibilité n'est-elle pas précisément l'argument le plus solide en faveur de l'interprétation traditionnelle du récit de la création d'Adam? Eh t que l'on ne dise pas que le récit mosaïque de la création d'Eve est une pure allégorie. Ici nous nous heurterions à la Tradition tout entière. La Tradition, qui se montre si large pour l'interprétation des 25 premiers versets de la Genèse, n'autorise plus la même liberté pour la suite. On a pu se permettre de voir dans ces versets une hymne liturgique servant de prélude à la Genèse (Mgr Glifford, évêque de Cliftou, Irlande) ; mais quoi qu'il en soit de ces idées qu'on n'ose ni condamner ni admettre, il est impossible d'étendre ce système d'interprétation hors des limites imposées par la Tradition, autrement y aurait-il jamais lieu de s'arrêter ? La Genèse ne serait plus un livre historique^ c'est-à-dire un récit littéral où l'allégorie ne s'introduit jamais sans prévenir le lecteur.

Tenons-nous donc fidèlement attachés à cette interprétation traditionnelle. L'Kglise elle-même, — quoiqu'elle n'ait rien défini sur ce point, — nous y engage par la défiance

1. Toutes les âmes humaines étant directement créées par Dieu, c'est l'origine des corps — directement issus des parents, — qui distingue surtout les races et les familles, et en indique la filiation.

l/ÉVOLUTION KT l'OHIC.INK DIC l/llOMiMK XVA

avec la([iiollc clli; a toujours accueilli la uouvolhi oj)iiiioii, «.'t réccmnuMit oncoro par la condainnalioii portée à llom»; par l'autoritc'i comixHciito contre uii ouvrage (pu; sou auteur a di^ rélract(T pul)li([ueinent ot r(itir(U' di; la circulation'.

llostcrait à examiner la second(i thèse; évolutionuisti;.

Après avoir condamné Vôvolution nalurellr du corps de riiommc, (expliquée par I(;s seules forces de l;i nature, seraient-elles aidées et dirif^ées par le concours nalnrel do Dieu, qui ne lait jamais défaut aux causes secondes, — il resterait encore k se demander ce qu'il faudrait penser de la possibilité d'une évolufion supranalurelle, supérieure à toutes les forces de la nature et imputable à Dieu seul.

Assurément, si un embryon simien est incapable par les seules forces de la nature de devenir semblable à un organisme humain, — comme l'a déjà soutenu Wallace, qui faisait appel à une intervention supranaturelle, — Dieu est assez puissant pour produire cette merveille. Par exemple, Dieu aurait pu achever l'œuvre ébauchée par la nature, en lui donnant les caractères spéciaux de l'organisme humain. Dans ce cas, l'évolution n'étant plus naturelle et spontanée, mais essentiellement supranaturelle, ^Q tomberait plus, ce nous semble, sous la condamnation du Concile de Cologne.

Mais pourrait-on aussi l'accorder avec les textes de la la Sainte Ecriture et l'enseignement de la tradition catholique? Cet enseignement nous interdirait-il absolument de penser que l'action immédiate et supranaturelle de Dieu a pu, dans la formation du corps humain, se servir des causes secondes, comme causes partielles et accessoires, de manière à rester toujours cause principale et supranaturelle de cette formation? S. Thomas admet bien comme possible

1. « La thèse a été jugée insoutenable, par l'autorité compétente, surtout en ce qui concerne le corps de l'homme, incompatible qu'elle est tant avec les textes de la Sainte Ecriture, qu'avec les principes d'une saine philosophie » (Extrait de la lettre de rétractation du P. Leroy.Rome, 26févr. 1895. Cf. Le Monde, 4 mars 1895).— Le R. P. assure qu'on a mal compris sa pensée. C'est possible. Mais comme notre critique ne vise que des idées et non des personnes, nous laisserons à d'autres le soin de juger à laquelle des deux thèses critiquées par nous, se rattache celle du R. Père.

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l'intermédiaire des anges * ; pourquoi pas aussi celui d'autres agents ? Dieu s'est servi certainement pour façonner l'homme de la matière et de ses forces physico-chimiques, pourquoi ne se serait-il pas servi d'une manière organique et de ses forces vitales, tel qu'un fœtus animal?

C'est là une question beaucoup plus délicate, que nous hésiterions à résoudre négativement.

De l'avis du cardinal Gonzalès «, cette interprétation s'écarte moins de la narration mosaïque ; elle sauve l'action supranaturelle, directe et immédiate de Dieu, qu'il faut sauver à tout prix pour rester d'accord avec le dogme ^ ; mais elle laisse intactes toutes les raisons que l'on a coutume de faire valoir pour l'interprétation obvie et littérale qui garde toutes ses préférences. Imitons l'exemple du savant cardinal.

Avant de nous écarter de l'interprétation littérale, attendons qu'un argument nouveau, une découverte paléontologique vraiment sérieuse et authentique, nous donne quelque raison plausible de nous en écarter. Sans doute, cette découverte, si souvent annoncée et puis démentie, devient de plus en plus invraisemblable ; cependant comme le disait récemment, dans un débat analogue, le R. P. Gorluy : « il faut pousser le scrupule jusqu'à la limite extrême, lorsqu'on veut, au nom de l'orthodoxie, barrer le passage à des idées qui demandent à se produire au nom de la science* ».

Si le passage de l'organisme animal à l'organisme humain, venait, par impossible, à être un jour prouvé comme un fait historique, qui nous empêcherait de dire avec Wallace lui-même, que ce fait ne peut être imputable aux seules lois de la nature, et d'y reconnaître une nouvelle preuve de Tintervention supranaturelle du Tout-Puissant ? Cette hypothèse nous aurait été fournie, au nom de la science elle-même,

1. « Necesse fuit quod primum corpus hominis immédiate formaretur a Deo... Potuit tamen fieri ut aliquod mmisterium in formatione corporis primi bominis angeli exhibèrent, sicut exhibebunt in ultima resurrectione pulveres colligendo. » la, q. 91, a. 2.

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