CHAPITRE V
« Lalla Rookh. »
Moore se dispose, sur le conseil de quelques amis, à composer un poème oriental. — Négociations avec les éditeurs Longman.
— Heureuse intervention de Mr. Perry. — Convcutions écrites de l'auteur et des éditeurs. — Raisons pour lesquelles' Moore n*avance que très lentement dans son travail. — Preuve de confiance de ses éditeurs. -- Délicatesse excessive de l'auteur.
— Conduite honorable de Messrs. Longman. — Moore va habiter à Hornsey. — Publication de « Lalla Rookh. » — Comment Touvrage est accueilli. -- Lettre de Lord Strangford à ce sujet. — 11 est fort goûté dans toute l'Europe et particulièrement en Prusse et en France. — Considérations générales sur cette composition. — Ses beautés. — Mélange de la fiction et de la vérité. — Opinions d'Hazlittet de Symington. — Divisions de l'nuvrage. — - Exposé de l'histoire de Lalla Rookh.
— \^ barde Feramorz. — Le grand Chambelian Fadladeen. — Sa critique. — Examen du « Prophète Voilé » — Caractère de Mokanna. — Episode d'Azim et de Zélica. — Défauts du poème.
— Jugement de Byron. — Mérite de l'œuvre. — Opinion de Lord Russell. — Le « Paradis et la Péri. » — Caractère et analyse du poème. — Ce qu'il faut penser du jugement de Fadladeen. — « Les Adorateurs du Feu. » — Supériorité de ce poème.
— Son origine. — Exposition du sujet. — Hafed et Hinda. — Caractère de ces deux personnages. — Quelques traits de ressemblance entre le héros parsi et les héros irlandais.— Génie dramatique de Moore. — Jugement de Byron. — Procédé de Moore pour faire mieux ressortir le caractère de ses personnages historiques. — c( La Lumière du Harem. » — Beauté de ses chants. ~ Signification du poème. — A quelle famille de poètes ap-
partient Moore. — Ce que c'est que « Lalla Rookh. » — Génie de la poésie orientale dans Moore. — Genre de sa versilication. — Ce qui la caractérise. — Etude de son mécanisme. — Conclusion.
Tandis qu'en 1812 Moore forgeait pour la lutte politique ses armes fines et brillantes, ses amis, rêvant pour lui la gloire d*un poème épique, le pressaient d'entreprendre quelque travail considérable (1). C'est alors qu'il se mit à composer (2) sur un sujet oriental un poème de la dimension in-quarto devenue, par les derniers triomphes de Walter Scott, le modèle du format en ce genre. Rogers lui suggéra le sujet (3), et c'est la principale raison pour laquelle Moore lui dédia sa composition. Il y eut alors des pourparlers, à propos du futur ouvrage, avec les éditeurs Longman. Mais, pour des motifs dont Moore n'a pas gardé le souvenir, rien ne fut conclu, et c'est seulement un an ou deux après que l'affaire fut reprise et menée à bonne fin par son ami Mr. Perry du « Morning Chronicle. » Le 17 Décembre 1814, Moore écrivit à Messrs. Longman : « En remettant entre vos mains un poème de la longueur de Rokeby, je dois recevoir de vous la somme de
(1) Moope's poetical "Works. Préface to the sixth volume.
(2) Il y soD^eait déjà au moins depuis ua an, comme le*! prouve sa lettre écrite fi Miss Godfrey, le 11 Septembre 1811, le surlendemain de réchec de sou opéra-comique. D ailleurs il devait être d'autant plus porté à faire un poème oriental, que tous les Irlandais considèrent TOrieiit comme une mère-patrie. En effet, il parait suffisamment établi que rirlande reçut dans l'antiquité la plus reculée une colonie^pbénicienne : au dire d'un savant anglais du siècle dernier, le Général Vallancy, qui consacra la moitié de sa vie à de grands travaux pour prouver l'origine orientale du peuple irlandais d'après son langage et ses antiquités, les « tours cylindriques, » constructions remarquables qu'on trouve en Ir-' lande, étaient destinées au culte du feu.
(3) Voyez la lettre que Moore écrivit en 1814 à son ami Daltou.
3,000 L Si vous acceptez cette offre, je suis tout disposé à m'arranger définitivement avec vous. » Ces éditeurs lui répondirent : « En remettant entre nos mains un poème de vous aussi long que Rokeby, vous recevrez de nous la somme de 3000 L » C'est une convention unique en son genre et bien honorable pour les deux parties contractantes ; car les éditeurs n'avaient pas vu un seul vers du poème, et il n'était nullement stipulé qu'ils en verraient ; ils témoignaient ainsi une pleine confiance dans le génie du poète.
Moore mit longtemps à composer son poème ; car, outre le grand travail auquel il se livra préalablement pour acquérir une connaissance profonde de l'Orient, il eut constamment à lutter contre les difficultés de son goût, et fit plusieurs essais, comme « the Taie of Cambuscan, » qu'il laissa de côté, avant d'écrire quelque chose qui le contentât. Il dut en effet à son goût délicat de ne point tomber dans l'excentricité de Southey, en se gardant de produire un ouvrage du genre de « Thalaba(l), » où il entre jusqu'à des dragons et des hippogriffes. Au printemps de l'année de 1815, son poème étant bien avancé, il annonça à ses éditeurs qu'il était en mesure de leur donner à lire quelques parties de son manuscrit. Ils refusèrent disant que, bien qu'ils eussent le plus vif désir de connaître le poème pour leur propre satisfaction, ils n'éprouvaient nulle envie de le lire pour d'autres motifs, car ils avaient, sous tous les rapports, une confiance absolue en lui. L'année suivante le poème était prêt à être publié ; mais c'était dans un temps de grande misère, et, par conséquent, très défavorable à toute entreprise littéraire ; alors, dans les pre-
(1) « Thalaba, the Destroyer » 1801.
miers jours de Novembre, avec ce sentiment chevaleresque qui le caractérisa toujours, il informa ses éditeurs que, vu les circonstances, il leur laissait la liberté de modifier ou même de rompre le traité. C'était de sa part une extrême délicatesse à laquelle sa position de fortune donnait encore plus de prix. Mais Messrs. Longman étaient trop nobles pour profiter d'une telle générosité ; ils n'avaient du reste aucune raison pour agir différemment; en effet, comme le résultat le prouva, ce n'était pas inconsidérément qu'ils avaient pris leur engagement ; toutefois, ils remirent la publication de l'ouvrage à l'année suivante. Moore quitta Mayfield.et alla habiter à Hornsey, près de Londres, afin de pouvoir mieux veiller à l'impression de « Lalla Rookh. » Enfin ce magnifique poème, fruit d'un travail immense, parut au mois de Mai 1817, et fut accueilli avec un transport d'admiration dont personne ne put se garder. La lettre écrite le 20 Juin par Lord Strangford à Moore en est le témoignage : « Ma mère a un certain degré de sainteté ; elle est occupée à lire votre Uvre à l'autre bout de la chambre. Le dialogue suivant vient d'avoir lieu entre nous : « Le Pécheur — J'écris à Moore. » « La Sainte — Je lis Moore. » « Le Pécheur — Que dirai-je à Moore? » « La Sainte — Que je suis frappée d'horreur de ma propre perversité à admirer quelque chose en ce monde autant que j'admire son poème ! » Tout à fait conforme au goût prédominant de l'époque, il eut la même année sept éditions, depuis environ vingt-trois, et fut traduit, comme les « Mélodies irlandaises, » dans presque toutes les langues de TEurope (1) ; on en fit
(1) SymingtoD, sans doute sur la foi du propos de Luttrell (*), avance, dans soQ Esquisse de la Vie de Thomas Moore, p. 59, que « des parties
même une pièce mêlée de chaats et de danses qu'on représenta, en 1822, à une fête mémorable de la Cour de Prusse, où la Grande Duchesse de Russie joua le rôle de Lalla Rookh et le Grand Duc Nicolas celui d'Aliris. C'est à la fin du divertissement que le Baron de La Motte Foûqué promit solennellement, pour être agréable à la Grande Duchesse, de donner au monde une traduction du poème en allemand. Enfin, en 1862, il inspira très heureusement, dans un charmant Opéracomique, pour les paroles Michel Carré et Hippolyte Lucas, et pour la musique notre célèbre maestro Félicien David.
Avant même la publication de « Lalla Rookh, » les critiques n'avaient pas manqué : cherchant à déprécier le génie de Moore, ils déclaraient douter que la pointe épigrammatique et le fini exquis de ses productions lyriques fussent compatibles avec la puissance d'esprit indispensable à un champ plus large et à un vol de
de Touvrage oDt été rendues en Persan. » Il peut se faire que dans rinde anglaise, sous les auspices du Gouvernement, on ait traduit en Persan l'œuvre de Moore, comme on a traduit d'autres œuvres anglaises, notamment celles de Byron. Mais il faut observer que le Persan, devenu dans ce pays, depuis la conquête mongole, la langue des lettrés musulmans qui le cultivent, comme nous cultivons le latin, tout en formant avec l'Arabe la base de Tinslruction classique, est de fait traité en langue morte. Il diffère sensiblement du Persan que Ton parle en Perse et a développé une littérature artificielle et pseudo-arcbaique qu'on ij^ore à peu près complètement dans sa patrie d'origine. Aussi, après avoir remonté aux sources mêmes, et consulté Mirza Habib, savent Persan de nos jours qui connaît le mieux sa littérature nationale, nous sommes en mesure d'affirmer qu'il n'a jamais paru une traduction persane de « Lalla Rookh » ou de quelques parties de ce poème à Téhéran, ni à Ispaban, ni à Tauris, les trois seuls centres de production intellectuelle de la Perse.
(*) • Vm told, dear Moore, your lays are sung, »
» (Can it be true, you lucky man ?) »
n Bt moonlight, in thc Persian tongue, n n Along tbe streets of Ispaban. »
plus longue durée (1). De tels ergoteurs furent pour toujours réduits au silence. En effet, dans « Lalla Rookh, » comme dans quelque beau temple gothique, tandis que Tédifice entier offre des proportions imposantes, chaque point, sur lequel Tœil tombe, montre le même réseau délicat et le même fini qui caractérisent les moindres perles sorties de la main de Moore. Son génie se meut avec grâce et liberté sous sa charge de richesses orientales, et son style a la splendeur qui convient aux descriptions de scènes éclairées par le soleil d'Orient. Les œmparaisons et les images resplendissantes frappent vivement Timagination, pendant que Tharmonie musicale des vers flatte délicieusement Toreille. « Lalla Rookh » est comme une œuvre magique, où Tesprit du lecteur, flottant sur une mer de musique céleste, est porté à travers des séjours remplis de parfums plus suaves que ceux de la terre, et des demeures plus somptueuses que celles des Princes, au milieu de beautés éblouissantes de toutes formes et de tous genres, jusqu'au moment où il s'affaisse, épuisé par rexcésmême du ravissement. Est-ce là véritablement un défaut ? En vérité, l'ouvrage brille d'une façon continue. Mais quel voyageur, sous le ciel éclatant des tropiques, souhaiterait raisonnablement qu'il se changeât en un ciel pareil au nôtre ? De même, en lisant ces pages d'un éclat sans cesse éblouissant, serait-il sage de désirer des descriptions moins étincelantes, des tableaux peints avec des couleurs plus simples ? Non, le poète n'a pas été trop prodigue de ses trésors : ses beautés, toujours exquises en elles-mêmes, ne sont pas plus surabondantes que celles de l'Orient. L'abus même de la splendeur et d'une
(1) Voyez MoDtgomery. Thomas Moore, his life, writings, etc.^ p. 74.
langueur voluptueuse, qui dans un autre genre de composition serait à juste titre regardé comme faux, nous semble ici naturel.
Ce poème, tout en ayant le charme d'une féerie, n'est pourtant pas une pure fiction ; il a encore l'attrait de la vérité. « C'est, dit Hazlitt, une œuvre d'art merveilleuse contenant les peintures de paysages et de mœurs locales qui n'ont pas été surpassées pour la fidélité. » Sous ce rapport, il n'y a qu'un seul conte oriental, celui de William Beckford, « Vathek, o primitivement publié en français en 1784, qui puisse lui être comparé. Rappelons encore à ce sujet le propos du Colonel WilkSj l'historien de l'Inde anglaise : « Est-il vrai, disait-il à Sir James Mackintosh, que Moore ne soit jamais allé en Orient ?» — « Jamais, »> répondit celui-ci. — « Eh bien, répliqua le Colonel, cela me montre qu'il vaut autant lire d'Herbelot que voyager à dos de chameau (1). » Certes ce jugement fait autant d'honneur à Moore qu'au savant Orientaliste français. Mais Moore n'a pas seulement peint dans son poème, avec une rare fidélité, « les paysages et les mœurs locales, » il y a encore introduit, comme nous le verrons, certains personnages historiques, et de la sorte, suivant l'expression de Sir John Malcolm (2), qui fait autorité en cette matière, il a su combiner a la vérité de l'historien » avec les qualités du poète. Hazlitt prétend qu'il n'a ni force ni grandeur, et Symington, que ses personnages sont dépourvus de caractère, que son œuvre entière dénote un défaut de pouvoir dramatique,
(1) Moore*s poetical Works. Préface to Ihe sixth volume.
(2) C'est Tauteur d'ouvrages considérables sur rOrient : « A Hislory of Persia, >• « Sketches of Persia, » « a gênerai political History of the Empire in India, » « a Memoir of Central India. »
qu'enfin elle manque de passion et de pathétique (1). Uexamen minutieux de « Lalla Rookh » nous apprendra ce que valent ces assertions.
L'ouvrage consiste en quatre poèmes, « le Prophète Voilé du Khorassan, » « le Paradis et le Péri , » « les Adorateurs du Feu, » et « la Lumière du Harem. » Ils sont reliés entre eux, comme les ballades écossaises (2) dans Touvrage de Hogg, par une narration légère. C'est rhistoire en prose de Lalla Rookh. Cette prose est « inimitablement belle (3), » et, si Byron dit qu'ilne Taimepas du tout, c'est qu'il n'aurait sans doute voulu que de la poésie. « Ce serait folie, disait David Herbert en 1871, de donner un exposé quelconque des détails de ce poème, après qu'il a été lu, depuis 1817 jusqu'à ce moment, par des millions de lecteurs intelligents (4). » Comme il est loin d'être aussi connu dans notre pays, nous croyons qu'il convient même d'exposer, dans ses détails, l'histoire de l'héroïne de l'ouvrage. Lalla Rookh (5), renommée pour sa beauté, était la plus jeune fille de l'Empereur indien Aurungzobe qui régnait à. Delhi. Pendant un séjour à la Cour de ce Souverain, Abdalla, ancien Roi de la Petite Bucharie, descendant du fameux Gengis-Khan, avait arrangé avec Aurungzebe un mariage entre cette
(1) Andrew Symington. Thomas Moore, his life and Works, pp. 60, 61.
(2; « The Queen's Wake, » 1813.
^3) Shaw. A hisiory of engliph literature, p. 449.
(4) Poetical Works of T. M. wiUi Memoir, p. 37. Edinburgh, 1872.
(5) Le nom de Lallu Rodkh apparlieot au Persan, où il se prononce Lulè-rookh. La prouoncialion adoptée par Moore est celle de Tfnde. Toutefois ce nom, pour être bien orthographié, devrait s'écrire Lala Rookh. Il signifie « joue d« tulipe » ou « visage de tulipe. •« C'est donc une expression heureuse pour désigner l'héroïne d'un poème oriental ; cai^ la tulipe partage avec la rose, le jasmin, Téglantineet même la fleur du grenadier le privilège de fournir des comparaisons galantes aux poètes de la Perse et de Tlndoustan.
Princesse et le Prince Aliris, son fils, en faveur duquel il avait abdiqué. Ce mariage devait se célébrer à Cachemire. Lalla Rookh part avec une escorte d'honneur. Parmi les gens de sa suite, se trouve, sous le costume de Thumble barde Feramorz , connu pour son habileté à réciter les contes orientaux, le Prince Aliris qui veut avoir d'autres titres à Tamour de Lalla-Rookh que les attraits accidentels de la royauté. Il s'efforce de tromper l'ennui de la route en récitant de temps à autre les poèmes variés dont l'ouvrage se compose. Dans ce rôle, il intéresse vivement la Princesse et ses dames qui s'ennuient fort, quand il n'est pas là ; ses manières et son esprit augmentent la sympathie qu'il leur a tout-d'abord inspirée. Cependant le plaisir et le triomphe de Feramorz ne sont pas tout à fait sans mélange : il lui arrive d'être critiqué ; c'est en général le sort de tous les poètes. Il faut qu'il se résigne à entendre dénigrer sa poésie par le Grand Chambellan Fadladeen, qui conduit l'escorte de la Princesse. Ce Zoïle indien ne vise qu'à rabaisser le mérite du barde. Dans un langage pompeusement comique, il condamne l'une après l'autre toutes ses productions, les jugeant ridicules, puériles ou absurdes; enfin il trouve détestable la versification du « Prophète Voilé, » et sans harmonie celle de « la Lumière du Harem. » Mais Feramorz est amplement récompensé par les sourires de la Princesse et de ses dames, sensibles aux beautés de sa poésie. On touche au terme du voyage, le barde s'en va ; Lalla Rookh se sent envahir par une tristesse qu'elle ne peut surmonter. Enfin la félicité de la Princesse, au milieu de la magnificence de sa réception, est à peine plus grande que la consternation du superbe Chambellan, quand elle reconnaît dans Aliris le ménestrel Feramorz. D'autre part, le sentiment
d'avoir gagné Testime et l'amour de sa fiancée par ses seuls mérites personnels double le bonheur du jeune Roi. Rien ne manque aux réjouissances, pas même une comédie impromptue dont le grand Cbambellan fait seul tous les frais. Fadiadeen, en elîet, n'est plus maintenant un pédant hautain ; c'est un vil flatteur : il rétracte tou* ce qu'il a dit et se déclare l'admirateur sans réserve des vers du Roi.
Le sujet du « Prophète Voilé, » le plus long des quatre poèmes, est tout à fait répulsif. Il a pour fondement un passage de d'Herbelot relatif au fameux imposteur du Khorassan, Hakem, surnommé Mokanna, qui vécut sous le règne du calife Mohammed~Al- Mahdi. « Ce surnom, dit d'Herbelot (1), lui fut donné à cause d'un voile ou d'un masque qu'il portait sur le visage pour s'attirer un plus grand respect d'une foule de gens abusés qui le suivaient et qui ont formé une secte d'impies. » Le poète a fort habilement tiré parti de cette singularité : il suppose que, s'il se couvrait le visage d'un voile d'argent, c'était pour cacher non le rayonnement ineffable de sa figure, mais une laideur épouvantable, image de celle de son âme. Tandis que Mokanna hait intérieurement le genre humain et travaille à sa ruine, il se déclare l'envoyé de Dieu, à un plus haut degré que le Prophète Mahomet, pour détruire la tyrannie, établir le règne de la justice et introduire une ère de paix, de félicité et de perfectibilité humaine. Il rassemble autour de lui tous les opprimés, les mécontents et les enthousiastes qui ont le courage de se ranger sous sa bannière où est inscrite cette devise trompeuse : « Liberté au monde. » A la
(1) Bibliothèque orientale, p. 589.
fin, défait par les troupes du Calife, il boit à une coupe empoisonnée qu'il présente au reste de ses sectateurs, puis, pendant que ces malheureux agonisent, il se moque d'eux avec une méchanceté satanique, et, après leur avoir montré son affreux visage si longtemps caché, il saute dans un réservoir de liquide brûlant, pour faire croire à ses sectateurs dispersés, en ne laissant aucune trace de lui, qu'il a disparu d'une façon miraculeuse, et continuer ses dupes même après sa mort. L'épisode do cette histoire, quoique invraisemblable, est fort intéressant : parmi les esprits ardents qui embrassent la doctrine de l'imposteur, se trouve un jeune guerrier nommé Azim (1). Cependant le doute commence à se glisser dans son âme foncièrement honnête, à la vue des molles jouissances qui éveillent en lui de viriles pensées : « Est-ce là, se dit-il, le moyen d'affranchir l'âme de l'homme du joug énervant de l'indolence mondaine ? Est-ce ainsi que Thomme apprendra, pendant sa vie, à ne connaître d'autres biens que ceux de la vertu, et, quand il mourra, à laisser un nom subhrae, comme un phare, un point de repère sur les falaises escarpées de la renommée ? (2) » Azim avait été jadis fiancé à Zélica, maintenant une des principales victimes du faux Prophète. Bien qu'elle soit devenue la Grande PrêtressedeMokanna, elle ne s'est jamais consolée de la perte de son amant passé pour mort, quand il n'était que prisonnier de guerre en Grèce. Azim et Zélica, depuis longtemps séparés, se rencontrent, mais leur joie dure peu. Zélica révèle à Azim la perfidie par laquelle ce démon de
(«) C'tle partie du poème, où Azim a un avant- goût des joies du Paradis, est emprtiDlée des récits a moitié fabuleux que les historiens donnent de l'initiation aux mystères de la fameuse secte des Assassins.
(2) « The Veiled Prophet of Khorassan. » H.
Mokanna Ta conduite à sa ruine. Elle le conjure de partir, il la supplie de fuir avec lui, et, tandisqu'elle se laisse aller à un rôve de bonheur, une voix formidable lui rappelle son serraent. Elle sent Timpossibilité de s'y soustraire, et, dans le désespoir, elle s'arrache à l'étreinte de son amant. Azim disparait, et on n'entend plus parler de lui jusqu'au jour de ce combat terrible, où nous le trouvons le premier sur la brèche, à la prise du palais de Mokanna. A ce moment, Zélica, couverte du voile d'argent de l'imposteur, se rue sur la lance du jeune guerrier^ et, rejetant son voile, lui rend grâce de mourir de sa main.
Azim et Zélica sont des personnages sympathiques ; mais ils n'ont qu'un rôle secondaire, tandisque Mokanna, dont le caractère est odieux^ joue le rôle principal. C'est le héros du drame, et sa puissance fatale s'y fait partout sentir. Sans doute la répulsion inspirée par un tel personnage, l'invraisemblance de l'histoire d'Azim et de Zélica, le peu d'intérêt qu'offre, dans le dernier chant, le long récit de guerres et de combats, ont fait dire à Byron que le « Prophète Voilé est le pire du volume. » Cependant Crabbe le préférait aux « Adorateurs du Feu ; » c'est qu'il montre une grande puissance, une puissance plus grande même que ce poème, comme l'a fort bien observé LordRussell. En effet, avec une vigueur peu commune, le poète fait ressortir, dans toute sa monstruosité, le caractère de Mokanna, sorte d'Antéchrist musulman, vrai génie du mal aux prises avec l'humanilô qu'il cherche à asservir et à perdre par des moyens dignes de lui, l'imposture et l'attrait d'inimaginables délices. « Le Prophète Voilé, » tel que Moore le représente, c'est Satan s'acharnant encore sur l'homme pour se venger de Dieu.
Le poème le « Paradis et la Péri » est un très gracieux apologue écrit avec autant d*art que de sentiment pour montrer la puissance incomparable d'une larme. En suivant la Péri dans son vol à la recherche de Toffrande la plus propre à lui ouvrir le Ciel, nous jissistons à des scènes d'une rare beauté, où le pittoresque se mêle agréablement au pathétique. Mahmoud de Gazna, afin d'assouvir sa soif de conquêtes, a ravagé les riches plaines de Tlnde, versant sur son passage des flots de sang. Un jeune guerrier indien, le dernier survivant de sa race, s'arrête sur le bord de la rivière où il a vu le jour ; il tient à la main son glaive brisé et rouge de sang ; il n'a plus dans son carquois qu'une seule flèche. Le conquérant le trouve sur ses pas, et, faisant le magnanime : « Vis, lui dit-il, vis pour partager les trophées et les couronnes que je porte. » Quel mépris insultant pour le vaincu ! L'Indien, sans dire un mot, montre au ravageur la rivière rouge du sang de sa patrie, et, bandant son arc, lance contre lui sa dernière flèche : le tyran est sauf, mais le héros tombe. Que de grandeur et de simplicité dans cet acte d'indépendance et de patriotisme en réponse à l'outrage d'un cruel despote ! La Péri recueille religieusement la dernière goutte de ce noble sang, en disant : « Oh, s'il est, sur cette sphère terrestre, un don, une offrande agréable au Ciel, c'est la dernière libation que la Liberté tire du cœur qui saigne et se brise en défendant ses droits. » La Péri est déçue dans son espérance ; elle continue donc ses recherches.
La peste dépeuple l'Egypte : des monceaux de cadavres gisent sans sépulture ; la mort régne dans cette riche et luxuriante vallée, véritable jardin au milieu des déserts. A la clarté de la lune, près d'un lac, sous des orangers dont les fruits s'agitent doucement
au souffle de la brise, un jeune prince s© meurt. Il s*est dérobé aux affections les plus chères pour ne causer involontairement la mort de personne. Mais sa fiancée, pleine de vie et de santé, n'écoutant que son cœur, quitte furtivement le palais de son père et vole vers ce lieu pestilentiel^ donner au pauvre abandonné ses soins et ses consolations. Elle l'entoure do ses bras, presse ses joues livides contre les siennes, plonge, pour rafraîchir son front brûlant, ses tresses de cheveux dans les eaux du lac et approche de la bouche du pestiféré ses lèvres « devenues alors si hardies, ses lèvres qui jusqu'à cet instant n'approchèrent jamais des siennes sans invitation ou sans honte. » Le moribond rassemble toutes ses forces pour repousser son imprudente fiancée et se soustraire à ses embrassements. Mais rivalisant de dévouement avec lui, elle s'écrie : « Oh, laisse-moi seulement respirer l'air, l'air suave de ton souffle, et, qu'il apporte la vie ou la mort, il me sera toujours cher. Bois mes larmes, tandis qu'elles coulent encore. — Je voudrais que le sang de mon cœur fût un baume, et je le répandrais tout entier pour donner à ton front un instant de repos. Non, ne détourne pas de moi ce cher visage ; ne suis-je pas à toi, ta fiancée bien-aimée, la seule de ton choix, dont la place dans la vie ou dans la mort est à tes côtés ? » Quand son fiancé n'est pluF, la vierge défaillante lui donne un baiser, un dernier, un long baiser pendant lequel elle expire. Ce souffle si pur, la Péri l'offre en vain à la divinité.
Dans la délicieuse vallée de Balbec, en Syrie, un petit enfant, las de jouer, se repose sur un Ut de verdure et de fleurs. A quelque distance, un homme, harassé de fatigue, s'est jeté à bas de son coursier pour s'étendre sur le sol, Son visage flétri, hideux trahit les flétrissures et les noir-
ceurs de son àme. Quel contraste ! Le crime à côté de rinnocence. A rapproche du soir, au moment où la cloche sonne dans les minarets pour appeler les fidèles à la prière, Tenfant tout joyeux s'agenouille, et, les mains et les yeux levés au ciel, avec la candeur de son âge bégaie le nom du Très-Haut. Le misérable le contemple avec émotion ; de touchants et chers souvenirs obsèdent son esprit : « Il y eut un temps, dit-il avec Taccent doux d'un cœur humilié, où, heureux enfant ! jeune et peut-être pur comme toi, je regardais le ciel et priais aussi. — Mais maintenant. — Il pencha la tête, » et, sous l'effet de cette attendrissante vision du passé, a il pleura, il pleura, w Une larme de repentir, voilà l'offrande qui ouvre le Ciel à la Péri.
Le Grand Chambellan avoue qu'il est en peine pour découvrir comment « le premier de ces articles » fut remis dans la • main rayonnante » de l'ange ; quant au transport du souffle et de la larme, il déclare que de telles Péris et de tels poètes, capables de deviner le moyen de manier de telles choses, sont des êtres par trop incompréhensibles pour lui. En ne remarquant que de telles vétilles dans cette œuvre charmante, d'un caractère si élevé, d'une si haute portée, d'une exécution si artistique et si parfaite, Fadladeen montre seulement son peu d'esprit : il est bien de la famille de ces prétendus Aristarques dont la critique mesquine n'a d'égale que la sotte vanité.
Le poème des « Adorateurs du Feu » est de beaucoup supérieur aux trois autres : il offre plus d'intérêt humain et gagne nos cœurs par la peinture des passions les plus naturelles et les plus nobles. Il fut inspiré à Moore principalement par ses sentiments patriotiques et la ressemblance qu'il trouvait entre la
destinée de riran et celle de Tlrlande. C'est donc sans effort qu'il fit passer toute son ârae dans son œuvre : « La même àme, dit-il (1), qui parlait dans les Mélodies de rirlande, trouva une patrie en Orient ; » et, avec la même chaleur que s'il se fût agi de décrire le sort de patriotes irlandais, il décrivit celui d'une troupe héroïque de Guébres ou Persans de l'ancienne race et de l'ancienne religion, qui au vn"* siècle, lors de la conquête de leur pays par les Arabes, se réfugièrent au milieu de rochers inaccessibles, surplombant la mer d'Om^-n, où, sans la trahison, ils auraient pu vivre longtemps en sécurité. Hafed est le chef de cette troupe. Son nom seul glace d'épouvante les plus audacieux des Arabes. Il passe à leurs yeux pour un être surnaturel pétri de fange et de flammes, un descendant des vieux rois magiciens, une sorte de démon doué de charmes contre lesquels la lutte est impossible, et qui, par ses maléfices, doit arriver un jour à éteindre dans le sang la lumière du Prophète. Hafed est tout simplement un jeune Persan, à l'âme forte et indépendante, fidèle au devoir, à sa patrie, à son dieu, et nourrissant une haine implacable contre les oppresseurs. La nuit, monté sur une barque, il rame avec ardeur et glisse sur les eaux du golfe Persique à la recherche de l'Émir Ai-Hassan, le plus fanatique et le plus sanguinaire des Satrapes arabes. Il arrive sous les murs d'Harmozia (2), et, en grimpant à une tour de la forteresse bâtie sur des rochers à pic, il découvre la fille du tyran, « légère comme les formes angéliques qui réjouissent le rêve d'un enfant, et pourtant riche de toutes les
(1) Moore's poelical Works. Préface lo the sixth volume.
(2) Aujourd'hui Gombaroun, sur les bords du golfe Persique.
grâces de la femme, avec des yeux si purs que le sombre Vice n'en saurait supporter Téclat et s'en détourne confus ; brillant cependant des désirs les plus doux de la jeunesse, et mêlant les feux calmes et chastes d'autres mondes à toute la félicité, l'ardeur, la faiblesse et la passion de celui-ci ; douée aussi d'une âme plus d'à moitié divine, où, à travers quelques ombres de sentiments terrestres, brillent les gloires adoucies de la religion (1). » La vue d'une si belle créature produit sur l'âme du jeune homme une impression non moins profonde que celle de l'inconnu sur l'âme de la jeune fille. La haine mortelle qu'il a pour son pcre ne peut l'empêcher de se prendre d'amour pour elle, et souvent, comme Zal, le héros persan, escalade la terrasse de sa bien-aimée Rodahver (2), il escalade les rochers, non plus pour venir épier les secrets d' Ai-Hassan, mais pour jouir de la société de sa fille. Ces deux coeurs purs et nobles, faits pour se comprendre et s'aimer, malgré l'abîme qui les sépare, sont k jamais Tun à l'autre. Toutefois, bien que l'amour ait envahi le cœur du Guèbre, la vengeance y vit toujours. L'heure de lui donner lihre cours arrive. Aucune puissance humaine ne changerait la détermination d'Hafed. Pour la dernière fois il voit Hinda, et, comnie elle le presse de faire sentir sa valeur à ces « Esclaves du Feu, » pour que son père consente à leur union, il lui apprend qu'il est Guèbre : « Pleure, rougis de voir en moi tout ce que ton père abhorre ! Oui — je suis de cette race impie, de ces Esclaves du Feu qui, matin et soir, saluent la demeure de leur Créateur au milieu des vivantes lumières du ciel. Oui
(1) « The Firc-Worshippers, »» (.
(2) Voyez le Chàh-Namêh, poème historique de Firdancy, célèbre poète pere&n du X« siècle.
— je suis de ce petit nombre de proscrits, fidèles à Iran et à la vengeance, qui maudissent Theure où vos Arabes vinrent dévaster nos autels de flammes, et qui jurent, sous rœil brûlant de Dieu, de briser les chaînes de notre patrie, ou de mourir (1). » Puis, pressentant sa destinée, il prononce ces paroles : « Sacrée pour ton âme sera la terre de celui qui pouvait oublier tout pour toi, hors cette terre saignante. Quand d^autres yeux verront sans larmes ses veuves gémir, ses guerriers tomber, tu te rappelleras avec quelle ardeur aimait un Guèbre, et pour Tamour de lui tu pleureras sur tous. » Le caractère du héros persan se montre tout entier dans ces sentiments. Chez lui Tamour de la patrie prime toute autre affection : au moment de quitter pour toujours sa bien-aimée Hinda, lorsque tant d'autres, sous le coup d'une telle douleur, oubUeraient tout, il songe à sa patrie, à ses fidèles compagnons, et c'est pour lui une douce consolation de penser que cette chère âme s'apitoiera sur le sort de son pays et de ses infortunés défenseurs. Hinda attend en vain pendant sept longs jours le retour de son amant Le huitième jour, son père lui dit qu'on lui a fait connaître la retraite d'Hafed et qu'avant le coucher: du soleil il n'existera plus ; puis il ordonne à sa fille de retourner dans son pays, et à cetto intention il la place à bord d'un navire allant en Arabie. Le navire, au milieu d'une violente tempête, est attaqué par les Guèbres et la jeune fille faite prisonnière. On lui bande les yeux et on la porte sur une litière dans la fortesse d'Hafed. En chemin elle entend une voix bien connue lui disant : « Ne tremble pas, amour, ton Guèbre est ici (2). » Enfin on lui
(1) The Fire-Worshippers, l.
(2) Tbe Fire-Worshippers,. m.
enlève son bandeau, et elle découvre que son bien-aimé est le terrible chef que son père lui a appris à haïr. Elle Tinforme de la trahison, et Timplore de fuir avec elle cette même nuit, lui montrant jusqu'où peut aller son amour : « Nous aborderons à quelque rivage tranquille et heureux, où ce n'est pas un crime de trop aimer, où ce n'est pas un péché d'adorer avec tant de tendresse un enfant de lumière en liberté comme toi ; ou, si c'est un péché, où nous puissions expier nos fautes à force de pleurs, agenouillés ensemble, nuit et jour, toi, pour l'amour de moi, devant l'autel d'Allah, et moi, pour l'amour de toi, devant l'autel de n'importe quelle divinité (1). » Mais la vengeance l'emporte sur l'amour : Hafed est résolu à mourir pour la cause de sa patrie et de sa foi. Il confie la jeune fille en larmes à ses plus fidèles vétérans et leur ordonne de la ramener à son père. Puis faisant résonner une conque gigantesque, il rassemble tous ses compagnons. Les Guèbres se massent à l'entrée d'un étroit vallon gardé par un ravin profond rempli d'eau par la tempête. Un cri épouvantable les avertit, bientôt de l'approche de leurs ennemis qu'ils voient, à la lueur de leurs torches, s'avancer en grand nombre. Les Musulmans se jettent dans le ravin, et, tandis que beaucoup d'entre eux périssent en essayant de traverser le torrent, les autres y sont précipités par le glaive des Guèbres. Les cadavres remplissent le ravin et forment un pont par où passe le reste de l'armée 11 s'ensuit un combat horrible dans lequel tous les Guèbres sont égorgés, à l'exception de leur chef et d'un compagnon. Tous deux, â la faveur des ténèbres, échappent au massacre et gravissent avec
(1) The Fire-Wowhippers, IV.
peine la montagne, pour offrir sur Tautel leur dernier souffle à Dieu. Le guerrier guèbre expire au pied de Tautel ; Hafed dépose son corps sur le bûcher, met le feu au bois, et, en s'écriant « ô Dieu de la Liberté, je vais à toi ! » il saute sur le bûcher ; mais dans cet effort suprême il meurt, avant que le feu le touche. De sa barque, Hinda au désespoir entend le cri de guerre et elle sait que son amant doit mourir dans le combat. Tout à coup elle aperçoit une flamme et Hafed sur le bûcher funéraire. Elle pousse un cri d^angoisse, et, s'élançant du bateau comme pour atteindre son bienaimé, elle s'enfonce dans les flots. Tel est le dénouement sublime et touchant de ce poème, où domine la grande figure d'Hafed avec ses vertus héroïques qu'on retrouve, sans cependant en être étonné, dans les martyrs de rirlande. Car la ressemblance des sentiments entre ces martyrs et les proscrits de Tlran a bien pu amener le poète à donner quelques-uns des traits du caractère national à son héros parsi, et, sans qu'il eût à craindre d'en dénaturer Tâme, à lui prêter le courage indomptable et la foi ardente de ces Irlandais qui moururent en héros pour la défense de leur liberté, de leurs foyers et de leurs autels.
Il nous semble que Moore révèle dans ce poème un véritable génie dramatique. En effet, quelle situation émouvante il a imaginée ! Un jeune homme s'éprenant malgré lui de la fille de son plus cruel persécuteur, une jeune fille commençant à aimer, sans le savoir, l'ennemi mortel de son père, puis, quand elle le sait, impuissante à le haïr, et enfin réduite par les événements à assister à l'immolation de cet amant dont elle n'a pu vaincre la résolution magnanime. Avec quel art le poète met en jeu tous les ressorts du cœur humain, en représentant,
dans cette union indissoluble de deux âmes à jamais séparées par les croyances religieuses, le triomphe du devoir sur la passion et la puissance de la volonté pour s'afiranchir de la tyrannie ! En somme, le poème des « Adorateurs du Feu » est remarquablement beau, et Byron a eu raison de le juger « le meilleur, » car c'est celui où il y a le plus de naturel et de pathétique.
Nous venons de voir, dans le cours de ces trois poèmes, comme Moore est habile à combiner la fiction avec la vérité. Remarquons encore comme il sait accuser plus fortement les traits de ses personnages historiques par le simple contraste entre leur caractère et celui des personnages qui sont entièrement de son invention : ainsi l'exaltation divine de Tamour dans Azim et Zélica rend plus saillante la méchanceté satanique de Mokanna ; la véritable grandeur d'àme du patriote indien fait mieux sentir la fausse magnanimité du conquérant Mahmoud, et la férocité du fanatique Ai-Hassan ressort davantage en regard de la douce figure de sa fille Hinda.
Le dernier poème, « la Lumière du Harem, » se compose principalement de chants ; mais ce sont des chants magnifiques. La scène se passe dans la vallée de Cachemire, au temps de la célébration de la fête des roses. Au milieu de la joie, le sultan Sélim s'aperçoit de l'absence de la jeune Nourmahal, « la Lumière du Harem. » Quelle en est la cause? Un rien « aussi léger que l'air, » un regard ou un mot imprudent, mal compris peut-être, a détruit son prestige. Tandisque Sélim cherche à oublier son amour dans les plaisirs, une jeune et séduisante Géorgienne chante, en s'accompagnant de la Syrinda : « Venez ici, venez ici — nuit et jour nous sommes plongées dans des voluptés qui jamais ne tarissent ; comme les vagues d'été, où celle qui expire est
remplacée par une autre vague tout aussi caressante et tout aussi limpide, Tamour qui n'est plus, donne, en mourant, naissance à un nouvel amour ardent comme lui , comme lui aussi sans égal en félicité ; oh ! s'il y a un Elysée sur la terre, le voici, le voici. » - « Ici les vierges soupirent, et leurs soupirs sont embaumés comme la fleur d'Amra que vient d'ouvrir une abeille ; et précieuses sont leurs larmes comme cette pluie du ciel qui se change en perles en tombant dans la mer. Oh ! pensez quelles doivent être les délices d'un baiser et d'un sourire, quand les soupirs et les pleurs ont tant de charmes, et avouez que, s'il y a un Elysée sur la terre, le voici, le voici. » — « Ici pétille le nectar qui, sacré par l'amour, pourrait attirer ici-bas cob anges qui jadis abandonnèrent les deux laissant pour les vins de cette terre les fontaines de leur divine patrie, et oublièrent les étoiles du ciel pour les yeux de ce monde. Et, enivré du parfum que répand notre coupe, quel esprit. regretterait les déhces de son Eden ? Oh ! s'il y a un Elysée sur la terre, le voici, le voici. » A ce chant une jeune Arabe masquée répond ainsi sur le même rhythme et avec les mêmes sons qu'elle tire de son luth : « Il y a une félicité plus haute que toutes celles que la ménestrelle a chantées ; c'est celle de deux êtres unis par un lien céleste, avec un cœur qui ne varie pas et un front qui ne se refroidit jamais, quand ils aiment à travers toutes les douleurs, et aiment jusqu'à la mort. Une heure d'une passion si sacrée vaut des siècles entiers d'un bonheur égoïste et frivole. Oh ! s'il y a un Elysée sur la terre, le voici, le voici. » — « Fuis au désert, fuis avec moi, nos tentes arabes sont grossières pour toi ; mais quel cœur peut hésiter entre le choix de tentes avec l'amour, ou de trônes sans lui ? Nos rocs sont
âpres, mais le riant acacia y agite sa chevelure blonde, * solitaire et suave, et n'est pas moins aimé pour fleurir dans un désert. Nos sables sont arides, mais sur leur pente Tantilope aux pieds d'argent bondit avec autant de grâce et de gaieté que sur le pavé de marbre des cours des rois. Viens donc. — Ton esclave arabe sera pour toi l'acacia aimé et solitaire, l'antilope dont les pieds égayèrent de leur bruit léger ta solitude. Oh ! il y a des regards et des sons qui pénètrent le cœur d'un rayon instantané, comme si l'âme, à cette minute, saisissait un trésor cherché durant la vie ; comme si les lèvres mêmes et les yeux prédestinés à recueillir tous ses soupirs et à n'être jamais oubliés, brillaient et parlaient alors devant nous ! C'est l'effet que produisit chacun de tes regards et de tes accents, quand pour la première fois ils vibrèrent et rayonnèrent dans mon âme, nouveaux, comme s'ils venaient d'autres sphères, cependant bien accueillis comme si je les avais aimés pendant des années. Fuis donc avec moi, si tu n'as connu aucune autre flamme, si tu n'as pas jeté avec trahison la perle que tu avais juré de porter à jamais dans ton cœur. Viens, si ton amour pour moi est vierge et pur comme le mien pour toi, — pur comme la source souterraine, quand le vanneau vient de la découvrir. Mais si pour moi tu abandonnes quelque autre vierge, si renversant de son piédestal son image adorée tu la brises avec violence pour me donner le sanctuaire en ruines, alors adieu. J'aimerais mieux construire ma chaumière sur quelque lac glacé, quand il commence à dégeler sous les feux du soleil, que de me fier à un amour aussi faux que le tien. » La voix émue de la jeune Arabe va droit au cœur de Sélim. « Nourmahal, s'écrie-t-il , si tu avais chanté seulement cet air enchanteur, je pourrais
tout oublier, toyt pardonner. » Alors le masque tombe et le Sultan, de nouveau sous le charme, contemple dans tout son éclat séduisant « la Lumière du Harem. » Cette ravissante féerie est Thistoire toujours ancienne et toujours nouvelle du pouvoir conquérant qu'exerce Tamour patient d'une femme fidèle ; elle achève Tenchantement auquel le barde magicien travaille depuis le commencement du voyage : t.endre, langoureuse, gouvernée par Tamour , Lalla Rookh est prête maintenant, au moral comme elle Tétait déjà au physique, à être « la Lumière du Harem. » Telle est dans son ensemble et dans ses détails la magnifique composition de « LaUa Rookh. » Nous croyons avoir suflîsanmient démontré par notre analyse et notre commentaire combien les assertions d'Hazlitt et de Symington sont exagérées. Certes, sans avoir la puissance d'im Shakspeare, Moore est un poète créateur : il peint des âmes avec leur passion propre, intense, distinctive, et dans cette peinture il ne manque assurément ni de force, ni de grandeur, ni de pathétique. David Herbert déclare même que Fadladeen est un personnage original. « Fadladeen, dit-il (1), vit pour toujours. Il n'est pas aussi bien mis en reUef que Polonius. Il n'a point d'occasion de se faire valoir dans une variété de situations, comme Hudibras. Mais c'est une création digne d'un frère cadet dans l'art dont Shakspeare et Butler furent des maîtres considérables. » Quant au pouvoir dramatique de Moore, il est manifeste dans « le Prophète Voilé » et dans son œuvre capitale, (( les Adorateurs du Feu. » « Lalla Rookh » n'est donc pas seulement « une œuvre d'art merveilleuse, » c'est aussi un grand poème, et, pour la forme conoime pour le
(1) PoeUcal Works of T. H. WiUi Memoir, p. 38. Edinburgb 1882.
fond, un poème vraiment oriental. Si ses peintures n'étaient pas d'une vérité vivante, et si le ton général de Touvrage ne s'accordait pas parfaitement avec le caractère propre des scènes et des mœurs qui y sont décrites, aurait-il obtenu le suffrage des juges les plus compétents ? (1) James Fraser (2) Taurait-il trouvé dans une ville sur les bords de la Caspienne, entre les mains mêmes d'un Persan ? Enfin, l'Ambassadeur persan à Londres aurait-il aflfirmé, après l'avoir lu, comme le rapporte O'Sullivan (3), que « c'était bien certainement un manuscrit hindou qu'on avait mis en vers anglais ? » Assurément Moore a senti les beautés exquises de l'Orient et les a reproduites fidèlement ; nous nous plaisons à le reconnaître avec l'éminent critique Jeffrey, qui écrivait dans la Revue d'Edimbourg de Novembre 1817 : « Il y a une grande quantité de notre poésie actuelle venue de l'Orient, mais celle-ci est le plus bel orientalisme que nous ayons encore eu. Jamais la terre du soleil n'a brillé avec tant d'éclat pour les enfants du nord, ni les parfums de l'Asie n'ont été répandus, ni sa magnificence n'a été déployée avec plus de profusion pour les sens charmés de l'Europe que dans le beau roman oriental de Lalla Rookh. Les belles formes, les splendeurs éblouissantes, les parfums vivants de TOrient ont trouvé enfin un poète sympathique dans cette Ile Verte de l'Ouest. »
Le premier poème est écrit entièrement, à part le
(1) Outre le Colonel Wilks et Sir John Malcolm, dont nous avons déjà parlé, nous citerons Sir William Ouseley, connu par ses « Voyages dans diverses contrées de TOrient, particulièrement en Perse, » et John Carne, auteur des « Souvenirs de Voyages en Orient. »
(2) Voyez son « Voyage dans le Khorassan et dans les contrées au nord de la Perse. »
(3) Chefs-d'œuvre poétiques de Thomas Moore. Lalla Rookh, p. 4.
cliant d'invocation à V « Esprit d'Amour, » en distiques héroïques, et les trois autres sont composés dans cette versification irrégulière et animée de Samuel Coleridge, qui consiste à compter dans chaque vers non pas le nombre de syllabes, mais le nombre de mots accentués, et que Walter Scott et Byron avaient mise à la mode. Sous le rapport du rhythme musical, il y a des passages de « Lalla Rookh » qui sont supérieurs à toutes les poésies de Moore, si nous en exceptons les « Mélodies Irlandaises. » Nous citerons par exemple le commencement, nous pouvons dire, comme s'il s'agissait d'un opéra, l'ouverture de « la Lumière du Harem, » et parculièrement le passage suivant :
« Hère the^ inu[sîc ^f prayer (I )|froni ï inî|naret swells, | »
« Hère the^MajgTan fifs ÏÏrnjfull o^f perlfume ïs swmglîagj »>
« ArTd hère, jat the^ ail tar,li zonelof swèet bellsl »
« Round tlie wàîstlof some farr|lndian danlce^rls rîng|îng.| >>
« ^r to sêeliTby moon|nght, — when mëillowîy shïnes| .>
« Thriîght|?erlt8 pallaces, garldens, and shrïnes;! »
« Wh^n thewa|tèrf5ls glêam|inte aquTck[fàïl^fstar8,| »
« And lhe^nrgh|tTng^le*s hymn|from th^Tsle|of Chenârsl »
« îs bro|kenby laughs|rnd lïght e|choe8 of fe"ét| »
« FromthTcoôl,[shïiiingwaiks|wh^re tbe^youngjpTopTéme^ »
« Or at môrn,[when the maIgTc'of dayjlïght awakes| »
« A new wonlder each rnîlnïïte, ïTs slow|ly ït breaks, | »
« hTUs, cïïlpoîas, founltàms, calFd forthjevêry oiie| »
€ Out of dark|n^ss/a8 they|were(2)jÏÏstborn|ofthe^sun.| »»
(1) Ce mot étant forcément un monosyllabe, nous l'écrivons sans la suppression de Te muet^ comme il est écrit dans la première édition de « Lalla Rookh. »
(2) « They were » sont les mots mtimes du texte primitif.— Voyez aussi rédition de Warne.
<r Wheii the'spî|nt of Frâ|granceïs iTp|wîth the dây,| » i< From hîîs hu|ram of nîghtlflowers stealïTog ïwây ;| » « And the wind,|full of wan|tonness, wobslfike àTlovIerl »> « The youngjaspeh-treésltïll Ihey trem|blè"aÛ ov|ef.| »
Si, pour étudier le mécanisme de cette versification admirable, nous considérons d'abord Thabileté avec laquelle Moore fait usage de la répétition, son goût délicat dans le choix des mots et son talent merveilleux dans leur disposition, nous ne sommes pas étonné que les mots, expressions musicales de ses sentiments, sonnent délicieusement à Toreille avec des vibrations harmonieuses dont rame sent tout le charme, et nous comprenons plus que jamais combien est vraie la pensée de William Cowper :
« There is, in soûls, a sympathy with sounds. »
En scandant ces vers, nous remarquons qulls sont, pour la plupart, anapestiques purs, et que dans quelques-uns il entre des pieds d'une autre sorte, non seulement, comme dans Tanapeste latin, le spondée, le dactyle, le tribraque, mais aussi, suivant une licence particulière à la métrique anglaise, Tiambe et le crétique. L*anapestique pur, d'une allure sautillante, convient parfaitement au prélude d'une fête. L'iambe, « pes citus, » comme dit Horace, accélère fort à propos le mouvement au commencement du troisième, du sixième, du neuvième et du dix-huitième vers, tandis que le spondée placé au début du treizième vers donne de la majesté à la scène.
Nous remarquons encore que la place de la césure varie souvent : la césure tombe tantôt à la fin du second pied (1)
(1) « Here Uie mu | sic of prayerj .»
ot rend la mélodie du vers particulièrement calme et douce ; tantôt dans 1© quatrième (1), de sorte que le rhythme est plus grave et plus solennel ; tantôt dans le premier (2), et alors la musique du vers devient plus vive et plus rapide.
Quant aux pieds trissyllabiques, que nous trouvons dans le courant de quelques vers et qui ne sont pas des anapestes^ ils peuvent le devenir par Tintonation forte (stress) qu'en anglais on a la faculté de donner, pour faire ressortir la pensée, à un mot ne comportant pas par sa nature cet effort de la voix. Prenons pour exemple le vers :
M The young ispen-trees till they tremble ail over. »
Dans ce vers, le mot composé « aspen-trees, » qui forme un dactyle, équivaut à un seul mot' de trois syllabes. Par conséquent, nous pouvons dire que c'est l'antépénultième qui reçoit l'accent dans ce mot composé. Déplaçons-le et faisons-en un accent tonique qui affecte la dernière syllabe : nous obtenons alors un anapeste, « Âspen-trees, » avec cette particularité que le son fort et plein de la voix, quand nous prononçons cette dernière syllabe, s'étend aux deux autres. Bien plus, par l'effet de l'emphase, le mot entier retentit dans le vers avec plus de force que tout autre ; notre attention se concentre donc particulièrement sur lui : l'idée de ces arbres que le vent recherche avec l'ardeur d'un amant, devient l'idée dominante, et notre imagination en demeure plus vivement frappée. Ainsi, la base de la versification anglaise étant l'accent, l'intonation
(t) « Round the waistlof some fairllndian d&njcer. . . n (2) « Or at morn| »
forte, il en résulte pour le lecteur, Tinterprète d'une pièce de vers, une certaine latitude que ne comporte pas le vers latin, aussi précis dans sa quantité qu'un métronome dans ses oscillations. La mesure rigoureuse cède en anglais à Tinterprétation : cette liberté, que le poète laisse au lecteur, profite à la pensée, à Fexpression du sentiment.
Observons d'autre part dans ce passage Theureux emploi de Tallitération, cette grâce puissante de Tancienne poésie saxonne :
« Hère the music of prayer from a minaret swells »
« Or to see it by raoonlight, — when mellowly shines »
« When the waterfalls gleam
i( Is broken by laughs and light echoes of feet »
« From the cool, shining walks where the young people meel. »>
« And the wind, full of wantonness, woos like a lover. » Nous savons que Taliitération n'agit pas toujours nécessairement sur la lettre initiale du mot ; le vers suivant nous en fournit un exemple :
« Or at morn, when the magie of dayhght awakes. » Dans « awakes, » la première syllabe étant naturellement sacrifiée en sa qualité de préfixe saxon, l'allitération porte sur la seconde, comme dans le mot « avaunt » du vers de Wordsworth :
« Avaunt this vile abuse of pictured page ! »
L'allitération, employée do la sorte avec discrétion, non seulement charme l'oreille par une résonance semblable à celle de la rime, mais encore donne au vers une teinte brillante de répercussion musicale.
Ainsi le choix et l'arrangement des mots, la répétition de quelques-uns, la nature et le mélange des pieds, la
Variété de la césure, la puissance de Temphase et de rallitération, tout dans le cours de ces dix-huit vers contribue à une ravissante mélodie.
Mais Tart avec lequel Moore a, dans les quatre premiers, disposé les voyelles ouvertes d'un son grave et sonore, est à vrai dire d'un maestro : les modulations du premier vers reproduisent celles des chants reUgieux, et le mouvement lent et régulier du second répond au mouvement de l'urne que balance le Mage. A la fin de ce vers retentit un son clair « swingling » qui se prolonge en sourdine, la dernière syllabe étant atone. C'est le premier tintement mélodieux des clochettes qui, placées autour de la ceinture d'une belle danseuse indienne, sonnent encore de la même manière à la fin du quatrième vers, par l'effet de la double rime. L'oreille n'en est nullement fatiguée ; car les rimes étant croisées, le même son imitatif ne se reproduit qu'à un asse^ long intervalle. Le poète, en véritable musicien, fait donc, à l'exemple de l'antique auteur (1) de l'Ormulum, mi rhythme de la rime qui n'est par elle-même qu'une résonance syllabique. De cette façon, la rime cesse d'être un pur accessoire : elle est une partie essentielle du vers et y joue un rôle important, ou au moins, comme nous pouvons l'observer dans tout le morceau, elle forme la transition d'un vers à un autre toujours en accord avec l'articulation rhythmique. Les vers suivants, sans être tout à fait aussi bons, le sont assez pour rendre à merveille la langueur délicieuse d'une nuit des tropiques, l'effet magique et imposant d'un lever de soleil, l'agitation des jeunes trembles sous les caresses de la brise. Le prolongement discret des syllabes finales
(1) Ormin, qui vécut sous Henri U.
redondantes (1) « lov|er » et « ovler » fait sentir, comm^ par insinuation, le charme mystérieux de ces caresses. Rarement Moore atteint cette perfection du rhythme musical, et jamais dans sa poésie narrative il ne peut la garder aussi longtemps. Ainsi, pour Texcellence de la poésie comme pour la puissance d'invention et d'exécution, « Lalla Rookh » est « un des plus beaux poèmes dans la langue anglaise (2). »
(1) Observons à ce propos que, dans le vers anapestique, la syllabe redondaDte, plus rare que dans l'iambique el le trochalque, par la raison que Tanapestique est assez grave par sa longueur et assez léger par le grand nombre de ses brèves, a seulement, la plupart du temps, un caractère d'harmonie pure ou initiative.
(2) James Burke. Biographical and literary introduction, p. XXI. to •( Travels of an Irish Gentleman in search of a Religion. »