CHAPITRE VI
(1817-1822) « tia Famille Fndge à Paris. » « Rimes sur la route. »
Moore visite Paris avec son ami Rogers. — Aspect de la capitale.
— Les badauds de Londres. — Avantages que le poète irlandais tire de ce spectacle. — Son retour à Hornsey. — Il change de résidence. — Sloperton. — Description de son nouveau cottage. — Œuvres charitables de Biistress Moore. — Publication de la satire « la Famille Fudge à Paris. » — Objet et examen de cette satire. -- Sa portée. — Sa vogue. — Son mérite. — Moore apprend les malversations de son mandataire. — 11 est redevable de 6,000 /. — Offres de service faites avec une extrême délicatesse. — Lettre de Jeffrey et de Napier. — Moore refuse tout secours. — Sa gaieté naturelle l'emporte sur ses chagrins. — Lettre à Lady Doaegal. — Cause du voyage de Moore à Dublin. — Grand dloer donné en son honneur. — Il prononce de nobles et chaleureuses paroles. — Chanson plaisante de Samuel Lover. ~ Moore fait l'éloge des poètes vivants de la Grande-Bretagne. — Ses nouvelles occupations à Sloperton. — La « Vie de Sheridan. » — « T. Crib's Mémorial. >» — Comment l'auteur juge lui-même cette facétie. — A ce propos, il nous apprend ce qui lui rend la composition plus facile. — Moore est obligé de quitter TAngleterre.— 11 part pour l'Italie avec Lord Russell. — Ascension du Simplon. — Emotion du poète.
— Le Jura. — Effet produit sur Moore par la vue du Mont- Blanc. — Sentiments du poète. — Continuation du voyage. — Vers adressés par Moore à Lord Russell. — A Milan, les deux amis se séparent. — Lord Russell part pour Gênes. — Moore se rend auprès de Byron. — Les deux poètes à Venise. — Leur vie intime. — Byron donne à Moore ses Mémoires.— Conjectures de Moore à ce sujet. — Ses réflexions sur le caractère de Byron.
— Son séjour à Florence et à Rome. — Son voyage en compagnie de Chantrey et Jackson. — Visite aux Gharmettes. —
11 s'établit à Paris. — Sa vie de plaisirs n'affaiblit pas son amour pour Bessy. — Bonheur de Bessy. — Charmes du cottage que Moore habite sur la route de Bellevue. — Ses relations avec les propriétaires du cottage. — Nombreux travaux du poète. — Bames lui propose d'écrire dans le « Times. » — Arrangement de ses affaires. — Son retour à Sloperton.
Pendant Tautomne de 1817, Moore, dans tout l'éclat de son triomphe, sentant que son esprit avait besoin de délassement, quitta Hornsey pour aller visiter Paris, en compagnie de son ami Rogers. Ce qu'ils virent alors dans notre capitale était bien fait pour les intéresser et les amuser : ils se trouvaient en présence de deux régimes, le nouveau et l'ancien, dont le singulier contraste devait, pour des spectateurs indifférents, prêter à des considérations aussi plaisantes que graves. Il y avait là évidemment ample matière à une satire politique sur la France de l'époque. Mais Moore comprenait bien qu'il était trop peu versé dans la politique française pour se risquer à l'entreprendre (1). Son badinage pouvait plus sûrement s'exercer sur un autre objet. En effet, depuis la paix de 1815, les Anglais^ longtemps privés de voyager sur le continent, affluaient dans notre capitale, et les badauds de Londres parcouraient les rues de Paris avec un flegme imperturbable , sans se douter de leur ridicule : Ds lui fournirent les matériaux de sa satire « la Famille Fudge à Paris. » Après un séjour de quelques semaines, Moore repartit pour Londres avec l'intention, s'il pouvait déterminer Bessy à le suivre, de revenir à Paris et d'y passer deux ou trois ans. Mais, à son retour à Hornsey, la perte d'une enfant de cinq ans, Ann Jane Barbara (la mort lui avait déjà ravi à
(1) Moore*s poetical Works. Préface to tbe seveoth ▼oiiime.
Mayfield sa troisième fille, âgée de quelques mois, Olivia Byron), le fit renoncer à son projet, et, dans une telle circonstance, son ami le Marquis de Lansdowne n'eut pas de peine à le décider à venir vivre près de lui ; en conséquence, il prit à Sloperton, prés Devizes, un cottage contigu à la belle propriété de Bowood que possédait le Marquis dans le Wiltshire. Il devenait aussi le voisin du Révérend Mr. Bowles, qui occupait le rectorat de Bremhill, seul autre poète musicien de l'époque, pour tout dire, l'inspirateur du génie de Coleridge. Il entra dans ce cottage au mois de Novembre 1817, et ce fut en Angleterre sa dernière résidence jusqu'à sa mort. De, Sloperton, il écrit à Corry, le 8 Décembre : « Nous avons ici un très gentil petit cottage couvert de chaume, que Lord Lansdowne s'est offert très amicalement à nous trouver. Je ne paye pour ce cottage meublé que 40 1. par an, et encore il semble qu'il promet d'être de beaucoup la demeure la plus confortable que nous ayons eue. La bibliothèque de Lord Lansdowne est à une promenade ordinaire de chez moi, et, comme la plupart de mes amis de Londres viennent le voir dans le courant de l'année, je jouirai justement de ces reflets de société qui projettent leur lumière sur la solitude et l'animent. » C'était primitivement la maison d'un travailleur. Située dans un pays charmant, à moitié cachée par les arbres d'un chemin boisé, cette chaumière était tapissée de clématites ; elle avait en fonne de berceaux deux entrées garnies de roses. Il y avait sur le devant un petit jardin et une pelouse; sur le derrière, un potager ; de deux côtés du potager, une chaussée bordée de lauriers, que le poète appelait la « promenade de la terrasse. » On voyait là, par tous les temps, une petite table de bois blanc ; car Moore avait coutume de composer
en marchant, et de s'arrêter à cette table pour écrire ses pensées. La lettre suivante, datée du 9 Janvier 1818, nous dévoile les œuvres charitables de Mistress Moore dans sa nouvelle résidence et le sentiment de son mari à ce sujet : « Nos jours s'écoulent ici aussi tranquillement et aussi confortablement que possible; et la seule chose que je regrette est pour Bessy le manque de quelques proches et simples voisins avec lesquels elle puisse se lier intimement et se récréer un peu, en buvant le thé de temps à autre, comme elle avait coutume de faire dans le Derbyshire. Elle continue cependant de s'occuper très bien sans eux, et sa tâche favorite, qui consiste à tailler des vêtements pour les pauvres, est ici mise à contribution bien au-delà de nos emplettes ; car il n'y a jamais eu pareille indigence en aucun des pays où nous avons été, et les personnes de la classe supérieure (à une ou deux exceptions prés) semblent considérer leur quote-part dans la taxe des pauvres comme tout à fait suffisante, sans faire de nouveaux efforts pour le soulagement des misérables. C'est une pitié que Bessy n'ait pas plus de fortune, car elle use des véritables procédés de charité, en allant elle-même dans les chaumières pour voir ce dont on a le plus besoin. »
Le premier ouvrage que Moore composa à Sloperton est sa « Famille Fudge à Paris, » une série de lettres où, à peu près comme dans ses « Lettres Interceptées, » la satire poUtique se mêle à la satire de mœurs. Ces lettres parurent au printemps de 1818. Elles avaient surtout pour objet de venir en aide aux Whigs. Jamais peut-être un parti politique n'eut un aUié plus puissant que la plume de Thomas Moore. En effet, elle attaquait l'ennemi par le moyen le plus sûr pour l'atteindre, le ridicule, mais avec tant de légèreté et d'une manière
tellement plaisante que, si elle ne réussissait pas à le convertir, elle parvenait à le faire rougir de sa conduite, tandis qu'elle eût seulement soulevé son opposition, si elle l'eût traité plus sévèrement.
La Famille Fudge offre les types accomplis de la sottise sous toutes ses formes, sans jamais démentir son nom. Le père, homme d'un grand sens et d'un profond savoir, jadis auteur d'un écrit séditieux « A bas les Rois (1), » se prépare, d'après les instructions de Castlereagh, dont il est la créature et l'agent secret, à composer un bon ouvrage orthodoxe intitulé « Voyages en France, » pour expliquer la nouvelle science découverte par la Sainte- Alliance, et démontrer aux hommes que « leurs droits sont pure folie, leur liberté une plaisanterie (2). » Philip Fudge est un fervent admirateur de Castlereagh, et il s'applique de son mieux à retenir et à débiter ses belles paroles. Il a un langage métaphorique qui reproduit exactement celui de son éloquent patron. Ainsi il lui écrit de cette capitale « démoralisée y » où le niveau de l'obéissance s'élève et s'abaisse selon que dans son cours <c V hydre des /actions détache ses ruades à l'équilibre politique, «qu'il doit « s^ embarquer dans le trait » sur lequel « roule » principalement sa lettre, à savoir le livre en question. Il prouvera que le monde entier est dans la situation la plus agréable, que plus l'Angleterre dépense, plus elle s'enrichit, que la Pologne laissée sur le buffet comme une poire pour la soif de la Russie se complaît en son repos, que la Saxe est aussi heureuse que PoUchinelle, et que la Norwége dort « sur un lit de roses (3). » Ces paradoxes prodigieux retracent fidè-
(1) LetterVI.
(2) Letter I.
(3) Letter II.
lement certains actes de Castlereagh. Enfin, Fauteur des « Voyages en France » prouvera qu'il n'y aurait pas grand mal, si la moitié de quelques millions d'âmes, cédées par contrat. Espagnols, Polonais, Français, était étranglée, pourvu que les souverains d'Europe, siégeant à l'aise sur leurs trônes sacrés^ pussent se livrer à leurs passe-temps favoris. Cet espion de Castlereagh a encore le mérite d'être un satirique sans le savoir, puisqu'on attaquant Lord Sidmouth pour son système d'espionnage, dans le parallèle burlesque qu'il établit entre Tibère et lui (1), il attaque implicitement son noble maître.
Son fils Bob est à la fois un gastronome et un dandy (2) ; depuis qu'il est à Paris, l'art culinaire et la toilette l'absorbent tout entier. Il sait bientôt par cœur les locutions « à la braise y petits pâtés ^ pommes de terre à la maître d'hôtel. » Pour suivre la mode. Bob se met de gaieté de cœur chaque jour à la torture au moyen d'une cravate raido, d'un corset, d'un habit étroit (3), et, ainsi emprisonné, va au café Hardy déjeuner à la fourchette, avec des membres de poulet en papillote, des côtelettes savamment préparées, et des rognons sautés au vin de Champagne, qu'il arrose de Beaune ou peut-être de Chambertin. Il termine ce fin repas en prenant le café et un verre de « parfait-amour, » « du velours en bouteille, » selon sa propre expression ; puis il va flâner sur les boulevards. Telle est la vie intelUgente du dandy.
Miss Biddy fait le pendant de son frère pour la mode (4). Ses robes sont « divines. » Sa dernière toilette surtout
(1) Letter IX. Extracts from Mr. Fudge's Journal addressed to Lord C.
(2) Letter L
(3) Letter HI.
(4) Letter V.
est « superbe^ » « magnifique. » Coiffée d'un beau chapeau chiffonné et haut comme les machines qu'on place sur les cheminées pour les empêcher de fumer, elle est tout à fait mise « à la française. » Ainsi attifée, elle ne formera point le moindre ornement de cet Eden qu'elle juge d'après elle « une ville affairée où l'on ne fait que se parer, dîner, danser et s'amuser. » Romanesque et vaniteuse, elle s'éprend d'un personnage qu'elle croit être le Grand Roi de Prusse se livrant aux émouvants divertissements des Montagnes Beaujon pour se consoler de la perte de la reine. Le portrait qu'elle en trace à sa chère Dolly est réussi : « Imaginez, si vous pouvez, une sorte de Werther, à la figure fine, blême, imposante, avec des moustaches qui lui dormaient l'expression attrayante du Corsaire, moitié farouche, moitié tendre ; un peu de la physionomie qu'on prêterait à une hyène amoureuse, ou quelque chose qui tiendrait le milieu entre Abélard et le vieux Bliicher (1). » Quelle cruelle déception !Elle ne tarde pas à apprendre que le doux objet de ses rêves s'appelle simplement CaUcot (2). Elle se figure que c'est au moins un colonel, elle le trouve charmant et fait avec lui une promenade sentimentale dans la forêt de Montmorency (3). Pour comble d'infortune, elle découvre enfin que le Colonel Calicot n'est qu'un colonel de rayons : elle Ta vu de ses propres yeux debout dans une boutique, derrière un vil comptoir, une pièce de batiste déroulée devant lui et « cet affreux mètre levé dans sa main. » Son judicieux père, pense-t-elle, savait ce fatal secret, quand il avait dit qu' « un Brandebourg ne serait pas, après tout, une si bonne
(1) Letter V.
(2) Letter X. '
(3) Letter XU.
afiEaire (1) » pour sa Biddy si « gentille » et si « jolie. » « C'était un commis de magasin qu'il voulait dire par un Brandebourg (2). »
Le jeune Irlandais Phélim Connor se dit ennemi irréconciliable des tyrans de sa patrie, surtout de Castlereagli (3), et il est le précepteur de Bob Fudge. Toute oppression Tindigne et provoque une explosion de sarcasmes (4). Sa haine pour la tyrannie ne Tempêche pas de dire que, s'il eût été français, il eût suivi Napoléon, dont il trace un portrait fort ressemblant (5), mais peu propre à attacher des gens sensés ou honnêtes à Toriginal : « Il était faux, despotique. . . Il avait foulé aux pieds les Ubertés les plus sacrées de l'homme ; avec un génie formé pour de plus nobles choses que celles qui sont au pouvoir des rois vulgaires, il n'avait élevé les espérances des hommes, comme les aigles emportent les tortues au plus haut des airs, que pour les en précipiter et les mieux réduire en poudre. »
Ces lettres, comme nous le voyons, furent écrites, au point de vue politique, principalement contre Castlereagh, au point de vue social, contre les badauds de Londres. Elles avaient l'à-propos et l'intérêt du moment. Aussi « la Famille Fudge » eut pendant quelque temps autant de succès que « Lalla Rookh. » Huit éditions parurent successivement. Ces satires n'offrent plus aujourd'hui le même intérêt ; mais leur esprit et leur humour ne passent point ; nous disons leur esprit, car il nous semble qu'elles ne respirent pas seulement l'humour, comme le
(1) Letter X.
(2) Letter XII.
(3) Letter IV.
(4) Letter VIL
(5) Letter XL
prétend Byron (1) ; elles gardent la pointe et l'éclat, comme des armes fines et brillantes dans une salle d'armes, de telle sorte que les sujets eux-mêmes ont encore un certain degré de vitalité.
Quelques mois s'étaient à peine écoulés depuis l'installation de Moore à Sloperton, et il touchait à l'aisance et à Tindépendance qu'elle procure, quand il apprit que son mandataire à Berraude avait disparu avec les produits d'un navire et la cargaison déposée dans ses mains, représentant en tout 6,000 L , dont il demeurait responsable. Le coup était terrible. Tous ses amis lui offrirent à l'envi de lui venir en aide. C'était pour lui, dans son malheur, la meilleure des consolations. Jeffrey, dont les ressources étaient limitées, s'empressa de lui écrire la lettre suivante (2), qui témoigne autant de délicatesse
que d'affection : « Mon cher Moore , j'ai entendu
parler de vos malheurs et de la noble manière dont vous les supportez. Y a-t-il de l'indiscrétion à vous dire que j'ai entièrement à votre service 500 L que vous me rembourserez quand vous le voudrez?... Je suis peut-être absolument inexcusable de vous parler ainsi ; mais, sur mon honneur, je ne vous en ferais pas l'offre, si je ne sentais pas que je l'accepterais sans scrupule de vous. En tout cas, je vous prie de ne point m'en vouloir et de ne pas m^adresser une lettre commençant par Monsieur, Je vous demanderai pardon avec l'humilité la plus sincère, si je vous ai offensé; mais j'espère qu'il n'en est rien. Quoi qu'il en soit, et de quelque manière que cela finisse, nul être vivant autre que vous ne connaîtra jamais ma pré-
(1) To J. dlsraeli, Esq. the amiable and ingeoious author of « the calamities » and « quarrels of authors, » this addilional quarrel and calamity is inscribed by one of the number. — Havcnna, March 15, 4820.
Ci) May 30, 1818.
somption. » Sir William Napier, l'historien, dans son offre de service, ménageait avec autant de soin sa susceptibilité : « Mon cher Moore, — connaissant vos sentiments dans les questions d'argent, je suis presque effrayé de vous dire que j'ai plusieurs centaines de livres sterling chez mes banquiers ; qu'il n'y a pas la moindre probabilité que j'en aie besoin d'ici à un an au moins ; et, jusqu'à ce que vos affaires soient arrangées avec Murray^ j'espère que vous ne serez pas offensé, si je vous dis que tout cet argent est à votre disposition. » Lord Lansdowne lui fit aussi des avances pour prendre sur lui tout le poids de sa perte. Moore fut profondément touché de tant de générosité ; mais, tout en exprimant à ses amis sa vive reconnaissance, il refusa obstinément leur assistance, car il ne voulait devoir sa libération qu'à lui-même. Cette résolution montre une noblesse , une intégrité et une force de caractère peu communes. Toutefois, l'adversité ne pouvait dompter sa gaieté naturelle, puisque, malgré ses peines, ses appréhensions même de la prison, il avait écrit à Lady Donegal dans le courant de Mai : « Pour rien, si ce n'était pour faire plaisir à ma pauvre mère, je ne quitterais en ce moment mon agréable et paisible cottage, où, en dépit des hommes d'affaires, de leurs représentants et de tous les autres ennuis, je suis aussi heureux, je crois, que ce monde permet de l'être, et, si je pouvais seulement donner le bonheur de la santé à la chère villageoise qui vit près de moi, je défierais le diable et toutes ses œuvres. » Enfin, Moore se décida à aller voir sa mère.
Pendant son séjour à Dublin, il assista, le 8 Juin, à un grand dîner donné en son honneur à l'hôtel de Morrison. Lord Charlemont présidait ; Moore était à sa droite et son vénérable père à sa gauche. A la fin du repas, Lord
Charlemont ayant proposé de boire à la santé de l'Irlandais éminent qui avait honoré le pays de sa présence, Moore très ému se lève et déclare que ce moment est pour lui le plus beau de toute sa via,qu'il est charmé de voir à ses côtés quelques-uns de ces gentlemen dont Tamitié a été la force et le « dulce decus » de son existence et qui, tout en ne partageant pas ses opinions politiques, lui sont toujours restés attachés, parce qu'ils sentent qu'il y a quelque chose de plus sacré qu'un parti. Quant aux autres gentlemen dont il n est connu que pour avoir fait vibrer les cordes de la Harpe Irlandaise et n'avoir jamais cessé de consacrer ses humbles talents à l'honneur et au progrés de la patrie, il se flatte d'entrer dès à présent en relations avec eux. Il remercie tous les convives de leur bonté pour lui et il expriine le plaisir sincère qu'il a de boire à leur santé. Ensuite Samuel Lover chante une chanson composée pour la circonstance. Le sujet est fort plaisant : plusieurs poètes, tels que Byron, Scott, Southey, Moore, ayant posé leur candidature à l'Olympe, Moore finit par être élu à une très forte majorité. Ce jeu d'esprit amuse beaucoup la compagnie. Le Président profite de l'occasion pour porter un toast « aux Poètes vivants de la Grande-Bretagne. » Alors Moore, heureux de pouvoir leur rendre un hommage public, prend la parole et les nomme l'un après l'autre, en les caractérisant d'un trait: c'est d'abord Byron, le génie, par excellence, doué d' « une imagination qui le porte à ne voyager qu'à travers les ruines du cœur, et à séjourner dans les lieux désolés par le feu des passions ; » puis Walter Scott, « écrivain fécond et séduisant dont les belles créations se succèdent comme les fruits dans le jardin enchanté d'Armide ; » Rogers, « qui a suspendu son nom dans le sanctuaire de la Mémoire,
parmi les tablettes les plus indestructibles qui s'y trouvent ; » Southey, « non le lauréat, mais Tauteur de Don Roderick , un des poèmes les plus élevés et les plus éloquents qui aient été écrits en aucune langue ; » « Télégant et chaleureux Campbell, dont le chant d'Innisfail(l) est composé des larmes mêmes de la muse irlandaise, cristallisées sous Faction du génie et rendues éternelles ; » Wordsworth, « poète même dans ses puérilités (2) ; » Crabbe, « qui a donné non seulement le mouvement, mais encore la vie et Tàme à des sujets qui n*en paraissaient pas susceptibles ; » Sheil, rival de Maturin pour « le génie dramatique ; » Phillips , à « la riche imagination, qui a cultivé plus d'une muse avec succès ; » Lady Morgan « qui, la première, a uni aux doux airs irlandais une poésie digne de leur caractère pathétique et de leur force. » En jugeant de la sorte ses confrères, Moore montre autant de discernement que d'impartialité. Nous le retrouvons bientôt dans sa chaumière, occupé depuis quelque temps à une nouvelle composition, la « Vie de Sheridan. » C'est de toutes ses œuvres celle qui lui donne le plus de mal et lui demande le plus de recherches ennuyeuses II y consacre, non sans regret, cinq heures par jouf . « Je suis toute la journée dans le jardin, dit-il dans son Journal (Septembre 1818). — Il fait un temps délicieux. — Je travaille à mon ouvrage de Sheridan de dix heures à trois heures... Je souhaite souvent que Sheridan, Miss Linley et Matthews aillent au diable. C'eût été un beau jour pour la poésie et
(1) '• The Exile of Eriu, » déliciea»e poésie écrite sur les bords du Danube, où le poète avait rencontré Anthony Mac Cann, Hauiilton Rowan et d'autres exilés d'Irlande.
(2) Moore désifyjne ainsi plusieurs de se» Bbllades Lyri<Twefi (179&-1800), d'un caractère enfantin, comme «• The Kititu and. the (àlling Leaves. »
cependant j'ai perdu ainsi tout cet été si poétique. » Il n'avance que bien lentement. Aussi, tant par nécessité que par besoin de distraction, il interrompt ce travail pour se livrer à un autre plus attrayant et moins long. La vogue prodigieuse des « jeux d'esprit, » si amusants, qu'ofiBre au public la « Famille Fudge à Paris, » le pousse à imaginer, mais avec moins de bonheur^ un poème humoristique sur le pugilat (1), écrit dans l'argot des pugilistes. C'est un poème dont il est loin d'être fier, puisqu'Q le juge lui-même ainsi : « Il semble que c'est une profanation d'écrire mie telle bouffonnerie au milieu de cette gloire éclatante ; mais, hélas ! il faut se procurer de l'argent, et ces bagatelles en rapportent très vite et très aisément (2). » A propos de l'achèvement de cette facétie, Moore nous apprend, dans son Journal du 21 Février 1819, qu'il composait avec plus de faciUté et de verve au lit que debout : « Que ce soit la position horizontale (qui, au dire de Richeraud, le physiologiste français, est la plus favorable à la pensée) ou plus probablement l'éloignement de tous ces objets extérieurs qui détournent l'attention, il est certain que l'effet est toujours le même; et, si je ne trouvais pas que cette position m'qperve à l'excès, je passerais la moitié de mes journées au lit, à l'effet de composer. »
Vers le miheu de 1819, au moment où l'on allait ouvrir des négociations avec les réclamants américains pour obtenir une réduction sur la somme considérable qu'ils demandaient, averti que la Cour de l'Amirauté avait rendu contre lui un jugement entraînant la con-
(1) T. Crib's Mémorial to Congress by One of the Fancy.
(2) Mémoire of Moore. VoK II, p. 218.
trainte par corps, pour éviter d'être emprisonné, il était sur le point de répondre à l"appel de James Mackintosh, et de chercher un refuge à Holyrood, quand son ami Lord John Russell lui fit part de son projet de voyage en Italie. Sa résolution fut bientôt prise. Les deux amis quittent TAngleterre au commencement de Septembre, dans le yacht du Duc de Bedford. Après avoir passé une semaine ou deux à Paris, ils partent pour le Simplon et en font Tascension : un chemin les mène au plus haut des airs : ils dominent les torrents et les précipices. Ce spectacle émeut le poète à tel point qu'alternativement il frissonne et verse des larmes, comme il le raconte lui-même dans son Journal du 27 Septembre. La grandeur de la nature excite d'une manière extraordinaire son exquise sensibilité. Du Jura^ entre Vattay et Gex, il découvre la magnifique vallée, le lac de Genève et les Alpes, « propres à faire les remparts de la demeure d'une divinité. » Mais, à la vue du Mont-Blanc, qui lui apparaît dans son imposante majesté, sous les derniers rayons du soleil, il est sans paroles, ses yeux s'emplissent de larmes, et, quand il peut s'exprimer, il s'écrie avec un enthousiasme rehgieux : « Non, jamais je ne perdrai le souvenir de ce que j'ai éprouvé dans ces beaux lieux. Et, si l'espérance de mon cœur s'affaiblissait, si jamais, ô Dieu, je venais à douter de ta puissance, je chercherais de nouveau cette scène imposante, à la même heure de calme et de lumière, et ici, au sanctuaire le plus sublime que la Nature t'éleva jamais, je raviverais toutes mes espérances divines, et sentirais mon immortalité (1). » Comme ce langage du soi-disant membre de la Société Poco-curante diffère de celui que
{{) Rhyme» on the Road. — Extracl I.
tiennent ces badauds anglais qui, dépourvus de tout sentiment du beau, voyagent uniqu^nent par ton ! Le poète les peint au naturel, en les représentant occupés d'opérations de bourse dans une ascension du Simplon : a Les fonds (pouah ! maudite soit cette vilaine montagne) baissent vite — (quoi, encore plus haut ?) — et — ,(que diable, nous allons monter jusqu'au ciel) seront bientôt descendus à 67 (1). » Moore et son compagnon passent par Genève et atteignent Milan. C'est pendant ce voyage qu'à la suite d'une conversation où Lord Russell lui avait dévoilé son intention de renoncer à toute occupation poUtique, il lui adresse cette noble et chaleureuse « Remontrance » :
« If the stirrings of Genius, the music of famé, »
» And tbe charins of thy cause hâve net power to persuade, »
» Yet think how to Freedom thoa*rt pledged by thy Name (2). »
Il prend congé de son ami, qui se dirige sur Gênes, où il doit attendre son retour ; mais Lord Russell n'y reste que fort peu de temps, car une convocation du Parlement, due aux poursuites violentes exercées contre les agitateurs de Manchester, l'obUge à revenir subitement à Londres. Moore, parti seul dans une vieille « calèche » achetée à Milan, va par Brescia et Padoue jusqu'à la riante villa de La Mira, où Byron habitait alors avec la jeune et charmante Comtesse Teresa GuiccioU. Avec quelle joie le chantre du « Premier Baiser d'Amour » (3) accueille « Anacréon ! » Par la Brenta, il le mène en gondole à Venise, le loge dans son palais, sans songer de sitôt à retourner à La Mira, tant il éprouve de plaisir à rester avec lui. Ils dînent ensemble plus d'une fois chez Pellegrino,
(1) Rhymes on the Road. — Extract IX.
(2) Miecellaneous poems.
(3) Honrs of Idleness.
vont au théâtre, et se rendent ensuite dans une sorte de cabaret « boire du punch chaud. » Comme dans de telles occasions Byron doit se plaire à répéter le gai couplet (1) du chant qu'il a composé pour Moore, et comme Moore doit être flatté de le lui entendre dire ! Il leur arrive de regagner leur demeure en gondole à deux heures du matin : « Un magnifique clair de lune et le silence et la grandeur de toute la scène, dit Moore (2), me donnèrent une idée de Venise plus noble que celle que j'avais eue jusqu'ici. » Tous deux vivent ainsi de la même vie dans un libre échange de pensées et de sentiments. Quel charme et quel profit Moore trouve à causer avec un tel ami ! Il le voit à tout moment tel qu'il est, en déshabillé, et ce commerce intime de quelques jours lui permet de mieux connaître sa nature. Byron conçoit pour Moore une telle affection qu'il lui donne ses Mémoires, le laissant libre d'en faire ce qu'il voudra. Moore, avant de lire ce « volume rempli d'événements, » partagé entre la crainte et l'espérance de découvrir de sombres et glorieuses visions, hésite à dérouler ses pages mystérieuses. Il conjecture ce qu'elles peuvent révéler, par exemple, le souvenir d'amitiés aussi inébranlables que le roc, d'inimitiés disparues comme la neige sous un rayon de soleil, d'une fidéUté à l'épreuve du temps en ceux qui le servaient et le servent encore, de secours généreux prodigués à plus d'un cœur blessé avec cette adresse silencieuse qui n'effarouche pas l'orgueil. Mais il présume qu'il ne
(1) « With that water, as tbis wine, >»
«< The libatioD I would pour »
« Should be — peace with thioe and mine^ b (( And a healtb to tbee, Tom Moore. »
(To Tbomas Moore. July 1817).
(2) Mémoire of Moore. Vol. Ql, p. 28.
faut demander à Byron aucun « des traits brillants de sa vie. » La prévision de cette lacune, eu égard au genre d'esprit du noble Lord, lui suggère quelques réflexions fort justes sur son caractère : « Tandis que ceux qui recherchent la faveur du monde exposent» comme le nuage de Milton, leurs replis argentés du coté de la foule, cet Esprit d'élite s'enveloppe de ténèbres, et, cachant à la vue tout ce qui adoucit, orne et dore sa nature sociable, il ne montre que sa face obscure du côté du monde qu'il méprise (1). » En quittant Venise, Moore se rend par Bologne à Florence, où il trouve Lady Morgan et Lady Burghersh. Sur leurs indications, il est de suite à même d'admirer tout ce qui mérite de letre, et principalement l'église de l'Annunziata : ce n'est pas sans une douce émotion, causée soit par le sentiment religieux, soit par le sentiment poétique, peut-être par l'un et l'autre, que dans un édifice si majestueux, entouré de chefs-d'œuvre de la statuaire et de la peinture, il iissiste à une messe célébrée avec pompe et accompagnement de belle musique. Il gagne enfin Rome, où il rencontre Lady Davy et la Duchesse de Devonshire, qui se plaisent à faire les honneurs de la Ville Eternelle aux illustres pèlerins d'Angleterre. Il y vit en société de Canova, de Chantrey, de Jackson, de Turner, d'Eastlake, et,^uidé par de tels maîtres, il s'initie aux beautés exquises de l'art (2). Mais, de tous les chefs-d'œuvre, ceux qui paraissent produire le plus d'impression sur son esprit, sont le Sépulcre de Saint-Pierre, éclairé par des lumières qui ne s'éteignent jamais, et la statue de la Princesse Bor-
(1) Rhymes on the Road. — Extract VII.
(2) Moore'8 poetical Works. Préface to the seventh volume.
ghése, appelée la « Venere Vincitrice. « Il la contemple à la lueur d'un flambeau que Canova tient à la main, et que, dans son ardeur à montrer quelque grâce inaperçue, Chantrey lui arrache. Cette scène l'impressionne vivement et il y fait allusion dans ses « Rimes sur la Route (1). » Moore a le bonheur de pouvoir voyager avec Chantrey et Jackson qui retournent en Angleterre, et dans leur compagnie il visite, à Florence, Bologne, Modéne, Parme, Milan, Turin, les galeries de sculpture et de peinture. Comme il montre un jugement sain dans ses vers écrits aux Charmettes ! Certes il sent tout le charme de cette résidence, mais il n'a pas cette basse idolâtrie qui pousse tant d'autres à la visiter avec respect ; car les sentiments que la beauté de cette retraite excite dans son âme, sont troublés par « le souvenir de ces liens vulgaires dont l'éclat le plus sublime du génie ne peut pas plus voiler la grossièreté que les rayons du soleil ne peuvent faire disparaître les impuretés des marécages sur lesquels ils se jouent (2). »
Moore, ne pouvant pas encore prudemment rentrer en Angleterre, vient s'établir à Paris vers la fin du mois de Novembre 1819, dans un modeste appartement de la rue Chantereine, et, le 1'^'' Janvier 1820, il y est rejoint par sa femme et ses enfants. Six semaines après, il va habiter aux Champs-Elysées une petite maison située dans l'Allée des Veuves. Ami des fêtes, il se divertit de son mieux. Ainsi nous le voyons, au mois de Septembre, après un diner au Cadran Bleu avec Bessy, Dumoulin, Miss Wilson, Anastasie et la petite fille du Docteur Yonge, aller à la Porte Saint-Martin, et
(1) Extract XV.
(2) Extract XVI.
prendre, avant do rentrer, un punch glacé. Trois napoléons, qu'il tient en réserve pour acheter les « Voyages de Pythagore, » couvrent les frais de la soirée. Par bonheur, Bessy est riche de quatre napoléons que, de son propre aveu, elle a épargnés en lui faisant quelques petites soustractions ; elle les lui offre spontanément pour son acquisition. Quand il ne mange pas en ville, il a du monde à dîner chez lui : nous trouvons en effet dans son Journal du 14 Octobre 1820, que c'est la première fois, depuis le V^ Juillet, que le poète et sa femme dînent seuls avec leurs enfants. Aussi Bessy, en allant se coucher, lui dit : « C'est le premier jour raisonnable que nous ayons passé depuis longtemps. » Ce mot peint Bessy tout entière : c'est la femme sage et aimante qui sent le prix de la soUtude à deux. La vie de plaisirs qu'il mène n'affaiblit point son amour pour elle : « Il y a aujourd'hui dix ans, écrit-il à la date du 25 Mars 1821, que nous sommes mariés, et, bien que le temps ait produit chez nous deux ses changements ordinaires, nous sommes encore plus comme des amants que tous les couples de ma connaissance appartenant à la même condition que nous. » Invité à dîner ce jour-là chez RadcUfle, il refuse pour diner en tête à tête avec sa chère Bessy. Seule elle possède son cœur ; elle le sait, 6ela lui suffît. Elle voit donc ici sans regret son cher Tommy, comme elle l'a vu en Angleterre, aller dans le monde, où sa santé, ses devoirs demère de famille, sa position plus que modeste, ne lui permettent pas do le suivre ; car elle est heureuse et fière des hommages qu'on rend à son mari, et elle jouit des succès qu'il obtient dans les salons, commesi elle les partageait. Elle ne souhaite qu'une chose, c'est de vivre toujours prèsde lui. -^ussi lui écrit-elle le 22 Octobre 1821, à Londres, où il est allé secrètement
pour affaire; ces quelques mots d'une tendresse charmante : « Dieu vous bénisse, mon petit oiseau si libre, si favorisé, si heureux, mais souvenez-vous que votre cage est à Paris, et que votre compagne soupire après vous. » Paris a pour Moore bien de l'attrait, mais pas autant que le cottage situé sur la route de Bellevue : ce cottage lui rappelle Slopertoii, et il le décrit heureusement par une citation de Pope :
« A little cot with trees a row, »
« And, like its master, very low. »
Cette maisonnette appartenait à un Espagnol de ses amis, M. Villamil, qui habitait tout prés de là, à la Butte Coaslin, près de Sèvres. Il y passe deux étés avec sa famillQ. Le matin, il se promène dans le parc de Saint- Cloud, et le soir il fait des duos italiens avec M"® Villamil, ou il l'écoute chanter, en s'accompagnant de la guitare espagnole, les douces chansons de son pays (1). Dans ce cottage, il a encore le plaisir de voir souvent l'auteur dramatique Kenney, qui demeure près de là, ot de recevoir la visite de Washington Irving (2). Cependant, il sait aussi dérober aux divertissements de toute espèce des heures qu'il consacre à la composition littéraire. Jamais peut-être il ne s'est occupé de tant d'œuvres h la fois ; car, sans parler des « Mélodies Irlandaises » et des « Airs Nationaux, » dont il publie une nouvelle livraison, avec les dessins de son ami Denon et les documents précieux fournis par Fourier, Langlès et Humboldt, sur la mystérieuse Egypte, il travaille à son « Alciphron, » qui ne formera plus dans la suite qu'un fragment de « l'Epicurien, » et particulièrement à l'épi-
(i) Mooro'8 poetical Works. Préface to Ihe eighth volume.
(2) Voyez William Howitt. — Homes and Hauots of English Poets.
sodé de ce grand ouvrage, « les Amours des Anges. » En outre, à l'aide de notes prises sur les lieux mêmes, il achève ses « Rimes sur la Route » et continue ses « Fables à l'occasion de la Sainte-Alliance, » qu^il a commencées à Venise. Il reprend aussi sa « Vie de Sheridan ; » mais bientôt, considérant que son absence de Londres Fempêche de recueillir des renseignements importants sur la vie privée de cet homme célèbre, il remet à plus tard l'exécution de son travail.
Moore a un si grand renom en Angleterre, que Barnes, l'éditeur du « Times, » lui propose, au mois d'Août 1822, d'écrire les premiers Londres de cette feuille, moyennant 100 l. par mois. Il est d'autant plus flatté de passer pour être en état de manier un instrument politique aussi puissant, qu'il ne s'en croit pas capable^ et il refuse modestement la proposition. Dans le courant de Septembre, il apprend, par une lettre do Messrs. Longman, que les conditions offertes^ comme dernier ultimatum, aux réclamants américains, sont définitivement acceptées, et qu'il n'a plus à craindre la contrainte par corps. Aussi, après avoir assisté à un banquet donné en son honneur par de grands personnages français et anglais, il quitte Paris avec sa famille pour retourner en Angleterre, à Sloperton, ce nid tant aimé.