HERODOTE
Immense difficulté d'aborder ces redoutables ouestions qui semblent épuisées par l'érudition des siècles et par toutes les littératures ! Elles étaient réservées à celui qui avait le don de tout rajeunir en découvrant les aspects ignorés, les sources nouvelles des choses.
Dominée par le souvenir des moments solennels, où il me parla de la Vie et de la Mort du Génie Grec, ce sujet m'est devenu trop sacré, trop douloureux pour pouvoir l'étudier avec quelque liberté d'esprit.
C'est dans les œuvres antérieures du maître que je chercherai sa pensée sur Hérodote et Thucydide.
Il ne s'est point occupé des guerres médiques et de leur historien dans la Grèce moderne. Ecrit en 1829- 1830, au milieu des barbaries de la guerre turque et de la plus affreuse détresse, cet ouvrage ne pouvait
refléter le souvenir des époques brillantes de la société grecque. « Dans un monde redevenu primitif par l'effet du carnage et de la déprédation, je n'aurais pu, dit-il, parler de Périciès, de Sophocle, de Socrate. »
Il y revient quarante-cinq ans plus tard. Mais déjà, en 1839, Edgar Quinet écrivait sur Hérodote une page dont l'esprit s'harmonise parfaitement avec celles qu'il a tracées dans les derniers jours de sa vie :
« Comment a-t-on pu un instant ne voir dans Hérodote qu'un Froissart d'Ionie? C'est enfermer une statue du Parthénon dans une châsse féodale. Il ne raconte pas seulement les actions des hommes, mais aussi les œuvres de la nature, ce qui fait que son histoire tient plus encore de la Genèse orientale que de la chronique du moyen âge. Sa curiosité s'éveillant à la fois sur tout ce qui l'entoure, il trace le cours des fleuves en même temps qu'il suit les migrations des peuples. Avec un étonnement candide, il sort de son pays, il va toucher de ses mains les peuples, les objets étrangers qu'il mêle dans son récit , où se mirent les peuples naissants dans un monde naissant. Et ce qui donne à son œuvre le caractère de l'épopée, ce n'est pas tant cet accord de la nature et de l'humanité que la marche et le plan qu'il suit à son insu. Quand les modernes se vantent d'avoir inventé la philosophie de l'histoire, ils oublient de dire que le désordre d'Hérodote cache un enchaînement d'autant plus profond qu'il se dérobe en partie à l'écrivain. D'abord il n'est rien qu'un voyageur, un pèlerin païen qui va errer de temple en temple. Il pénètre au sein des sociétés orientales, où il reconnaît les traditions de son pays. Quoique très-pieux, il y a déjà autant de curiosité que de religion dans le fond de son esprit ; quoique Dorien par l'origine, il s'orne des fleurs du dialecte et de Tordre ionique. Partout il visite les prêtres, mais il
ne se contente pas comme eux de prier et d'adorer. Il les interroge ; partagé entre la crédulité et une sorte de scepticisme inné, souvent il n'admet qu'une partie de leurs récits. Il les pèse, les juge. C'est le génie de la critique qui , avec toutes les apparences de la candeur, s'introduit pour la première fois dans les sanctuaires orientaux. Les vers des oracles qu'il mêle çà et là à sa prose proclament eux-mêmes une religion politique toute pareille à la réforme de Pindare et d'Eschyle. D'ailleurs aucun plan ne semble encore régler sa marche. Longtemps il vous promène dans la Perse et dans Babylone , dont il décrit la splendeur fabuleuse. Il vous fait monter avec lui sur les vastes murailles de briques et jusqu'au sommet du temple de Bel.
« De là il vous ramène dans la vallée d'Egypte. Vous entrez dans le labyrinthe, vous touchez les pyramides, vous mesurez cette civilisation qui était déjà à son déclin. Jusqu'à ce moment vous n'avez suivi qu'un voyageur capricieux. Voilà que l'historien va se révéler. Après qu'il vous a fait peser, en quelque manière, l'énorme fardeau de ces empires, après que votre imagination est accablée de leur puisssance, que vous en avez compté les richesses, les provinces, les villes, vous voyez peu à peu ces provinces , ces Etats , ces royaumes se réunir sous la main de Darius, de Xerxès, en une force unique, qui se déchaîne à l'improviste sur le berceau de la société grecque. Plus vous avez été retenu longtemps en Asie, errant sans dessein dans ces vastes contrées , plus aussi cette conclusion est frappante lorsqu'elle se découvre. Vous avez commencé par reconnaître les limites extrêmes de l'horizon de l'antiquité, Suse, Babylone, Persépolis, Memphis, Thèbes, la Scythie; puis le cercle se resserre : vous entendez comme un écho lointain de la
Grèce résonner les rivages de l'Asie -Mineure, et ces petites révolutions des villes doriennes qui donnent le signal. Puis l'enceinte se rétrécit encore. Cet Orient dont vous venez de compter les peuples dans un dénombrement homérique, se précipite tout entier par THellespont , sur cette Grèce naissante que l'écrivain vous a nommée à peine, tant elle est faible et obscure. Gomment résistera-t-eiie au choc de l'Asie ? Voilà la première pensée qui s'élève, et c'est ainsi qu'en resserrant toujours son horizon, Hérodote vous conduit au défilé des Thermopyles. Quand il vous l'a fait franchir, entraînant toujours après lui ces peuples qui tarissent les fleuves sous leurs pas, il vous amène à Salamine. Tout vous semble perdu. La veille même de la bataille , les généraux sont près de se disperser devant cette apparition de l'Asie dont votre esprit est obsédé; car, par ce long détour, vous sentez bien qu'il ne s'agit pas seulement du destin d'un empire, mais d'une bataille où l'humanité est en jeu. Enfin, lorsque les statues des demi-dieux ont été couronnées au soleil levant , que la bataille est gagnée , que cet immense péril, si lentement accumulé par l'historien, est pour jamais dissipé, que les noms de Platée, de Mycale, s'ajoutent à celui de Salamine, et que l'Orient s'est brisé contre la lance dorienne, quel est le sentiment qui subsiste après tous les autres ? Celui d'un miracle accompli par l'héroïsme de l'homme. C'est le faible qui l'emporte sur le fort, c'est le droit qui triomphe de la violence. L'art a surpassé le nombre, la pensée la matière. La première victoire de l'esprit sur le destin oriental, voilà le dénouement (1). »
(1) Génie des religions.
Dans son immense enquête à travers les siècles, à travers les contrées les plus éloignées, ce qui soutient le père des historiens, c'est la volonté de « préserver de l'oubli » les actions merveilleuses accomplies dans les guerres des Hellènes et des Barbares.
Lies motifs de cette guerre, quels sont-ils? Bien ayant le siège de Troie, la beauté d'une Hélène a mis aux prises deux peuples. C'est une jeune iille argienne, Io, enlevée par les Phéniciens; c'est une phénicienne, Europe, enlevée par les Grecs ; troisième rapt, celui de Médée.
Ainsi le grave Hérodote place au berceau de l'histoire, comme origine lointaine des guerres médiques, les enlèvements de femmes. Cette explication naturelle, Edgar Quinet la trouvait confirmés par une coutume asiatique qui a persisté de nos jours, l'enlèvement des Circassiennes par les Turcs.
Ce ne sont plus des inductions philosophiques, mais des vues puisées dans les faits.
« Hérodote n'est pas seulement un Froissard. Déjà perce l'esprit de critique ; il est ingénu et observateur. 11 admire et il doute. Puis, il sait penser ; il est au besoin précis, bref, serré. Dans sa comparaison de la Démocratie, de l'Oligarchie et de la Monarchie, il y a déjà la langue d'Aristote et de Montesquieu.
« Que d'expérience et de savoir politique !
« Tout cela mis en scène, non pas seulement par une théorie, mais un débat public dans une assemblée délibérante, une agora orientale (1). »
(1) Note inédite d'Edgar Quinet (1875).
« Une traduction d'Hérodote, dans une langue académique comme celle de Larcher, lui ôte sa grâce, sa fleur. Il faudrait une langue mêlée à la fois de moyen âge et de renaissance (1). »
Que de fois cette réflexion me reviendra! Quelle différence entre le texte d'Hérodote tel qu'Edgar Quinet me le traduisait, et les citations auxquelles je suis réduite !
Entrons maintenant dans l'arène des luttes helléniques. « Le faible contre le fort, le petit contre l'immense. » Spectacle sublime, qui répandait ses fortifiantes consolations sur les derniers jours d'un sage.
(1) Note inédite d'Edgar Quinet (1875).
DISCOURS DE DEMARATE.
Voyez ces villes divisées, révoltées, de dialectes différents ; au moment du péril, à la voix des hérauts d'Athènes, elles courent à la défense commune. La loi superstitieuse qui défend aux Lacédémoniens de se mettre en marche avant la pleine lune diffère, il est vrai, leur départ, mais ils répareront ce retard avec une célérité qui étonne Hérodote ; ils franchiront en trois jours la distance qui les sépare de Marathon, ils se transporteront sur le champ de bataille pour contempler les monceaux de cadavres des Mèdes. Les habitants des îles et les Thessaliens, que les Perses entraînèrent avec eux de force, se vengent en les massacrant dans la fuite. Thèbes, seule, n'échappe à aucune excuse. Nous verrons plus loin comment elle fut châtiée.
De ce mélange d'héroïsme, de superstition et d'esprit politique, ce qui se dégage, ce qui l'emporte sur
le reste, c'est l'héroïsme ; il sauve la liberté et fonde la cité. Quand Miltiade gagne la voix de l'archonte qui préside aux sacrifices, c'est pour hâter la bataille de Marathon, assurer la victoire. Quand les Alcmaeonides engagent la Pythie, à force d'argent, à proposer aux Spartiates, qui venaient la consulter, de rendre la liberté aux Athéniens, ils renversaient la tyrannie et délivraient la patrie.
Hérodote montre plus d'admiration pour ce procédé que pour l'action libératrice d'Harmodius et d'Aristogiton, mais il n'exclut jamais l'héroïsme, l'enthousiasme; ses conclusions sont toujours : la liberté :
« Athènes, déjà très-puissante, le devint encore plus lorsqu'elle fut délivrée de ses tyrans. »
« Les forces des Athéniens allaient toujours en croissant. On pourrait prouver de mille manières que l'égalité entre citoyens est le gouvernement le plus avantageux. »
Hérodote affecte une grande impartialité à l'égard des Barbares. Mais scrutez le fond de sa pertséë; la fierté, un enthousiasme contenu pour la patrie hellénique 6e cachent dans les replis de son récit. Voyez le discours de Xerxès lorsqu'il annonce à ses conseillers son intention d'envahir la Grèce. Ces plaintes du maître de l'Asie contre Athènes, combien elles rehaussent la gloire de l'Hellade! Chaque mot est calculé pour mettre en relief la puissance inorale d'Athènes qui précède sa puissance matérielle. D'où lui vient-elle? Des ruses, des calculs politiques? De son âme de héros.
La scène du Songe de Xerxès est une de celles où Edgar Quinet admirait le génie dramatique d'Hérodote.
Ce fantôme qui apparaît au roi et lé menace en voyant sa résolution chancelante) cette intervention
du surnaturel pour le déterminer à subjuguer la Grèce, c'est le oombl'e du pathétique.
Dans la première guerre médique, la famille royale, chassée d'Athènes, marche à la tête des envahisseurs. Dans la seconde invasion, sous Xerxès, l'armée des Mèdes renferme dans ses rangs l'oligarchie de Thèbes et différents petits tyrans chassés de leurs villes, entre autres Démarate de Lacédémone.
Une des conceptions vraiment superbes d'Hérodote, une de celles qu'Edgar Quinet appelle une mine de patriotisme, c'est d'avoir placé dans la bouche de ce Démarate la plus fière, la plus pure glorification de Sparte et d'Athènes.
Cette réponse du transfuge grec qui suit le conquérant barbare et assiste à la ruine de sa propre patrie caractérise d'une façon sublime le patriotisme et l'amour de la liberté. Si un fils dénaturé de la Grèce tient ce langage, quels doivent être les sentiments des vrais citoyens ?
Ces paroles de Démarate sont pour ainsi dire l'âme de ce livre; en les prononçant, Edgar Quinet ne pouvait maîtriser son émotion.
Il faut rappeler ce passage. Après quatre ans de préparatifs, Xerxès se met en marche, traînant après lui près de cinq millions d'hommes. Quelle nation ne mène-t-il pas contre la Grèce? Quelles rivières ne furent point épuisées ? On perce le mont Athos, on construit un pont sur l'Hellespont. Une tempête le brise, Xerxès châtie la mer, la marque d'un fer ardent, la frappe à coups de fouet. Le lendemain, sacrifice expiatoire au soleil ; la cérémonie achevée, l'armée défile, le roi passe la revue, puis envoie chercher
Démarate : « Dites-moi donc maintenant si les Grecs oseront me résister ?
« — Seigneur, vous dirai-je la vérité ou des choses flatteuses? »
Xerxès lui ordonne de dire hardiment la vérité.
« Seigneur, répliqua Démarate, puisque vous le voulez absolument, je vous dirai la vérité, et jamais vous ne pourrez, dans la suite, convaincre de fausseté quiconque vous tiendra le même langage.
« La Grèce a toujours été élevée à l'école de la pauvreté. La vertu n'est point née avec elle ; elle est l'ouvrage de la tempérance et de la sévérité de nos lois, et c'est elle qui nous donne [des armes contre la pauvreté et la tyrannie. Les Grecs qui habitent aux environs des Doriens méritent tous des louanges. Je ne parlerai pas cependant de tous ces peuples, mais seulement des Lacédémoniens.
« J'ose, Seigneur, vous assurer premièrement qu'ils n'écouteront jamais vos propositions, parce qu'elles tendent à asservir la Grèce; secondement, qu'ils iront à votre rencontre et qu'ils vous présenteront la bataille quand même tout le reste des Grecs prendrait votre parti. Quant à leur nombre, Seigneur, ne me demandez pas combien ils sont pour pouvoir exécuter ces choses. Leur armée ne fût-elle que de mille hommes, fût-elle de plus, ou même de moins, ils vous combattront. »
Xerxès se met à rire. Si les Grecs, dit-il, avaient, selon nos usages, un maître, la crainte leur inspirerait le courage. Contraints par les coups de fouet, ils marcheraient quoique en petit nombre ; mais étant libres, ne dépendant que d'eux-mêmes, ils n'attaqueront pas des forces plus considérables que les leurs.
Et il accable de moqueries Démarate pour les sottises qu'il débite.
« Seigneur, réplique Démarate, je savais bien, en commençant ce discours, que la vérité ne vous plairait pas, mais forcé de vous la dire, je vous ai représenté les Spartiates tels qu'ils sont. Vous n'ignorez pas, Seigneur, à quel point je les aime actuellement, eux, qui, non contents de m'enlever les honneurs, les prérogatives que je tenais de mes pères, m'ont encore banni. Votre père m'accueillit, me donna une maison et une fortune considérable. Il n'est pas croyable qu'un homme sage repousse la main bienfaisante de son protecteur au lieu de la chérir. Je ne me flatte point de pouvoir combattre contre dix hommes, ni même contre deux, et jamais, du moins de mon plein gré, je ne me battrai contre un homme seul. Mais si c'était une nécessité, ou que j'y fusse forcé par quelque grand danger, je combattrais avec grand plaisir un de ces hommes qui prétendent pouvoir résister chacun à trois Grecs. Il en est de même des Lacédémoniens. Dans un combat d'homme à homme, ils ne sont inférieurs à personne, mais réunis en corps, ils sont les plus braves de tous les hommes. En effet, quoique libres, ils ne le sont pas en tout. La loi est pour eux un maître absolu. Ils le redoutent beaucoup plus que vos sujets ne vous craignent. Ils obéissent à ses ordres, et ses ordres, toujours les mêmes, leur défendent la fuite, quelque nombreuse que soit l'armée ennemie, et leur ordonnent de tenir toujours fermes dans leur poste, et de vaincre ou de mourir. »
Ces mots : La loi est pour eux un maître absolu, résument, dans leur brève éloquence, toute la religion du devoir. C'est ce culte du devoir qu'Edgar Quinet a en vue à chaque ligne de son œuvre.
Il y a un enseignement salutaire dans les paroles arrachées à Démarate par la force de la vérité et l'éducation traditionnelle de la liberté. L'origine première du courage héroïque des Lacédémoniens, quelle est* elle? Démarate oppose l'égide de la pauvreté au toutpuissant maître de l'Asie, au possesseur de richesses fabuleuses.
La Grèce a été élevée à l'école de la pauvreté, et c'est à cette puissance qu'il attribue ses vertus.
Grande leçon pour les peuples de notre siècle industriel où la question du bien-être devient exclusive.
La vertu n'est pas née avec la Grèce ; elle est l'œuvre de la tempérance t de la sévérité des lois.
Les faits suivent de près ces paroles et les confirment; car cette Grèce nue, indigente, nourrie du brouet Spartiate, triomphe des Mèdes gorgés de richesses, couverts d'habits de pourpre et de cuirasses d'or.
Et après la victoire, quand elle recueille dans le camp ennemi l'immense butin, à quoi serviront ces innombrables trésors? Ces magnificences transformeront-elles la vie privée, la sobriété, la simplicité des Grecs ? Us s'en serviront pour élever ces trophées du génie, ces monuments glorieux, ces chefs-d'œuvre de l'art, ornement de la patrie, patrimoine éternel de l'esprit humain.
Oui, cette glorification du patriotisme lacédémonien dans la bouche de Démarate, devant son nouveau maître qui le comble de bienfaits, est d'une rare éloquence. Il voit défiler devant lui la terre entière, il aperçoit le peuple de Lacédémone comme un groupe perdu, un point imperceptible au milieu du débordement de l'Asie; mais ce point imperceptible, c'est le roc où 6e briseront les vagues. Ce roc, c'est l'héroïsme.
Et d'où leur vient cette force invincible, surnaturelle, capable d'affronter les périls? Qui les fait marcher au-devant de la mort sous le coup de l'invisible fouet? Ce despote qui règne sur les peuples libres, sur les âmes libres, auquel on obéit avec un respect et une terreur religieuse, comment se nomme-t-il? La loi ! La loi est pour eux un maître absolu. Ils le redoutent plus que les esclaves ne craignent le tyran.
Citons encore les paroles magnanimes de deux Spartiates qui vont se livrer à la mort pour expier le meurtre des hérauts perses. Le gouverneur de Suze les interroge : « Lacédémoniens, pourquoi avez-vous tant d'éloignement pour l'amitié du roi? il vous donnerait à chacun un gouvernement, si vous vouliez le reconnaître pour souverain.
« Hydarnès , répondirent - ils , les raisons de ce conseil ne sont pas les mêmes pour vous et pour nous. Vous nous conseillez cet état parce que vous en avez l'expérience et que vous ne connaissez pas l'autre. Vous savez être esclave, mais vous n'avez jamais goûté la liberté et vous en ignorez la douceur. »
Je ne puis dire de quel ton Edgar Quinet prononça ces mots : « Vous n'avez jamais goûté la liberté, vous en ignorez la douceur! » Sa voix prit une inflexion si attendrie, qu'on sentait combien l'antiquité était loin de sa pensée, combien l'avenir de la France, de la République, régnait seul dans son esprit.