LES THERMOPYLES
Léonidas et les Trois cents défendent l'entrée de la Grèce à cinq millions d'hommes; ils s'apprêtent à la mort avec sérénité, insouciance, se livrant aux exercices gymniques ; d'autres prennent soin de leur chevelure.
Xerxès trouve à cette conduite le comble du ridicule. Il fait chercher Démarate, l'interroge, et voici l'explication : c Ces hommes sont venus pour disputer le passage ; ils ont coutume de prendre soin de leur chevelure quand ils sont à la veille d'exposer leur vie. »
Dans ce second discours de Démarate, Hérodote place encore un éloge magnifique de la race Hellénique.
Et dans le récit du combat, que de mots superbes en relief! Le groupe des Trois cents continue à résis-
ter au choc de l'Asie : « Le roi vit alors qu'il avait beaucoup d'hommes, mais peu de soldats. »
Hérodote raconte avec une émotion poignante la trahison d'Ephialtès, qui indique aux Perses le sentier de la montagne et cause la perte totale des Grecs gardiens du passage. « Ce fut Ephialtès qui leur découvrit ce sentier, et c'est lui que j'accuse de ce crime. »
On les entend, on les voit marcher ; on perçoit le bruit que font sous leurs pas les feuilles des arbres. L'aurore va paraître. . . les voilà sur le sommet de la montagne... De là ils se précipitent sur les Trois cents, postés dans le défilé.
« Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts pour obéir à ses saintes lois. »
Rien n'affaiblira jamais l'austère grandeur de ces paroles. Elles rayonnent à travers les âges, rien ne les fait pâlir ; ni souvenirs du collège, ni livres de classe lus par l'enfance insouciante, ni théories toutes récentes inventées par l'esprit césarien. Cette inscription des Trois cents se grave dans toute âme bien née à l'aube de la vie. Une lignée d'actions glorieuses ou de pensées fécondes naîtra éternellement de l'héroïsme des Thermopyles.
Hérodote n'oublie pas un trait qui puisse mettre en relief la suprématie des Grecs. Ils célébraient les jeux olympiques; un Perse demande quel était le prix des combats. Une couronne d'olivier, lui dit-on. « dieux ! Mardonius, quels sont donc ces hommes que tu nous mènes attaquer ? Insensibles à l'intérêt, ils ne combattent que pour la gloire. »
Et cette prise d'Athènes ! Avec quel intérêt vivifié par ses souvenirs personnels Edgar Quinet analysait les moindres détails de ce récit dramatique ! Il n'avait pu pénétrer dans l'Acropole, en 1829; la citadelle était encore aux mains des Turcs. Mais il avait étudié les lieux et en avait rapporté un dessin à la sépia fait sous les balles des nouveaux Barbares (ce petit tableau est depuis quarante-Mx ans sur sa table de travail). Il avait présents à la mémoire le paysage, la colline de Philoppapus, vis-à-vis de la citadelle, où les Perses assirent leur camp, et cet endroit mémorable, le chemin escarpé, non gardé, qu'ils gravirent à la dérobée.
La ville est déserte, quelques malheureux vieillards, des infirmes qui n'ont pu suivre les Athéniens à Salamine, à Egine, àTrézènes, se défendent jusqu'à la dernière extrémité derrière leurs barricades de bois, ils repoussent toutes les propositions du grand roi et des Pisistratides ; ils roulent des pierres sur les assaillants. Mais quand ils les voient tout à coup, par surprise, daos l'enceinte sacrée, ils se tuent ; les m& se précipitent du haut des murailles, les autres sont égorgés dans le temple même. Après le mas* sacre des suppliants de la déesse, les Barbares pillent le temple, mettent le feu à la citadelle et la réduisent en cendres.
Hérodote se hâte d'ajouter comme un heureux présage : t Dans le temple, on voyait un olivier et une mer. Neptune et Minerve les y avaient placés comme témoignage de la contestation qui s'était élevée entre eux au sujet du pays (1). Le feu qui brûla ce temple consuma l'olivier; mais, le second jour, la souche de
(1) Voyez, sur la lutte de Minerve et de Neptune, l'explication géologique dans La Création et dans L'Esprit Nouveau.
l'olivier avait poussé un rejeton d'une coudée de haut. »
En effet, bientôt la victoire de Salamine fait refleurir plus puissant que jamais l'arbre sacré, l'emblème de la ville de Minerve.