ESCHYLE
Eschyle a suivi dans le début de son drame des Perses (1) une inspiration semblable à celle d'Hérodote. Car lui aussi commence par remplir les esprits de la puissance de l'Asie; il fait passer aussi devant le spectateur l'armée innombrable de Xerxôs. Après que l'imagination a été saisie de cette terreur, arrive le messager qui raconte la destruction des Perses à Salamine. Le poète semble reproduire dans le drame le même con-
(1) Les Perses d'Eschyle ont été composés sept ans après la bataille de Salamine (473 av. J.-C).
traste que l'historien, et sans doute l'un et l'autre n'ont fait qu'obéir lidèlement au sentiment entier de la Grèce.
Tout ce qui regarde l'Hellade est semblable par le fond, dans Eschyle et dans Hérodote. On s'attend à voir écraser la race grecque.
Beaucoup de traits sont pareils dans la description de la bataille , comme s'ils avaient puisé à une source commune.
Mais Eschyle va plus loin qu'Hérodote. Dans Eschyle, la terreur passe de la Grèce à l'Asie. La lamentation de la Perse finit par remplir la
scène. Le spectre de Darius prophétise la défaite de Platée sous la lance dorique.
Le poète achève ainsi l'historien; il poursuit les Barbares à Suze, à Ecbatane, jusque chez les dieux souterrains.
Il marque ainsi une ère nouvelle, la fin d'un monde, le commencement d'un autre.
Quand les vieillards de Suze déchirent leurs habits , s'arrachent leur barbe blanche , Eschyle montre les conséquences de la victoire jusque dans les temps futurs.
Heureux les peuples dont le génie s'éveille dans la victoire. Tout leur est facile. Les pensées et les formes heureuses, harmonieuses, naissent d'elles-mêmes dans leurs esprits. Une sérénité féconde les accompagne à chaque pas. Ils s'avancent au chant des hymnes. Mais ceux qui se réveillent dans la défaite , quelles difficultés ne trouvent-ils pas en chaque chose! Ils sont contredits, quoi qu'ils fassent.
Jupiter Libérateur! donne-nous, à nous aussi, une journée de Salamine , ou de Platée , ou de Mycale, contre les Barbares ; et nous aussi, nous enfanterons, sans douleur, dans la joie et dans la paix, des œuvres sereines, immortelles.