‹ Vie et œuvres de J.-J. RousseauChapitre 15 sur 68 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

ni urs efféminées ? q tableau :, ces édii i

mail res des oa1 ions, vo des hommefl frivoles que vo Ce sont des

rhéteurs, qui vous gouverra I I pour enricl an lnici tes, des peint res, d< que

vous avez arrosé de vol i et l'As* !.■

pouilles de Cartha onl la proie d'un joueur de flûte!* Romains, hâtez-vous de renverser ces amphithéâtres; bi

jo ce- marbres, brûk tableaux, cha qui

vous subjuguent, et dont les funestes art corrom]

Que d'autres mains s'illustrent par de vains I talent digne de Rome est celui de conquérir le mon': d'y faire régner la vertu. Quand Cynéas }>rit not]

15 pour une assemblée de rois,4 il ne fut ébloui ni par une pompe vaine, ni par une élégance recherchée; il n'y entendit point cette éloquence frivole,5 l'étude et le charme des hommes futiles. Que vit donc Cynéas de si majestueux ? ( ) citoyens ! il vit un spectacle que ne donneront jamais vos rie:

20 tous vos arts, le plus beau spectacle qui ait jamais paru -ous le ciel: l'assemblée de deux cents hommes vertueux, dignes de commander à Rome, et de gouverner la terre. »

1 Les Grecs, représentant pour Rousseau la civilisation raffinée de l'antiquité, celle qui développe tous les arts, au dépens des mœurs.

2 Caton avait fait détruire Carthage. car il craignait l'influence de la mollesse orientale pour la vertu romaine; maintenant cependant les dépouilles sont là. 3 L'empereur Xéron.

4 Cynéas fut envoyé par Pyrrhus pour négocier la paix avec Rome, après la victoire d'Héraclée. Il n'obtint pas ce qu'il désirait, la liberté pour les grecs d'Italie. Il avait été frappé de la majesté du sénat romain qu'il avait comparé à une assemblée de rois.

6 Allusion probable à Carnéade, un sophiste grec qui était venu à Rome en mission d'Athènes. Pendant que les négociations allaient leur train. Carnéade faisait valoir son talent de rhéteur, parlant un jour sur un sujet et convainquant ses auditeurs, et le lendemain leur démontrant avec autant de succès la thèse contraire. Caton vit dans cet art subtil un grand danger et fit renvoyer l'ambassade.

L'oisiveté, dans les pays très fertiles comme l'Egypte, a conduit à la curiosité, et aux sciences qui trompent, à l'art qui favorise la vanité, au luxe qui amollit.

Le Luxe l

Né comme eux de l'oisiveté et de la vanité des hommes, le luxe va rarement sans les sciences et les arts, et jamais ils 5 ne vont sans lui. Je sais que notre philosophie, toujours féconde en maximes singulières, prétend, contre l'expérience de tous les siècles, que le luxe fait la splendeur des États: mais après avoir oublié la nécessité des lois somptuaires,2 osera-t-elle nier encore que les bonnes mœurs soient essen- 10 tielles à la durée des empires, et que le luxe ne soit diamétralement opposé aux bonnes mœurs? Que le luxe soit un signe certain des richesses; qu'il serve même, si l'on veut, à les multiplier: que faudra-t-il conclure de ce paradoxe digne d'être né de nos jours? et que deviendra la vertu quand 15 il faudra s'enrichir à quelque prix que ce soit? Les anciens politiques parlaient sans cesse de mœurs et de vertu; les nôtres ne parlent que de commerce et d'argent. L'un vous dira qu'un homme vaut en telle contrée la somme qu'on le vendait à Alger; un autre, en suivant ce calcul, trouvera 20 des pays où un homme ne vaut rien, et d'autres où il vaut moins que rien. Ils évaluent les hommes comme des troupeaux de bétail. Selon eux, un homme ne vaut à l'État que la consommation qu'il y fait; ainsi un Sybarite 3 aurait bien valu trente Lacédémoniens. Qu'on devine donc laquelle 25 des deux républiques, de Sparte ou de Sybaris, fut subjuguée par une poignée de paysans, et laquelle fit trembler l'Asie.

1 Ducros mentionne un opuscule inachevé de Rousseau: Discours sur la Richesse, composé probablement entre 1749 et 1756 {Jean- Jacques Rousseau, vol. I, p. 246).

2 Lois somptuaires qui ont pour but de restreindre la dépense et le luxe: lois somptuaires de Lacédémone ou Sparte.

3 Sybaris, une colonie grecque de Lucanie, au sud de l'Italie, célèbre pour la vie molle et voluptueuse de ses habitants.

VU i

Page 1