VII
< i ainsi que, les plu • plus miterai
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droit au bien d'autrui, équivalant, clui <U
priété, l'égalité rompu. • hit mivie du plus affréta désordi 5 » 'est ainsi que les usurpatio des pauvres, les pa i ffiénées de tous, étouffant
naturelle et la voù encore faible <1<- la just hommes avares, ambitieux et méchants. Il s'élevait entre
le droit du plus fort et le droit du premier occupant un COD- 10 Ilit perpétuel qui ne ^e terminait que par des Combat
meurtres. La société naissante lit place au plus horrible
état de guerre: le genre humain, avili et dé avant
plus retourner sur ses pas, ni renoncer aux acquittions malheureuses qu'il avait faites, et ne travaillant qua sa bout iS par l'abus des facultés qui l'honorent, se mit lui-même à la veille de sa ruine.
Attonitus novitate mali, divesque, miserque, Effugere optât opes, et quae modo voverat odit.1
Il n'est pas possible que les hommes n'aient fait enfin des réflexions sur une situation aussi misérable et sur les calamr dont ils étaient accablés. Les riches surtout durent bientôt
20 sentir combien leur était désavantageuse une guerre perpétuelle, dont ils faisaient seuls tous les frais, et dans laquelle le risque de la vie était commun, et celui des biens particulier. D'ailleurs, quelque couleur qu'ils pussent donner à leur> usurpations, ils sentaient assez qu'elles n'étaient établies que
2$ sur un droit précaire et abusif, et que, n'ayant été acquises que par la force, la force pouvait les leur ôter sans qu'ils eussent raison de s'en plaindre. Ceux mêmes que la seule industrie avait enrichis ne pouvaient guère fonder leurs propriétés
1 Surpris de ce mal nouveau, riche et indigent à la fois, il désire fuir sa richesse, et prend en horreur l'objet de ses vœux. (Ovide, Métamorph XI, 127-28).
sur de meilleurs titres. Ils avaient beau dire: C'est moi qui ai bâti ce mur; j'ai gagné ce terrain par mon travail. Qui vous a donné les alignements, leur pouvait-on répondre; et en vertu de quoi prétendez-vous être payés à nos dépens d'un travail que nous ne vous avons point imposé? Ignorez- 5 vous qu'une multitude de vos frères périt ou souffre du besoin de ce que vous avez de trop, et qu'il vous fallait un consentement exprès ou unanime du genre humain pour vous approprier sur la subsistance commune tout ce qui allait au delà de la vôtre? Destitué de raisons valables pour se 10 justifier et de forces suffisantes pour se défendre; écrasant facilement un particulier, mais écrasé lui-même par des troupes de bandits; seul contre tous, et ne pouvant, à cause des jalousies mutuelles, s'unir avec ses égaux contre des ennemis unis par l'espoir commun du pillage, le riche, pressé 15 par la nécessité, conçut enfin le projet le plus réfléchi qui soit jamais entré dans l'esprit humain: ce fut d'employer en sa faveur les forces mêmes de ceux qui l'attaquaient, de faire ses défenseurs de ses adversaires, de leur inspirer d'autres maximes, et de leur donner d'autres institutions qui 20 lui fussent aussi favorables que le droit naturel lui était contraire.
Dans cette vue, après avoir exposé à ses voisins l'horreur d'une situation qui les armait tous les uns contre les autres, qui leur rendait leurs possessions aussi onéreuses que leurs 25 besoins, et où nul ne trouvait sa sûreté ni dans la pauvreté ni dans la richesse, il inventa aisément des raisons spécieuses pour les amener à son but. « Unissons-nous, leur dit-il, pour garantir de l'oppression les faibles, contenir les ambitieux, et assurer à chacun la possession de ce qui lui appar- 30 tient: instituons des règlements de justice et de paix auxquels tous soient obligés de se conformer, qui ne fassent acception de personnes, et qui réparent en quelque sorte les caprices de la fortune, en soumettant également le puissant et le faible à des devoirs mutuels. En un mot, au lieu de tourner 35
vu i.i (i ■
suprême qui nous go qui pr
et défende tous iee membn o, repousse les
ennemi- (nininuih, et QOUfl maintien: .,r<le
5 éternelle. »
Il en fallut beaucoup moins que L'équivalent de o
pOUT eut rainer des homme- gri .ire, qui
d'ailleurs avaient trop d'affaires à démêler entre eus pouvoir se passer d'arbitres, et trop d'avarice et d'ambition 10 pour pouvoir longtemps se passer de maîtres. 'I mi-
rent au-devant de leurs (ers, croyant <r leur lib
car avec assez de raison pour sentir les a va: d'un
établissement politique, ils n'avaient pas assez d'expéli
pour en prévoir les dangers: les plus capables de pressentir 15 les abus étaient préc dément ceux qui comptaient en profit et les sages mêmes virent qu'il fallait se résoudre à sai ri
une partie de leur liberté à la conservation de l'autre, comme un blessé se fait couper le bras pour sauver le reste du corps.
20 Telle fut ou dut être l'origine de la société et des lois, qui donnèrent de nouvelles forces au riche, détruisirent sans retour la liberté naturelle, fixèrent pour jamais la loi de la propriété et de l'inégalité, d'une adroite usurpation firent une loi irrévocable, et, pour le profit de quelques ambitieux,
25 assujettirent désormais tout le genre humain au travail, à la servitude et à la misère. On voit aisément comment l'établissement d'une seule société rendit indispensable celui de toutes les autres, et comment, pour faire tête à des forces unies, il fallut s'unir à son tour.
La Propriété
30 Le sujet propre du Discours est l'origine de l'inégalité: Selon Rousseau c'est la propriété. Voici le passage célèbre dont la Révolution fît son profit :
Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire: Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux 5 et comblant le fossé, eût crié à ses semblables: « Gardezvous d'écouter cet imposteur; vous êtes perdu si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne! » Mais il y a grande apparence qu'alors les choses en étaient déjà venues au point de ne pouvoir plus durer 10 comme elles étaient: car cette idée de propriété, dépendant de beaucoup d'idées antérieures qui n'ont pu naître que successivement, ne se forma pas tout d'un coup dans l'esprit humain: il fallut faire bien des progrès, acquérir bien de l'industrie et des lumières, les transmettre et les augmenter 15 d'âge en âge, avant d'arriver à ce dernier terme de l'état de nature.
Rousseau a discuté plus tard de nouveau l'idée de la propriété. Il n'a jamais refusé de la reconnaître; et il reconnaît ce « droit », mais il le soumettra à un code de loi qui empêchera quelques 20 individus forts ou privilégiés d'accaparer toute la terre aux dépens de la multitude des individus faibles. (Voir: fin du Discours, article sur Y Economie politique (Encyclopédie), Contrat Social, x, 9, Emile 5). Dans le Contrat Social, la thèse se ramène à ceci: L'État a toujours le droit de réclamer le « domaine » en cas de 25 besoin (« Du Domaine réel )))}
1 Sur ce sujet particulier de « la Propriété » chez Rousseau, voir l'excellente Note de C. E. Vaughan, Du Contrat Social, éd. Mod. Lang. Séries, Manchester Univ. Press (1918), pp. 132-135.
Sur les idées et les précurseurs de Rousseau en ce qui concerne le Second Discours, voir: Les Notes de Rousseau lui-même; J. Mord, Annales J.-J. Rousseau, V, pp. 1 19-198, « Recherches sur les sources du Discours sur l'Inégalité )); G. Chinard, Publ. Mod. Lang. Ass. of Am., Sept. 191 1, « Influence des Récits de Voyageurs sur la Philosophie de R.»; Albert Schinz, Rev. du XVIIIme siècle, 1913, pp. 436-447, « Théorie de la Bonté naturelle chez Rousseau ».
88 vie il a
NuU- sur la Théorie de VAgt <i%()r awmi Rem ><iu
Les iii- ori< n lai ■ I Sans parler de la Bible, rappetoni Elomèrc [Iliade i$)t H- iod< / w
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les Latins, Lucrèce (/X Nature Rarum, -, ,o; — les
plus comparables à Rousseau — , Virgile
et Êglogue 4 qui place l'âge d'or dani le futur;, I! , qui
le représente dam quelque Ile éloignée, mai-, à l'époqw inej,
Tacite {Annales 3). Chez Juvénal [Satires, i,6, i3),TibulIe (1,3) et Properce (3, 13) ce n'esl p;is tant un âge de bonheur qu'un a.vertu qui est opposé à la coiTuptioo de l'époque,
Kn France citons particulièrement Montaigne, De . < Es-
sais 1,31) et Fénelon, Télémaque (\'II)- L'Age d'or de Rousseau est plus philosophiquement conçu que celui de ces deux grands prédécesseurs. Montaigne oppose la moralité des sauvages, très do n tionnelle
dans leur communisme, à la morale d'envie et de haine des sociétés dites civilisées, et le cannibalisme innocent inspiré par le seul honneur du guerrier, aux actes de sauvagerie inspirés par le fanatisme religieux et politique des Européens du XVIme siècle; Fénelon oppose à l'âge brillant, mais malheureux de la fin du règne de Louis XIV, un rêve de j>oète, et possible seulement avec des mœurs plus simples. Dans l'âge d'or de Rousseau, d'abord, ce sont les possibilités du bonheur plus que des réalités qui sont discutées: les hommes étaient plus susceptibles de bonheur avant qu'après, mais Rousseau n'affirme pas qu'ils aient vraiment réalisé ce bonheur même. Ensuite, chez Rousseau, cet âge d'or est nécessairement transitoire; car, c'est dans la nature psychologique de l'homme d'évoluer; son intelligence lui suggère des buts qu'il veut réaliser; il aura toujours au cœur la curiosité naturelle décrite dans l'histoire de nos premiers parents; et comme il ne sait pas si l'état auquel il aspire ne sera pas plus heureux que son état d'alors, il veut essayer. Rousseau ne demandera donc jamais que l'homme revienne en arrière — ce serait inutile— ni qu'il redevienne sain; mais seulement qu'il tâche d'être aussi peu malade que possible. On a souvent mal compris Rousseau; ainsi le premier, Voltaire dans la fameuse lettre, qui commence par ces mots: « J'ai reçu, monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain ... On ne peut peindre avec des couleurs plus fortes les horreurs de la société humaine dont notre ignorance et notre faiblesse se promettent tant de douceurs. On n'a jamais employé tant d'esprit à nous rendre bêtes; il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage ...» {Lettre du 30 août, 1756.)
l'origine de l'inégalité 89
L'Ermitage de Montmorency (9 Avril 1756 — 15 décembre 1757)
En 1754 Rousseau fit un voyage à Genève, « Gauffecourt (un de ses amis) avec lequel j'étais extrêmement lié, se voyant obligé d'aller à Genève pour son emploi, me proposa ce voyage; j'y consentis ... Nous partîmes le ier juin 1754.» Ses concitoyens reçoivent avec de grands honneurs l'enfant de Genève devenu 5 célèbre. Rousseau qui avait appris à apprécier la petite république « vertueuse » durant son séjour dans le grand Paris mondain, profita de l'occasion pour réclamer son titre de Citoyen de Genève.1 Cependant, à cette époque, il ne pouvait jouir de ses droits de citoyen sans rentrer dans l'Église protestante. Il abjura donc 10 le Catholicisme et reprit la religion de ses pères.
Cependant, le Discours sur V Inégalité n'avait pas été publié; Rousseau avait écrit une Dédicace « A la République de Genève », qu'il signa « Chambéry, 12 juin, 1754 », où il s'était arrêté pour revoir Madame de Warens. Il décrivait un pays idéal — assez 15 petit pour qu'il n'y ait pas de querelle, où les fortunes ne soient pas trop inégales, où les mêmes lois, qui auraient été sanctionnées par une longue expérience, régiraient tout le monde, où la configuration géographique du pays empêche toute pensée d'ambitions et de conquêtes, un pays aussi qui serait charmant de paysage — 20 et il disait : « Ce pays idéal existe, c'est Genève, ma patrie. » 2
Rousseau rentra à Paris, fin septembre. On s'était quitté espérant se revoir. Mais lorsque parut enfin le Second Discours (à Amsterdam, juin 1755, sous le titre de Discours sur l'Origine et les Fondements de V Inégalité parmi les Hommes) les Genevois 25
1 Ce titre de Citoyen de Genève est souvent mal compris. Citoyen signifiait à Genève : membre de la classe de bourgeois qui votait, par opposition à la classe du peuple qui ne votait pas; donc c'était un titre honorifique, presque aristocratique. Plus tard, quand la Révolution eut éclaté en France, le terme citoyen désignait les gens du peuple qui jusque là n'avaient pas voté, par opposition aux nobles; et le titre que Rousseau se donnait, de citoyen de Genève, fut interprêté comme une proclamation anticipée des droits du peuple.
2 M. Masson pense que, quoique daté d'avant, ceci fut écrit après le charmant accueil des Genevois {Religion de J.-J. Rousseau, I, p. 196).
de la l faute Ville, les i Mage >oorét 1 1
Seigneui ni lu l >■ éc, furet t i dea
idées démocratiques de L'auteur (par exemple, sur la j»r<»pr Le peuple au contraire racclamait.1 L'offre fui cependant 5 à Rousseau de rentrer à Genève pour y o : i<jn de
Bibliothécaire.1 Rousseau déclina. D'autre part, il ne voulait plus rester dans la grande ville. I pta alors l'offre de
M Ldame d'Êpinay,1 une d Voici ce charmant épisode — qui devait mal aboutir.
io Ce mauvais succès ne m'aurait pourtant pas détourné d'exécuter ma retraite à Genève, si des motifs plu sants
sur mon cœur n'y avaient concouru. M. d'Êpinay, voulant ajouter une aile qui manquait au château de Che\ r faisait une dépense immense pour l'achever. Étant allé
15 voir un jour, avec madame d'Êpinay ces ouvr nous
poussâmes notre promenade un quart de lieue plus loin, jusqu'au réservoir des eaux du parc, qui touchait la forêt de Montmorency, et où était un joli potager, avec une petite loge fort délabrée, qu'on appelait l'Ermitage. Ce lieu soli-
20 taire et très agréable m'avait frappé, quand je le vis pour la première fois, avant mon voyage à Genève. Il m'était échappé de dire dans mon transport: « Ah; madame, quelle habitation délicieuse! Voilà un asile tout fait pour moi. » Madame d'Êpinay ne releva pas beaucoup mon discours;
1 En dehors de Genève, le succès du Second Discours fut moins bruyant que celui du premier. Il fut cependant réel; il y eut une 2me éd. en 1 759, et une 3me en 1762, — sans compter les nombreuses éd. piratées. Il fut peut-être moins abondamment discuté que le premier, mais par des hommes plus importants, Fréron, Grimm. C'est à son propos que Voltaire écrivit la lettre déjà citée. Ch. Bonnet, le savant Genevois, sous le nom de Philopolis, adressa un article au Mercure de France, 25 août 1755, auquel Rousseau répondit.
2 Une première fois en février 1756, une seconde en février 1757.
3 Femme du fermier général. M. de Francueil lui avait présenté Rousseau. Le goût de la musique les avait rapprochés. Son château de La Chevrette était dans la charmante Vallée de Montmorencv* à quelques lieues de Pari*.
l'origine de l'inégalité 91
mais, à ce second voyage, je fus tout surpris de trouver, au lieu de la vieille masure, une petite maison presque entièrement neuve, fort bien distribuée, et très logeable pour un petit ménage de trois personnes. Madame d'Épinay avait fait faire cet ouvrage en silence et à très peu de frais, en 5 détachant quelques matériaux et quelques ouvriers de ceux du château. Au second voyage, elle me dit en voyant ma surprise: « Mon ours, voilà votre asile; c'est vous qui l'avez choisi, c'est l'amitié qui vous l'offre; j'espère qu'elle vous ôtera la cruelle idée de vous éloigner de moi. » Je ne 10 crois pas avoir été de mes jours plus vivement, plus délicieusement ému : je mouillai de pleurs la main bienfaisante de mon amie; et si je ne fus pas vaincu dès cet instant même, je fus extrêmement ébranlé. Madame d'Épinay, qui ne voulait pas en avoir le démenti, devint si pressante, em- 15 ploya tant de moyens, tant de gens pour me circonvenir, jusqu'à gagner pour cela madame Le Vasseur et sa fille, qu'enfin elle triompha de mes résolutions. Renonçant au séjour de ma patrie, je résolus, je promis d'habiter l'Ermitage; et en attendant que le bâtiment fût sec, elle prit soin d'en 20 préparer les meubles, en sorte que tout fut prêt pour y entrer
le printemps suivant
Ce fut le 9 avril 1756, que je quittai la ville pour n'y plus habiter,1 car je ne compte pas pour habitation quelques courts séjours que j'ai faits depuis, tant à Paris qu'à Londres 25 et dans d'autres villes, mais toujours de passage, ou toujours malgré moi. Madame d'Épinay vint nous prendre tous trois dans son carrosse; son fermier vint charger mon petit bagage, et je fus installé dès le même jour. Je trouvai ma petite retraite arrangée et meublée simplement, mais propre- 3c ment et même avec goût. La main qui avait donné ses soins à cet ameublement le rendait à mes yeux d'un prix inestimable, et je trouvais délicieux d'être l'hôte de mon
1 Rousseau fit cependant un séjour prolongé à Paris de 1 770-1 778, maïs il écrivait cela aux années précédant la première date.
amie, dans une maison de mon choix, qu'elle avait bâtie exprès pour moi.
Quoiqu'il fil froid ef qu'il y eût même encore de la m la terre commençait .. violettes et da
5 primevères; les bourgeons des arbres < nmm^njujynt à poindre, et la nuit même de mon arrivée fut marquée par le pn
chant du COSSignol, qui se lit entendre presque à D
tre, dans un bois qui touchait la maison. Après un sommeil, oubliant à mon réveil ma transplantation, y 10 croyais encore dans la rue de Grenelle,1 quand tout à coup
ce ramage me fit tressaillir, et je m'écriai dans mon transport : t Enfin, tous mes vœux sont accomplis!» Mon premier soin fut de me livrer à l'impression des objets champêtres dont j'étais entouré. Au lieu de commencer à (n'arranger
15 dans mon logement, je commençai par m'arranger pour mes promenades, et il n'y eut pas un sentier, pas un taillis, pas un bosquet, pas un réduit autour de ma demeure, que je n'eusse parcouru dès le lendemain. Plus j'examinais cette charmante retraite, plus je la sentais faite pour moi.
20 Ce lieu solitaire, plutôt que sauvage, me transportait en idée au bout du monde. Il avait de ces beautés touchantes qu'on ne trouve guère auprès des villes; et jamais, en s'y trouvant transporté tout d'un coup, on n'eût pu se croire à quatre lieues de Paris.
25 Après quelques jours livrés à mon délire champêtre, je songeai à ranger mes paperasses et à régler mes occupations. Je destinai, comme j'avais toujours fait, mes matinées à la copie 2 et mes après-dînées à la promenade, muni de mon petit livret blanc et de mon crayon: car, n'ayant jamais pu
30 écrire et penser à mon aise que sub dio,z je n'étais pas tenté de changer de méthode, et je comptais bien que la forêt de Montmorency, qui était presque à ma porte, serait
1 Où il avait habité à Paris.
2 A la copie de musique, qu'il faisait pour vivre.
3 Ou sub Jove, sous le ciel ouvert.
désormais mon cabinet de travail. J'avais plusieurs écrits commencés; j'en fis la revue. J'étais assez magnifique en projets.
Rousseau cependant ne vécut — avec Thérèse Levasseur et la mère de celle-ci — qu'un an et demi à l'Ermitage. Il y eut 5 brouille entre les deux amis; et cette affaire est très complexe. Il y avait une querelle personnelle: Grimm, l'ami de Diderot et de Rousseau, était jaloux des bontés de Madame d'Épinay pour Rousseau. Il y avait aussi une querelle philosophique: Rousseau avait cessé de faire cause commune avec le groupe des écrivains 10 « encyclopédistes » auquel appartenaient les mêmes Diderot et Grimm, D'Alembert, etc., et même il combattait maintenant leurs doctrines extrêmement libres . . . Enfin la crise se produisit en suite de l'amour passionné que Rousseau éprouvait pour Madame d'Houdetot, belle-sœur de Madame d'Épinay. Le 15 cœur de Madame d'Houdetot n'était pas libre, et Rousseau dut se contenter de son amitié; mais il crut avoir des preuves que Madame d'Épinay avait été indiscrète dans cette affaire. Les malentendus se multipliant, Rousseau quitta l'Ermitage soudainement et en plein hiver, 15 déc. 1757.1 20