‹ Vie et œuvres de J.-J. RousseauChapitre 45 sur 68 · IO VIE ET (EUVBE · texte numérisé non relu

IO VIE ET (EUVBE

plus convenable: el on le louffn I \ • ienl maldi

la façon de l'auteur de noire être: il non. lee faut Fwfonnffi au dehors par Les tage femm< . et au A*A**f par les phi] phes. Le Caralh at de la moitié plus heureux que i 5 \ peine l'enfant est-il sorti du sein de la n • l à peine

jouit il de la liberté de mouvoir et d'éfc b qu'on lui donne de nouveaux lien-. On L'emrnaiUotte, on le coin lie la tête fixée el le- jambes allongées, les bras pendants

à côté (lu corps; il est entouré de linges et de bandagi

10 toute espèce, qui ne lui permettent pas de changer de -ituation. Heureux si on ne l'a pas serré au point de L'empi de respirer, et si on a eu la précaution de le courber -ur le côté, afin que les eaux qu'il doit rendre par la bouche pui tomber d'elles-mêmes; car il n'aurait pa- la fiberté de tourner

15 la tête sur le côté pour en faciliter l'écoulement. » (Bufïon, Hist. nai.j t. IV, p. 190, in-12.)

L'enfant nouveau-né a besoin d'étendre et mouvoir ses membres pour les tirer de l'engourdissement où. ras^-mblés en un peloton, ils ont resté si longtemps. On les étend, il

20 est vrai, mais on les empêche de se mouvoir; on assujettit la tête même par des têtières: il semble qu'on a peur qu'il n'ait l'air d'être en vie.

Ainsi l'impulsion des parties internes d'un corps qui tend à l'accroissement trouve un obstacle insurmontable aux

25 mouvements qu'elle lui demande. L'enfant fait continuellement des efforts inutiles, qui épuisent ses forces ou retardent leurs progrès. Il était moins à l'étroit, moins gêné, moins comprimé dans l'amnios, qu'il n'est dans ses langes: je ne vois pas ce qu'il a gagné à naître.

30 L'inaction, la contrainte où l'on retient les membres d'un enfant ne peuvent que gêner la circulation du sang, des humeurs, empêcher l'enfant de se fortifier, de croître, et altérer sa constitution. Dans les lieux où l'on n'a point ces pré-

1 Peuples anthropophages des Petites Antilles, aujourd'hui presque complètement disparus.

cautions extravagantes, les hommes sont tous grands, forts, bien proportionnés. Les pays où l'on emmaillotte les enfants sont ceux qui fourmillent de bossus, de boiteux, de cagneux, de noués, de rachitiques, de gens contrefaits de toute espèce. De peur que les corps ne se déforment par des mouvements 5 libres, on se hâte de les déformer en les mettant en presse. On les rendrait volontiers perclus pour les empêcher de s'estropier.

Une contrainte si cruelle pourrait-elle ne pas influer sur leur humeur ainsi que sur leur tempérament? Leur premier 10 sentiment est un sentiment de douleur et de peine: ils ne trouvent qu'obstacles à tous les mouvements dont ils ont besoin: plus malheureux qu'un criminel aux fers, ils font de vains efforts, ils s'irritent, ils crient. Leurs premières voix, dites-vous, sont des pleurs? Je le crois bien: vous les con- 15 trariez dès leur naissance; les premiers dons qu'ils reçoivent de vous sont des chaînes; les premiers traitements qu'ils éprouvent sont des tourments. N'ayant rien de libre que la voix, comment ne s'en serviraient-ils pas pour se plaindre? Ils crient du mal que vous leur faites: ainsi garrottés, vous 20 crieriez plus fort qu'eux.

D'où vient cet usage déraisonnable? D'un usage dénaturé. Depuis que les mères, méprisant leur premier devoir, n'ont plus voulu nourrir leurs enfants, il a fallu les confier à des femmes mercenaires, qui, se trouvant ainsi mères d'en- 25 fants étrangers, pour qui la nature ne leur disait rien, n'ont cherché qu'à s'épargner de la peine. Il eût fallu veiller sans cesse sur un enfant en liberté: mais, quand il est bien lié, on le jette dans un coin sans s'embarrasser de ses cris. Pourvu qu'il n'y ait pas de preuves de la négligence de la 30 nourrice, pourvu que le nourrisson ne se casse ni bras ni jambes, qu'importe au surplus qu'il périsse, ou qu'il demeure infirme le reste de ses jours? On conserve ses membres aux dépens de son corps; et, quoi qu'il arrive, la nourrice est disculpée $5

qui, débarrassée* . se

livrent gaiement au de la ville,

cependant quel traitemenl l'enfant da maillol n

au village? Au moindre tracas qui survient, on le 5 à un don comme un paquet de haï l tandi

se : la nourri» c vaqi i le ma

reste ainsi crucifié. To qu'on a trouvée dai

situation avaient le ■ iolet: la poitrine fortement

primé* : ne laissant pas circuler le sang, il remontait à la I

10 et Ton croyait le patient fort tranquille, pane qu'il n'avait

la lord- de crier. J'ignore combien d'heures un enfant

peut rester dans * et état sans perdre la vie, m que

cria puisse aller fort loin. Voilà, je pense, m plus

grandes commodités du maillot.

15 On prétend que les enfants en liberté pourraient prendre de mauvaises situations, et se donner des mouvements capables de nuire à la bonne conformation de leur- membre-. C'est là un de ces vain- raisonnements de notre fausse sagi et que jamais aucune expérience n'a confirmé-. De cette

20 multitude d'enfants qui, chez des peuples pi que

nous, sont nourris dans toute la liberté de leurs membre-, on n'en voit pas un seul qui se blesse ni s'estropie; ils ne sauraient donner à leurs mouvements la force qui peut les rendre dangereux, et quand ils prennent une situation vio-

25 lente, la douleur les avertit bientôt d'en changer.

Nous ne nous sommes pas encore avisés de mettre au maillot les petits des chiens ni des chats: voit-on qu'il résulte pour eux quelque inconvénient de cette négligence? 1, s enfants sont plus lourds; d'accord: mais à proportion ils

30 sont aussi plus faibles. A peine peuvent-ils se mouvoir; comment s'estropieraient-ils? Si on les étendait sur le dos, ils mourraient dans cette situation, comme la lortue, sans pouvoir jamais se retourner.

L'Allaitement

La question de l'allaitement par une autre que la mère a été l'objet de législation en France dès 1350 (Ordonnances du Roi Jean); ces ordonnances ont été révisées en 1611 et en 1715, sous Louis XIII et Louis XIV. Il y eut de nouvelles lois en 1727, 1757 et 1762 — l'année où parut Emile. C'était donc un sujet vs discuté. Le plaidoyer de Rousseau pour l'allaitement par la mère fit grande impression. On dit que les mères apportaient leurs nourrissons en société, et jusqu'au théâtre. Un édit du 28 juillet 1769 était destiné à opérer une réforme radicale en ces matières; les pages de Rousseau n'y furent peut-être pas étran- ia gères. Le problème continue à préoccuper l'opinion en France, car la mortalité des enfants est toujours très grande avec ce système. Parmi les auteurs récents qui ont traité le sujet, on peut citer, au théâtre, François Coppée, dans La Nourrice (1886), Eugène Brieux, dans Les Remplaçantes (1901); et dans le roman, 15 R. Bazin, dans Donatienne (1902).

Le devoir des femmes n'est pas douteux; mais on dispute si, dans le mépris qu'elles en font,, il est égal pour les enfants d'être nourris de leur lait ou d'un autre? Je tiens cette question, dont les médecins sont les juges, pour décidée au souhait 20 des femmes; et, pour moi, je penserais bien aussi qu'il vaut mieux que l'enfant suce le lait d'une nourrice en santé que d'une mère gâtée, s'il avait quelque nouveau mal à craindre du même sang dont il est formé.

Mais la question doit-elle s'envisager seulement par le 25 côté physique, et l'enfant a-t-il moins besoin des soins d'une mère que de sa mamelle ! D'autres femmes, des bêtes même pourront lui donner le lait qu'elle lui refuse: la sollicitude maternelle ne se supplée point. Celle qui nourrit l'enfant d'une autre au lieu du sien est une mauvaise mère; comment 30 sera-t-elle une bonne nourrice? Elle pourra le devenir, mais lentement; il faudra que l'habitude change la nature; et l'enfant mal soigné aura le temps de périr cent fois avant que sa nourrice ait pris pour lui une tendresse de mère.

214 VIE ET ŒU\

dc\ rail ôter à toute femi ble !<• i ourage de 1 . i i r < - nourrir

enfanl par une aul de partager le droit

de mère, ou plutôt de l'ai;.' afant aimer

S une autre iVnmir aillant et plu- qu'elle; de Sentir que la

tendresse qu'il conserve pour sa propn et que ( elle qu'il a pour i adopl

où j'ai trouvé Les soins d'une nn'iv. ne dois je pas trouva r l'aîiai hement d'un fils?

70 La manière dont <>n remédie à «et inooi t d'in-

spirer aux entant- du mépris pour leur nom le- traitant

en véritables servantes. Quand leur >ervi< •

on relire l'enfant, ou l'on congédie la nourrice: à fora de la

mal recevoir, on la rebute de venir voir -on nourrisson. \

15 bout de quelques années, il ne la voit plu-, il ne la connaît plus. La mère, qui croit se substituer à elle et répan négligence par sa cruauté, -r trompe. Au lieu de faire un tendre fils d'un nourrisson dénaturé, elle 1 à L'ingrati-

tude; elle lui apprend à mépriser un jour celle qui lui donna

20 la vie, comme celle qui l'a nourri de son lait.

Combien j'insisterais sur ce point s'il était moin> décourageant de rebattre en vain des sujets utiles! Ceci tient à plus de choses qu'on ne pense. Voulez-vous rendre chacun à ses premiers devoirs? commencez par les mères; vous serez

25 étonné des changements que vous produirez. Tout vient successivement de cette première dépravation: tout l'ordre moral s'altère; le naturel s'éteint dans tous les cœurs; l'intérieur des maisons prend un air moins vivant; le spectacle touchant d'une famille naissante n'attache plus les maris,

30 n'impose plus d'égards aux étrangers; on respecte moins la mère dont on ne voit point les enfants; il n'y a point de résidence dans les familles; l'habitude ne renforce plus les liens du sang; il n'y a plus ni pères, ni mères, ni enfants, ni frères, ni sœurs; tous se connaissent à peine, comment

35 s'aimeraient-ils? Chacun ne songe plus qu'à soi. Quand

la maison n'est qu'une triste solitude, il faut bien aller s'égayer ailleurs.

Mais que les mères daignent nourrir leurs enfants, les mœurs vont se réformer d'elles-mêmes, les sentiments de la nature se réveiller dans tous les cœurs; l'état va se repeupler; 5 ce premier point, ce point seul va tout réunir. L'attrait de la vie domestique est le meilleur contrepoison des mauvaises mœurs. Le tracas des enfants qu'on croit importun devient agréable; il rend le père et la mère plus nécessaires, plus chers l'un à l'autre; il resserre entre eux le lien conjugal. 10 Quand la famille est vivante et animée, les soins domestiques font la plus chère occupation de la femme et le plus doux amusement du mari. Ainsi de ce seul abus corrigé résulterait bientôt une réforme générale; bientôt la nature aurait repris tous ses droits. Qu'une fois les femmes redeviennent 15 mères, bientôt les hommes redeviendront pères et maris.

Le Gouverneur

La mère doit s'occuper de l'enfant aux premiers mois de la vie. Mais le père doit ensuite prendre sa part dans l'éducation. Aux siècles d'avant la Révolution, il ne le faisait pas généralement. S'il était fortuné, et désirait pour son fils mieux que l'éducation des 20 écoles d'alors, il choisissait un « gouverneur ». C'est une grande faute, dit Rousseau, mais au moins, si le père se soustrait à ses devoirs naturels, que le gouverneur ne soit pas un mercenaire.1

(On se souvient que c'est comme ami que Saint-Preux devait se charger de l'éducation des enfants de Julie.) 25

Mais que fait cet homme riche, ce père de famille si affairé, et forcé selon lui de laisser ses enfants à l'abandon? Il paye un autre homme pour remplir ses soins qui lui sont à charge. Âme vénale ! crois-tu donner à ton fils un autre père avec de

1 Montaigne estimait que le système de (( gouverneur )) était toujours préférable; les parents, le père comme la mère, aiment trop leurs enfants, et en conséquence les élèvent trop tendrement ... la vie est alors trop dure pour eux (Essai sur l'Institution des Enfants).

\. mpc point

que tu lui donni l un valet II en 1 ntôt

un -i-( ond.

I >•, raisonne beau oup sur les qualités d'ui 5 La première que j'en beaucoup d'autre re point un hommi .'Ire.

Il v a des métiers si nobles, qu u de

l'argent Bans se montrer indigne de le faire: te] i li de

l'homme de guerre; te] est celui de l'instituteur. Oui donc 10 élèvera mon enfant? Ji •• l'ai déjà dit, toile peux! . . . Fais-toi donc un ami Je ne vois point d'autre ressoui in gouverneur] ô quelle âme sublime. ..I 1

pour faire un homme, il faïf OU plus qu'homme

15 soi-même. Voilà la fonction que tranquillement

à (les mercenaires.

Tour la commodité de son exposé, Rousseau im lile

orphelin de père et de mère; et que « chargé de tous leurje succède à tous leurs droits.»

L'Art du Médecin est Condamné '

20 Pour la même raison — la commodité de son exposé — Rousseau suppose à son élève un « esprit commun », mais physiquement, il le considère d'emblée comme « un enfant bien formé, vigoureux et sain.»

Un corps débile affaiblit l'âme. De là l'empire de la méde- 25 cine, art plus pernicieux aux hommes que tous les maux qu'il prétend guérir. Je ne sais, pour moi, de quelle maladie nous guérissent les médecins: mais je sais qu'ils nous en donnent de bien funestes; la lâcheté, la pusillanimité, la crédu-

1 Rousseau avait d'illustres prédécesseurs pour ces attaques: Rabelais, Montaigne, Molière. John Locke, médecin lui-même et presque contemporain de Rousseau, craignait l'abus des médicaments. Voir Pensées sur l'Education, Chap. I, 30. (Cf. P. Villey. Influence de Montaigne sur 'a idées pédagogiques de Locke et de Rousseau, p. 175.)

lité, ia terreur de la mort: s'ils guérissent le corps, ils tuent le courage. Que nous importe qu'ils fassent marcher des cadavres? Ce sont des hommes qu'il nous faut, et l'on n'en voit point sortir de leurs mains.

La médecine est à la mode parmi nous; elle doit l'être. 5 C'est l'amusement des gens oisifs et désœuvrés, qui, ne sachant que faire de leur temps, le passent à se conserver. S'ils avaient eu le malheur de naître immortels, ils seraient les plus misérables des êtres. Une vie qu'ils n'auraient jamais peur de perdre ne serait pour eux d'aucun prix. Il faut à ig ces gens-là des médecins qui les menacent pour les flatter, et qui leur donnent chaque jour le seul plaisir dont ils soient susceptibles, celui de n'être pas morts.

Je n'ai nul dessein de m'étendre ici sur la vanité de la médecine: mon objet n'est que de la considérer par le côté 15 moral. Je ne puis pourtant m'empêcher d'observer que les hommes font sur son usage les mêmes sophismes que sur la recherche de la vérité. Ils supposent toujours qu'en traitant un malade on le guérit, et qu'en cherchant une vérité on la trouve: ils ne voient pas qu'il faut balancer l'avantage d'une 20 guérison que le médecin opère par la mort de cent malades qu'il a tués, et l'utilité d'une vérité découverte par le tort que font les erreurs qui passent en même temps. La science qui instruit et la médecine qui guérit sont fort bonnes, sans doute; mais la science qui trompe et la médecine qui tue 25 sont mauvaises. Apprenez-nous donc à les distinguer. Voilà le nœud de la question. Si nous savions ignorer la vérité, nous ne serions jamais les dupes du mensonge; si nous savions ne vouloir pas guérir malgré la nature, nous ne mourrions jamais par la main du médecin. Ces deux abstinences 30 seraient sages; on gagnerait évidemment à s'y soumettre. Je ne dispute donc pas que la médecine soit utile à quelques hommes, mais je dis qu'elle est funeste au genre humain . . .

Pour moi, je n'apuellerai jamais de médecin pour mon 35

vu ii ai .

Emile, à moins que b vie i lent;

alors il ne peut lui Eure pu que de le tuer. Je aia bien que le méda In ae manq . avantage de ce délai Si l'enfant nu •, l'aura a]

5 trop tard; s'il réchappe, lui qui l'aura

que le médecin triomphe; mais surtout qu'il ne loit appelé qu'à l'extrémité.

Faute de savoir se guérir, que l'enfant Bâche être malt cet art supplée à l'autre, et issil beaucoup

10 c'est l'art de la nature. Quand ranimai est malade, il souffre en silence et se tient coi: or, on ne voit pas plu^ d'animaux languissants <\uv d'homme I ombien l'imp la

crainte, l'inquiétude, et surtout les remèdes, ont tué de que leur maladie aurait épargnés, et que le temps seul aurait

15 guéris? On me dira que les animaux, vivant d'une mai. plus conforme à la nature, doivent être sujets à moin- demaux que nous. Eh bien, cette manière de vi précisément celle que je veux donner à mon élève; il en doit donc tirer le même profit.

20 La seule partie utile de la médecine est l'hygiène. Em l'hygiène est-elle moins une science qu'une vertu. La tempérance et le travail sont les deux vrais médecins de l'homme: le travail aiguise son appétit, et la tempérance l'empêche d'en abuser.

Le Langage des Pleurs

25 Quand l'enfant pleure, il est mal à son aise, il a quelque besoin qu'il ne saurait satisfaire; on examine, on cherche ce besoin, on le trouve, on y pourvoit. Quand on ne le trouve pas, ou quand on n'y peut pourvoir, les pleurs continuent, on en est importuné, on flatte l'enfant pour le faire taire, on

30 le berce, on lui chante pour l'endormir: s'il s'opiniâtre. on s'impatiente, on le menace: des nourrices brutales le frappent quelquefois. Voilà d'étranges leçons pour son entrée à la vie.

Je n'oublierai jamais d'avoir vu un de ces incommodes pleureurs ainsi frappé par sa nourrice. Il se tut sur-le-champ, je le crus intimidé. Je me disais: Ce sera une âme servile dont on n'obtiendra rien que par la rigueur. Je me trompais; le malheureux suffoquait de colère, il avait perdu la respira- 5 tion; je le vis devenir violet. Un moment après vinrent les cris aigus; tous les signes du ressentiment, de la fureur, du désespoir de cet âge, étaient dans ses accents. Je craignis qu'il n'expirât dans cette agitation. Quand j'aurais douté que le sentiment du juste et de l'injuste fût inné dans le cœur 10 de l'homme, cet exemple seul m'aurait convaincu. Je suis sûr qu'un tison ardent tombé par hasard sur la main de cet enfant lui eût été moins sensible que ce coup assez léger, mais donné dans l'intention manifeste de l'offenser.

Cette disposition des enfants à l'emportement, au dépit, 15 à la colère, demande des ménagements excessifs. Boerhaave l pense que leurs maladies sont pour la plupart de la classe des convulsives, parce que la tête étant proportionnellement plus grosse et le système des nerfs plus étendu que dans les adultes, le genre nerveux est plus susceptible 20 d'irritation. Éloignez d'eux avec le plus grand soin les domestiques qui les agacent, les irritent, les impatientent; ils leur sont cent fois plus dangereux, plus funestes, que les injures de l'air et des saisons. Tant que les enfants ne trouveront de résistance que dans les choses, et jamais dans les 25 volontés, ils ne deviendront ni mutins ni colères, et se conserveront mieux en santé. C'est ici une des raisons pourquoi les enfants du peuple, plus libres, plus indépendants, sont généralement moins infirmes, moins délicats, plus robustes que ceux qu'on prétend mieux élever en les contrariant sans 30 cesse: mais il faut songer toujours qu'il y a bien de la différence entre leur obéir et ne les pas contrarier.

Les premiers pleurs des enfants sont des prières: si orv

1 Médecin hollandais, d'une grande célébrité au temps de Rousseau (1668-1738).

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