‹ Vie et œuvres de J.-J. RousseauChapitre 60 sur 68 · VU I · texte numérisé non relu

VU I

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que le grain pour rapporter. Elle n'a jamais lu de livre que

Barrême,1 et Télémaque, qui lui tomba p 5 mains; mais une 611e capable •! .a sionip

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délicatesse? Ol'aimabL Heureua celui qu'on

destine à L'instruire! Elle ; le pi il de

son mari, mais son disciple; Loin de vouloir L'assujettir io goûts, elle prendra os.

phie a <le la religion; mais une religion raisonnable simple, peu de dogmes et moins de pratiques de dévotion:

ou plutôt, ne connaissant de pratique [elle que la morale,

elle dévoue sa vie entière à servir Dieu en faisant le bien.

15 Dans toutes les instructions nue ses parent- lui ont don: sur ce sujet, ils l'ont accoutumée à une soumi--ion respectueuse, en lui disant toujours 1 Ma fille, ces connaissances ne sont pas de votre âge; votre mari vous en instruira quand il sera temps. » Du reste, au lieu de 1 iété,

20 ils se contentent de la lui prêcher par leur exemple, et cet exemple est gravé dans son coeur.

L'art de penser n'est pas étranger aux femmes, mais elles ne doivent faire qu'effleurer les sciences de raisonnement. Sophie conçoit tout et ne retient pas grand'chose. Ses plus 25 grands progrès sont dans la morale et les choses de goût; pour la physique, elle n'en retient que quelque idée des lois générales et du système du monde. Quelquefois, dan- leurs promenades, en contemplant les merveilles de la nature, leurs cœurs innocents et purs osent s'élever jusqu'à son auteur;

1 Barrême (1640-1703), mathématicien célèbre, auteur du Livre des Comptes, manuel en usage longtemps pour l'enseignement de l'arithmétique en France.

ils ne craignent pas sa présence, ils s'épanchent conjointement devant lui.

Quoi! deux amants dans la fleur de l'âge emploient leur tête-à-tête à parler de religion ! Ils passent leur temps à dire leur catéchisme ! Que sert d'avilir ce qui est sublime? Oui, 5 sans doute, ils le disent dans l'illusion qui les charme; ils se voient parfaits, ils s'aiment, ils s'entretiennent avec enthousiasme de ce qui donne un prix à la vertu. Les sacrifices qu'ils lui font la leur rendent chère. Dans des transports qu'il faut vaincre, ils versent quelquefois ensemble des larmes 10 plus pures que la rosée du ciel, et ces douces larmes font l'enchantement de leur vie; ils sont dans le plus charmant délire qu'aient jamais éprouvé des âmes humaines.

Les Fiançailles

Emile est heureux autant qu'un homme peut l'être. Irai-je en ce moment abréger un destin si doux? irai-je troubler 15 une volupté si pure? Ah! tout le prix de la vie est dans la félicité qu'il goûte. Que pourrais-je lui rendre qui valût ce que je lui aurais ôté? Même en mettant le comble à son bonheur j 'en détruirais le plus grand charme. Ce bonheur suprême est cent fois plus doux à espérer qu'à obtenir; on en 20 jouit mieux quand on l'attend que quand on le goûte. O bon Emile, aime et sois aimé! jouis longtemps avant que de posséder; jouis à la fois de l'amour et de l'innocence; fais ton- paradis sur la terre en attendant l'autre; je n'abrégerai point cet heureux temps de ta vie; j'en filerai pour toi l'en- 25 chantement; je le prolongerai le plus qu'il sera possible. Hélas! il faut qu'il finisse, et qu'il finisse en peu de temps; mais je ferai du moins qu'il dure toujours dans ta mémoire, et que tu ne te repentes jamais de l'avoir goûté.

Au moment où les deux jeunes gens s'attendent au mariage 30 (elle a 18 ans, lui 22), Rousseau les sépare, « cet âge est celui de l'amour, mais non celui du mariage.» Rousseau les sépare, d'abord pour l'épreuve de l'absence, et puis, pour permettre à

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