A SŒUR MARIE-GABRIEUUE MORANT, A MOULINS
Vive -f Jésus !
[1686] * Ma très honorée Sœur,
Je supplie l'adorable Cœur de Jésus d'être le sanctificateur et le consommateur des nôtres, par les saintes ardeurs de son pur amour. Le mien aurait bien de la peine à vous pardonner, ma très aimée Sœur, tous les sentiments d'estime que Votre Charité a conçus si injustement d'une chétive et très méchante pécheresse comme je la suis, qui ne désire et ne devrait [être] connue que pour être humiliée et méprisée de tous ; mais je vous le pardonne, parce que vous ne connaissez pas que je ne suis qu'un composé de toutes sortes de misères, sur lequel je vous prie de demander à notre souverain Maître de continuer d'exercer ses miséricordes. Car son sacré Cœur en est une source inépuisable qui ne cherche qu'à se répandre dans les cœurs humbles, vides et qui ne tiennent à rien, pour être toujours prêts à se sacrifier à son bon plaisir, quoi qu'il en puisse coûter à la nature ; car on ne peut aimer sans souffrir. Il nous l'a bien montré sur la Croix, où il s'est consommé
1. Sr Marie-Gabrielle Morant était une très sainte religieuse, au témoignage de ses contemporaines, qui écrivaient d'elle : « On peut « dire, en lui rendant justice, qu'elle n'avait d'ardeur que pour sa « perfection et pour le bien de la communauté, et qu'elle a toujours « infiniment aimé son état. Sa dévotion incomparable a été envers la « personne sacrée de Jésus-Christ. Elle espérait tout de ses bontés; « elle ne comptait que sur ses mérites infinis et voulait tout devoir « à ses miséricordes. » Elle mourut le 16 avril 1701 .
2. A cette lettre comme à la précédente on ne trouve pas de date précise ; mais selon toute probabilité elles durent être écrites vers la fin de 1686.
pour notre amour, et il le fait encore tous les jours au très ■saint Sacrement de l'autel, où il a un ardent désir que nous conformions notre vie à la sienne, qui est toute cachée et anéantie aux yeux des créatures. Et puisque l'amour conforme les amants, si nous aimons, formons notre vie sur le modèle de la sienne. C'est ce que je lui demande pour vous, que je souhaite être toute à l'aimable Cœur de Jésus, pour ne plus vivre qu'en lui, pour lui et par lui. C'est dans son amour que je suis toute à vous d'une sincère affection.
Sr Marguerite-Marie Alagoque.