‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 103 sur 284 · LETTRE LVII · texte numérisé non relu

LETTRE LVII

Ma très honorée Mère,

Je vois bien que toutes ces petites contradictions qui s'opposent à notre aimable dévotion vous étonnent et vous font beaucoup souffrir, si je ne me trompe. Mais pourquoi cela ? puisqu'il me semble que vous avez été déjà avertie

1. Cette lettre porte dans les Mss. 6 et 8 et dans la trad ital la date de 1686. Un recueil moderne portait aussi primitivement la date du 7 mai 1686. On y a substitué plus tard l'année 1690. A et B ont adopte la date du 7 mai 1690. Même correction a été faite aux Mss 6 et 8. Au-dessous de la date primitive : 1686, on a mis : « D'après le recueil de Dijon, 7 mai 1690, date plus sûre. «Il est regrettable qu'on n ait pas donné les preuves de cette affirmation.

Nous avouons bien que ce que Marguerite-Marie dit de « ce bon religieux de Lyon qui travaille pour la gloire du Sacré-Cœur » est un peu embarrassant. Il s'agit évidemment du P. Croiset. Or depuis la notice du P. Régnault (Toulouse, 1888) il n'aurait été envo'yé à LVon qu en 1687. J J

D'autre part, il est encore plus inadmissible qu'au 7 mai 1690 la B.enheureuseait pu écrire: «je n'en ai point eu de nouvelles depuis ongtemps, m ayant écrit trois fois sans recevoir de mes réponses Je lui en ai fait une depuis peu... „ Car, d'après le manuscrit d'Avienon récemment découvert, elle lui avait écrit huit fois depuis le moi^ d avril 1689.

La date du 7 mai 1690 est donc certainement fautive. S'a<m-ait-il du 7 mai 1689? à cette date Marguerite-Marie n'avait encore écrit quune fois, que nous sachions, au P. Croiset, le 14 avril. Mais même cette lettre du 14 avril 1689 suppose des relations antécédentes Dans tous les cas, en attendant quelque nouvelle découverte qui éclaircisse la question, nous ne pouvons que reprendre la date ancienne de nos manuscrits : 1686. Il peut bien se faire d'ailleurs que le morceau final concernant le Père Croiset n'ait pas fait partie de celte lettre Nous croyons qu',1 a été écrit en 1689. Ce morceau une fois ramené à sa vraie date, tout le reste de la lettre se rapporte bien à l'année 1686

que Satan les suscite, enragé qu'il est de voir que a ce moyen salutaire lui a déjà ravi beaucoup d'âmes et lui en ravira bien davantage, par la toute-puissance de Celui qui, dans le temps qu'il s'est proposé, fera tourner toutes ces oppositions et contradictions à sa gloire et à la confusion de cet ennemi, et s'en servira comme d'un solide fondement, pour établir cette sainte dévotion, [pour] laquelle il nous faut résoudre de soutenir généreusement toutes ces bourrasques de Satan. L'on dit même que tous les curés ont ordre de ne recevoir aucune dévotion nouvelle dans leurs paroisses, et que même celle de ce divin Cœur est déjà défendue en quelques-unes; et de plus que l'on va faire défense à tous les libraires de rien imprimer sur ce sujet ; et encore bien d'autres choses que l'on dit contre cette sainte dévotion. Mais tout cela ne m'étonne pas, me sentant une si forte confiance qu'il achèvera ce qu'il [a] commencé, qu'il me semble h n'en pouvoir douter. Mais si ce n'est pas son bon plaisir que la chose passe plus avant, nous demeurerons contentes et soumises à sa sainte volonté, puisque nous ne cherchons que de l'accomplir, en cela ; et au reste il nous faut tout abandonner. Pour moi je m'y sens tellement portée quoiqu'il me semble n'avoir rien au monde plus cher et dont le mauvais succès me fût plus douloureux, néanmoins je m'abandonne atout, disant à Notre-Seigneur : « Je sais que si vous le voulez il réussira malgré tous les h obstacles. Mais si vous ne le voulez pas, c'est en vain que h nous travaillerons c. C'est votre affaire, disposez-en « comme il vous plaira. »

a) Ms. 8 : « que par ce moyen salutaire il perdra bien des âmes qu'il croyait déjà tenir, et que ce moyen lui en a déjà ravi et lui en ravira... » — h) Id. : « qu'il me semble que quand l'on en ferait encore plus, je n'en pourrais douter. » — c) Ms. 8 : « vous renverserez tous nos desseins. Mais si elle est pour votre gloire, disposez toutes choses pour qu'elle réussisse à votre honneur; et pour cela, rendez-vous maître de leurs cœurs. »

Et, pour ce bon religieux de Lyon 1 qui travaille pour la gloire de ce sacré Cœur, je n'en ai point eu de nouvelles depuis longtemps, m'ayant écrit trois fois sans recevoir de mes réponses a. Je lui en ai fait une h par l'ordre de l'obéissance, je ne sais s'il l'aura reçue. J'avoue que vous avez bien raison de ne pas approuver mon procédé au sujet de l'écriture et des parloirs ; mais si vous saviez les raisons que j ai d'en agir ainsi, je crois que vous me conseilleriez de le faire. Dieu soit béni de tout ! Prions toujours, et agissez sans vous lasser pour les intérêts de l'aimable Cœur c de Jésus-Christ et me croyez toute à vous, etc.

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