‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 109 sur 284 · La mère Marie-Dorothée Desbarres · texte numérisé non relu

La mère Marie-Dorothée Desbarres

3. Le passage entre crochets se trouve à peu près textuellement au second alinéa de la lettre 44e.

vous assurer qu'il me semble que le Seigneur va toujours augmentant et fortifiant la véritable amitié qu'il m'a donnée pour vous, surtout depuis votre dernière lettre. Vous avez si entièrement gagné mon cœur par l'ouverture que vous m'avez [faite] du vôtre, qu'il me semble qu'il n'y a rien que je ne voulusse faire pour votre avancement au saint amour, et pour vous faire correspondre parfaitement aux desseins que Dieu a sur vous, qui sont, si je ne me trompe, de vous faire arriver à une haute perfection. C'est pourquoi, voyez-vous, mon cher frère, il ne vous faut pas flatter : il ne se contentera pas de vous dune vertu médiocre, parce qu'il a beaucoup de grâces à vous faire, et à d'autres personnes par votre moyen. Ne le frustrez donc pas de ce qu'il attend de vous, qui est une vie conforme à la sainteté de votre ministère. Oh ! que vous auriez de regret à l'heure de la mort, de vous voir frustré de la couronne qui est préparée à votre fidélité à suivre généreusement les lumières que le Seigneur vous donne ! Je sais bien que ce ne sera pas sans vous faire bien de la violence ; mais c'est en cela même, et dans la victoire de ces répugnances que vous sentez parfois si violentes, où Dieu a attaché le plus grand prix de votre couronne, et dans le dépouillement de toutes ces choses périssables, dans la privation de tous ces faux plaisirs qui vous laissent mille remords de conscience, avec une certaine altération d'en prendre toujours davantage. Et à vous dire la vérité, vous ne trouverez de paix ni de repos que lorsque vous aurez tout sacrifié à Dieu. Je lui demande même cette grâce, par l'ardent désir que j'ai que vous soyez tout à lui par le mépris de tout le reste. Vous aurez bien à souffrir pour en venir là, mais la grâce ne vous manquera pas, ni la force et le secours du sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Si vous saviez, mon cher frère, la consolation qu'il me fait sentir du changement qu'il me semble me faire connaître que vous avez fait depuis peu ! Je ne vous puis expri-

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mer ma joie sur ce point, puisque je crois qu'il commence à être content de vous ; et je le supplie de tout mon cœur vouloir achever ce qu il a commencé en vous, et vous donner une sainte persévérance. Je vous parle peut-être trop librement, mais prenez-vous-en à la tendresse de mon <;œur, lequel serait moins sensible à votre vrai bien s'il vous aimait moins ; mais je ne peux en user autrement avec vous, que je ne considère plus que comme un autre moi-même. Je vous conjure d'en agir ainsi à mon égard, et de ne me point celer ce que le Seigneur vous fera connaître nécessaire pour ma parfaite conversion, dont j'ai un si grand désir, mais sans nul effet, étant bien éloignée de ce que Dieu veut de moi, qui n'ai encore rien fait pour lui. Aidezmoi par vos saints sacrifices, afin que du moins je puisse apprendre à bien souffrir, puisqu'il me semble que c'est là tout ce qu'il veut de moi, et de l'aimer en souffrant, et qu'il ne m'a mise en cette vie que pour cela ; aussi ne suis-je pas un moment sans souffrir, sans que pour cela je m'en -ennuie, et, par sa miséricorde, il me rend toujours plus affamée de la Croix. Priez-le, mon cher frère, que je n'abuse pas d'un si grand bien, car la Croix est un trésor inestimable. L'on m'a ouvert ces jours passés un doigt avec un rasoir jusqu'à l'os. La douleur me semble un précieux gage de l'amour de Notre-Seigneur, en l'amour duquel je suis toute à vous, etc.

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