‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 11 sur 284 · Un mot déchiré dans le Ms · texte numérisé non relu

Un mot déchiré dans le Ms

fait entendre que ce Souverain de mon âme me poursuivait de si près, sans exception de temps ni de lieu, que je ne pouvais prier vocalement, à quoi je me faisais si grandes violences, que j'en demeurais quelquefois la bouche ouverte sans pouvoir prononcer aucune parole, surtout en disant le Rosaire, ce qu'il médit de ne plus faire et que je me devais contenter de ce qui m'était d'obligation, y ajoutant le chapelet lorsque je le pourrais. Et lui ayant dit quelque chose des plus spéciales caresses et union d'amour que je recevais de ce Bien-Aimé de mon âme, et que je ne décris pas ici, il me dit que j'avais grand sujet en tout cela de m'humilier, et lui d'admirer les grandes miséricordes de Dieu à mon égard.

Mais cette bonté infinie qui ne voulait pas que je reçusse aucune consolation, sans qu'elle me coûtât bien des humiliations, desquelles cette communication m'attira en grand nombre, et lui-même eut beaucoup à souffrir à cause de moi. Car l'on disait que je voulais [le] décevoir par mes illusions, et le tromper comme les autres ; mais cela ne lui faisait nulle peine, et ne laissait pas de me continuer [son ■ secours] le peu de temps qu'il demeura en cette ville et toujours. Et je me suis cent fois étonnée comme il ne m'abandonnait pas aussi bien que les autres ; car la manière dont je traitais avec lui aurait rebuté tout autre, bien qu'il n'épargnât rien pour m'humilier et mortifier, ce qui me .faisait un grand plaisir.

Une fois qu'il vint dire la sainte messe à notre église, 82.Le«pur

ïk.7 x O • -i • r* •• amour unit

xAotre-Seigneur lui fit de très grandes grâces et à moi aussi, ces trois

ri i ■ • i • i cœurs pour

■Lar lorsque je m'approchai pour le recevoir par la sainte toujours communion, il me montra son sacré Cœur comme une ardente fournaise, et deux autres qui s'y allaient unir et abîmer, me disant : « C'est ainsi que mon pur amour unit « ces trois cœurs pour toujours. » Et après il me fit entendre que cette union était toute pour la gloire de son sacré Cœur, dont il voulait que je lui découvrisse les tré-

sors, afin qu'il en fît connaître et en publiât le prix et l'utilité ; et que pour cela il voulait que nous fussions comme frère et sœur, également partagés de biens spirituels. Et lui représentant là-dessus ma pauvreté et l'inégalité qu'il y avait entre un homme d'une si grande vertu et mérite et une pauvre chétive pécheresse comme moi, à quoi il me dit : « Les richesses infinies de mon Cœur suppléeront et « égaleront tout. Dis-lui seulement sans craindre. » Ce que je fis à notre premier entretien. Et la manière d'humilité et d'actions de grâce avec laquelle il le reçut, avec plusieurs autres choses que je lui dis de la part de mon souverain Maître, en ce qui le concernait, me toucha tellement, et me profita' plus que tous les sermons que j'aurais pu entendre. Et comme je lui eus dit que Notre-Seigneur ne me départait ces grâces qu'afin qu'il fût glorifié dans les âmes auxquelles je les distribuerais, selon qu'il me ferait connaître le désirer, soit de parole ou d'écrit, sans me mettre en peine de ce que je dirais ou écrirais, parce qu'il y attachecherait l'onction de sa grâce, pour produire l'effet qu'il en prétendait dans ceux qui le recevraient bien, et que je souffrais beaucoup dans la résistance que je faisais d'écrire et donner certains billets à des personnes dont il [me] revenait de grandes humiliations, il m'ordonna que quelques peines et humiliations que j'en dusse souffrir, il ne fallait jamais désister de suivre les saints mouvements de cet Esprit, disant simplement ce qu'il m'inspirait, ou lorsque j'aurais écrit, il fallait présenter à ma supérieure, le billet, et puis en faire ce qu'elle m'ordonnerait : ce que je faisais. 83 Le p. Mais cela m'a bien attiré des abjections de la part des créabiereïïo™: tures. Il me commanda aussi d'écrire ce qui se passait en crfreecequ; moi, à quoi je sentais une répugnance mortelle ; car j'écj semasse en ^ pour ^.^ et puis jfl le brûlaiSj crovant que j aval*

suffisamment satisfait à l'obéissance. Mais j'en souffrais beaucoup, et on m'en donna scrupule et défense de le plus faire.

Une fois mon souverain Sacrificateur me demanda de 84. Acte "aire en sa faveur un testament par écrit, ou donation entière Mère Greyît sans réserve, comme je la lui avais déjà faite de bouche, tourN.-s.iui le tout ce que je pourrais faire et souffrir, et de toutes les nationguei-

jg écrit de

Drières et biens spirituels que l'on ferait pour moi, soit son sang et

• siffne sur

jendant ma vie et après ma mort, et me fit demander à ma soncœuren .upérieure si elle voulait servir de notaire en cet acte ; giantes. jju'il se chargeait de la payer solidement, et que si elle •efusait que je m'adressasse à son serviteur le R. P. La holombière. Mais ma supérieure le voulut faire ; et l'ayant présenté à cet unique amour de mon âme, il m'en témoigna un grand agrément, et me dit que c'était qu'il en voulait disposer selon ses desseins, et en faveur de qui il lui plairait ; mais que puisque son amour m'avait dépouillée de tout, qu'il ne voulait plus que j'eusse d'autres richesses que [:elles de son sacré Cœur, desquelles il me fît une donation |i l'heure même, me la faisant écrire de mon sang-, selon l[u'il la dictait, et puis je la signai sur mon cœur avec un :anif, duquel j'y écrivis son sacré nom de Jésus. Après quoi 1 me dit qu'il prendrait soin de récompenser au centuple ous les biens que l'on me ferait, comme faits pour luiinême, puisque je n'avais plus rien à y prétendre ; et que, pour récompense à celle qui avait dressé ce testament en La faveur, il lui voulait donner la même récompense qu'à ainte Claire de Montefalco, et que pour cela [il] ajouterait i ses actions les mérites infinis des siennes, et par l'amour le son sacré Cœur il lui ferait mériter la même couronne. le qui me donna une grande consolation, parce que jel'ainais beaucoup à cause qu'elle nourrissait mon âme abonlamment du pain délicieux de la mortification et humiliaion qui était si agréable au goût de [mon] souverain Maître, ue, pour lui donner ce plaisir, j'aurais voulu que tout le îonde s'en fût mêlé. Aussi mon Dieu me faisait-il cette •race que jamais il ne manquait, ma vie s'étant toute pasée parmi les souffrances du corps, tant par mes fréquentes

maladies et continuelles infirmités qu'autrement. Mon esprit soutirait par des dérélictions, délaissements, et de voir offenser Dieu, lequel par sa bonté me soutenait toujours, soit parmi les persécutions, contradictions et humiliations de la part des créatures, soit dans les tentations de la part du démon, lequel m'a beaucoup tourmenté et persécuté : et aussi de la part de moi-même qui ai été le plus cruel ennemi que j'aie eu à combattre, et le plus difficile à 85. Tout vaincre. Car parmi tout ce que je viens de dire on ne lais-

lui tourne à . , .. ,

humiliation sait pas de me donner de 1 occupation et du travaii exte-

sans qu'elle l ., . . , .

puisse cher- rieur tout ce que i en pouvais porter ; ce qui ne m était pas

<-her la con- . . . „ . ,

«dation ail- une petite peine dans celle que je soutirais, de croire que

leurs qu'en . , , , • n •

N -s. j étais en horreur à toutes les créatures, et qu elles avaient

grande peine à me supporter, en ayant beaucoup à me souffrir moi-même. Et tout cela me donnait une continuelle peine en conversant avec le prochain, et n'avais d'autre recours ni remède que l'amour à mon abjection, où je me tenais abîmée avec grand sujet, car tout me retournait en humiliation, même les moindres actions, et l'on ne me' regardait que comme une visionnaire, entêtée de ses illusions et imaginations ; et, parmi tout cela, il ne m'était pas permis de chercher le moindre soulagement ni consolation dans mes peines ; car mon divin Maître me le défendait, car il voulait que je souffrisse tout en silence, m'ayant fait prendre cette devise :

Je veux tout souffrir sans me plaindre,

Puisque mon pur amour m'empêche de rien craindre.

Il voulait que j'attendisse tout de lui; et s'il arrivait que je me voulusse procurer quelque consolation, il ne me fai sait rencontrer que de la désolation et de nouveaux tourments pour tout soulagement : ce que j'ai toujours regarde comme une des plus grandes grâces que mon Dieu m'ai! faites, avec celle de ne me pas ôter ce précieux trésor de ls croix, nonobstant le mauvais usage que j'en ai toujours

fait, qui me rendait si indigne d'un si grand bien, pour lequel je me serais voulu fondre d'amour, de reconnaissance et d'action de grâce envers mon libérateur. C'était dans ces sentiments et parmi les délices de la croix que je disais : « Que rendrai-je au Seigneur pour les grands biens « qu'il me fait ? 0 mon Dieu ! que vos bontés sont grandes « à mon égard de vouloir bien me faire manger à la table « des saints, et des mêmes viandes dont vous les avez « substantés : me nourrissant avec abondance des mets délite cieux de vos favoris et plus fidèles amis, moi qui ne suis « qu'une indigne et misérable pécheresse. Aussi savez-vous 86. «Sans

le saint Sa-

« bien que sans le saint Sacrement et la Croix, je ne pourrais crement et

, -, , -ii la Croix je ne

« pas vivre ni supporter la longueur de mon exil, dans pounaispas

• vivre. * Une

« cette vallée de larmes où je ne souhaitais jamais la dimi- parfaite co- , „, /-ii , P'e de Jésus

« nution de mes soutlrances. » Car, plus mon corps en était crucifié.

accablé, plus mon esprit sentait de joie et avait de liberté jour s'occuper et s'unir avec mon Jésus souffrant, n'ayant de plus ardent désir que de me rendre une véritable et parfaite copie et représentation de mon Jésus crucifié. C'est ce qui me réjouissait, quand sa souveraine bonté employait multitude d'ouvriers pour travailler selon son gré à l'accomplissement de cet ouvrage. Mais ce Souverain ne s'éloignait pas de son indigne victime, dont il savait bien la faiblesse et l'impuissance à tout bien ; et quelquefois il me disait : « Je te fais bien de l'honneur, ma chère fille, de me « servir d'instruments si nobles pour te crucifier. Mon « Père éternel m'a livré entre les mains cruelles des impi- « toyables bourreaux pour me crucifier : et moi, je me « [sers] pour cet effet à ton égard des personnes qui me « [sont] dévouées et consacrées, et au pouvoir desquelles « je t'ai livrée, et pour le salut desquelles je veux que tu « m'offres tout ce qu'elles te feront souffrir. » Ce que je faisais de tout mon cœur, en m'offrant toujours de porter toute la peine du châtiment de l'offense de Dieu que l'on pouvait faire à mon égard, quoiqu'en vérité il ne me sem- Marguerite-Marie Alacoque. — II. 7

blait pas que Ton pût faire aucune injustice en me faisant souffrir, ne le pouvant autant faire que je le mérite. Mais j'avoue que je me délecte si fort en parlant du bonheur de souffrir, qu'il me semble que j'en écrirais des volumes entiers, sans pouvoir contenter mon désir, et mon amourpropre se satisfait beaucoup en ces sortes de discours. 87. Elle Tjne f0js mon Souverain me fit entendre qu'il me voulait

passe cin- ,, , ,

quanteiours retirer dans la solitude, non dans celle d un désert comme

sans boire , .. , .

pour hono- î • majs ^ans celle de son sacré Cœur, ou il me voulait

rer la soif ' . ,

de n.-s. sur nonorer de ses plus familiers entretiens, comme d un ami

la Croix. r . ,

avec sa bien-aimée ; et que là il me donnerait de nouveaux enseignements de ses volontés, et me ferait prendre de nouvelles forces pour les accomplir, en combattant courageusement jusqu'à la mort, ayant encore à soutenir les attaques de plusieurs puissants ennemis ; et que c'était pourquoi il me demandait que pour honorer son jeûne au désert, il me fallait jeûner cinquante jours au pain et à l'eau. Mais l'obéissance ne me l'ayant voulu permettre, crainte de me rendre singulière, il me fit entendre qu'il aurait autant agréable si je passais cinquante jours sans boire, pour honorer l'ardente soif que son sacré [Cœur] avait toujours endurée du salut des pécheurs, et celle qu'il avait soufferte sur l'arbre de la Croix. L'on m'accorda cette pénitence, qui me sembla être plus rude que l'autre, pour la grande altération dont j'étais continuellement tourmentée, laquelle me donnait nécessité de boire souvent de grandes tasses d'eau pour me rafraîchir'. ss.Eiieest je SOuffris pendant ce temps-là de rudes combats de la

lortement l ... ■■ • , , i„

tentée de part du démon, qui m attaquait particulièrement sur le d'orgueil et désespoir, me faisant voir qu'une aussi méchante créature mandfse111" qUe moi ne devait point prétendre de part dans le paradis, puisque je n'en avais déjà point dans l'amour de mon Dieu, duquel je serais privée pour une éternité. Cela me faisait verser des torrents de larmes. D'autres fois il m'attaquait de vaine gloire, et puis de cette abominable tentation de

gourmandise : me faisant sentir des faims effroyables ; et puis il me représentait tout ce qui est le plus capable de contenter le goût, et cela dans le temps de mes exercices, ce qui m'était un tourment étrange. Et cette faim me durait jusqu'à ce que j'entrais au réfectoire pour prendre ma réfection, dont je me sentais d'abord un dégoût si grand, qu'il me fallait faire une grande violence pour prendre quelque peu de nourriture. Et d'abord que j'étais sortie de table, t

ma faim recommençait plus violente qu'auparavant. Et ma supérieure, à qui je ne cachais rien de ce qui se passait en moi, pour la grande crainte que j'ai toujours eue d'être trompée, elle m'ordonna de lui aller demander à manger lorsque je me sentirais le plus pressée de la faim; ce que je faisais avec des violences extrêmes, parla grande confusion que je sentais. Et au lieu de m'envoyer manger, elle me mortifiait et humiliait fortement là-dessus, en me disant, que je garderais ma faim pour la contenter lorsque les autres iraient au réfectoire. Après je demeurais en paix dans ma souffrance. Et on ne me laissa pas achever cette fois-là ma pénitence du boire; mais après que j'eus obéi, l'on me fît recommencer; et je passai les cinquante jours sans boire, et de même je passais les vendredis.

Je [me] trouvais toujours également contente, soit que l'on m'accordât ou refusât ce que je demandais; pourvu que j'obéisse, cela me suffisait.

Et mon persécuteur ne cessait de m'attaquer de toutes 89. Tentaparts, à la réserve de l'impureté, dont mon divin Maître lui îièreuàjour avait défendu, quoiqu'une fois il me fît souffrir des peines îi place du

,, ' r,, , e . roidevauLle

épouvantables, et voici comment. Lest qu une lois ma saint Sacresupérieure me dit : « Allez tenir la place de notre roi devant le saint Sacrement. » Et y étant, je m'y sentis si fortement attaquée d'abominables tentations d'impuretés qu'il me semblait être déjà dans l'enfer. Et je soutins cette peine plusieurs heures de suite, et elle me dura jusqu'à ce que ma supérieure m eût levé cette obéissance, en me

disant que je ne me tiendrais plus en la personne de notre roi, devant le saint Sacrement, mais en celle dune bonne religieuse de la Visitation. Aussitôt mes peines cessèrent là-dessus. Et me trouvai noyée dans un déluge de consolations, où mon Souverain me donna les enseignements de cequ'il souhaitait de moi.

90. Elle H voulait que je fusse dans un continuel acte de sacri-

l.rouve par- .

toui les a- fice ; et que pour cela il augmenterait mes sensibilités et

m e r t u m es .

du Calvaire, mes répugnances, en telle sorte que je ne ferais rien qu'avec peine et violence, pour me donner matière de victoire, même dans les choses les plus minces et indifférentes. Ce que je puis assurer avoir toujours éprouvé depuis.

De plus, que je ne goûterais plus aucune douceur que dans les amertumes du Calvaire, et qu'il me ferait trouver un martyre de souffrance dans tout ce qui pouvait composer la joie, le plaisir et la félicité temporelle des autres. Ce qu'il m'a fait éprouver d'une manière très sensible, puisque tout ce qui [se] peut nommer plaisir, me devint un supplice. Car, même dans ces petites récréations que l'on donne quelquefois, j'y souifrais plus que si j'avais été dans l'ardeur de la plus violente fièvre, quoiqu'il voulût que je [fisse] tout comme les autres. Ce qui me faisait lui dire : « 0 mon souverain bien! que ce plaisir m'est cher vendu ! » Le réfectoire, le lit, me faisaient tant de peine, que la seule approche me faisait gémir et verser des larmes. Mais les emplois et le parloir m'étaient du tout insupportables ; et jamais que je me souvienne je n'y suis allée qu'avec des répugnances que je ne pouvais surmonter qu'avec de grandes violences : ce qui me faisait souvent mettre à genoux pour demander à Dieu la force de me vaincre. L'écriture ne m'était pas moins pénible, non tant de ce que je la faisais à genoux, comme de l'autre peine que j'y sentais. L'estime, les louanges et applaudissements me faisaient plus souffrir que toutes les humiliations, mépris et abjections n'auraient pu faire aux personnes les plus vaines.

■et ambitieuses de l'honneur, ce qui me faisait dire dans les occasions : « 0 mon Dieu ! armez plutôt toutes les fureurs « de l'enfer contre moi, que les langues des créatures de « vaines louanges, flatteries, ou applaudissements ; que « plutôt toutes les humiliations, douleurs contradictions et « confusions viennent fondre sur moi. »

Car il m'en donnait une soif insatiable ; quoiqu'il me les 91. x -s.

... ,ii • • • veut qu'elle

fit sentir si vivement dans les occasions, que je ne pouvais reçoive tout m'empêcher d'en donner parfois des marques, ce qui m'était nant de lui insupportable de me voir si peu humble et mortifiée, que je Se préoccune pouvais souffrir sans qu'on s'en aperçût ; et toute ma iûi. consolation était de recourir à l'amour à mon abjection, •qui me faisait rendre grâces à mon Souverain, de ce qu'il me faisait paraître telle que j'étais afin de m'anéantir dans l'estime des créatures. De plus, il voulait que je reçusse toutes choses comme venant de lui, sans me rien procurer ; et lui tout abandonner sans disposer de rien ; lui rendre grâce <les souffrances comme de la jouissance ; et dans les occasions les plus douloureuses et humiliantes, penser que cela m'était dû et encore plus, et offrir la peine que je souffrais pour les personnes qui m'affligeaient ; parler toujours de lui avec grand respect, et du prochain avec estime et compassion, et jamais de moi-même, ou courtement, avec mépris, sinon lorsque, pour sa gloire, il me ferait faire autrement ; attribuer toujours tout le bien et la gloire à sa souveraine grandeur, et à moi tout le mal ; ne chercher aucune consolation hors de lui, encore fallait-il, lorsqu'il m'en donnerait, les lui sacrifier en y renonçant ; ne tenir à rien; être vide et dépouillée de tout ; n'aimer rien que lui, en lui et pour l'amour de lui ; ne regarder que lui en toutes choses et les intérêts de sa gloire dans un parfait oubli de moi-même. Et que quoique [je] devais toutes faire mes actions pour lui, qu'il voulait qu'en chacune d'icelles il y eût toujours quelque chose directement pour son divin Cœur. Comme par exemple, lorsque j'étais en récréation,

qu'il fallait lui donner la sienne, par les douleurs, humiliations, mortifications et autres qu'il aurait soin de ne me pas laisser manquer, lesquelles je devais recevoir avec plaisir pour ce sujet. Et de même qu'au réfectoire où il voulait que je lui sacrifiasse pour sa régale ce que je pensais être le meilleur, et ainsi de tous mes autres exercices. De plus il me défendait de ne jamais juger, accuser, ni condamner que moi-même. Il me donna plusieurs autres enseignements, et comme leur multitude m'étonnait, il me dit, que je ne devais rien craindre, d'autant qu'il était un bon maître, aussi puissant pour faire faire ce qu'il enseignait, que savant pour bien enseigner et gouverner. Aussi, puis-jt assurer que bon gré ou malgré les répugnances naturelles il me faisait faire ce qu'il voulait.

92.Lagran- Etant une fois devant le saint Sacrement, un iour de son

de révéla- J

tion du cui: octave, ie reçus de mon Dieu des grâces excessives de sor

te du sacre ' ■» ' °

Cœur. amour, et me sentis touchée du désir de quelque retour,

et de lui rendre amour pour amour, et il me dit : « Tu n( « m'en peux rendre un plus grand, qu'en faisant ce que je « t'ai déjà tant de fois demandé. » Alors me découvrant son divin Cœur : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les « hommes, qu'il n'a rien épargné jusqu'à s'épuiser et se « consommer pour leur témoigner son amour ; et pour « reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingrati- « tudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les « froideurs et les mépris qu'ils ont pour moi dans ce Sacre- « ment d'amour. Mais ce qui m'est encore le plus sensible « est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en « usent ainsi. C'est pour cela que je te demande que le pre- « mier vendredi d'après l'octave du saint Sacrement soit « dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur, en (( communiant ce jour-là. et en lui faisant réparation d'hon- « neur par une amende honorable, pour réparer les indi- « gnités qu'il a reçues pendant le temps qu'il a été exposé « sur les autels. Je te promets aussi que mon Cœur se dila-

j n tera pour répandre avec abondance les influences de son J « divin amour sur ceux qui lui rendront cet honneur, et « qui procureront qu'il lui soit rendu. » Et répondant à cela que je ne savais comme pouvoir accomplir ce qu'il désirait de moi depuis tant de temps, il me dit de m'adresser à son 93. Elle serviteur qu'il m'avait envoyé pour l'accomplissement de ce ser au p. de dessein. Et l'ayant fait, il m'ordonna de mettre par écrit bière pour ce que je lui avais [dit] touchant le sacré Cœur de Jésus- sèment de Christ, et plusieurs autres choses qui le regardaient pour la gloire de Dieu, lequel me fît trouver beaucoup de consolation dans ce saint homme, tant pour m'apprendre à correspondre à ses desseins que pour me rassurer dans les grandes craintes d'être trompée, qui me faisaient gémir sans cesse. Le Seigneur l'ayant retiré de cette ville pour l'employer à la conversion des infidèles, je reçus ce coup avec une entière soumission à la volonté de Dieu, qui me l'avait rendu si utile dans le peu de temps qu'il avait été ici. Et lorsque seulement j'y voulus réfléchir, il me fit d'abord ce reproche : « Eh quoi ! ne te suffis-je pas, moi « qui suis ton principe et ta fin? » Il ne m'en fallut pas davantage pour lui tout abandonner, puisque j'étais assurée qu'il aurait soin de me pourvoir de tout ce qui me serait nécessaire.

Mais je ne trouvais encore point de moyen défaire éclore 94. Lafête la dévotion du sacré Cœur, qui était tout ce que je respirais. Marguerite Et voici la première occasion que sa bonté m'en fournit. 1685). * C'est que sainte Marguerite s'étant trouvée un vendredi, je priai nos sœurs novices, dont j'avais le soin pour lors, que tous les petits honneurs qu'elles avaient dessein de me rendre en faveur de ma fête, elles les fissent au sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce qu'elles firent de bon cœur, en faisant un petit autel, sur lequel elles mirent une petite image de papier crayonnée avec une plume, à laquelle nous tâchâmes de rendre tous les hommages que ce divin Cœur nous suggéra. Ce qui m'attira, et à elles aussi,

beaucoup d'humiliations, de contradictions et de mortifications, d'autant que Ton m'accusait de vouloir introduire 95. La pc- une dévotion nouvelle.

litc fête du .

novio'atsus- Toutes ces souffrances m étaient d une grande consola-

citedescon- . . ... . ., ,. , ■ /-,

traditions, tion, et je ne craignais rien tant, sinon que ce divin Cœur n'en fût déshonoré. Car tout ce que j'en entendais dire, m'était autant de glaives qui me transperçaient le cœur. Car l'on me défendit de ne plus mettre aucune des images de ce sacré Cœur en évidence, et que tout ce que l'on me pouvait permettre, c'était de lui rendre quelque honneur secret. Je ne savais à qui m'adresser dans mon affliction qu'à lui-même, lequel soutenait toujours mon courage abattu, en me disant sans cesse : « Ne crains rien, je « régnerai malgré mes ennemis et tous ceux qui s'y vou- « dront opposer. » Ce qui me consolait beaucoup, puisque je ne désirais que de le voir régner. Je lui remis donc le

cu9t?onàefoc- som [°-e] défendre sa cause et ce pendant que je souffrirais ;

renvoi de la en silence. Mais il s'éleva tant d'autres sortes de persécu-

5eetechannv tions, qu'il semblait que tout l'enfer fût déchaîné contre moi, et que tout conspirait pour m'anéantir. Cependant je confesse que jamais je ne jouis d'une plus grande paix au dedans de moi-même, ni je n'avais senti tant de joie, que lorsque l'on me menaçait de la prison, et que l'on me : voulut faire paraître, à l'imitation de mon bon Maître, devant un prince de la terre 1, comme un jouet de moquerie et une visionnaire entêtée par son imagination de ses vaines illusions. Ce que je ne dis pas pour faire croire que j'ai beaucoup souffert, mais plutôt pour découvrir les grandes miséricordes de mon Dieu envers moi, qui n'estimais et ne chérissais rien tant que la part qu'il me faisait de sa Croix, laquelle m'était un mets si délicieux que jamais je ne m'en ennuyais.

1. Le cardinal prince de Bouillon, abbé commendataire de Cluny, résidant alors à Paray.

Et s'il m'avait été libre de communier souvent, j'aurais 97.Sonar-

. dent désir

m mon cœur content. Et comme une fois que je le désirais pouriacom-

. . , , A i • munion lu»

irdemment mon divin Maître se présenta devant moi vaut une in-

.,, . . iii -i t nr r»n comparable

:omme j étais chargée de balavures, il me dit : « Ma tille, parole de

... . ii-i N.-S., qui

< j ai vu tes gémissements, et les désirs de ton cœur me la transpor-

, . . , . . te d'amour

< sont si aeréaMes, que si e n avais pas institué mon et de recon-

• • • n n -iv • • naissance.

< divin Sacrement d amour, je 1 instituerais pour 1 amour

< de toi, pour avoir le plaisir de loger dans ton âme, et ( prendre mon repos d'amour dans ton cœur. » Ce qui me Dénétra d'une si vive ardeur, que j'en sentais mon âme f.oute transportée, et ne pouvait s'exprimer que par ces Daroles : « 0 amour ! ô excès de l'amour d'un Dieu envers

< une si misérable créature. » Et toute ma vie cela m'a >ervi d'un puissant aiguillon pour m'exciter à la reconnaissance de ce pur amour.

Une autre fois, comme j'étais devant le saint Sacrement 98. Elle .e jour de sa fête, tout d'un coup il se présenta devant moi mesouffranîne personne toute en feu, dont les ardeurs me pénétrèrent gleux^énéii fort, qu'il me semblait que je brûlais avec elle. L'état pitoyable où elle me fit voir qu'elle était en purgatoire, me fit verser abondance de larmes. Il me dit qu'il était ce religieux bénédictin qui avait reçu ma confession une fois, (qu'il m'avait ordonné de faire la sainte communion, en faveur de laquelle Dieu lui avait permis de s'adresser à moi pour lui donner du soulagement dans ses peines, me demandant, pendant trois mois, tout ce que je pourrais !faire et souffrir ; ce que lui avant promis, après en avoir demandé la permission à ma supérieure, il me dit que le sujet de ses grandes souffrances, était qu'il avait préféré ;son propre intérêt à la gloire de Dieu, par trop d'attache à sa réputation ; la seconde était le manquement de charité envers ses frères ; et la troisième trop d'affection naturelle qu il avait eue pour les créatures, et le trop de témoignages qu'il leur en avait donné dans les entretiens spirituels, ce qui déplaisait beaucoup à Dieu.

Mais il me serait bien difficile de pouvoir exprimer ce que j eus à souffrir pendant ces trois mois. Car il ne me i quittait point, et du côté où il était il me semblait de l'avoir tout en feu, mais avec de si vives douleurs d'en gémir et pleurer presque continuellement. Et ma supérieure, touchée de compassion, m'ordonnait de bonnes pénitences, \ surtout des disciplines ; car les peines et souffrances extérieures que l'on me faisait souffrir par charité, soulageaient beaucoup les autres que cette sainteté d'amour imprimait en moi comme un petit échantillon de ce qu'elle fait souffrir à ces pauvres âmes. Et au bout des trois mois je le vis d'une bien autre manière, car tout comblé de joie et de gloire il s'en allait jouir de son bonheur éternel ; et, en me remerciant, il me dit qu'il me protégerait devant Dieu. Mais j'étais tombée malade, et comme ma souffrance cessa avec la sienne, je fus bientôt guérie.

99. x.-s. Et mon Souverain m'avant fait connaître que lorsqu'il

lui fait sup- * . A x \

porter les voudrait abandonner quelqu une de ces âmes pour lesquelles

angoisses . x « , n

dune âme il voulait que ie soutinsse, il me lerait porter i état dune

menacée de .

réprobation, âme réprouvée, en me faisant sentir la désolation où elle se trouve à l'heure de la mort, je n'ai jamais rien éprouvé de I plus terrible, n'ayant point de termes pour m'en pouvoir i expliquer. Car une fois, comme je travaillais seule, il fut mis devant moi une religieuse encore vivante alors, et Ton me dit intelligiblement : « Tiens, voilà cette religieuse de « nom seulement, laquelle je suis prêt à vomir de mon « cœur, et abandonner à elle-même. » En même temps je me sentis saisie d'une frayeur si grande, que m'étant prosternée la face contre terre j'y demeurai longtemps, n'en pouvant revenir; et je m'offris en même [temps] à la divine justice pour souffrir tout ce qu'il lui plairait, afin qu'il ne l'abandonnât pas. Et il me sembla qu'alors sa juste colère s'étant tournée contre moi, je me trouvai dans une effroyable angoisse et désolation de toute part ; car je me sentais un poids accablant sur les épaules. Si je voulais lever les yeux,

je voyais un Dieu irrité contre moi et armé de verges et de fouets, prêt à fondre sur moi ; d'autre part, il me semblait voir l'enfer ouvert pour m'engloutir. Tout était révolté et en confusion dans mon intérieur. Mon ennemi m'assiégeait de toutes parts par de violentes tentations, surtout de désespoir, et je fuyais partout celui qui me poursuivait, et aux yeux duquel je ne pouvais [me] cacher ; car il n'y a sorte de tourments auxquels je ne me fusse livrée pour cela. Je souffrais des confusions épouvantables de ce que je pensais que mes peines étaient connues à tout le inonde. Je ne pouvais même prier, ni m'exprimer de mes peines que par mes larmes, en disant seulement : « Ah ! qu'il est « terrible de tomber entre les mains d'un Dieu vivant. » Et d'autres fois, me jetant la face contre terre, je disais : « Frappez, mon Dieu ! coupez, brûlez et consommez tout « ce qui vous déplaît, et n'épargnez ni mon corps, ni ma « vie, ni ma chair, ni mon sang, pourvu que vous sauviez « éternellement cette âme. »

Et je confesse que je ne pouvais soutenir longtemps un état si douloureux, si son amoureuse miséricorde ne m'avait i soutenue sous les rigueurs de sa justice. Aussi je tombai malade, et eus peine d'en revenir. Il m'a fait porter souvent 100. Elle ces dispositions douloureuses, parmi lesquelles m'ayant ter le poids une fois montré les châtiments qu'il voulait exercer sur de Dieu pom quelques âmes, je me jetai à ses pieds sacrés, en lui disant : coupables/ « 0 mon Sauveur ! déchargez plutôt sur moi toute votre « colère, et m'effacez du livre de vie, plutôt que de perdre « ces âmes qui vous ont coûté si cher. » Et il me répondit : « Mais elles ne t'aiment pas et ne cesseront de t'affliger. — Il n'importe, mon Dieu; pourvu qu'elles vous aiment, « je ne veux cesser de vous prier de leur pardonner. - « Laisse-moi faire ; je ne les peux souffrir davantage. » Et l'embrassant encore plus fortement : « Non, mon Seigneur, « je ne vous quitterai point que vous ne leur ayez par- « donné. » Et il me disait : « Je le veux bien, si tu veux

associes

« répondre pour eux. — Oui, mon Dieu ; mais je ne « vous paierai toujours qu'avec vos propres biens, qui sont « les trésors de votre sacré Cœur. >> C'est de quoi il se tint content.

■concert des ^t une autre fois, comme Ion travaillait à l'ouvrage fe®r,f divins commun du chanvre, je me retirai dans une petite cour, proche du saint Sacrement, où faisant mon ouvrage à genoux, je me sentis d'abord toute recueillie intérieurement et extérieurement, et me fut en même temps représenté l'aimable Cœur de mon adorable Jésus plus brillant qu'un soleil. Il était au milieu des flammes de son pur amour, environné de Séraphins qui chantaient d'un concert admirable :

L'amour triomphe, l'amour jouit, L'amour du saint Cœur réjouit.

Et comme ces esprits bienheureux m'invitèrent de m'unir avec eux dans les louanges de ce divin [Cœur], je n'osais pas le faire ; mais ils m'en reprirent, et me dirent qu'ils étaient venus afin « de s'associer avec moi pour lui rendre « un continuel hommage d'amour, d'adoration et de louange ; « et que pour cela ils tiendraient ma place devant le saint « Sacrement, afin que je le pusse aimer sans discontinua- « tion par leur entremise, et que de même ils participe- « raient à mon amour, souffrant en ma personne comme je « jouirais en la leur ». Et ils écrivirent en même temps cette association dans ce sacré Cœur, en lettres d'or et du caractère ineffaçable de l'amour. Et après environ deux ou trois heures que cela dura, j'en ai ressenti les effets toute ma vie, tant par le secours que j'en ai reçu, que par les suavités que cela avait produites et produisait en moi, qui en restai toute abîmée de confusion. Je ne les nommais plus, en les priant, que mes divins associés. Cette grâce me donna tant de désir de la pureté d'intention et donna

une si haute idée de celle qu'il faut avoir pour converser avec Dieu, que toute chose me paraissait impure pour ce sujet.

Une autre fois, comme il y avait une de nos sœurs dans 102. Elle

. . obtient par

un sommeil léthargique, hors d espérance de lui pouvoir un sacrifice

. . , * s-, pénible la

faire recevoir les derniers sacrements ; ce qui tenait la Lom- grâce des.

. sacrements

munauté dans une très grande peine, surtout notre Mère, powiapeti-

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