‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 12 sur 284 · te sœur de · texte numérisé non relu

te sœur de

laquelle m'ordonna de promettre à Notre-Seigneur tout ce Senecé. qu'il lui plairait de me faire connaître désirer pour cela. Mais je n'eus pas plutôt accompli cette obéissance, que ce 'Souverain de mon âme me promit que cette sœur ne mourrait point sans recevoir les grâces que nous lui souhaitions avec raison, pourvu que je lui promisse trois choses, lesquelles il voulait absolument de moi : la première, de ne jamais refuser d'emploi dans la religion ; la seconde, de ne .point refuser d'aller au parloir ; ni d'écrire, qui était la troisième. A cette demande, je confesse que tout mon [être] frémit pour grande répugnance et aversion que j'y sentais. Et je répondis : « 0 mon Seigneur! vous me prenez bien « par monfaible, maisje demanderai permission, » laquelle ma supérieure me donna d'abord, quelque peine que je lui en pusse faire paraître, et il m'en fit faire une promesse en forme de vœu pour ne m'en pouvoir plus dédire ; mais, hélas! combien d'infidélités n'y ai-je pas commises, car il ine m'ôta pas pour cela la peine que j'y sentais qui a duré toute ma vie, mais la sœur reçut ses sacrements.

Mais pour faire voir jusqu'où allait mon infidélité parmi 103. Le

r . . saint Nom

toutes ces faveurs si grandes, ie dirai qu'une fois, me sen- de Jésus sur

0 ' -J u , son cœur.

liant une ardeur bien grande d'aller en retraite et pour m y préparer quelques jours avant, [je] voulus pour la seconde [fois graver le saint Nom de Jésus sur mon cœur. Mais ce [ifut d'une manière qu'il s'y fit des plaies. L'ayant dit à ma ^supérieure, la veille du [jour] que je devais entrer en solitude, elle me dit qu'elle y voulait faire mettre quelque remède, crainte qu'il n'y vînt quelque mal dangereux. Cela

me fit faire mes plaintes à Notre-Seigneur : « 0 mon unique « Amour ! souffrirez-vous que d'autres voient le mal que « je me suis fait pour l'amour de vous? N'êtes-vous pas « assez puissant pour me guérir, vous qui êtes le souverain « remède à tous mes maux? » Enfin, touché de la peine que je sentais de donner connaissance de cela, il me promit que le lendemain je serais guérie : ce qui fut effective ment comme il l'avait promis. Mais ne l'ayant pu dire à notre Mère, pour ne l'avoir pu rencontrer, elle m'envoya un petit billet, où elle me disait de montrer mon mal à la sœur qui me le donnait, laquelle y remédierait.

Et comme j'étais guérie, je crus que cela me dispensait de faire cette obéissance, jusqu'à tant que je l'eusse dit à notre Mère, laquelle j'allai trouver pour cela, lui disanl que je n'avais pas [fait] ce qu'elle m'avait marqué dans le billet, d'autant que j'étais guérie. Mon Dieu! combien sévèrement fus-je traitée de ce retardement à l'obéissance, tanl de sa part que de celle de mon souverain Maître, lequel me relégua sous ses pieds sacrés, où je fus environ cinci jours à ne faire que pleurer ma désobéissance, en lu demandant pardon par de continuelles pénitences. Et poui ma supérieure, elle me traita en ce rencontre, sans remis sion, suivant que Notre-Seigneur lui inspirait ; car elle m< fit perdre la sainte communion, qui était le plus rude supplice que je pusse souffrir en la vie, car j'aurais mille foi; mieux aimé que l'on m'eût condamnée à la mort. Et d< plus, elle fit montrer mon mal à la sœur, laquelle y trouvant guéri n'y voulut rien faire. Mais je ne laissai pas d'ei recevoir de grande confusion.

Et tout cela ne m'était rien, car il n'y a sorte de tour ments que je n'eusse voulu souffrir, pour la douleur que j sentais d'avoir déplu à mon Souverain, lequel enfin, aprè m'avoir fait voir combien lui était déplaisant le moindr plus petit manquement d'obéissance dans une âme reli gieuse, et m' ayant fait sentir la peine, il vint lui-mênn

essuyer mes larmes et redonner la vie à mon âme, les derniers jours de ma retraite. Mais ma douleur ne finit pas pour cela, quelque douceur et caresse qu'il me fit. Ce m'était assez de penser que je lui avais déplu pour me faire fondre en larmes. Car il me fit tellement bien comprendre ce que c'était que l'obéissance dans une àme religieuse, que je confesse que je ne l'avais encore point compris jusqu'alors, mais je serais trop longue à le dire. Et il me dit qu'en punition de ma faute, que non seulement ce Nom sacré dont la gravure m'avait coûté si cher, en mémoire de ce qu'il avait souffert en prenant ce sacré nom de Jésus, que cette gravure ne paraîtrait point, non plus que les précédentes, lesquelles auparavant paraissaient fort bien marquées en différentes manières. Et je peux dire que je fis une solitude de douleur.

Et comme mes infirmités étaient si continuelles Qu'elles „104-

t- Mt

ne me laissaient pas quatre jours de suite sans que je fusse jjé !

ère Greyi lui fait

emander

malade, et une fois, comme je l'étais beaucoup et que l'on cjaci mois ne m'entendait presque pas parler, notre Mère me vint comme

x l L L preuve que

trouver le matin et me donna un billet, en me disant de faire TJ^1 . Uie"

1 Esprit de

ce qu'il contenait : qui était qu'elle avait besoin de s'assu- Die" Hn[ la

* m ^ l conduit.

rer si tout ce qui se passait en moi était de l'Esprit de Dieu. Que si cela était, qu'il me mettrait dans une parfaite santé pendant cinq mois, sans que j'eusse besoin d'aucun soulagement pendant tout ce temps-là. Mais que si au contraire c'était de l'esprit du démon ou de la nature, je demeurerais toujours dans mes mêmes dispositions. Il ne se peut dire combien ce billet me fit souffrir ; d'autant que ce qui [y] était contenu m'avait été manifesté avant que de l'avoir lu. L'on me fit donc sortir de l'infirmerie avec des paroles telles que Xotre-Seigneur les inspirait pour les rendre plus sensibles et mortifiantes à la nature. Je présentai donc ce billet à mon Souverain, lequel n'ignorait pas ce qu'il contenait. Et il me répondit : « Je te promets, ma fille, que pour « preuve du bon Esprit qui te conduit, je lui aurais bien

« accordé autant d'années de santé quelle ma demandé « [de mois], et même toutes les autres assurances qu'elle « m'aurait voulu demander. » Et droit à l'élévation du saint Sacrement, je sentis, mais très sensiblement, [que] toutes mes infirmités m'étaient ôtées, à la façon d'une robe que l'on m'aurait dévêtue, et laquelle serait demeurée suspendue. Et je me trouvai dans la même force et santé d'une personne très robuste, laquelle depuis longtemps n'aurait été malade, et passai ainsi le temps que l'on avait souhaité, après lequel je fus remise dans les dispositions précédentes. 105. Elle la j^ comme une fois que j'avais la fièvre, ma supérieure l'infirmerie me fît sortir de l'infirmerie pour me mettre en solitude,

maigre la . " .

fièvre qui la car c'était mon tour, et elle me dit : <( Allez, ie vous remets

tient, pour . .

renvover en (( au soin de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Qu'il vous

solitude. N.- °

s. la guérit. (( dirige, gouverne et guérisse selon sa volonté. » Or, quoique cela me surprît un peu, car pour lors je tremblais la fièvre, je m'en allai pourtant bien joyeuse de faire cette obéissance, tant pour me voir toute abandonnée aux soins de mon bon Maître, que pour avoir occasion de souffrir pour son amour, m'étant indifférent de quelle manière il j me fît passer ma retraite, soit dans la souffrance ou la jouissance. « Tout m'est bon ; pourvu qu'il se contente et (( que je l'aime, cela me suffit, » disais-je. Mais je ne fus pas plutôt renfermée avec lui, seule, qu'il se présenta à moi, qui m'étais couchée par terre toute transie de douleur et de froid, d'où il me fit relever en me faisant mille caresses, et me dit : « Enfin te voilà toute à moi et toute à (( mon soin ; c'est pourquoi je te veux rendre en santé à « ceux qui t'ont remise malade entre mes mains. » Et il me redonna une santé si parfaite, qu'il ne semblait point que j'eusse été malade. De quoi l'on fut fort étonné, et ma supérieure particulièrement, laquelle savait ce qui s'était passé.

Mais jamais je n'ai fait solitude parmi tant de joie et de délices, me croyant dans un paradis pour les continuelles

AUTOBIOGRAPHIE i 1 3

ifaveurs, caresses et familiarités avec mon Seigneur Jésus- 106. Eiley

| . . . goûte des

'Christ, sa très sainte Mère, mon saint Ange et mon bien- joies déii-

. . .„ cieuses et

Iheureux Père saint François de Sales. Mais je ne spécifie- exerce sur

elle-même

Irai pas ici le détail des grâces singulières que i en reçus, à les plus du-

r ° ° .... resrigueurs.

cause de la longueur. Mais seulement je dirai que mon n.-s. l'ar-

v rête dans ses

aimable Directeur, pour me consoler de la douleur qu il excès de pé-

* . nitence.

m avait taite de 1 ef meure de son sacre et adorable Aom sur mon cœur, après l'y avoir gravé avec tant de douleurs, il voulut lui-même l'imprimer au dedans et l'écrire au dehors, avec le cachet et le burin tout enflammé de son pur amour, mais d'une manière qui me donna mille l'ois plus de joie et de consolation, que 1 autre ne m'avait causé de douleur et d'affliction.

Mais comme il ne me manquait que la Croix, sans laquelle je ne pouvais vivre rà goûter de plaisir même céleste ni divin, parce que toutes mes délices n'étaient que de me voir conforme à mon Jésus souffrant, je ne pensais donc qu'à exercer sur mon corps toutes les rigueurs que la liberté où l'on m'avait mise me permettait. Et, en effet, je lui en fis bien expérimenter, tant pour les pénitences que pour le vivre et coucher, m'étant fait un lit de tête de pots cassés, où je me couchais avec un extrême plaisir, quoique toute la nature en frémît; mais c'était en vain, car je ne l'écoutais. Mais comme je voulais faire une certaine pénitence, laquelle me donnait grand appétit par sa rigueur, pensant par là pouvoir venger sur moi les injures que Notre-Seigneur reçoit au très saint Sacrement, tant par mo misérable pécheresse que par tous ceux qui l'y déshonorent, mais mon souverain Maître, comme je voulais exécuter mon dessein, il me défendit de passer outre, me disant qu'il me voulait rendre en santé à ma supérieure, laquelle m'avait confiée et remise à ses soins, et qu'il agréerait plus le sacrifice que je lui ferais de mon désir que si je l'exécutais, puisque étant esprit il voulait aussi des sacrifices de l'esprit. Je demeurai contente et soumise.

Mnrguerife-Marie Alacocfue. — II. 8

107. u lui Allant une fois à la sainte communion, la sainte hostie tête une me parut resplendissante comme un soleil dont je pouvais d'épines! supporter l'éclat ; et Nôtre-Seigneur au milieu tenant une couronne d'épines, laquelle il me mit sur la tête, un peu après que je l'eus reçu, en me disant : « Reçois, ma fille, (( cette couronne en signe de celle qui te sera bientôt don- « née par conformité avec moi. » Je ne compris pas alors ce que cela voulait dire ; mais je le sus bientôt, par les effets qui s'en suivirent, de deux terribles coups que je reçus par la tète, en telle sorte qu'il me semble depuis avoir tout le tour de la tête entouré de très poignantes épines de douleur, dont les piqûres ne finiront qu'avec ma vie, dont je rends grâces infinies à mon Dieu qui fait de si grandes grâces à sa chétive victime. Mais, hélas ! comme je le dis souvent, les victimes doivent être innocentes, et moi je ne suis qu'une criminelle. Mais je confesse que je me sens plus redevable à mon Souverain de cette couronne précieuse que s'il m'avait fait présent de tous les diadèmes des plus grands monarques de la terre ; et d'autant plus que personne ne me la peut ôter, et qu'elle me met souvent dans l'heureuse nécessité de veiller et m'entretenir avec cet unique objet de mon amour, ne pouvant appuyer ma tête sur le chevet, à l'imitation de mon bon Maître, qui ne pouvait appuyer la sienne adorable sur le lit de la Croix ; cela me faisait sentir des joies et des consolations inconcevables, quand je me voyais quelque conformité avec lui ; et c'était par cette douleur qu'il voulait que je demandasse à Dieu son Père, par le mérite de son couronnement d'épines, auquel j'unissais la mienne, la conversion des pécheurs, et l'humilité pour ces têtes orgueilleuses dont l'élévation lui était si déplaisante et injurieuse.

poîteE1ia Et une autre fois, dans un temps de carnaval, c'est-à- Nr-°sX efac^ dire environ cinq semaines devant le mercredi des cendres, crucfr.éeêpar il se présenta à moi après la sainte communion sous la ateu™aladie figure d'un Ecce homo, chargé de sa Croix, tout couvert

de plaies et de meurtrissures. Son sang adorable découlait de toutes parts, disant d'une voix douloureusement triste : « N'y aura-t-il personne qui ait pitié de moi et qui veuille « compatir et prendre part à ma douleur dans le pitoyable « état où les pécheurs me mettent, surtout à présent. » Et je me présentai à lui, me prosternant à ses pieds sacrés avec larmes et gémissements, et me chargeant cette lourde croix sur les épaules, toute hérissée de pointes de clous; et me sentant accablée sous ce poids, je commençai à mieux comprendre la gravité et la malice du péché, lequel je détestais si fort dans mon [cœur] que j'aurais mille fois mieux aimé me précipiter dans l'enfer que d'en commettre un volontairement. « 0 maudit péché, dis-je, que tu es « détestable pour l'injure que tu fais à mon souverain « Bien ! » Lequel me fit voir que ce n'était pas assez de porter cette croix, mais qu'il fallait m'y attacher avec lui, pour lui tenir une fidèle compagnie en participant à ses douleurs, mépris, opprobres et autres indignités qu'il souffrait. Je m'abandonnai d'abord pour tout ce qu'il désirerait faire en moi et de moi, m'y laissant attacher à son gré, par une maladie qui me fit bientôt sentir les pointes aiguës de ces clous dont cette croix était hérissée, par de très cuisantes douleurs qui n'avaient pour compassion que des mépris et humiliations, et plusieurs autres suites très pénibles à la nature. Mais, hélas! que pourrais-je souffrir qui pût égaler la grandeur de mes crimes, qui me tiennent continuellement dans un abîme de confusion, depuis que mon Dieu m'a fait voir l'horrible figure d'une âme en péché mortel, la grièveté du péché qui, s'attaquant à une bonté infiniment aimable, lui est extrêmement injurieuse. Cette vue me fait plus souffrir que toutes les autres peines, et je voudrais de tout mon cœur avoir commencé à souffrir toutes celles dues à tous les péchés que j'ai commis, pour me servir de préservatif et m'empêcher de les commettre, plutôt que d'avoir été si misérable que de les avoir commis,

encore que je serais assurée même que mon Dieu, par son infinie miséricorde, me les pardonnerait sans me livrer à ces peines.

souffrances Ces dispositions de souffrances dont j'ai parlé ci-dessus temps du nie duraient ordinairement tout le temps du carnaval jusqu'au mercredi des cendres, qu'il semblait que j'étais réduite à l'extrémité, sans que je pusse trouver aucune consolation ni soulagement qui n'augmentât encore plus mes souffrances. Et puis, tout d'un coup, je me trouvais assez de force et de vigueur pour jeûner le carême ; ce que mon Souverain m'a toujours fait la miséricorde de faire, quoique je me trouvasse quelquefois accablée de tant de douleurs, qu'il me semblait souvent qu'en commençant un exercice, je n'y pourrais pas subsister jusqu'au bout ; et puis, de celui[-ci], j'en recommençais un autre avec les mêmes peines, disant : « 0 mon Dieu, faites-moi la grâce « de pouvoir aller jusqu'à la fin, » que je rendais grâces à mon Souverain de quoi il mesurait ainsi mes moments par l'horloge de ses souffrances, pour en faire toutes sonner les heures avec les roues de ses douleurs, if '°i N ''% ^ quand il voulait me gratifier de quelque croix nouparfois des Velle, il m'v disposait par une abondance de caresses et de

joies au heu J r tr

dfran°Usf plaisirs spirituels si grands, qu'il m'aurait été impossible qu'elle de- je ies soutenir si elles avaient duré, et ie disais en ce

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temps : « 0 mon unique amour, je vous sacrifie tous ces « plaisirs. Gardez-les pour ces âmes saintes qui vous en « glorifieront plus que moi, qui ne veux que vous seul, « tout nu sur la Croix, où je vous veux aimer vous seul « pour l'amour de vous-même. Otez-moi donc tout le reste, « afin que je vous aime sans mélange d'intérêt ni de plai- « sir. » Et c'était quelquefois dans ce temps qu'il prenait plaisir de contrarier mes désirs, comme un sage et expérimenté directeur, me faisant jouir lorsque j'aurais voulu souffrir. Mais je confesse que l'un et l'autre venaient de lui, et que tous les biens qu'il m'a faits, c'a été par sa pure

ALTOBIOGKAPHIE 117

miséricorde ; car, jamais créature ne lui a tant résisté que moi, tant par mes infidélités que par la grande crainte que j'avais d'être trompée. Et cent fois je me suis étonnée comme il ne m'anéantissait, ou ne m'abîmait pour tant de résistances.

Mais quelque grandes que soient mes fautes, cet unique lli.Ladf-

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bien de mon ame ne me prive jamais de sa divine présence, ce lai était

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ainsi comme il me 1 a promis. Mais il me la rend si terrible reuse quand

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lorsque je lui ai déplu en quelque chose, qu il n v a point piuenquei- . p a i i i- (lue cnose à

de tourment qui ne me lut plus doux, et auquel je ne me n.-s.

sacrifiasse plutôt mille fois que de supporter cette divine présence et paraître devant la sainteté de Dieu, ayant l'âme souillée de quelque péché. Et j'aurais bien voulu me cacher en ce temps-là, et m'éloigner si j'avais pu, mais tous mes efforts étaient inutiles, trouvant partout ce que je fuyais, avec des tourments si effroyables qu'il me semblait être en purgatoire, puisque tout souffrait en moi, sans nulle consolation, ni désir d'en chercher, ce qui me faisait dire quelquefois dans ma douloureuse amertume : « Oh ! qu'il est « terrible de tomber entre les mains d'un Dieu vivant. » Voilà la manière dont il purifiait mes fautes, lorsque je n'étais pas assez prompte et fidèle à m'en punir moi-même. Et jamais je ne recevais aucune grâce particulière de sa bonté, qu'elle ne fût précédée de ces sortes de tourments ; et après les avoir reçues, je me sentais jetée et abîmée dans un purgatoire d humiliation et de confusion, où je souffrais plus que je ne peux l'exprimer ; mais toujours dans une paix inaltérable, ne me semblant pas que rien pût troubler la paix de mon cœur, quoique la partie inférieure fût souvent agitée, soit par mes passions, soit par mon ennemi, qui faisait tous ses efforts pour cela, n'y ayant rien où il soit plus puissant et où il gagne tant, qu'avec une âme qui est dans le trouble et l'inquiétude ; [il] en fait son jouet et la rend incapable d'aucun bien.

Certifié et véritable, ce 22me juillet 1715.

Signé, Sœur Anne-Elisabeth de La Garde.

Paraphé par nous, le vingt-deux juillet mil sept cent quinze.

Signé, Dom de Bansière, Commissaire.

Chalon,

Greffier.

Nous Protonotaire apostolique, Vicaire général, Archidiacre d'Autun, avons reconnu comme autographe de la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque , vierge , cette biographie, écrite par elle-même, d'après l'ordre de ses supérieurs. Elle se compose de soixante-quatre pages.

En foi de ce :

Paray, le 26 février 1865.

Signé, G. Bouange, proton, apost.

Vie. gén., archid.

Place du sceau de l'évêché

d'Autun.

La Mère de Saumaise fut supérieure du Monastère de Paray le 1672 à 1678. Elle reçut Marguerite-Marie à la profession religieuse, le 6 novembre 1672. Au mois d'avril de Tannée suivante, \>\\e lui donna Tordre que la Servante de Dieu rapporte ainsi qu'il huit : « Le sixième mois après ma profession, Ton me commanda

< d'écrire ce qui se passait dans mon intérieur, et j'y sentais de

< la difficulté. Mon Dieu me dit : «Pourquoi refuses-tu d'obéir x à ma voix et d'écrire ce qui vient de moi et non de toi qui n'y

< as aucune part qu'une simple adhérence. »

Sans doute la Mère de Saumaise prit la précaution de garder par devers elle les feuillets que la Servante de Dieu lui remettait, sans quoi elle les aurait brûlés comme elle fit pour d'autres (écrits.

; A la fin du n° 23, se trouvent trois lignes inédites jusqu'à ces dernières années ', qui nous apprennent que ces Écrits furent faits .à diverses reprises : « Quoique avec une répugnance mortelle je ne ( laisse d'écrire par obéissance les grâces que mon Dieu m'a faites, i« la troisième et quatrième année de religion ; » ce qui se rapporte taux années 1675 et 1676. Nous avons vu ci-dessus que Marguerite- Marie avait commencé d'écrire au mois d'avril 1673. Elle continua vraisemblablement tant que la Mère de Saumaise demeura

1. Elles furent insérées, en 1909, dans une note, que nous reproduisons ci-dessous, p. 141, de la Vie de la B. publiée parle monastère de Paray. Cf. : nouv. édit. de cette vie, J. de Gigord, éditeur, iParis, 1914, p. 118.

à Paray. Rien ne prouve que tout ce qu'elle a écrit à cette époque nous ait été conservé. Nous rencontrerons vers la fin de cette série plusieurs morceaux qui y ont été intercalés indûment et qui sont postérieurs au gouvernement de la Mère Saumaise. 11 se peut également bien que d'autres qui auraient dû y ligurer, aient été détruits, ou perdus, ou oubliés.

Les Contemporaines avaient inséré la plus grande partie de ce Mémoire dans leur vie de la Servante de Dieu. A et B y en avaient ajouté plusieurs morceaux. Languet avait aussi donné quelques passages. Néanmoins on peut voir par le tableau des références qu'il restait encore beaucoup d'inédit. Nous publions donc, pour la première fois, dans son intégrité, cette série d'écrits qui complètent très heureusement la Vie par elle-même.

Nous reproduisons textuellement le Ms. 6, avec les variantes de quelque importance des autres mss. Là aussi nous avons introduit, en marge du texte, des manchettes et des numéros d'ordre.

Est-il besoin de faire observer que si l'on avait voulu suivre l'ordre chronologique de la composition, le Mémoire écrit par ordre de la Mère de Saumaise aurait dû passer avant la Vie par elle-même ? On comprendra que ce dernier écrit, quoique composé plus tard, relatant l'enfance et la jeunesse de Marguerite-Marie, il convenait de le mettre en tête des documents autobiographiques, comme aussi, à raison de son importance. C'est la véritable autobiographie, les autres séries ne sont que des documents complémentaires.

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