‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 115 sur 284 · LETTRE LXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXVIII

A SON FRÈRE LE MAIRE

Vive -j- Jésls!

[1687, vers le mois d'avril].

Vous ne me pouviez plus sensiblement obliger, mon très cher frère, que de me donner de si heureuses nouvelles par les bons sentiments que le sacré Cœur conserve dans le vôtre. Je craignais qu'il ne se fût refroidi à son égard, ce qui m'aurait causé une sensible douleur; et je n'osais plus vous en parler, parce que les dévotions ne sont jamais bien solides si elles ne viennent du mouvement de la grâce, et je ne doute pas que la vôtre, qui produit de si saintes intentions, ne vienne de ce côté-là. Et il me semble même que

j'avais senti quelque envie que la chose fut comme vous me la proposez. Mais ne croyant pas que votre amour pour ce Cœur adorable voulût s'étendre à une telle dépense que celle que vous me dites, c'est pourquoi je n'aurais osé vous en rien témoigner, et je me tournais alors du côté du lieu que je vous avais dit, pensant que le nombre des personnes étant plus grand, cela suppléerait au reste. Mais nous voyons donc bien maintenant qu'il faut exécuter ce que vous m'avez proposé, sans jamais vous en dédire ; et vous me donnerez une des plus grandes consolations que je puisse recevoir en cette vie mortelle, puisque rien ne m'y peut réjouir que d'y voir aimer, honorer et glorifier ce divin Cœur de mon Seigneur Jésus-Christ, et le bonheur de me pouvoir consommer en souffrant pour son amour. 0 mon cher frère, que vous serez heureux s'il vous fait une si grande grâce de pouvoir venir à bout de votre entreprise ! Soyez donc ferme, je vous en conjure, dans l'exécution des sentiments qu'il vous communique, afin que vous ne trompiez pas les desseins qu'il a de vous faire saint. Ses grâces ne vous manqueront pas pour cela; mais il attend de vous et de moi une fidèle correspondance, par retour au grand amour qu'il a pour nous. Mais je ne peux vous exprimer à présent mes sentiments sur ce sujet. J'espère que mon frère [le prêtre] ne refusera pas de contribuer de tout son pouvoir à un dessein si à la gloire de ce divin Cœur, comme est le vôtre, et qui attirera sur vous et sur votre famille beaucoup de grâces ', etc.

1. Chrysostome Alacoque. de son propre mouvement, avait proposé d'ériger, dans l'église du Bois-Sainte-Marie, une chapelle au sacré Cœur de Jésus.

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